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Full text of "Procès de condamnation de Jeanne d'Arc dite La Pucelle d'Orléans"

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PROCÈS DE CONDAMNATION 

DE JEANNE DARC 

DITE LA PUCELLE D'ORLÉANS 



V 



DU MÊME AUTEUR 



9- 



Histoire de Charles YII (roi de France) et de son 
époque (1403-1461). Paris, Renonard, 1862-1865; 
3 volumes in-8°. Prix : 22 fr. 50 c. 

Cet ouvrage a obtenu le grand prix Gobert, décerné par 
l'Académie des inscriptions et belles-lettres. 

Armorial du héraut Berry, 1 er roi d'armes de Charles VII, 
composé vers 4450, avec notice sur Fauteur et figures 
héraldiques. Paris, Bachelin-Deflorenne, 3, quai 
Malaquais. Tiré à petit nombre. Paris, 1866, in-8°. 
Prix : 10 fr. 



Les Anneaux de Jeanne Darc Extrait du tome XXX des 
Mémoires de la Société des antiquaires de France, 
1867, 16 pages in-8°. 

Notice historique sur la médaille frappée à la mon- 
naie de Paris, en souvenir de l'expulsion dès Anglais, 
1451 et années suivantes, accompagnée de huit effi- 
gies gravées sur cuivre. Paris, Société de numisma- 
tique, etc. 1867, in-8°. (Extrait de V Annuaire de 
celte Société.) 




TYPOGRAPHIE FIRMIN DIDOT. — MESNIL (EURE). 






PROCÈS DE CONDAPATION 

DE JEANNE DARC 

DITE LA PUCELLE D'ORLÉANS 

TRADUIT DU LATIN 

ET PUBLIÉ INTEGRALEMENT POUR LA PREMIÈRE FOIS EN FRANÇMS 
D'APRÈS LES DOCUMENTS MANUSCRITS ET ORIGINAUX 

PAR 

M. XALLET (DE VIRIVILLE) 

LAURÉAT SB l'iMSTITCT 

MEMBRE DES CONSEILS DE LA SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DE FRANCE , DE LA SOCIETE F&AVKI.IH 

POUR LA PROPAGATION DES BIBLIOTHEQUES POPULAIRES, ETC., ETC. 



PARIS 
LIBRAIRIE DE FIRMIN D1D0T FRÈRES, FILS ET _C" 

IMPRIMEURS DE L'INSTITUT, RUE JACOB , 56 

1867 „ 

— f . 









.: ïi.:*. V". 

• • * * • • ♦ • 

•• • • • •• • 






DIVISION DE L'OUVRAGE. 



Pagcf. 

Avant-Propos i 

Sceaux et signature de P. Cauchon xj 

Introduction xiij 

Jeanne Darc, ses visions, ses précurseurs, ses émules. xiij 

I. Guillemette de La Rochelle ( avant 1380) xvj 

II. Ermine de Reims ( 1340-1396 ) xvij 

III. La dame dé Sillé-le-Guillaume , dite aussi sainte 

Jeanne-Marie de Maillé ( 1 332-1 415} xxij 

IV. Marie Robine, ou la Gasque d'Avignon ( 1 398-1 406 ) . xxxj 
V. Sainte Brigite de Suède, canonisée en 1417 . . ; . . . xxxiv 

VI. Catherine Sauve, brûlée en 1417 xxxv 

VII. Sainte Catherine de Sienne, morte en 1380, cano- 
nisée en 1461 xxxvij 

VIII. Saint Vincent Ferrier ( 1357-1419) xxxix 

Saint Bernardin de Sienne, mort en 1444 xlj 

F. Richard ( 1428-1431) xlv 

Jean de Gand ( 1421-1439 ) xlviii 

F. Didier (1430 P-1455 env.) xlix 

Thomas Couette ( 1424-1434 euv. ) 1 

Évangile éternel xiij 

Antéchrist. xlvi 

Nom de Jésus xiij 

IX,r Diverses prophétesses lv 

Prophétesse de Lyon (1424) lv 

La Pucelle de Schiedam (1423-1427) Ivi 

Lasibylle deRome (1429) Kii 

Madame d'Or ou Dor (1429) lviii 

X. Catherine de La Rochelle et autres (1429-1431). . . lxi 

Catherine *. . . lxi 

Pierronne ou Périnaïk lxiv 

La compagne de Périnaïk lxv 



II DIVISION DE L'OUVRAGE. 

Page?. 

XI. Guillaume de Mende, dit le Petit Berger (1431) lxv 

XII. Claude, femme Robert des Armoises (1436-1440).. Ixix 

XIII. Sainte Colette (1381-1447) Ixxi 

XIV. Jeanne la Féronne, dite la Pucelle du Mans (1461). xcviij 
Conclusion ci 



PROCÈS DE CONDAMNATION. 

Exposé de la cause et préliminaires/. . . 1 

1431 janv. 9. Première séance (dans la maison du conseil royal, 

proche le château ) 4 

1430 mai 26. Lettre du vicaire général de l'Inquisition au 

duc de Bourgogne <) 

1430 juil. 14. Lettre de Y Université de Paris au duc de Bour- 
gogne 

1430 juil. 14. Lettre de l'Université à Jean de Luxembourg. . 7 
1430 juil. 14. Sommations au même duc et à Jean de Luxem- 
bourg.. 10 

1430 nov. 21. Lettre de l'Université à l'évéque de Beau vais. . . 12 

1430 nov. 21. Lettre de l'Université au roi d'Angleterre 13 

1430 déc. 28. Lettres de territoire accordées par le chapitre 

de Rouen 16 

1431 janv. 3. Ordre royal de livrer Jeanne 15 

1431 janv. 9. Lettres d'institution des officiers de la cause. . . 18 

1431 janv. 12. 2 e séance (dans le logis de P. Cauchon). Lecture des 

informations : 19 

1431 janv. 23. 3« séance (même lieu). Conclusion de faire enquête. 20 
1431 févr. 13. 4* séance (même lieu). Les officiers de la cause prê- 
tent serment 21 

1431 févr. 14-16. Enquête 22 

1431 févr. 19. 5 e séance (même lieu). Conclu d'invoquer le con- 
cours du Saint-Office 22 

1431 févr. 19. 6* séance (même lieu). Le vicaire de l'inquisiteur 

comparait 23 

1431 févr, 20. 7* séance (même lieu). Le vicaire se récuse 24 

1431 févr. 21. 8 e séance. (Dans la chapelle royale du château) 

l re séance publique ou interrogatoire 26 

1431 févr. 22. 9' séance (chambre de parlement) 2 e interrogatoire. 33 

1431 févr. 24. 10 e séance (même lieu) 40 

1431 févr. 27. 11 e séance (ibid.) 50 



DIVISION DE L OUVRAGE, m 

Pages. 

f 431 mars 1 . 12 e séance (même lieu) 61 

1431 mars 3. 13 e séance (ibid.) T 71 

Commencement de la minute française 74 

Fin de la l re session 83 

1431 mars 4 à 9. Séances 14* à 19 e dans la maison de P. Gauçhon. 
Délibérations des juges. Ils décident que Jeanne 

sera entendue de nouveau ; . . . . 83 

1431 mars 10. 20 e séance, 1 er interrogatoire dans la prison 83 

1431 mars 12. 21 e séance (chez l'évêque.) Nouvelle réquisition 

adressée au vicaire de l'inquisiteur 88 

1431 marsr 12. 22 e séance. Interrogatoire dans la prison 90 

1431 mars 12. 23 e séance (de relevée. Même lieu.). .", 93 

1431 mars 13. 24 e séance. Le vicaire se joint à la cause. ........ 95 

1431 mars 14. 25 e séance (dans la prison). 100 

1431 mars 14. 26 e séance (ib.) 101 

1431 mars 14. 27 e séance (ib.) 104" 

1431 mars 15. 28 e séance (ib.) 107 

1431 mars 17. 29 e séance (ib.). 112 

1431 mars 17. 30 e séance (ib.) 115 

1431 mars 18. 31 e séance ( chez Cauchou ) 119 

1431 mars 22. 32* séance (ib.)... 120 

1431 mars 24. 33' séance (dans la prison) it . 121 

1431 mars 25. 34 e séance (ib.) ' 122 

Procès ordinaire ou 1 er jugement 124 

1431 mars 2G. 35 e séance. Ouverture du I er jugement. (Chez Cau- 

chon) 124 

1431 mars 27 . 36 e séance. ( Dans la chambre près la grande salle du 

château royal ) 125 

1431 mars 28. 37 e séance (même lieu?) Lecture du réquisitoire ou 

acte d'accusation 1 30 

1431 mars 28. 38° séance (ib.) 149 

1431 mars 31. 39 e séance (dans la prison ) 169 

1431 avril 2, 3, 4. 40 e , 41 e , 42 e séances r Délibérations des juges en 

conseil privé : (lieu non indiqué). 171 

1431 avril 5. 43 e séance Conseil privé 171 

1431 avril 12. 44 séance. Rédaction de rapports 178 

1 431 avril 13. 45 e séance. (Dans la chapelle de l'archevêché. ) Suite 

des rapports. , * ^ . . . 1 83 

1431 avril 18. 46 e séance. (Dans la prison. ) Jeanne malade 194 



IV DIVISION DE L OUVRAGE. 

Page*. 

1431 mai 2. 47 e séance. Admonition publique faite à la Pucelle 

dans la chambre du château près la grande salle. . 19G 

1431 mai 9. 48 e séance : devant la torture ( dans la grosse tour). 202 

1 431 mai 12. 49 e séance (chez Cauchon) 203 

1431 mai 19. 50 e séance; (dans la chapelle du palais archiépisco- 
pal). Lecture et adoption des avis envoyés par l'U- 
niversité de Paris 204 

Délibérations des assesseurs 213 

1431 mai 23. 51 e séance. (Dans une chairibre du château près la 

prison ). Conclusion de la cause 216 

1431 mai 24. 52 e séance. (Dans le cimetière de St-Ouen, place 
publique de la ville de Rouen. ) Abjuration de 
Jeanne ; sentence de mitigation 227 

H3L mai 24. 53 e séance. ( Dans la prison) Jeanne prend les ha- 
bits de femme 232 



Deuxième jugement 234 



l i ■) l mai 28. 54 e séance. (Dans la prison. ) Jeanne est déclarée re- 



; 234 

1431 mai 29. 55 e séance. ( Dans la chapelle de l'archevêché. ) Der- 
nière délibération 230 

1431 mai 30. 56 e et dernière séance. ( Sur la place du Vieux-Mar- 
ché de Rouen.) Sentence définitive. Exécution. . 238 



PIÈCES COMPLÉMENTAIRES. 
* 
1. 1431 juin 7. Information sur diverses paroles dites par Jeanne 

en l'article de la mort 245 

il. 1431 juin 8. Manifeste d'Henri VI aux puissances 252 

11], 1431 juin 28. Autre circulaire du même aux autorités et com- 
munautés du royaume 255 

IV* U31 août 8. Rétractation d'un religieux dominicain 260 

V. 1431 août 8. Sentence en suite de ce désaveu 261 

VI, 1431 vers septembre. Lettre envoyée par l'Université de Paris en 

cour de Rome 262 

VI 1 . 1431 vers septembre. Annexe pour le collège des cardinaux .... 265 
Fin du procès de condamnation 266 



DIVISION DE L'OUVRAGE. . V 
NOTES ET DÉVELOPPEMENTS. 

Page». 
I. Sur l'orthographe du nom patronymique de Jeanne 

Darc 267 

II. Sainte Colette était-elle lettrée? '. . . 270 

III. Tableau nominatif des personnages qui figurent au 

procès de condamnation 272 

Note sur les gardes de Jeanne Darc 279 

IV. A. de Kaerrymell ou Kefmel, clerc breton 281 

V. Fleur-de-lis, nom de poursuivant ou héraut d'armes. 284 

VI. Sceau de Pierre Cauchon, apposé aux expéditions 

authentiques du procès 285 

VII; Voyages de Charles VII au pays de la Pucelle 286 

Explication de la planche insérée page 290 ( feuil- 
let de manuscrit du seizième siècle) . .* 289 

Glossaire 295 

Additions et corrections 299 

Index alphabétique 303 



ç. 



AVANT-PROPOS. 



De tous les documents qui nous ont conservé le 
souvenir de Jeanne ftarc , son procès de condamna- 
tion est peut-être celui qui, par son intérêt et son 
importance, mérite le premier rang. 

Les chroniques nous racontent ses actions. Le 
procès de réhabilitation est une sorte de panégyrique : 
souvent il manque de franchise et de dignité ; non 
par le fait de l'héroïne, mais par le fait des témoins, 
qui plaidaient le pour, en 1 456 , après avoir, dans la 
même cause, plaidé le contre en i43i. 

Le procès de condamnation n'offre pas seulement 
un récit, comme les chroniques; ni une apologie, 
comme le second procès. Il a tout le prix d'une 
chronique, par les faits historiques et nombreux qu'il 
révèle. Il n'a certainement pas les inconvénients d'un 
panégyrique. Mais il l'emporte sur l'un et l'autre 
(chronique et apologie), par une raison bien facile à 
sentir. Le tableau de l'innocence, ou l'Innocence 
elle-même, nous plaît. Mais l'innocence méconnue, 
persécutée, martyrisée, fait plus que nous plaire : 
elle nous enthousiasme. On ne l'aime plus simple- 
ment, mais avec passion. Heureuse et providentielle 
compensation de la puissance, du crédit, plus ou 



JBAIIHE DABC. 



II AVANT-PROPOS. 

moins durable, qu'obtiennent trop souvent Tin- 
justice et la calomnie! L'iniquité des juges de Rouen, 
le machiavélisme de Pierre Cauchon , retournés contre 
eux-mêmes, ont fait du procès de condamnation de 
Jeanne Darc l'exposé le plus touchant des mérites de 
cette jeune fille et son plus beau titre de gloire devant 
la postérité. 

Le procès, dans sa teneur authentique et officielle, 
fut conçu en langue d'église, c^est-à-dire en latin. 
Dès le commencement du siècle suivant, sous le 
règne de Louis XII, au plus tard, nous voyons une 
première traduction (i) se produire, sans comp- 
ter celles qui avaient déjà pu être tentées antérieure- 
ment. Depuis lors cette même tentative a été re- 
nouvelée de siècle en siècle (2). Mais il n'en exisle pas 
toutefois jusqu'ici de trace publique , sous la forme 
d'une édition spéciale, exacte et complète. 

Le recueil, si important, publié en 1841 et an- 
nées suivantes, par M. J. Quicherat, pour la Société 
de l'histoire de France, n'embrasse et de devait em- 
brasser que des monuments de première main, et 



(1) Le ms. original de cette traduction existe à la bibliothèque d'Or- 
léans, sous le n° 411, et provient de l'ancien chapitre de la cathédrale. 
La même église ou la ville d'Orléans , à la date de 1475, possédait, 
comme on le verra ci-après, un exemplaire original du procès authen- 
tique et en langue latine. Cette traduction a été publiée en dernier lieu 
par M. Buchon dans le Panthéon littéraire , 1838, gr. in-8° (avec 
Mathieu de Coussy), p. 466 et suiv. 

- (2) M. Ambroise F. Didot possède, dans sa riche collection de bi- 
bliophile, un feujllet ms. de Tune de ces traductions. Nous nous pro- 
posons d'y revenir dans les Notes et développements. 



AYANT-PROPOS. III 

clans leur teneur originale. Il n'y avait donc point 
place en ce recueil pour une traduction. 

Ce recueil, tel qu'il est, grâce précisément aux 
lignes sévères de son plan, et qui constituaient sa rai- 
son d'être, a parfaitement atteint le but qu'il se pro- 
posait. Il a été la source, riche et pure, où se sont 
alimentés presque exclusivement et où s'alimentent 
chaque jour les nombreux travaux que ne cessent 
d'inspirer, de susciter ce personnage de plus en plus 
populaire, et cet inépuisable sujet historique. 

Le moment nous paraît venu de faire un nouveau 
pas dans la voie qu'a ouverte le précieux recueil au- 
quel il vient d'être fait allusion. Le moment nous 
parait venu de mettre sous les yeux de tous , hommes 
et femmes, savants et non savants, le procès de 
condamnation de Jeanne Darc en français : dans la 
langue qu'elle a parlée (i), dans la langue que parlent 
encore ses compatriotes, ses premiers et naturels 
admirateurs. 

Le texte primitif ou minute d'audience, destiné 
à reproduire les débats du procès de Rouen, con- 
sista originairement dans des notes recueillies en 
français, par diverses mains d'abord, mais finale- 
ment par les notaires de la cause. Tous les jours, 
après la séance, ces greffiers se communiquaient 
entre eux leurs notes prises sur le vif, et en formaient 
une rédaction commune*» Cette espèce de slénogra- 



(1) Ceci, pour une part, comme on le verra bientôt, peut être pris 

an pied de la lettre. 

a. 



IV ÀVÀRT-PRO*OS. 

phie (sous la réserve qu'il convient de faire quant 
à la sincérité, à l'impartialité du compte rendu) 
serait encore, si nous la possédions intacte ce qui nous 
serait parvenu de plus précieux, non-seulement de ce 
procès, mais de la Pucelle. Car tout ce qui était 
d'elle, ou à peu près, a péri. Les juges ont jeté ses 
cendres au fleuve qui débouche dans l'Océan; ils 
ne nous ont laissé d'elle (encore bien contre leur 
gré), que cette relique, mais la meilleure : une 
partie de son âme et de sa pensée. 

Nous disons une partie. La teneur complète de ce 
compte rendu exista dès le temps du procès. Jeanne 
étant morte, cette minute fut, à une époque que 
nous essayerons de déterminer, rédigée dans sa 
forme officielle et définitive, c'est-à-dire en latin, 
sous les auspices de P. Cauchon, par les soins lit- 
téraires de Thomas de Courcelles , assisté du notaire 
Guillaume Manchon. Cette minute en français formait 
un cahier séparé , qui fut produit judiciairement lors 
du procès de réhabilitation. Mais ce document origi- 
nal ne nous a pas été conservé. 

Toutefois, lors de la réhabilitation, l'auteur de 
l'un des exemplaires ou copies qui furent alors con- 
fectionnées de ce deuxième procès, eut l'heureuse 
idée d'y comprendre, entre autres documents anté- 
rieurs , le texte de la minute française. Malheureu- 
sement, cet exemplaire dont nous parlons subit 
une avarie ou dommage matériel , que nous ne con- 
naissons pas précisément, mais qui eut pour résultat 
très-positif la destruction ou la disparition d'un 



AVANT- PROPOS. V 

certain nombre des cahiers de parchemin qui com- 
posaient ce même exemplaire. Vers la fin du quin- . 
zième siècle, un bibliophile distingué, l'amiral Ma- 
let de Graville, voulut restaurer et compléter cet 
exemplaire mutilé, dont il était le possesseur. 11 y 
réussit, pour certaines parties de l'œuvre, en recou- 
rant à d'autres copies. Mais le texte de la minute 
française, transcrit dans ce manuscrit unique, est 
demeuré incomplet du commencement. Ce manus- 
crit unique appartint ensuite aux dUrphé, dont il 
porte encore le nom et les armes. Il se trouve à la 
bibliothèque impériale sous cette cote : manuscrit 
latin 8838. Le fragment conservé du premier compte 
rendu, ou minute française, ne commence qu'à la 
sixième séance des débats, au milieu de l'interro- 
gatoire du 3 mars i/|3i (i). 

Quant au texte latin ou authentique du procès, 
il est parvenu jusqu'à nous, en de nombreux exem- 
plaires. 

Les notaires eux-mêmes, témoins du procès de 
réhabilitation , y ont déclaré avoir libellé cinq exem- 
plaires originaux de ce premier procès, tous col- 
lationnés entre eux, révisés, attestés page par page, 
revêtus des seings, signatures et paraphes des no- 
taires, revêtus enfin des sceaux, encire rouge, des deux 
juges, plaqués à la dernière page de chacun de ces 
exemplaires. G. Manchon, notaire principal, à lui 
seul, en écrivit trois, de sa propre main. Le premier 

(1) Voyez ci-après, p. 74 et suiv. 



YI AVANT-PROPOS. 

fut destiné au roi d'Angleterre, c'est-à-dire au gouver- 
nement siégeant à Rouen ; le deuxième, à Pierre Cau- 
chon; le troisième, à Jean Lemaître (les deux juges). 

De ces cinq exemplaires originaux , trois subsistent 
encore de nos jours. La description de ces trois ma- 
nuscrits doit prendre place tout d'abord dans la no- 
tice bibliographique qui va suivre. 

i er Ms. Il se conserve actuellement à la bibliothèque 
du Corps législatif, sous la cote B io5 g. (i). Cet 
exemplaire est le seul connu sur parchemin. D'après 
ce trait de signalement et autres points de repère , il 
a été reconnu que cette copie est celle dite du roi 
d'Angleterre. On y trouve tous lès signes et attesta- 
tions ci-dessus indiqués. Les deux sceaux, notam- 
ment, placés au feuillet 112, y dessinent leurs con- 
tours. Il est aisé de vérifier qu'ils étaient de cire 
rouge, tous deux en double ogive ou vesica piscis , 
forme des sceaux ecclésiastiques au quinzième siècle. 
Celui de Cauchon , beaucoup plus grand , est le pre- 
mier (2). On y voit encore quelques bribes propres 



(1) Voir la description qu'a donnée de ces documents précieux 
M. Quicherat, Procès, etc., t. V, p. 383 et suiv. J'omets à dessein les 
renseignements déjà connus , afin de ne pas faire, autant que possible , 
double emploi avec l'oeuvre de cet excellent critique. 

(2) Ces deux sceaux, placés l'un à côté de l'autre, rappellent invo- 
lontairement dans leur inégalité matérielle, la situation morale et res- 
pective des deux personnages : Pierre Cauchon triomphant, à la place 
d'honneur; Jean Lemaître humble, petit, effacé, à la suite de l'é- 
vêque. Sceau de Pierre Cauchon : grand axe, 8 centimètres; petit 
axe, m , 5 e 03 m . Sceau de J. Lemaître : grand axe, 5 centimètres, 
petit axe, 3 centimètres (d'après les trois mss. cités). 



àvàrt-propos; vn 

.à guider l'antiquaire, pour en restituer, du moins 
mentalement, le dessin d'ensemble. La croix du cha- 
pitre de Saint- Pierre et de la pairie de Bea avais se 
distingue, sur un écusson placé vers le bas du 
champ, et ces lettres de l'exerguesorit encore lisibles : . . . 
BELVA[emy]is. Quant au sceau de Jean Lemaître qui 
l'accompagne, on n'en peut saisir que la disposition 
générale, très-analogue aux sceaux dé religieux qui 
nous sont connus (i). 

Cet exemplaire vraisemblablement fut conservé à 
Rouen pendant tout le temps de la domination an- 
glaise. C'est là qu'il aura été trouvé lorsque Char- 
les VII, maître enfin de la Normandie, prescrivit à 
Guillaume Bouille, par lettres datées de cette ville le 
i5 février i45o, d'examiner ce procès et de préparer 
la réhabilitation (2). Il fut ensuite, d'après toute ap- 
parence, apporté au parlement de Paris et classé, 
avec d'autres documents analogues, c'est-à-dire ve- 
nus du dehors, parmi les procès criminels. Après 
avoir appartenu à M. Didot, père de notre honorable 
éditeur, et au président de Cotte, magistrat au par- 
lement, il est entré, en 181 1, dans le dépôt public où 
il se conserve. 

2* Ms. Fonds latin n° 5965; revêtu des mêmes 
signes d'authenticité que le précédent. Les sceaux 



(1) Les archives de Normandie renferment peut-être quelque exem- 
plaire mieux conservé du sceau de Jean Lemaitre. Voyez à la suite de 
cet avant-propos la note spéciale sur les Sceau et signature de P. Cau- 
chon. 

(2) Voy. Hist. de Charles VU, t. III, p. 170. 



YJII AVANT-PROPOS. 

ont été rasés (i) et coupés par le fait d'une reliure 
ultérieure. Ce manuscrit est sur papier, et les fili- 
granes que présente cette substance , attendu les va- 
riations qu'ils subissaient pour ainsi dire d'année en 
année, ne sont pas à nos yeux sans valeur pour res- 
treindre, même dans un court intervalle, la date 
des produits de l'art du libraire où se rencontrent 
ces marques de fabrique. Trois figures ou filigranes 
se voient dans le Ms. 5965, savoir : i° la main ou 
gant (2); 2 le dauphin (3); 3° l'arbalète à croc (4). 
La première de ces figures se trouve (n° 49 cité), 
sous la date de i43^. Un dauphin, quelque peu dif- 
férent, se rencontre dans le manuscrit latin 464 1 B, 
écrit à Paris, sous la domination anglaise, vers 
x43o (5). L'arbalète (presque identique) se voit 
dans le registre 2 G 2i3 des archives de l'Aube, écrit 
à Troyes, de 1429 à i43o. 

3* Manuscrit troisième ou expédition, semblable 
aux précédentes : sceaux (effacés), signatures, elc; 
même bibliothèque, n° 5966. Sur papier; filigranes : 
j° Un lévrier posé de profil, en repos (6); 2 l'arba- 
lète à croc. 

(1) Cest-à-dire grattés à la surface du papier, pour faire disparaître 
la saillie qui faisait bâiller le volume. 

(2)F oi 1 et suiv. Voyez Gazette des beaux-arts, 1859 (2 e article), 
p. 165, n° 49. 

(3) F 09 129 et autres. Gazette, p. 164, n°45 (type analogue). 

(4) F 0f 162 et autres. Gazette (1 er article), p. 233, n° 23, et livrai- 
son suivante, p. 153 , n°* 68 et suivants. 

(5) Biblioth. imp., F" 41, à 64. 

(6) Il porte au cou un large collier muni d'un grand anneau ; folios 
17,25, 21, etc., etc. „ 



AYANT-PROPOS. IX 

Ces trois manuscrits ont été libellés à la même 
époque, et le sceau de Cauchon le qualifie évêque 
de Beau vais. Or, ce prélat fut transféré au siège de 
Lisieux le 8 août i43a, et nous tenons pour probable 
qu'il eût usé de son nouveau sceau, dans le cas où il 
eût scellé le procès après son changement de siège. 
Il nous semble donc résulter de ces détails que le 
procès de condamnation fut expédié avant le 8 août 
i432. 

On ne saurait dire avec précision ce que sont de- 
venus les deux autres exemplaires authentiques ( 4 e 
et 5 e ). 

4° Nous devons mentionner ensuite, et peut-être 
sur ce nombre , le manuscrit qui existait à Orléans 
en i475 (1). 

5° Manuscrit d'Urphé, parchemin ; déjà cité (2). 

(1) Voy. Quicherat, t. V, p. 406 et suiv., et ci-dessus, p. ij, note 1. 

(2) Ci-dessus, p. y. Une main de la première moitié du seizième siècle 
a tracé, eu marge de ce manuscrit, des annotations à l'encre rouge, qui 
décèlent un admirateur convaincu de l'héroïne. Voici quelques-unes 
de ces annotations. Folio 31, verso ; délibération de l'université de Paris 
(voyez ci après, p. 208 de notre édition) ; « ( Determinatio et de- 
liberatio universitatis pharisiensis) ». Au folio 32 : * La grande vertu 
et constance de la Pucelle. » Folio 85 : « Universitas spiritu Satbani 
ducta et non zelo fidei, » etc., etc. A la marge du passage où Jeanne 
rétracte ses rétractations (voy. ci-après, séance du 28 mai 1431 , 
page 235, note 1), on lit dans les trois manuscrits authentiques du 
procès la mention suivante , qui fait corps avec le texte légalisé de 
ces instruments judiciaires : Responsio mortifera (réponse mortelle). 
Là en effet était le piège que lui tendaient ses juges, le point nommé 
où elle succomba. Cette mention . est comme l'index de P. Cauchon, 
qui montre la place. Dans le ms. d'Urphé, cette pensée, cette image 
se voit matériellement figurée. Au folio 33 de ce ms. 8838 , les décla- 



1 



X AYANT-PROPOS. 

Il existe, enfin, de nombreuses copies postérieures 
et manuscrites du même procès de condamnation, 

Telles sont les bases solides sur lesquelles s'appuient 
la certitude et la critique historiques à l'égard de ce 
document. 

. Pour faire le texte que nous publions, nous avons 
rendu à notre tour cet hommage mérité à l'œuvre 
accomplie par M. Quicherat, de le prendre généra- 
lement pour guide. L'étude attentive que nous avions 
eu , de longue main , l'occasion de faire par nous- 
même de ces manuscrits, Comparés à l'édition des 
procès, nous avait inspiré à cet égard une confiance 
que nous nous plaisons à proclamer hautement. Dans 
quelques circonstances seulement, nous avons eu 
recours aux originaux, pour approfondir ou vérifier 
certains points spéciaux. 

Le texte du procès de condamnation se compose 
donc de deux parties, l'une écrite en latin, l'autre 
en français du quinzième siècle. 

Pour le latin, nous nous sommes attaché à rendre , 
autant que possible, par le mot à mot et au complet, 
la physionomie de l'original. Nous avons cru seule- 
ment devoir élaguer les redites et les répétitions de 
style, qui, dans les instruments primitifs de cet 
acte judiciaire, abondent jusqu'à la prolixité la plus 
fastidieuse. 

Quant à la minute française, au gré de plus d'un 

rations de Jeanne sont soulignées à fencre rouge, et de la même encre, 
en regard de ce passage, l'annotateur a dessiné une main indicatrice ; 
genre de signe qui , du reste, était communément en usage. 



AVANT-PROPOS. XI 

lecteur, il semblera, nous le craignons, qu'il eût été 
nécessaire aussi de la traduire en langage moderne. 
Mais céder à cette tentation eût été de notre part 
un acte pour ainsi dire de vandalisme et, par les 
motifs que nous avons exposés ci-dessus, de profana- 
tion. Nous avons donc religieusement reproduit et 
conservé cette partie du texte original. Nous nous 
sommes borné à expliquer, chemin faisant, les locu- 
tions ou les mots qui pouvaient présenter, de nos 
jours, au lecteur un embarras sensible. 

De plus, nous nous proposons d'insérer à la suite 
des divers morceaux qui forment le corps de la pré- 
sente publication un petit glossaire, propre à facili- 
ter l'intelligence des différents textes en vieux fran- 
çais que nous avons eu l'occasion de reproduire. 



Note sur les sceaux et signatures de P. Cawhon. (Voy. ci-dessus 

page vi.) 

P. Cauchon paraît avoir fait usage de trois sceaux distincts : grand, 
moyen , et petit. 

Le premier a servi à authentiquer les instruments du procès . 

Le deuxième nous a été conservé dans un exemplaire de cire rouge, 
qui accompagne une quittance originale sur parchemin signée de son 
« seing manuel et scel ». Cet acte, donné à Rouen le 16 janvier 1429 
(1430 n. s.) se voit dans le volume de Gaigiiières, ms. 152, fol. 61. — 
Cauchon y reconnaît avoir reçu la somme de 670 liv, « qui nous estoit 
deue de reste , à cause d'un voyage que nous avons derrenièrement fait 
en Angleterre, en la compagnie de très-révérend père en Dieu Monsei- 
gneur le cardinal d'Angleterre, pour les affaires et besongnes du 
roy nostre dit sire (Henri VI), touchant son royaume de France, etc., 
à raison de 10 livres tournois par jour. » 

Le sceau est plaqué sur une lemnisque de parchemin fournie par 
la substance de la pièce. 11 est rond et mesure 4 centimètres de 



XII AVANT-PROPOS. 

diamètre. Divisé en deux par une traverse horizontale, il* présente à 
la partie supérieure un édicule gothique partagé en trois niches ou 
compartiments, surmontés de dais, clochetons et pinacles. Dans la ni- 
che centrale on reconnaît saint Pierre , en pape , patron de l'église de 
Beauvais et de Pierre Cauchon. A droite et à gauche , deux autres 
saints. Au dessous, une voûte d'église où se voit l'évéque , agenouillé : 
à gauche sont les armes du chapitre ou de la pairie de Beauvais ; à 
droite, ses armes propres, qui sont : [d'azur] à une fasce [d'argent], ac- 
compagnée de trois coquilles [d'or], (Voy. A. Demarsy, Armoriai des 
évéques de Beauvais, 1865, in-8°, p. 15). Légende : S{igillum\ Pétri 
d[e]i gra[tia] epis[copi\ Bel[vacensis]. Signature autographe: P[etrus] 
ep[iscop]us Belvacen[sis], avec paraphe. 1 L'efûgie de ce sceau parait 
être répétée, comme composition, dans le grand sceau (exemplaire du 
Corps législatif). 

Dans un acte de P. Cauchon, daté du 20 avril 1440, il est dit que 
cet acte est scellé * de nostre scel de chambre. » Ms. Gaignières 155, 
2 e partie, 1° 39. Le sceau qui pend à cet acte est le sceau rond ou 
moyen, que nous venous de décrire. 11 est nommé scel de chambre 
probablement par analogie au sceau, secret ou particulier, dont les 
rois de France faisaient usage, et qui se conservaient dans la chambre 
du roi , entre les mains du premier gentilhomme attaché à ce service. 

Le troisième était un signet. Une autre quittance du même recueil, en 
date du 31 janvier 1431 (n. s.), donnée à Rouen par Cauchon, pour 
cinq mois de sa pension comme conseiller du roi d'Angleterre, était si- 
gnée de son « seing manuel et signet » {Ibid., fol. 63). 

Le signet de P. Cauchon nous a été conservé : il se voit notam- 
ment sur un acte du 10 octobre 1435, ms. Gaignières 155,, 2 e partie, 
f° 31. Ce petit sceau* est en cire rouge, et présente un cachet, ou 
centre rond , accompagné de 4 pointes irradiées selon la coutume. 
La figure consiste en un écu à ses armes. Soutenu, en cimier, par 
un ange ? qui tient une palme ? de la main droite, et une rose ? de 
la main gauche. — Endommagé. 



INTRODUCTION. 



JEANNE DARC : SES VISIONS; SES PRÉCURSEURS; 
SES ÉMULES. 

La figure de Jeanne Darc se détache, dans l'histoire, avec un 
caractère extraordinaire et une originalité qui lui est essen- 
tiellement propre. Ce caractère distinct, individuel , on ne 
saurait l'en dépouiller, ni même l'altérer, sans fausser la vé- 
rité historique et sans défigurer ou mutiler le modèle. 

Mais la grandeur de Jeanne Darc, qui s'accroît à mesure 
qu'on la connaît mieux et qu'on y voit plus clair, est du do- 
maine de l'histoire. Or l'histoire ne vit que de vérité. La 
fiction, le surnaturel, n'entrent pas dans ses attributs ni 
dans le domaine de sa compétence. L'historien n'est pas un 
révélateur qui s'adresse à la foi. Il ne triomphe pas, comme 
le poète ou le romancier, par la magie des illusions. Loin de là : 
il est tenu de justifier toutes ses assertions. C'est pour lui 
surtout qu'existe cette maxime : « Le sage ne dit rien qu'il ne 
prouve. » 

Homosum et nihil humant à me alienumputo. 

En ce qui concerne Jeanne Darc particulièrement, le ro- 
manesque, le poétique, le sublime, le merveilleux, se com- 
binent avec le réel, dans une proportion unique ou exception- 
nelle. Elle touche, par l'impression qu'elle cause, par la sym- 
pathie qu'elle excite, par la lumière qui rayonne d'elle, aux 
limites extrêmes de l'histoire. Mais elle y vit en plein. Un pas 
de plus, le roman commence, et le principal charme est dé- 



XI? INTRODUCnOW. 

irait Noos rélevons, dans nos sympathies, au-dessus de tout 
autre type, précisément parce qu'elle appartient au domaine 
de l'histoire , qui est le domaine du vrai. 

Un point capital, qui domine la vie de la Pucelle, et qui 
tout d'abord, quant au vrai, frappe les yeux de la critique 
rationnelle, ce sont ses visions. C'est là, il faut l'avouer, une 
question délicate, et difficile autant qu'importante; si difficile, 
que les historiens, et à leur suite l'opinion publique, ne se 
sont pas encore là-dessus mis d'accord. 

En quoi consistaient exactement ces phénomènes intui- 
tifs? Dans quel sens précis faut-il entendre à cet égard les 
déclarations mêmes de l'héroïne, et qui ne sont nulle part 
plus authentiquement posées ou énoncées que dans la pièce 
judiciaire que nous publions? Où finit chez elle, chez la décla- 
rante, le vrai? Où commence l'illusion? Ce sont là des ques- 
tions que j'ose caractériser du nom de formidables. 

Mais en présence des énigmes, des difficultés les plus ar- 
dues de l'histoire, la ressource suprême c'est le sens com- 
mun* Nous y aurons recours. 

Jeanne Darc, quelque émineo te qu'elle soit — et unique, — 
n'est pas hors de toute analogie, de toute tradition, de tout an- 
técédent. Pendant la durée entière du moyen-âge, la foi, le 
merveilleux, le miracle, ont tenu la place de la science, qui alors 
était à naître; de l'instruction publique, qui n'existait pas. 
Durant toute cette période, une suite non interrompue de 
voyante se sont posés comme intermédiaires entre Dieu et 
l'humanité. 

Quelques-uns, plus maladroits, plus effrontés, ou plus 
coupables, ont été punis par le supplice du feu, ou du 
moins par l'insuccès. D'autres, en grand nombre , animés 
souvent d'intentions très-droites, ont été admirés, obéis, 
glorifiés et rangés au nombre des saints. Voilà qui est élé- 
mentaire pour quiconque a étudié l'histoire du moyen âge. 
Mais ce qui est moins connu, ce sont les analogues, les pré- 
cédents immédiats, qui forment la série de ces personnages 
inspirés dont Jeanne Darc est le terme ou le type, culminant 
et incomparable. 



JEANNE DAAC : SES VISIONS, ETC. :XV 

Nous avons donc pensé qu'il pourrait n'être pas inutile et 
sans intérêt de joindre à ce document judiciaire, et comme 
introduction, une élude spéciale et quelque peu approfondie, 
quoique succincte, sur la série des personnages auxquels il 
vient d'être fait allusion. 

Cette série sera disposée naturellement par ordre chrono- 
logique, en prenant comme terme et comme principe de clas- 
sement la mort ou la fin connue de ces précurseurs. Le pre-r 
mier des individus quç nous y avons compris, date du règne 
de Charles V (mort en 1380). Nous l'avons considéré comme 
le plus ancien de ceux qui avaient pu transmettre à la géné- 
ration de Jeanne Darc (née en 1412), un souvenir immédiat, 
ou l'influence d'une tradition actuelle. 

Ces personnages sont, les uns des hommes , les autres des 
femmes. Sans négliger les premiers, les secondes ont obtenu 
la plus grande part de notre attention, comme offrant une 
similitude plus directe et plus sensible. A côté d'individua- 
lités respectables et d'un ordre parfois élevé, nous n'avons 
pas craint de placer des intrigantes et des créatures ineptes, 
comme le petit berger. Il nous a semblé, en effet, que l'abus, 
n'offrait pas ici un enseignement moins instructif que Pusage. 

Ainsi, par exemple, on s'explique par le succès des voyantes 
antérieurement acclamées le crédit sur lequel Jeanne Darc 
dut compter dès le début de sa carrière, et qu'elle obtint de 
la part de ses amis et admirateurs. Mais, d'un autre côté, on 
comprend que ses ennemis la rangèrent au nombre des sor- 
cières, en se reportant, par analogie, aux intrigantes ou au* 
effrontées qui avaient été précédemment condamnées. 

Après les précurseurs ou précurseresses, nous avons com- 
pris dans notre cadre les imitatrices ou concurrentes , car il y 
en eut un certain nombre, et enfin cette triste et dernière 
classe : les parodistes et les charlatans mâles ou femelles, 
qui exploitèrent audacieusement le souvenir, la renommée 
encore vivante pour ainsi dire, de l'héroïque martyre. 



XTî INtRODCCTKMf* 

I. 



&. — (Ayant 1380). 
[Extrait de U fît* Chart* F, par Christine de Pitao. ] 

Comment le roy Charles envoya querre (1) une bonne dame de 
três-esleue (2) vie. 

Comme dît est, le sage roy Chartes, qui en vertu se délictoit, [et] 
tontes gens virtueux, de quelque estât qu'ils fassent, amoit et hon- 
nouroit,oy dire que à La Rochelle avoit une saincte dame de très* 
eslue vie et singulière en dévotion et discipline de vivre. Et mes- 
mement tel degré avoit jà acquis devers Dieu, de ce que de grant 
affection requéroit, que on s'apercevoit que il luy avoit octroyé, et 
que moult avoit de belles révélations de Notre-Seigneur. 

Le roy, par message sou fusant, manda par grant prière à ceste 
bonne dame, laquelle estoit nommée dame Guillemette de La Ro- 
chelle , qu'elle voulsist venir à Paris et que moult volentiers la ver- 
roit. Celle y vint; le roy la receupt à grant chière, à elle parla 
longuement , et moult prisa ses dévotes et humbles paroles , son 
simple maintien et tous ses faiz, et affectueusement la requist que 
elle priastDieu pour luy ; à laquelle chose tout se deist elle (3) non 
digne d'estre exaulsée , s'offry de bonne voulenté . 

La garde et administration de ceste bonne dame fu commise à 
celluy Gille Malet (4), dont devant ay parlé, avec sa femme, en son 
bostel. Le roy luy fist faire de beauls oratoires de bois en pluseurs 
esglises, où d'estre longuement avott dévotion; comme à Saint- 
Marry (Saint-lferry) sa paroisse , aux Augustins, et ailleurs. 

Car moult estoit femme solitaire et de grant contemplation; et 
tant que j'ay oy recorder à gens dignes de foy, que, en sa contem- 
plation, on Ta aucunes fois vene soulevée de terre en l'air, plus de 



(i) Quérir, chercher. 

Ci) fine , distinguée. 

|3) Tout en te disant 

(4) ConseiUer do roi, garde de sa librairie, etc. Sa sépal tare et celte de » femme, 
Nicole de Cbambly, subsiste encore à Soby-soos-Êtiole. Yoy. Mm§mù* pitto- 
resque, 1861, p. 173 et 23* 



ERMÎNË DE ËEÎMS. XVlî 

deux piez. Le roy l'avoit en grant révérence et foy en ses prières, 
qu'il tenoit qu'elles luy avoient valu en certains cas. 

Item Messire Burel de la Rivière (l)ne pouvoit avoir enfans de 
sa femme qui à droit terme venissent (2) ; de ce, luy et sa dame se 
recommandèrent aux prières de ceste dame ; de laquelle chose, pour 
leurs enfans, qui puis vesquirenl (3), avoient foy quec'estoit parl'im- 
pétracion de la bonne (4) femme (5). 

IL 
Gratine «le Reims. — (1340-1396.) 

Ermine était née en Picardie, vers 1340. De très-humble 
condition, elle avait épousé un pauvre homme nommé Re- 
gnauld. En 1384, elle vint, avec son mari, se fixer à Reims. 
Regnauld, âgé de soixante-douze ans, était infirme et inca- 
pable de subvenir à ses nécessités par le travail. En été , sa 
femme allait dans les champs couper de l'herbe. Elle cueil- 
lait aussi , dans les pâtures et les marais , d'autres plantes de 
peu de valeur, qu'elle vendait en ville. Telles étaient les fai- 
bles ressources, à l'aide desquelles les deux conjoints pour- 
voyaient à leur subsistance. Regnauld mourut peu après 
1384, laissant Ermine âgée de quarante-six ans (6). 

Quelques amis et parents de la pauvre veuve lui conseillèrent 
de retourner en Picardie. Mais Ermine avait pour confesseur 
un religieux de l'ordre du Val des Écoliers , nommé Jean le 
graveur, et sous-prieur du couvent de Saint-Paul à Reims. La 
dévotion de la pénitente avait excité l'intérêt de ce religieux, 



(1) Ou Bureau de la Rivière, premier ministre ou favdri du roi. 

(2) Qui v lussent à terme. 

(8) Et comme depuis Us eurent des enfants viables, ils avaient, etc. 

(4} Bonne est pris ici dans un sens relevé. 

(6) Voyez l'abbé Lebeof, Dissertations sur r histoire ecclésiastique de Paris, 1743, 
in- 11, t III, p. 259 à 261. — Christine de Pisan, Le livre des faix et bonnes 
mœurs du sage roy Charles V, livre III, chapitre XXII, édition du Panthéon , 
p. 288. 

(8) Historia satis mirabilis Christi valdèfidelis ancille Ermine; manusc. latin 
18,782, olim Harlay 479, Bibliothèque impériale, fol. 4, >•• 

JEANNE DARC. b 



l 



xvm IHTBODCCTION. 

qui la retint à Reims et loi procura an logement situé en face 
de son église (J). 

Eimine avait atteint cette période critique de l'âge qui chez 
les femmes change le cours de leurs affections, sans diminuer 
leur sensibilité naturelle. Elle était entrée dans l'état de vi- 
duité, que l'estime pùbHcJûë au inoyen âge plaçait morale- 
ment à un rang intermédiaire entre le mariage et le célibat , 
entre la vie laïque, ou profane, et la profession religieuse. La 
piété d'Ermine s'accrut et même s'exalta jusqu'au plus fer- 
vent ascétisme. Ici nous croyons convenable de céder la pa- 
role à l'un des précédents historiens ou hagiographes d'Er- 
mine (2). 

Des apparitions qu'eut une simple femme nommée Ermine , et ce 
que Gerson en a escrit sur le dessein qu'on avoH de les publier. 

Cette femme , de petite fortune., mais riche en dons du ciel , ayant 
coulé quelque temps dans le mariage, avec un nommé Regnault, 

(1) Ms lat 13,781, ibid. 

(2) La vie d'Ermine de Reims fat d'abord écrite en français, par son confesseur, 
d'après une, sorte de journal, tenu dn vivant même. de la pénitente. L'auteur, dési- 
reux de glorifier son héroïne sur un théâtre plus étendu , traduisit ce mémorial 
en latin. L'œuvre fut alors apportée a Paris, pour être soumise. a fexamen de cé- 
lèbres théologiens ; puis renvoyée à Reims , par devers l'auteur, qui en fit alors 
une nouvelle transcription , augmentée de la réponse des docteurs. Le, ms. lat. 
13,782, écrit au quinzième siècle , parait être l'exemplaire ou l'un des exemplaires 
originaux de cette transcripUon , ou édition- nouvelle. 

X* Fie d'Ermine rentra dans l'ombre Jusqu'au, dix-septième. siècle. A; cette épo- 
que, un hagiograpne connu 9 le R. P. de Foigny, docteur de Reims, la tira de 
cette obscurité. 11 traduisit de nouveau en français l'œuvre du quatorzième siècle, 
et la fit imprimer sous lé titre sufvant : Les merveilles de la vie, de* combats et 
vittoire* d'Ermine* çUayenne de /ty'mc, ...; Reims, 1648, Cous avons fait de vains 
efforts pour nous procurer la communication d'un seul exemplaire de ce livre , 
devenu, à ce qu'il parait , introuvable. Mais, indépendamment du inanUscrif ori- 
ginal , D. Marlot, grand prieur de Saint Nicaise et contemporain de Foigny, nous 
a laissé dans son grand ouvrage sur la métropole religieuse de la seconde Bel- 
gique ce que j'appellerai une troisième et dernière édition de cet opuscule. L'au- 
teur de Y Histoire de Reims a consacré un chapitre entier de cette histoire ( le 31 e 
du livre XI ) à la mémoire d'Ermine. Ce jrfiapitre * aï nous en Jugeons par le ms. 
de Hariay, nous offre à la fois un résumé fidèle et de. l'oeuvre primitive et de l'édi- 
tion publiée en 1643* Voyez I). Marlot, histoire de la ville, cité et université de 
Reims, édition de 1846, in-4°, tome IV, pages. 131 et suiv. Nous emprunterons donc 
les propres termes.de D. Marlot et nous extrairons ci-après de son œuvre les prin- 
cipaux traits de la vie religieuse d'Ermine. 



ft 



ERM1NE DE REIMS. XIX 

dont le surnom est inconnu, s'addonna tellement à la dévotion 
après^sa mort, sous la conduite, du sous-prieur de Saint-Paul, son 
direcfeu,r, que .c'est merveille pie lire \e$ assauts.a.u'elle sprint et 
la victoire qu'elle remporta contre les démons, qui s'efforçoient, par 
milte spectres visibles et cris épouvantables , de la traverser dans 
ses exercices. , ti ,...,. v , . 

On rapporte qu'elle avoit coustume de se lever tous les jours à 
minuict pour ouïr chanter les matines, ouvrant sa fenestre, qui 
resppndoit vers l'église dé Saint-Paul, 'et de passer le reste de .la 
nuict en prière et méditation; qu'elle estoit perpétuellement cou- 
verte d'une haire et ceinte sur la chair de deux cordes de crin de 
cheval avec plusieurs nœuds. Elle s'addonnait aussi au jeusne, à 
l'obéissance , au mépris du monde et à toutes les macérations des 
plus rigoureux anachorètes , fréquentant les sacrements avec une 
si profonde humilité , que son directeur en estoit r#vi. 

Ay^nt passé près de quarante-cinq ans (4) dans les pénibles exer- 
cices d'une très-rude et continuelle pénitence, approchant de la fin 
de ses jours, Dieu voulut éprouver sa fidélité, permettant aux dé- 
mons de l'affliger au corps et en esprit, comme furent autrefois 
Job, saint Anthoine et quelques pères de la Thébaïde. 

Ils l'attaquèrent donc l'un après l'autre, prenant d'horribles figu- 
res, d'hommes, de femmes, de géants,, de nains, de lions, d'ours, 
de serpents et de dragons jettant feu et flammes par la bouche, par 
les jeux, et faisant mille, postures pour l'effrayer par des rugisse- 
ments et autres cris d'animaux hideux. Puis, changeant d'artifices, 
ces. lutjns prenoient tantost la forme d'un ange ou d'un saint per- 
sonnage revestu en prestre,. pour la décevoir par la feinte de quel- 
ques éclatantes apparitions., et tantost la formç de cavaliers armés 
de pied en cap : l'ayant une fois transportée la nuict dans le bois de 
Nanteuil, où, elle se trouva au mitièu d'un escadroij de ces esprits 
damnés ,. qui faisoienVretentir mille trompettes, et une autre fois 
sur le.ioict de la nef de l'église de Saint-Paul, la surhaussant en 
l'air avec d'horribles menaces, liais comme elle avoit continuelle- 
ment recours à l'assistance du ciel, par l'àdvis de son confesseur, 
aussi fut-elle consolée de temps en temps par la visite des bons 
anges et des saints tutélaires. Mesme, pour la fortifier davantage 
dans les vérités de la foy, Dieu luy fit la grâce de voir des appari- 



ât) Ifrpits cette donnée,, les austérités d'Erable auraient remonté à l'époque où 
celle-ci éUtt âgée d'environ dix ans. 

à. 



XX INTRODCCTlOK. 

lions miraculeuses au saint sacrifice de la messe, et d'entendre, 
l'espace de cinq heures, la nuict devant la feste des apostres saint 
Pierre et saint Paul , les célestes esprits chantant mélodieusement 
en l'église du Val-des Escoliers. 

Elle eut un jour le bonheur de voir son fidèle conseiller, saint 
Paul le simple, changé en un globe de lumière au dernier adiet 
qu'il luy fit ; et la nuict veille de l'Assomption de la Vierge, priant 
à genoux devant sa fenestre, qui luy donnoit veue du costé de saint 
Paul, elle apperçeut deux voyes très-lumineuses qui alloient de la 
terre au ciel, le firmament revestu d'une beauté extraordinaire , la 
clarté des estoiles incomparablement plus grande que de coustume, 
et environ la minuict, le ciel s'estant ouvert par un redoublement 
de clarté , une dame vénérable , accompagnée de deux anges , des- 
cendit vers elle, ayant un manteau de drap d'or sur ses espaules, 
et le chef environné d'une couronne si resplendissante , qu'à peine 
pouvoit-elle les envisager pour les rayons qui en rejaillissoient ; si 
bien qu'elle demeura toute interdite. 

Mais la dame, la resseurant, luy dit, d'une voix douce et har- 
monieuse : « Ermine, ne crains pas; je suis Marie, la mère de Jésus. 
Si tu es ravie de ce qui se présente à tes yeux ; si tes sens, ton esprit 
et ton cœur sont touchés maintenant d'admiration , sçache que 
c'est peu de chose en comparaison des douceurs et des merveilles 
du paradis. » 

Elle ajouta encore d'autres paroles pour la consoler, puis disparut. 

Ermitie, considérant ces mystères avec attention , et estant sur- 
prise de la médodie des voix et de la suavité des odeurs (1) qui con- 
tinuèrent encore depuis que la Vierge se fut retirée 

« Enfin la bonne et vaillante Ermine, ayant esté esprouvée 

comme l'or dans le creuset , et passé ses jours dans un merveilleux 
meslange d'angoisses et de corisolathns, trouva dans l'exercice de 
ses charités une occasion qui luy ouvrit le passage à la bienheureuse 
éternité : car ayant assisté jusqu'à la mort et enseveli une femme 
qui mourut de contagion , elle s'en sentit frappée le dimanche de 
l'octave de l'Assomption Notre-Dame. Dans cet estât, elle désira 
recevoir les sacrements de l'Eglise , pour s'armer contre les derniers 
assauts de Satan ; mais Dieu luy fit cette grâce de l'affranchir des 



(I) La Pucelle, a interrogoée se saintes Katherine et mrgoeriXefleuroient bon , 
respond : il est bon à sçavoir, et sentaient bon. »( Ci-aprês, p. 118. ) 



ERMINE DE REIMS. XXI 

terreurs à la closture de ses jours, puisqu'elle avoit tesmoigné tant 
de courage à les surmonter pendant sa vie. 

Elle fut visitée de personnes de toutes conditions, qui furent tes- 
moins des dernières actions de sa vie. Ce n'estoit qu'extases, ra- 
vissements, allégresse et louanges, comme si elle n'eût ressenti 
aucun mal; et pendant que son cœur s'épanouissoit à la veue des 
portes du ciel, sa belle âme se détacha des liens de son corps, pour 
jouir de la béatitude, le 25 e aoust 1396, trespassant dans les joies 
et les douceurs, à pareil jour et heure que son doux Jésus avoit 
expiré sur la eroix. Elle fut enterrée dans la nef de l'église de Saint- 
Paul du Val-des-Escoliers, près du grand portail d'en bas, où est à 
présentie chœur des filles; et fut posée sur sa sépulture une pe- 
tite tombe de pierre blanche, où sa figure est gravée avec cette 
inscription : 

L'an mil trois cent quatre-vingt-seize, 

jour saint-louis, 

mourut ermine, 
Merveilles vît, 
et fut cy-mise (1), » 

D'après le même récit, Ermine après sa mort apparut à une 
petite fille qui était malade. Ainsi commençaient les mira- 
cles qui, dans les vies de saints , servent en quelque sorte de 
•préliminaires indispensables à tout procès de béatification. 

Jean le Graveur, en de telles conjonctures, prit conseil de 
Jean Morel, prieur de Saint-Denis et pénitencier de l'église 
de Reims. D'un commun accord , ils envoyèrent à Paris le 
mémoire en question pour qu'il fût examiné. L'illustre Ger- 
son, qui plus tard devait être également consulté sur la mo- 
ralité de laPucelle, était alors chancelier de l'université. A 
cette époque (vers 1396) il jouissait déjà d'une haute re- 
nommée comme théologien. Il s'adjoignit Pierre d'Ailly, 
grand maître de Navarre et depuis évoque de Cambray, car- 
dinal, etc., ainsi que plusieurs autres grands théologiens et 
jurisconsultes. 

[i) Voir en tète du ms. 13,782 an informe croquis, ajouté an seizième siècle» 
qui représente la dalle tnmnlaire d'Ermine. Elle y est figurée , en pied , ainsi que 
son épitaphe , où on lit 1395 et non 1396. 



XXII IHTRODUCTIOII # 

La réponse de ôerson nous a été conservée (!). « Il n'y a 
rien, dit- il, dans ce livre qui soit contraire à la foi... Mais 
plusieurs faits peuvent être interprêtés autrement que* par. le 
miracle. » En conséquence, et attendu l'incrédulité obstinée 
de certains esprits de ses contemporains, il copseille à l'au- 
teur de ne pas publier, quant à présent» son ouvrage (2). 

Le confesseur d'Ei-mine* et le pénitencier >de Reims se sou- 
mirent à l'avis dndoeteur parisien. Ils s'abstinrent- de donner 
suite, Quanta lar mémoire de fa pénitente, aux desseins, pins 
ambitieux /qu'Ile avaient conçus. Aucune trace de canonisa- 
tion, ni de miracles ultérieurs, ni dç culte public proprement 
dit, relatif à Ermine de Reims ne nous est fourni par l'his- 
toire (3). • » 



m. 

m 4e Slllé-le-Ciaïllaiiiite, «te assit Satnte- 
<Ieanne-Marle de Maillé. ~ ( 1332-1415. ) 

Cette dame appartenait par sa naissance à la haute noblesse 
de France. Son père se nommait Hardouin VI de Maillé et sa 
mère Jeanne de Montbason, fille de Marie de Dreux (4). Ces 



(1) *ày. Jwditbtm de vita sancté Hermine, dans Gersonii Opéra xmnia. An- 
vers, 1706, in-foL, L I, p. 83. 

(2) « Tarn ob pravam eruditionem multorum in sacris scripturis et hfstoriis, 
quam propfer obstlnatam quoromdam incredulMatem et duram cervicem , non ex- 
pedit passim et ajeneraliter hone libellum modo pablieare. » D. Marlot , ibid. t 
p. «8. 

(3) Noos trouvons en « 1457 une nommée Ermine Valencienne, condamnée à 
être enfonie tonte rive sons le gibet de Paris pour ses démérites ». ( Comptes de 
la prévôté dans Sauvai, Antiquités de Pari» , t. 111, p. 357.) Ce prénom pourrait 
avoir été emprunté à la recluse de Reims. Car il n'y a pas d'antre sainte Ermine 
qui ait été canonisée. Claude Cbastelain l'admit avec le titre de bienheureuse dans 
son marfyrûloge universel, dont fa première édition ttt'de 1709, in4VLes'3ol- 
landistes, pins sévères , ont exclu Ermine de la liste des saints authentiques* Ils 
loi ont même contesté le titre de bienheureuse, en lui décernant seulement avec 
beaucoup de zèle et de sympathie celui de vénérable. Bolland., ad SS. mens, Au- 
?«*&, tome V, (1744), page 5, D— IV • • - 

(4) Jeanne-Marie de Maillé ne figure pas dans le père Anselme , ni rfans les di- 
dlvers documents généalogiques, relatifs à cette famille, que nous avons consultés. 



LA DAME DÉ SILli-LE-GtJILLAUME. XX III 

deux familles se distingaèrerit dans la guerfë de Cent ans par 
leur attachement à la cause royale ou nationale. Mais ces tra- 
ditions politiques eurent peu de part,' comme on verra, aux 
actions de la dame de Sillé, qui ne fit pas servir aux intérêts , 
positifs.ou. temporels , de ses contemporains les qualités mo- 
rales dont elle était douée. .. , . ... , 

Ce que noug ^avans de ^etfe pieuse persoane est tiré d'u» 
mémoire, ou panégyrique, dressé par Frère Martin de Boi&-> 
Gantterv soB>coûl3ess&tMV et rg&rdi/m.oti ckef defr copdelier&.da 
Tours. Ce mémoire tendait à obtenir finalement du- pape la 
canonisation dé la dame de Sillé. Nous enipiiïnterohs exclusi-* 
vementà cette notice lès traits nécessairës'poûr esquifesér la. 
vie et le caractère du personnage. Nous nous Horrierotis à'éo-^ 
pier ou abréger Thagiographe , en lui laissant le mérite comme 
aussi la responsabilité de ses appréciations (I).. V 

La bienheureuse ou vénérable donf nous parions était née au 
château ,dç la Roche Saint-Quentin, près de Tours, le 14 avril 1332. 
Elle ; reçut au baptême le norçi de Jeanne et à. la confirmation celui de 
Marie. Agée de six ans,. elle commença çle niener une vie contenir 
plative. Toute jeune, elle ( quittales vêtemeqtsde son rang, qu'on lui 
donnait, pour revêtir des habits de pauvre fille. Elle étudiait dès 
lors pour former son instruction, et à dix ans elle lisait, d'une manière 
aisée et experte, dans les livres français. A l'âge de onze ans, elle 
vit eq. songe la Vierge mère de Dieu, qui lui apparut accompagnée 
de son fils. La Vierge tenait en sa main un encensoir, rempli du 
sang de Jésus-Christ et encensait Jeanne, de cet instrument. Jeanne- 
Marie ne se glorifia pas d'un tel honneur. Mais elle fit peindre su? 
parchemin une image du crucifix, qu'elle portait entre sa poitrine 
et ses vêtements, pu parfojs élevée dans ses mains (2). 

(i) La notice de la Vénérable J.-M. de Maillé se trouvé dans la collection' des 
Bollandtotes, au tome 111 du mois de mars et au: vingt-huitième Jour, de ce mois, 
édition Palmé-Carnandet, 1865, in-fol., p. 733 etsuiv. Feu Monteil possédait un exem- 
plaire de r « Enqueste sur ta vie et les miracles de la dame Marie de Maillé pour 
sa canonisation , faite à la demande de Jacques de Bourbon ( mort en 1438- ) et dû 
gardien des cordeliers de Tours ; ms. original sur vélin , I vol. in-fol. cartonné ». 
Voy. Monteil, Traité des matériaux manuscrits, 1836, in-8°, p. 198.' Quelques do- 
cuments analogues au précédent, ou extraits du précédent, ont été recueillis par 
Dora Housseau, dans le tome XXIII de sa collection, ms. page 77 etsuiv. Voy. aussi 
W Piolin, Histoire de l'église du Mans, t. V, in-8% 1861, p. «et suiv. 

(2}£d. Palmé, page 734, F. Jeanne Darc à ses derniers moments plaça entre ses 



XXIV IlfTRODTJCTIOlf. 

Lorsqu'elle parvint à sa douzième année, âge légal (au xv e siècle) 
du mariage pour- les femmes, ses parents, qui la destinaient 
au monde , voulurent lui donner un époux. Mais Barthélémy de 
Montbason, homme probe et dévot, s'entremit providentiellement 
dans cette affaire. Jeanne avait eu pour compagnon d'enfance Ro- 
bert de Sillé-le-Guillaume, gentilhomme du Maine et seigneur de cette 
terre. Robert, près de se noyer dans un étang, s'était v u redevable de 
la vie aux prières de sa jeune compagne, qui l'avait ainsi sauvé. Elle 
lui accorda sa main; mais bien résolue à garder sa virginité. Le 
soir de leurs noces en effet, lorsqu'ils furent seuls, ils se mirent à 
réciter dévotement la vie des saints et renoncèrent à toutes les con- 
séquences du mariage, y compris la postérité. Tout cela avait été 
fait d'un concert prémédité secrètement, entre l'aïeul, la fiancée 
et le fiancé lui-même (1). 

Jeanne, à la suite de cette union, devint éthique, phthisique et 
hydropique. Elle demanda non pas à la médecine mais au ciel sa 
guérison, et l'obtint. 

Robert de Sillé combattit à Poitiers, en 1 356, avec le roi Jean, contre 
les Anglais, et fut grièvement blessé. Durant la captivité du roi en 
Angleterre, le Maine fut envahi par l'ennemi; le château de Sillé, 
pris par Robert Rnolles (2) ; le seigneur, réduit en captivité et mis 
aune forte rançon. Détenu au château de la Gravelle, l'époux de 
Jeanne se vit privé de nourriture par son maître ou vainqueur, pour 
le forcer à se racheter. Pendant neuf jours, il ne but que son urine. 
Jeanne-Marie adressa de ferventes prières à Notre-Dame, et Robert, 
miraculeusement délivré, revint sain et sauf prendre possession de 
son manoir. 

Le seigneur de Sillé mourut en 1362. U fut inhumé en l'église col- 
légiale de Notre-Dame de cette ville. Jeanne, après ses obsèques, 
veuve et toujours vierge, fut évincée de sa propre demeure et dé- 
pouillée de ses biens. Elle se retira donc à Maillé, près de sa mère, 
qui lui apprit à préparer, suivant l'usage, des onguents pour les 



vêtements et sa personne une croix de bois , qu'an Anglais lai fit de deux mor- 
ceaux de bois et lui donna, sur le lien du supplice. 

(1) Suivant un autre auteur, le fait qui précède eut lieu Jeanne étant âgée de 
seize ans. 

(2) Fameux capitaine anglais : le texte l'appelle Robin Quenelle. Robert et Ma- 
rie figurent comme seigneur et dame de Sillé dans le cartulaire de Champagne 
(pays du Maine), sous la date du 4 avril 1359. E. Hucber, Notice tut Sillc-le Guil- 
laume, le Mans, 1855, in-8°, p. 19, 



LA DAME DE SIUB-LE-GUJLLÀUME. XXV 

blessés. Jeanne vaquait surtout aux oraisons. Un jour, comme elle 
priait dans la chapelle, saint Yve de Bretagne lui apparut, tout 
habillé de blanc. « Si tu veux, lui dit-il, abandonner le monde, tu 
connaîtras dès à présent les joies du ciel ; » et, la saisissant à bras, 
il l'enleva déterre. Jeanne, dans ce ravissement, ressentit comme 
un avant goût des délices du paradis (1). 

La veuve n'avait que trente ans ; divers partis recherchèrent sa 
main; son frère (Bardouin VU de Maillé) la pressa d'en choisir un. 
Mais Jeanne était fiancée à l'époux mystique : elle n'en voulut jamais 
accepter d'autre. Jeanne-Marie joignait à la prière les œuvres pies. 
Elle assistait à de nombreuses prédications, qui souvent avaient 
lieu en plein air, et les écoutait, humblement assise sur le sol, au 
pied des prédicateurs. Elle distribuait aux indigents des aumônes, 
des vivres, des électuaires, et à défaut de ressources matérielles, elle 
leur prodiguait de charitables démonstrations. Elle recherchait les 
malades, les lépreux, et parmi ceux-ci les plus répugnants, les plus 
abandonnés, pour les soigner de préférence. Elle portait une haire 
ou ceinture de fer hérissée de deux rangs de pointes et en outre un 
ciliée de crin de cheval, appliqués sur sa peau. Elle jeûnait presque 
sans interruption, pour macérer sa chair, et ce régime la fit re- 
tomber malade. Prête à en périr, elle adressa au fils de Dieu cette 
prière : « Faites, Seigneur, que je ne meure pas chargée des biens 
de ce monde, d'autorité temporelle et de possessions terriennes(2). » 
Après ce vœu mental, la vue, la parole, qui l'avaient quittée, lui 
revinrent; elle se fit servir un plat de lapin, etayant pris cette nour- 
riture, elle recouvra la santé. 

Excitée de plus en plus dans sa dévotion, Jeanne-Marie alla trouver 
l'archevêque de Tours, et fit vœu, entre ses mains, de chasteté per- 
pétuelle. Pour y mieux réussir, elle évita toute assemblée, tout con- 
tact du monde ; dormant à la dure tg réfrénant ses sens par une ex- 
trême sobriété de boire et de manger. Afin d'éviter la perte du temps, 
elle lisait dans une bible que la reine de Sicile, Marie de Bretagne, 
lui avait prêtée par charité, et dans les légendes des saints. Elle 
changea encore de vêtements; et, au lieu des habits du monde, elle 
prit ceux d'une solitaire : aussi rappelait-on par dérision Permit esse. 

Le démon, enneqti des bonnes œuvres, l'épiait. Un jour, durant 



(l) Et in raptu illo habuit de gaudib paradisi experleoUam non modicam. 
(S) Doctrine franclacaioe. 



Xtft INTRODUCTION. 

qu'elle priait éh la basilique <le Sah^-Maftin dèToùfs, fotk à éotip 
une femme .Me et faneuse, à la suggestion du diable, saisit une 
énorme pierre et la lança cruellement dans le dos delà sainte, age- 
nouillée ou prosternée. Jeanne> ainsi frappée , devint insensible; 
et pendant' une heûYe on la crut morte. Elle fut portée chez «lie 
par les soins de ses clientes, ou disciples en dévotion (f ), et la reine 
de Sicile lui énvbyàâbfc éhihi*£iferi, pourra visiter. 'Mais les teins 
étaient brisés, la substance des vertébrés détruite : le chfrurgièTi 
la dëckfta in éUfable. Toutefois, par fa gtfce du Médecin quïesta^ 
clëi;énë r gW*rît: Sèdîéi!lènt/eirè , c , ôta3è'rva "toute sa viéutiè débltVtlë 
lôcatëde làc^lohiievertébiàlej'offrant une eâvité dé la grosseur (FWi 
cfeuf ; maïs sa taillé détiféurâ droite, et elle ne perdit "Wetf de 'àbb. 
agilité, au Rapport ctë personnes qui la Virent et ^âty^rftv' •• ^'>*'' 

Fidèle au Voeu Qu'elle avait formé, la dànîe de Sfllë coihnVeâfc'à 
pardonner, sous forme d'acte authentiqua, aux etiartrëùxdà Ligët^ 
sbtt manoir natal des Roehés •Sîii'nt-Qû'eiilin: Pûfé, enp ! ^ése!^e ; '#è 
son frèré^ eîfe fit' l'àbâridon dlê tous'sés autres' biens bërédftaftfô 
et de tous ses droits, titres,- ou" prétentions à son patn moin e. r 'Céïa 
fait, elle quitta' sa famille ainsi que la maison paternelle^ et, ?eve^ 
nânt à tours dartslèplus niiséràbTé état, elle se logea 'eiî î pVetdifeî' 
lieu, à loyer cbez un bbiirgeolsi et vécut de mendicité^' L"ê 5? pï#- 
priétaire n'étant pàY payé d'elle la efcâssà assez durement de sa 
maison, au bout de quelques' années. JeânÀé, M àins , ï dëli'vrte de^lotft 
souci mondaifi, se mit à errer; visitant les égiîses/lèkflieux samte 
pout gagner les' indaïgerices. Sc^trventlë j^ut toihbaft'ëtlà ^rBtfvâit 
encore à jeun ; alors elle tendait la mairi aux p&ivreV; c'a* 4 tes$%tt£, 
lés personnes dé 5 fedtii'a'ng avaiè'ntronlpu àVèc telfe'l C*ést airiél^if elle 
éetiobi+issàlt,|)ai'ch8iî^té^côàcbarit i danà dés tfédtiits ènfciiïri^]stfbk 
d'eg hangards' 6ù dès* porcs èï dés chiens Jetaient parfois iettiisëè.** 

Un jtmr dé Pâques 5 , compiles étaient déjà dîtes, et, à cette^eiïrè 
avancée dans ce jour 5 de fête et de gala, ta fille dèS Montbàsôïï ërdtës 
Maillé ti y aviit pa^s reçîi de quoi manger. En cette extrémité, une'Te- 
lîgieuse dé Bèautàont, qui s'était liée avec elle; là rarâeha ^do- 
micile* 6ù 'Jeanne avait dé'jà logé. La sainte dame s'ehtretiiit à 'pour- 
suivre, par les placés et dans les rués 1 , lés femmes* de mauvàfëe 
vie, qui pMùra&nt atours, âfirf'dè lés Féîdrhiek Uriê d'ëïtéfs, qu'elle 
maria à Bourges, lui voua de ce bienfait une constante- gratitude* 



(I) «Per sibi devotas» (737, E ). 



LA DAME DE SILLÉ'LE-GUILLAUME. XXVII 

Jeanne-Mârîë^tttra enstiitè ît l'hospice de fôtirs,' cfôtemé servante. 
Parmi les malades à qui elle donnait ses humbles soins/ se trou- 
vait un fiévreux, qui désirait ardemment et demandait l du raisin. 
La 9ainte n'avait qu'un denier.-Ellé sttrt, va sur fe marché'; achète 
du raisin et le donne au malade. L'effet de de laxatif Tut tel que le 
lit du fiévreux en fut tout souillé. Irritées^ les autres servantes, 
s'ameutèrent contre la sainte et l'expulsèrent? dé? l f host$icël : * f 

Ainsi dépourvue d'asile> Jéarinè-MâWé erra j dé Nouveau.' De 
plus en- plus exaltée pat* la mâcéïatio'nVdans bet état d'aséétismtf, 
elle doinhiaU fiâ'Vïë àhfniàlë; rèdùïsàftt s'és 1 fonctions'àd miiïimuih 
du possible ; vàgùiant,' le jour, de moiitiêr en nîotftier, y couchant 
la nuit; se plaisant aux lieux déserts; mendiant rhoéfiitalîté chè^z 
lès porcbert désâ ïâffilfeydînarit'avéc la tablé; 

cher le cocher de sà n raèrè, qui conduisait là litière à éhèvaûxde 
Jeanne *dë l Monffiàsbri. Elle vivait' soient d'ëàû 3aumàlirè et 'de 
fruits sauVagès : mais' une! vie spirituelle FenÛamm'âit et l'illumi- 
nait. Elle était fréquemment ravie en extase ; consolée de radieuses 
visions; honbrée personnellement dé mîràcFes : comme dé changer 
l'eau qu'elle buvait en un vin pur et salutaire. Après avoir ainsi 
parcouru ces gîtes éphémères et fortoit^, elle finit par venir à Tours 
visiter les frères Mineurs, qui, sur ses ardentes supplications, "et 
après f àvôir consulté léiir prévincîal, coriséhtirent à lui donner asile 
dans lès dëperitdàn'cès dé leur couvent, a. titre d'hôtesse. :< 

L'éx^daine de Sïllé poussait lé renoncement éf là pratique des 
austéritéà' chrétiennes jusque exciter le dégoût de flflélqtftes'-èitts ^ l 
le dédain de ses proches. Mais ce genre de pratiques, universelle- 
ment-reconnu comme un attribut de sainteté, lui valait aussi l'àcl- 
miràtion etïa haute estime dé certains àppréciatèurs^faièTnë nota- 
brêùx eï très-haut placés. Louis I e *, duc d'Anjou,' Toi dé Sicile, et la 
reine son épouse, Marie de Bretagne, ayant eu un fils, Jeanne-Marie 
de Maillé fut choisie, par ces illustres parents, pour lever cet en- 
fant sur les fonts du baptême. La martàine conserva très-activement 
près du royal filleul son office et son autorité de mère spirituelle, 
en le cathéchisant avec beaucoup d'influence et de succès, dès le 
berceau. 

Jusque là, elle avait scellé, pour ses affaires, d'un sceau aux armes 
de Maillé (ï). Mais une fois admise chez les franciscains, laissant 

(0 Fascé enté d'or et de gueules , qui est de Maîlté ; parti ou ecartelë d'or a sii 
lionceaux de gueules armés et lampassés d'azur, qui est de Sillé-Ie-Guillaumel 
Voy. Armoriai du Héraut Berry, 1866, in-à°, n" OT4 et é97.' •"-'••" s 



1 



XXVIII INTRODUCTION. 

aux vains cette vanité, elle quitta son sceau héraldique et s'en fit 
faire un autre, blasonné aux armes du Christ et orné des signe» de 
la Passion (i). 

On lui envoyait des douceurs alimentaires : elle les distribuait 
aux malades, aux vieillards, aux femmes en couche. Pour elle, elle 
vivait toujours d'aumône, mangeait du pain bis et des légumes crus. 
Elle assistait à tous les offices, à tous les pieux exercices. Lorsque 
son faible corps était réduit par la fatigue, et que les frères avaient 
quitté l'église, elle se couchait à cru sur la pierre du maître-autel et y 
passait la nuit. Priait-elle : elle appliquait sa bouche dans la pous- 
sière; en confession, elle se jetait de la terre sur la tète et se signait 
de terre au front. Elle s'agenouillait à nu sur le sol; si bien qu'elle 
avait à chaque rotule un durillon, comme les chameaux : c'est ce 
qui fut remarqué par témoins un jour que, par nécessité, il fallut 
lui laver humblement les pieds et les jambes. Avant de communier, 
ses macérations la faisaient pâle comme une morte; mais à peine 
avait-elle reçu l'Eucharistie, qu'enflammée de l'amour divin, sa 
face s'empourprait comme une rose de mai. Elle éclatait alors en 
hymnes délicieux et inspirés, ses yeux étaient inondés de larmes ; 
ainsi le prouvent des cahiers écrits de sa main et remplis de saints 
cantiques. 

Vêtue comme une pauvresse, certain jour, elle sortit delà ville 
et conduisit deux frères du couvent vers un ermitage des environs. 
Là, elle prophétisa plusieurs événements qui devaient arriver au 
royaume : que le roi de France viendrait bientôt, et par quelle 
porte. Quelques années plus tard, le roi vint à Tours. Au moment 
d'entrer, il changea son itinéraire et accéda précisément par la 
porte annoncée. La sainte eut pour introducteur le duc Louis d'Or- 
léans; elle alla trouver le roi au château de Tours, où il faisait 



(I) Jeanne Darc préféra égarement les symboles religieux qu'elle avait choisis aux 
armes héraldiques qui lui furent conférées avec l'anoblissement de toute sa famille. 
Le 29 avril 1866, MM. deMaleyssie frères m'ont communiqué en original la lettre de 
Jeanne Darc datée du 16 mars 1430* et publiée en facsimUé dans V Autographe du 
15 novembre 1864. Cette lettre a été scellée de cire rouge à l'aide d'un sceau rond 
ou signet à quatre pointes : ( en haut, en bas , à droite et à gauche ). Le rond du 
cachet parait avoir eu environ 0,i c. ou I c. 1/2 de diamètre. Ainsi était scellée 
aussi la lettre de Riom. Aucune trace d'armoiries. Ce genre de cachet, dit signet, 
était celui des gens d'administration et de plume. Jeanne employait probablement 
le sceau de ses secrétaires? Voyez ci-après pages 75, 85 et 86 ( trois notes ) et à la 
table ou index alphabétique, les mots : armoiries, cachet, etc. 



U DAME DE SlLli-LE-GtJILLAtJME. XXÎÏ 

sa demeure. Elle l'entretint longuement et secrètement. Trois ans 
plus tard, elle se rendit à Paris, rencontra le roi aux célestins, et eut 
accès auprès de Sa Majesté, dans son palais de Saint-Paul. Là elle 
conféra plus longtemps encore. Mais quant à ce qu'elle lui dit, le 
roi seul, après Dieu, en a conservé le secret. 

Quoique dénuée de tout bien, elle recevait de riches présents, 
qu'elle transmettait aux églises. C'est ainsi qu'elle donna au roi 
Charles VI une portion d'un vase ayant appartenu à saint Martin 
de Tours, en le suppliant de conserver ce fragment dans sa Sainte- 
Chapelle. C'est ainsi qu'elle orna de ses dons plusieurs églises et 
fit restaurer des édifices religieux, notamment ceux du couvent où 
elle était reçue. 

Jeanne-Marie fut également accueillie auprès de la reine (Isabelle 
de Bavière) et demeura toute une semaine auprèsd'elle. Durant le sé- 
jour du roi à Tours, la sainte obtint de lui la libération des prison- 
niers, condamnés pour crimes et quelques-uns à la peine capitale. 

Elle veillait à ce que les enfants ne mourussent pas sans baptême. 
Jeanne fit dire des prières pour la cessation du schisme pontifical. 
Elle enseignait à tous les louanges du Seigneur. Elle dressa même 
à cette intention une pie qui lui avait été offerte lors de son séjour 
à l'oratoire de Notre-Dame des Vaux de la Planche. Elle lui répé- 
tait : loué soit Dieu; et la petite bête, suivant partout la sainte pré- 
ceptrice, agitait sa tète en la voyant, et s'efforçait de redire sa pieuse 
leçon. • 

Enfin, après mains autres miracles ou actions de ce genre, elle 
mourut, le 28 mars 1415, âgée de quatre-vingt-deux ans. Aussitôt son 
corps, pur, sain, blanc comme l'albâtre ou l'ivoire, et toujours pourvu 
du signe virginal, resplendit d'une fraîcheur et d'une beauté juvé- 
niles. Le lendemain, elle fut inhumée en habit de Sainte-Claire, 
dans l'église des frères mineurs de Tours, qui étaient ses hôtes, et 
de jour en jour une multitude de miracles se prod uisirent sur son 
tombeau. 

Sa sépulture eut lieu devant le maître autel. Dès lors son image 
fut placée sur l'autel même et offerte à la vénération publique; 
vénération qui, du reste, pour elle comme pour plusieurs de ses 
contemporains (1), avait commencé de son vivant par la libre ini- 
tiative des fidèles (2). L'année même de sa mort une enquête pour 



(1) Exemple : saint Pierre de Luxembourg. 

(2) OUivIer Cberreau de Tours a écrit une chronique en vers intitulée Histoire 



XXX IOTEODUCTIOlf, 

sa canonisation s'ouvrit à Tours avec la permission de l'arche- 
vêque, uommé ÀmeU [de Maillé], ef. que nous croyons avoir été le 
propre frère de Jeanne-Marie (1). 

. Ces préljminairesde béatification se produisirent avec le concours 
de Jacques de Bourbon, roi ,de Hongrie,, comte de la Marche, etc., 
a,lliéiàla maison, d'Anjou, lequel ne mourut qu'en 1438. 

Parmi ]es témoins, qui prirent part à cette enquête, on remarque 
Yolande, d'Aragoç, qui habitait aloi? son palais royal à Tours, où 
le gardien dej cprdtflierç envoya, requérir sa déposition. La reine 
de, Sicile témoigna qu'elle et son mari ( Louis II, mort en 1417), 
avaient, grande conriancedans les mérites de Jeanne-Marie, à cause 
de sa sainteté; que dans leurs adversités ils avaient invoqué le re- 
cours de ses prières,, et, qu'ils .attribuaient à cette intercession les 
consolations qu'Us, avaient reçues, à, travers les épreuves de leur 
vie. EUe ajouta qu'elle-même* ve,rp 1414, étant malade du Âprion, 
affection alors régnan4e>Jtlle invoqua sainteJeaqne-Marie démaillé ; 
la vit en songe, >qui étendait sur sa tète malade sa robe ( à elle 
Jeanne), ou surtout de recluse; qu'elle (Yolande) toucha de sa tête 
le genpu de la sainte, et qu'elle recouvra ensuite par ce moyeji la 

santé,(?j,. ; iit ..;., ..*-.;* /'..*; "V ; ' "*\ 'j";.; ■ . v t 

Marie Chamaillait, duchesse d'Alençon et comtesse du Perche, 



£ts illustrissimes archevesques de Tours, etc.; Tours, 1654, in-4*. On trouve à la 
page 67. de ce^ ouvrage une mauvaise estampe, qui représente la bienheureuse 
Marie de Maillé et son neveu Simon de Maillé, qui occupa le siège de Tours de 
1554 à 1597. A cette époque , *>est-à-dire ver» 1654, désistait encore dés «tiquas 
de Jeaone Marie qui avaient échappé aux dest*«cUons «l'omets jle ce genre opé- 
rée* , à. Tours par ^es huguenpfs., Il existait aussj notamment deux exemplaires 
distinct» d'une effigie représentant la bienheureuse. ( Voy. bolland, loc. cit., 
p. 733. ) On a vu que dés le principe l'imagé de cette >Srsohne avait été- exposée 
sur Te Martre àutet.Xe tait, qui d'ailleurs* n'est point, il s'en faut, le 4eol.de. son 
espècey mérite .tfétre noté à regard de Jeanne parc, ou, tfola sjtatuette qui la 
représente et qui appartient à M. Carraad. 

. (I) Ce point est controversé. La plupart des historiens modernes et notamment 
le tome XIV du Gaitia chrisliana donnent à ratcbévéqtrë de Tourte nom é'A- 
meil ÙûbreuiLMato, sans entrer a cet égard damrtne discussion étendue, nom 
dirons-que pour nous cette dénomination est le résultat d'une méprise. Ameil 
DjgkreuU, aqditeuçdusaçr^ pa|ais à, ftorae et contemporain d' Ameil de Maillé, n'a 
jamais étp archevêque de Tours. Un rapprochement de noms dans les textes pa- 
rait avoir causé cette confusion. Voy. sur ce poivres mémôlréâ kànuscïfts 6> 
D. Housseacr, loco svpru citatott sur archevêques -ê& Tours^ et le père Anselme , 
généalogie des Maillé, 
i%) $d. Palmé, p v 7&S. 



LA GASQUE DÀVKHION. XXM 

écrivit prie lettre autographe, qtii figure également au texte de cette 
enquêter Cette dame était femme de. Pierre II et mère de Jean d,uc 
d'ÀÎënçon , si célèbre sous le règne de Charles Vil . Elle mourut en 
442)5. La duchesse d'Alençori tenait pour sainte sa cousine, ou alliée, „ 
Jeanne-Marie de Maillé, et la traitait comme telle. Elle attesta plu- 
sieurs miracles, qu'elle attribuait aux vertus de Jeanne-Marie. Elle 
mit an monde sa dernière fille en invoquant cette sainte le 28 mars 
14i4 (1), jour même où cette dernière cessait de vivre. Elle por- 
tait toujours sur elle dea onguents composés par Jeanne-Marie. En 
M9&U sojv fils* Jeaa, duc d'Alençon, alors âgé de vingt ans, avait 
m#aux t xeux,JJ û\ ttfage^e cet ongqçint^et.guértt» Ce. dernier, mi- 
rage est . rangé parmi les autres, et fait partie de la déposition 
écrite et signéie de la çlucbesse (2). . ... ' . u 

Yolande À'Àragon et Jeaa eue d'Alençon étaient donc par- 
faitement instruits de ce qui concernait Jeanne^Marie de 
Maillé. Tous deux furent au nombre" des personnes qui ac- 
coTdèféîit dëfc'lé prlhci^è OSuirte Dtfrc et' Çui* lut CîôfiVer- 
vèrent fidèlement un accueil et un concours sympathiques* 
""Ta canonisation authentiqué' de Jéanne-Màrie de MSîÏÏé toe 
fut jamais 'édictée par la cour SèRomê; mais, -aux termes 
d'une bulle dTfrbain Vlli; son culte fut toléré ainsi que pour 
une foule 1 d'autres biehhmreux, comme' étiaxà* consacré' par 
tinfe trâdttioh 'séculaire. :> ■'■ r » »- 

M^rte JIO«»tii on la Robine, «Ifie iMM»ï I* «a*«ue 
• • d'AylgiiQn (3) f »ou» ^arle» 1^^(139,8-1406?). 

En 1450, lors du procès de réhabilitation, Jean Barbin, 
l'un (tes principaux conseiller^ ;d$ Charles Vn, déposa qu'il 
"éUSt : 'à Poitiers qiiànd "Jèàntfë'y ftit ëxâmihée eti 1429. L'tm 
des clercs qui prirent part à ces examens, hotùtiië'Se&n Érault, 

* ' j * . " ' ' 

(i) Cette fille embrassa elle-même la vie cénobitiqt». Voir Anselme, à la généa- 

(a) Éd. Palmé, p. 763. F. 
>(3) Oola trouve encore désignée sotia les noms de âf aria Amenià^ea latin; 



XXXtî l3TR0DCCÎK>tf. 

rapportait, eu délibérant sur ce sujet, avec ses Collègues, 
qu'il avait autrefois entendu parler d'une certaine Marie 
d'Avignon, laquelle en son temps était venue trouver le roi. 
Cette femme avait dit à Charles VI que le royaume subirait 
de grandes calamités.EUe ajouta qu'elle avait eu plusieurs vi- 
sions touchant la désolation du royaume. Entre autres points 
qui l'inquiétaient, elle voyait diverses armures qui lui étaient 
présentées; ce dont ladite Marie était très-épou vantée , re- 
doutant d'être contrainte à revêtir ces armures. Mais il lai 
fut répondu qu'elle ne craignit pas; qu'elle ne porterait point 
ces armes ; que cette mission était réservée à une pucelle qui 
la suivrait; que celle-ci porterait ces mêmes armes et déli- 
vrerait de ses ennemis le royaume de France. Jean Barbin 
croyait fermement que Jeanne la Pucelle était bien celle dont 
avait parlé Marie d'Avignon (1). 

Charles VII, en 1441, vint à Paris (2). Durant son séjour dans 
cette capitale, selon toute apparence, un nommé Jean du Bois 
lui adressa un écrit qui nous est resté. L'auteur parait avoir 
été dans la condition de clerc marié et père de famille, qui se 
piquait à la fois de politique et de théologie. Joignant l'astro- 
logie à une dévotion quelque peu exaltée , il s'entremettait, 
comme tant d'autres, des affaires publiques, et ne laissait 
pas, en prophétisant, d'interpeller le roi et de lui donner des 
conseils, pour diriger sa conduite. Dans cet écrit, à peu près 
inconnu, l'auteur admoneste Charles VII et l'exhorte à achever 
l'expulsion des Anglais. Comme moyen de reconquérir la pro- 
tection divine et (abonne fortune, il l'adjure de réformer l'É- 
glise ; de lui rendre, avec la sainteté qu'elle a perdue» le respect 
qu'elle mérite et surtout de réprimer l'habitude des jurements 
ou blasphèmes, dont la sacrilège manie a, dit-il, gagné jus- 
qu'au fils unique du roi (3). 



(I) Qufcnerat, Procès, t m, p. 83, 84. 

(S) En octobre; après la prise de Pontoise( Itinéraire inédit de Charte PII % roi 
de France). 

(3) Louis dauphin, depuis Louis XI. On était* an lendemain de la Praguerte. 
Us. fr. fr734 f foL 48; dans on recueil intitulé farta, fol. 43 et soir. Cette réclama- 



U GASQtJE D'AVIGNON* XXXIII 

Jean du Bois n'y dit pas un mot de la PuçeRe, ni des pro- 
phéties qui lui avaient été appliquées. Mais il argumente 
perpétuellement de « révélations. », de « prophéties » et 
a astrologie». Il invoque nommément, entre autres astrolo- 
gues, Maîtres Gieufîroy (ou Geoffroy) Lymart, Vassigny (ou 
Bassigny) « Jehan de Pensorio, de Tordre de Saint-Benoist » ; 
M'Joachin, M e Brunlyngton (ou Burlington), Anglais, et aussi 
les prédictions de la sibylle de Rome, l'une des sibylles de 
l'antiquité. 

11 s'appuie surtout de Marie Robine, dite la Gasque d'Avi- 
gnon, et paraît avoir eu particulièrement entre les mains les 
témoignages écrits de cette prôphétesse. Répliquant à une 
objection supposée, l'auteur s'exprime en ces termes : a A ce 
je respons, selon ce que dit Marie Robine, dite la Gasque d'A- 
vignon, en une vision que Dieu luy démonstra, comme elle 
récite en icelle vision (1), comment Dieu mandoit au roi de 
France, par ladite Marie, que il ne fist, ne permis! estre fait 
substraction audit pape (Bénédict), mais l'empeschast (2). » 

Bénédict, ou Benoît XIII, était l'antipape qui fut élu en 
1394 concurremment avec Boniface IX. Il résidait à Avignon 
et parvint à se faire reconnaître en France. La première con- 
troverse qui s'éleva au sujet de la soustraction, ou renonciation 
à l'autorité de Benoît, remonte à 1398. Ces débats se renou- 
velèrent, notamment en 1406, époque où l'archevêque de 
Tours [Ameil de Maillé] vint défendre à Paris la cause de Be- 
noît de Lune, qui était aussi la cause de la Gasque d'Avignon. 
Jeanne-Marie de Maillé s'était aussi entremise comme prô- 
phétesse, ou illuminée, de cette grande question du schisme, 
qui troublait et préoccupait toute la chrétienté (3). 



tion ou pétition contre le blasphème était un non-sens. Châties VU avait fait et 
renouvelé depuis longtemps ce que conseillait le pétitionnaire. Voy. Hùt. de 
Charles Fil, 1. 1, p. 257, note l. 

(1) C'est-à-dire dans le récit ou témoignage de cette vision. 

(2) Ms. fr. 5734, loc. citât.. 

(*) Chronique de L des Ursios dans Godefroy, Charles FI, p. 133, 134, 164, M. 
Boltandistes, éd. Palmé, page 743, n* 45. Jeanne Darc, à son tour, fut consultée 
;eanke i>arc. C 



1 



UZIf rniODOGtlOK. 

On trouvera dans l'écrit de Jean du Bois quelques autres 
traits relatifs à la Gasque d'Avignon. Nous nous, contenterons 
d'y renvoyer le lecteur (4). 

V. 
Sainte Mglto dto tMè a IX , morte en 4373, canonisée en 4417. 

Sainte Brigite, Birgite, ou Brigide, mourut à Rome, en odeur 
de sainteté/ ainsi que sa fille, sainte Catherine de Suède. Bir- 
gite s'était surtout distinguée par ses visions et ses révéla- 
tions, qui furent un sujet de controverse entre les docteurs. 
Toutefois la renommée, la popularité de la prophétesse sué- 
doise, s'accrut et se confirma dans les premières années du 
quinzième siècle. Dès 1391, BonifacélX Téleva, par une bulle 



sur cette question do schisme, qui dorait encore en 14». Voyez ci-après pages 64 
et 147. 

En 1413, an rapport de I. des Ursins, la guerre châle agitait la capitale et le 
royaume. Le ministre des Matburins et M* Entache de Pavilly , carme, s'assem- 
blèrent... « Ils s'enquirent quelles personnes dévotes et menant rie contempla- 
tive y avoit à Paris , et trouvèrent des religieux et autres, et aussi des femmes. 
Et alla Pavilly parler à eux, en leur priant, qu'ils voulussent prier Dieu qu'il 
leur voulus* révéler a quelle fin et conclusion ces divisions .poovoient venir. Il y 
en eut, entre les autres , trois, qui rapportèrent trois diverses choses. L'une fut 
qu'il sembloit à la créature qu'elle voyoit au cM trois soleils; La seconde , qrtetie 
voyoit an ciel trois divers temps , dont l'un estoit vers le midy es marches d'Or- 
léans et de Berry , clair et luisant ; tes deux autres assez près l'un de l'autre vers 
Paris qui parfois encouroient des nues noires et ombreuses. L'autre eut une vision 
qu'elle voyoit le roy d'Angleterre en grand orgueil et estât, au plus haut des 
tours de Notre-Dame de Paris, lequel excommuoioit le roy de France, qui estoit 
accompagné de gens vestus de noir et estoit assis sur une pierre emmy le parvis 
Notre-Dame, etc. » ( Ibidem, p. 251. 252.) 

(0 Nous ajouterons seulement ce dernier emprunt « Item dit Marie Robine 
qu'elle demanda à Dieu quelle rétribution seroit faite audit roy de France , s'il 
faisoit caste réparation de l'Eglise, comme dit est. Lui fut respondu : Il aura cogi- 
tation que nul ne sett que Dieu.., Se (si) le roy fait le mandement que je lui 
ay mandé pour ma loy , il fera plus grand fruit que ne ftst homme , passé a mil 
ans. Et s'il demande qui ce a dit , dy lui que ce a fait celuy qui est seigneur sur 
tous les seigneurs. » Ms.fr. 6734, fol. 60. Il y a comme une réminiscence de ces 
particularités dans l'entretien secret de Jeanne Darc avec le roi à Chinon et dans 
sa lettre aux Anglais. Voy. Histoire de Charles Fil, tom. H, p. 40, 67, 68 et 70 
à la noie 2 ; et ci après p. 146, 3* ligne. 



CATHERINE SAUVE. XXXV 

solennelle, au rang des saints. Le concile de Bâle, qui dominait 
le siège apostolique disputé ou vacant, se prononça en faveur 
de Brigite (1417), et dès lors sa canonisation fut considérée 
comme définitive. Ses écrits Reçurent ainsi une sorte d'auto- 
rilé doctrinale. 

En 1414, Tévôque de Norwich, ambassadeur d'Angleterre, 
s'autorisait de sainte Brigite et de ses pronostics, dans une 
harangue politique qu'il adressait à Charles VI, roi de France. 
L'auteur allemand d'une consultatioo judiciaire, ou mieux 
théologique, rédigée en 1429, au sujet de laPucelle, alléguait 
comme un antécédent favorable la vie merveilleuse de sainte 
Brigite. Elle est également invoquée par l'Écossais Walter 
Bower, contemporain de la Pucelle et auteur d'une chronique 
où il rapproche la sainte de l'héroïne. Bower rattache la mis- 
sion de Jeanne aux prophéties anti-anglaises de Merlin et à 
celles de la princesse de Suède. Celle-ci, dit-il, rapporte, en 
parlant des Français, qu'il n'y aura jamais de paix ferme et 
tranquille en ce royaume, et que les habitants ne pourront y 
jouir des biens de la concorde et de la sécurité, tant que le 
peuple n'aura pas apaisé, par quelque grand acte de piété et 
d'humilité, la colère divine, que lui ont attirée ses offenses et 
ses péchés postérieurs (1). 

VI. 
Catherine Sauve, brûlée" à Montpellier en 1417. 

Un historien de Montpellier (2) rapporte le fait suivant 
d'après le Thalamus ou Mémorial authentique de cette ville : 

En 1417 ( dit cet historien ), Tévèque de Magnelonne (Montpel- 
lier), avec le lieutenant du gouverneur et le recteur de l'Université, 

(!) Quicberat, tome III, p. 429; t. IV, p. 481. J. J. des Drsins dans Godefroy, 
Charles FI, p. 286. Bollandislps, au tome IV du mois d'octobre , p. 463, etc., Scoli- 
cfcrwiîcon, Edimbourg, 1752, in-4°, t. Il, p, 458 et *eq. 

(2, Histoire ecclésiastique delà ville de Montpellier^ etc., par Ch. d'Aigrefeuille, 
prêtre, docteur en théologie, chanoine de la cathédrale. Montpellier, 1739, in-fol., 
p. 141. 



XXXVI OnODCCIK». 

assistèrent à l'exécution de la sentence prononcée par Raymond 
Cahasse, Tkaîre de l'inquisiteur de la foi, contre Catherine Sauve , 
recluse de la porte de Laies, qui, s'étant échauffée le cerveau dans 
sa retraite, débUoft à ceux qui Tenoient la toit plusieurs erreurs, 
dont voici les principales : 

«Que les enfans qui mouroient après le baptême et avant l'usage 
de la raison ne pouvoient être sauvez, puisqu'ils ne eroyoient pas; 

« Qu'il n'y avoit eu de vrai pape, d'évèque, ni de prêtre, depuis 
que l'élection des papes se faisoit sans miracle ; 

« Que rÊglise catholique consiste seulement dans les hommes et 
les femmes qui mènent la vie des apôtres et qui aiment mieux mou- 
rir qu'offenser Dieu, tous les autres étant hors de rÊglise; 

« Que le baptême reçu d'un mauvais prêtre ne sert de rien pour 
le salut ; 

« Que les mauvais prêtres ne sçauroient consacrer le corps de 
Jésus-Christ, quoiqu'ils profèrent les paroles sacramentelles; 

c Qu'elle ne pouvoit adorer une hostie consacrée, puisqu'elle ne 
voyoit pas que le corps de Jésus-Christ y fût; 

« Qu'il ne falloit pas se confesser à un prêtre , mais seulement 
à Dieu, et qu'elle aimeroit mieux se confesser à un prud'homme 
laïque qu'à un prêtre ; 

c Qu'un mari et une femme ne peuvent sans péché se rendre le 
devoir conjugal ; 

« Qu'après la mort il n'y a point de purgatoire, parce qu'il faut 
le faire dès cette vie. » 

Pour toutes ces erreurs (continue l'historien), qui reviennent à 
celles des anabaptistes et des sacramentaires, elle fut condamnée 
au feu, qu elle souffrit à la PortcUière, auprès du couvent des 
FF. prêcheurs; et l'usage s'étant introduit de punir en ce même 
lieu les personnes accusées de sortilège, le peuple s'accoutuma de 
l'appeler le Portail de las Masques, qui, en langage du pays, veut 
dire sorcières. 

Catherine Sauve était originaire de Thon en Lorraine (duché 
de Bar), à peu de distance de Domremy. Ainsi que la Gasque 
ou Bobine d'Avignon, ainsi que sainte Ermine de Reims, sainte 
Colette de Corbie et tant d'autres, elle avait vécu de la vie con- 
templative et ascétique. Elle avait pour demeure un réclusoir 
dont on ignore l'emplacement exact, mais qui devait commu- 
niquer « soit avec l'église du couvent des FF. Mineurs, soit 



SAINTE CATHERINE DE SIENNE. XXXVII 

« plutôt avec la chapelle de l'hôpital Notre-Dame ou Saint-Éloi 
c( de Montpellier (4) ». 

Sa doctrine se rattachait, dit-on, à celle des Albigeois et des 
Cathares. Elle fut exécutée en grande pompe, le 2 octobre 
4417, en présence de toutes les autorités religieuses et civiles. 

Cependant ce spectacle de mort, pour crime de pensée, la 
vue de cette femme brûlée à cause de ses convictions, ne laissa 
pas de soulever dans la population qui en était témoin quel- 
ques protestations; Car le dimanche suivant, ou huit jours après 
le supplice, R. Cabasse vice-inquisiteur monta en chaire et se 
défendit contre « aucunes personnes qui murmuroient que la 
recluse avoit été exécutée injustement (2) » . 

VU. 

Sainte Catherine de Sienne » morte en 1380, canonisée 

en 1461. 

Née en 1347, Catherine était fille d'un assez pauvre foulon 
ou teinturier de la ville de Sienne en Italie. Elle se distingua 
de bonne heure par sa piété, son intelligence, ses lumières, 
ses austérités, et s'acquit ainsi parmi ses contemporains la 
renommée et le rang de sainte. Elle entra dans les ordres 
religieux, en s'associant à la règle dominicaine. Sienne, Tune 
des plus puissantes républiques italiennes, était au qua- 
torzième siècle l'un des principaux foyers de la vie, si active 
et si chaleureuse, de cette fourmilière de cités rivales. L'art, 
l'agitation politique, la piété, le commerce, la guerre, le plai- 
sir, la controverse religieuse, y trouvaient à la fois un théâtre 
et un emporium. L'action et la renommée de la nonne siennoisc 
s'étendirent bien au-delà des murs de son couvent et de sa 
ville natale. 



(I) Catherine Sauve, éclaircissement relatif à un fait spécial d'hérésie survenu 
à Montpellier, ete. t par A* Germain; Montpellier, 1853, 16 p. in-4° (extrait des 
Mémoires de V Académie de Montpellier) ; pages I et 13. 

(3) Ibidem, p f 16. 



1 



XXXVIII INTRODUCTION. 

En 1375, elle fut chargée de négocier et de s'interposer, 
comme arbitre, entre les Florentins révoltés et le pape Gré- 
goire XI, qui résidait à Avignon. Elle prit part à l'importante 
question du séjour des papes et contribua puissamment à 
rétablir à Rome le saint-siége. Vers le même temps, elle 
écrivait à Charles Y, roi de France, sur la question du schisme 
et sur les intérêts les plus élevés de la politique r au point 
de vue de la chrétienté. Il nous est resté un recueil de ses 
lettres, adressées au pape, aux cardinaux, aux podesjà dJI- 
talie et autres puissances. Toutes sont dictées avec des formules 
humbles et courtoises, mais sur le ton de l'autorité (i). 

Sa renommée ne fît que s'accroître après sa mort. L'art, 
qui brillait alors à Sienne, servit principalement à entretenir 
le culte de son souvenir. Catherine mourut dans la trente- 
troisième année de sa vie. En 1367, âgée de vingt ans et déjà 
célèbre, elle avait été représentée par le Siennois André 
Vanni, peintre, qui fut aussi le premier magistrat de sa patrie 
et à qui la pieuse dominicaine écrivit comme conseillère po- 
litique. Ce précieux et intéressant portrait se voit encore en 
l'église de Santo-Domenico et constitue l'un des nombreux 
monuments de ce genre que nous a laissés la féconde école 
qui florissait à Sienne au quatorzième siècle (2). 

L'image et le culte de la jeune sainte se conservèrent ainsi 
dans sa ville natale, où un oratoire, une église, qui subsiste 
également, ne tarda pas à s'élever sur l'emplacement de sa 
maison natale. L'année même où elle mourut, saint Bernardin 
de Sienne vint au monde. Nous reparlerons bientôt de cet 
apôtre. Enfin le pape Pie II, né et élevé sous les noms d'Énée 
Piccolomini, était aussi natif de Sienne. Dans sa jeunesse, 
pétulante et orageuse, il connut Bernardin, qui commençait 
sa carrière apostolique et qui voulut le convertir. L'auteur du 
roman peu ascétique à'Euryale et Lucrèce, c'est-à-dire Énée 



(1) Bollandûtes, édition Palmé , 1. 111, d'avril,' pages 861, et suiv. Baillet, avril, 
p. 861 et su iv., etc. . 

(2) Ce portrait a été gravé de nos jours et sert de frontispice à VHistmre de 
sainte Catherine de Sienne, par Chavin deMalan, Paris, 1846, 2 vol. in-sj°« 



SAINT, VINCENT FERMER. XXXIX 

Piccolomini lai-môme, raconte qu'un peu plus, à la voix de 
l'éloquent prédicateur, il allait se faire moine. Mais il résista 
et prit un autre chemin. Après avoir connu le monde, tout 
en suivant la carrière de l'Église, Pie II finit par s'asseoir à 
son tour sur le trône de Saint-Pierre. Albert, duc d'Autriche, 
Sigismond de Hongrie, qui furent empereurs, et d'autres po- 
tentats, sollicitaient depuis longtemps la canonisation de Ca- 
therine. L'État de Sienne s'associait aux mêmes instances. 
Énée Piccolomini , qui avait singulièrement élevé dans son 
pays son nom et sa famille, érigea le siège épiscopal de 
Sienne en archevêché (où il plaça son neveu). Il ne négligea 
rien pour agrandir le lustre physique et moral de la cité 
qui lui avait donné naissance. Pie II condescendit aisément 
au suffrage universel de l'opinion publique, en inscrivant au 
catalogue sacré sainte Catherine de Sienne (i). 

VIII. 

Maint Vincent Ferrler, mort en 1419. Saint Bernardin 
de Sienne, mort en 1444. FF. Richard, Jean deGand, 

Didier» etc.; leurs disciples. Thomas Couette. — Évangile 
éternel. Antéchrist. Nom de Jésus. 

• 
Saint VincentFerriernaquità Valenceen Espagne, le 23 jan- 
vier 1357. Agé de dix-sept ans, il embrassa la règle de saint 
Dominique. Docteur en théologie à Lérida, il fut apprécié 
par le cardinal de Lune, qui l'emmena en France. Ferrier vint 



(l) Le département des manuscrits ( rue Richelieu) conserve deux exemplaires 
( n°* 1048 et 9761 ) de la vie de sainte Catherine de Sienne , sur vélin, ornés de 
miniatures et du quinzième siècle : < Cy commence la légende sainte Katherine 
de Sainne, qui fat de la pénitance saint Dominique , translatée du latin en fran- 
çais par le mendre frère de l'ordre des FF. preschears. » ( Ms. fr. 9761, fol, 1 ). 
Ce ms., qui parait être le plus ancien, doit avoir été exécuté peu de temps après 
la canonisation. Le même ouvrage (probablement) a été imprimé vers le même 
temps sous ce titre : « Legenda di Catherina da Sietia. Incomineia il prohemio 
ne ladmirabile. legenda de la seraphica vergine... Sancta Catherina da Siena, etc. » 
petit ia-8 gothique italien , sans lieu ni date (u* 387 da Catalogue Yemeniz, 1867, 
io-8»). 



1 



XL INTRODUCTION. 

à Paris, où il composa divers ouvrages. En 4394, le cardinal 
ceignit la tiare, comme antipape. II manda près de lui ce 
brillant théologien, le nomma son confesseur et lui accorda 
la plus grande privauté. Vincent n'en usa que pour presser 
son pénitent de déposer une couronne que lui, Vincent, re- 
gardait comme illégitime. L'antipape résista et le docteur dut 
s'éloigner (1). 

11 parcourut alors la France, l'Angleterre, l'Ecosse, l'Ir- 
lande, l'Espagne, l'Italie. Doué d'une souveraine éloquence, 
il s'assimilait avec une merveilleuse facilité les langues étran- 
gères, et partout il attirait par sa parole d'innombrables au- 
diteurs. Rois, princes, prélats, gens d'église, étaient comme 
les plus humbles serfs, les justiciables de son inexorable sé- 
vérité. Mais s'il reprenait avec vivacité les vices de chacun, 
son cœur débordait d'une immense charité, qui s'étendait à 
l'humanité tout entière. Partout il évangélisait les nations, 
renouvelant la parole de paix, et tirait des fruits actuels de ce 
verbe de vie (2). 

Les plus hautes questions de dogme, de controverse doc- 
trinale, de politique intérieure ou internationale, lui étaient 
soumises spontanément, comme à un arbitre également accré- 
dité par sa science et par son caractère. C'est ainsi qu'en 
Aragon il désigna, parmi les compétiteurs qui se disputaient 
la couronne, celui qui avait le plus de droit à l'obtenir, et qui 
l'obtint en effet d'un consentement unanime. Saint Vincent 
traversa plusieurs fois la France. Il se rendit notamment, vers 
1417, en Bretagne, après avoir pris part au concile de Cons- 
tance, où il se prononça définitivement contre l'antipape 
Benoît XIII. En Bretagne, il fut accueilli avec une tendre 
piété, avec une affectueuse vénération, par la duchesse 
Jeanne de France, princesse distinguée, sœur de Charles VIL 
Au mois de mars 1429, Vincent se rendit à Caen. Là, il eut 



(I) Bollandistes, t. I, d'avril, p. 479 el suiv. Vit de saint Vincent Ferrier, etc., 
par l'abbé Moutllard ; Paris et Vannes, 1866, ln-6°, avec portrait lithographie « d'A- 
près an tableau qui se trouvait dès 1637 au tombeau de saint Vincent ». 

2) Ibidt, Fontana , Monutnenta dotninicana* 1675, in -fol. p. 307» 351 et jttMt*», 



SAINT BERNARDIN DE SIENNE. XLI 

une entrevue avec Henri V, qui envahissait la Normandie. 
L'apôtre médiateur plaida la cause de la France et pressa le 
roi anglais de ne pas continuer une injuste agression, mais 
vainement. Henri Y refusa d'entendre à cette tentative de 
conciliation, à cette œuvre de paix, qui devait être l'un des 
derniers travaux de l'apôtre. Celui-ci revint à Vannes, où il 
mourut le 5 avril de cette même année (1). 

Vincent Ferrier, continuant une tradition particulièrement 
vivace dans les ordres de saint Dominique et de saint François 
d'Assise, interpréta l'Apocalypse; et, joignant à ses propres 
inspirations les. avis qu'il avait recueillis de la bouche de 
saints personnages, il annonça la venue de l'Antéchrist, la né- 
cessité d'une nouvelle expiation et autres prophéties de ce 
genre. Ces annonces furent contestées comme l'avaient été 
celles de ses précurseurs ou devanciers. Elles furent même 
incriminées comme hérétiques. Sa doctrine n'en jouit pas 
moins, ainsi que le docteur, d'une immense et profonde po- 
pularité , notamment en France. En 1455, Calixte III occupait 
le saint-siége. Natif de Valence comme Ferrier, celui-ci avait 
prédit au jeune Valencien sa future élévation au pontificat. Le 
roi d'Aragon et le duc de Bretagne, fils de la duchesse Jeanne, 
sollicitèrent la canonisation du nouvel apôtre des Gaules. Ca- 
lixte IH prononça cette canonisation, et dans le même temps 
accorda les pouvoirs nécessaires pour amener en cour ecclé- 
siastique la réhabilitation de Jeanne Darc (2). 

Saint Bernardin succéda, comme nous l'avons dit, à sainte 
Catherine de Sienne. Il continua également l'œuvre de saint 
Vincent Ferrier. En 1402, âgé de vingt-deux ans, il entra 
chez les frères mineurs franciscains ou cordeliers de Sienne, 
dits de l'Observance, et devint plus tard (1438) vicaire général 



(1) Bollandistes, toc. sup.ciu Quetif et Échard, Scriplores ord. pradic., 17 19, 
io'fol., L I, p. 763 ei soiv. Lobineau, Vie des saints de Bretagne, p. 310, 31 1. Histoire 
de Charles Vll y 1. 1, p. 293, etc. 

(2) S. Vinceniii opéra, Valence, 1 591, in- 8°, p. 161 et soi*. Wadding, Annales 
Minorum, 1642, in-fol.t V, p. 1 31 et soi v. Archives générales L. L., n* 1629, fol. 92. 
légende dorée ( par Nicolas Vignier), 1734, in-I2, p. 82 et suiv. Hist. de Char- 
te VU, t. III, p. 346 et soiv, 



>UI ... .. INTJMHHJCTIQH. 

de son ordre. Les prophéties relatives à l'Antéchrist préoccu- 
paient touè les espWté contemplatifs. Nicolas: de Clamenges et 
Jean Huss, en dehors des réguliers, avaient pris ce sujet pour 
thème de leurs écrits. Cette tradition, comme on sait, appar- 
tenait plus particulièrement aux religieux du tiers ordre. 
Bernardin marcha sur les vestiges de Vincent: il commenta 
aussi T Apocalypse et l'Antéchrist (1). - 

Saint Bernardin répandit parmi les peuples* et surtout en 
Italie, sa charité cosmopolite et les flots de son éloquence. 
Dans cette péninsule morcelée, remuante, les agitations de la 
politique et lés rivalités de toute sorte-suscitaient pot*r ainsi 
dire devant l'apôtre* à chacun de ses pas, des disseasionset 
des conflits. Tout en poursuivant l'œuvre tml éteint de l'É- 
vangile éternel (2), que les mendiants et le tiers ordre s'étaiept 
donné à tâche et légué dès leur institution* le successeur de 
sainte Catherine et de saint Vincent préconisait parmi; eux Je 
nom de Jésus, comme un symbole de paix, comtbe un signe 
de ralliement et de conciliation. Bientôt il fit de ce signe un 
emblème tout spécial d'édification et de propagande. En 1426, 
disent ses hagiographes, àViterbe, il prêchait le carême de- 
vant le peuple. A la fin de chaque entretien, il montrait un 
tableau où Je nom du Christ était peint en lettres d'or et 
entouré de rayons lumineux. Aussitôt les assistants fléchis- 
saient le genou en signe d'adoration (3). 



(J) Bollandistes, t. V, de mai, p. 257 et suiv. N. de Clamengis, opéra omnia, 
Leyde, 1613, in-4°, p. 357 et suiv. Jo. Hus, Liber de Antichristo, etc., ap. ejusdem 
Historia etmonumenta, Nuremberg, 1558, în-fot. , t. II, p. 423 et suiv., 404 et suiv., 
p. 615 et suiv. Voy. aussi Notices des manuscrits de la bibliothèque. du roi, etc., 
tome XIV f 2 e partie, p. 146. Œuvres d'Alain Char lier, i6I7,in-4*, p. 390. Jour- 
nal de Paris (Panthéon), p. 725. Œuvres de Chastellain, t. III, p. 298-300. His- 
toire de Charles Fil, la table au mot Antéchrist, etc. 

(2) Voir Joachim de Flore et f évangile éternel, par M. E. Renan , dans la Re- 
vue des Deu*- Mondes, du 1" juillet 1866, p. 94 et suiv. 

(3) Bolland., p. 279,907. Waddlng, t. V, p. 130» 183. Fontana, p. 307. Trois livres 
d'heures remarquables nous ont offert, comme décoration, le nom de Jésus italien. 
•Le premier faisait naguère partie de la riche collectton de*M. Yemeniz de fcyon 
{n* 69 du Catalogue; acquis par le British*Mu$eum). Ce magalfiqoe me, parait 
avoir été exécuté de 1427 à 1429. Après les évangiles, une charmaate miniature, dé- 
corée au bas des armes de Saluées, représente, si je ne me trompe, JeamiefleSakices, 



SAINT BJERNARDIN DE SIENNE. XUU 

Dès te quatorzième siècle, uti ordre spécial, celui des/^swa- 
tes, était né en Italie. De là il pa,ssa les monts et s'établit pour 
quelque temps à Toulouse, en 1425. Plus tard, Jean de Gapis- 
tfano, l'auxiliaire de Scanderbeg et disciple de Bernardin, 
invoqua le nom de Jéms contre les Turcs. Le pape Pie II, en 
1459 f voulut créer sous cette invocation un ordre militaire. 
Guillaume de Tourettes, Français, devait être préposé à cette 
milice, et le pape écrivit sur Ce sujet à Charles VII une lettre cu- 
rieuse qui nous a été conservée. En Italie, les monuments pu- 
blics se décorèrent à l'envi du nouveau symbole, que le 
voyageur rencontre encore, peint sur les vitraux à l'intérieur des 
églises, ou sur le frontispice même d'édifices civils, tels que 
le palais de la seigneurie à Florence, à Sienne, à Viterbe et 
ailleurs. Les nombreux portraits de saint Bernardin et de ses 
principaux émules et disciples sont également caractérisés 
par cet emblème (1). 

Bernardin mourut à Aqiiila, dans PAbruzze, le 20 mai 1444, 
et fut canonisé en 1450 par Nicolas V (2). 



fiancée à Guy IV de Nesle-Offémont. Derrière elle, se voit saint François d'Assise, 
fondateur des Minorités. 11 tient à la main un livre bleu sur lequel rayonne en or le 
nom de Jésus. — Le deuxième, exécuté également pour une dame, avec une rare 
magnificence, a passé en vente en 1861. Il parait avoir été peint à Rouen vers le 
temps où la Pu ce lie périt dans cette ville (voy. Revue archéologique, 1861, t. III, 
de la nouvelle série, p. 432, note i). — Le troisième, moins beau mais non moins 
curieux, est le livre d'heures de Pierre II, duc dé Bretagne , ms. 1 1'59, latin, de la 
bibliothèque de la rue Richelieu. Le nom de Jésus italien s'y voit au f° 127, verso ; 
peint vers 1456. Pierre H lut on des promoteurs de la béatification de saint Vin- 
cent Ferrier. 

(1) Bolland., p. 28l.Hélyôt, Ordtes monastiques, au mot Jésuates, Raynal, Sis- 
toit* de Touhuêè, i75Mn-4 a , p 164. Musée Campana , peintures , n" 66, 195; 264. 
Spicileg., in -fol., t. III, p. 806, col. I. A Florence; le monogramme de Jésus date 
de Savonarole. 

(2) Le cabinet des estampes ( rue de Richelieu ) possède une gravure à la ma- 
nière criblée, qui représente saint Bernardin de Sienne, tenant d'une main un 
livre et de l'autre le nom de Jésus. Au-dessous se lit une prière ou invocation à 
ce personnage , lequel est nimbé et qualifié de saint : Sanctus Bernardinus. Ces 
inscriptions se terminent par u%e. date gravée en chiffres vulgaires que nous lisons : 
1474 ( d'autres ont dit : 1464). H y a au musée Campana ( aujourd'hui Napo- 
léon 111) y sous les'n" 112 et 113, deux tableaux qui font pendant et qui ont été 
peints par Carlo Crivelli de Venise. L'un représente saint Jean de Capistranô, et 
l'autre, saint Bernardin de Sienne, avec le nom de Jésus* Le second est daté, sans 



XLIV INTRODUCTION. 

René d'Anjou, en 1438, avait entendu à Naples le célèbre 
observantin, qui devint son confesseur et son patron spirituel, 
Ce prince, artiste et bâtisseur, contribua puissamment à la 
propagation du culte de saint Bernardin dans ses États de 
France. Mais l'influence et la doctrine de l'apôtre y avaient 
pénétré bien auparavant. Les communications incessantes qui 
existaient entre la France et l'Italie les avaient inoculées 
dans le sein des fidèles, par le canal des religieux observan- 
tes, qui circulaient incessamment dans tout le réseau de 
Tordre (1). 

Jeanne Darc, en sa jeunesse, s'était confessée à des religieux 
mendiants. Dès le début de sa carrière politique, elle rencon- 
tra dans les villes , dans les camps, et jusque sur le champ 
de bataille (2), ces apôtres du peuple. Ceux-ci en effet, au 



aucune équivoque, de 1477. Tous deux, par le sujet, par le caractère et par le style 
(sauf le talent d'exécution), se rapprochent sensiblement de notre estampe. 

Dans le môme volume (de la Réserve), se conserve le fac-similé d'une pièce dont 
l'original est perdu, et qui offre avec la première une sensible analogie. Ce fac- 
similé reproduit une deuxième estampe au criblé, entourée d'une bordure égale- 
ment gravée , fort semblable à la bordure du saint Bernardin. Cette seconde pièce 
représente l'enfant Jésus tenu dans les bras de la Vierge et qui semble parler à sa 
mère. Au-dessous du sujet principal se voit une inscription latine , qui a été lue 
ou traduite Bernard Milnet, Nous proposons cette lecture (c'est l'enfant Jésus 
qui parle) : Bernhardinus mihi est (Bernardin est à moi). Voir, à défaut des ori- 
ginaux, les fac-similé reproduits par M. L. de Laborde : La plus ancienne gravure 
du cabinet, etc. Paris, 1840, in-4°, figures, page 4 et planche I. 

(I) Bolland., p. 26I.Bourdigné, Chronique* d'Anjou, éd. in-8°, t. II, p. 194, 298. 
Quatrebarbes, Œuvres de René <? Anjou, 1844, in-4°, 1. 1, p. CIX et suiv., 86, 95, 
131, 138. 

(s) Parmi les défenseurs de Compiègne, en 1430, à l'époque où la Pucèllefut 
prise, se trouvait un cordelier ou franciscain de Valenciennes ; G. Chastellain, 
écrivain bourguignon et par conséquent hostile à la cause française, trace le 
portrait suivant de ce moine militaire : • Mortellement dru , dit-il , venolt le 
trait de dedens sur eux ( les assiégeants), tant de canons, comme de colevrines ; 
dont il y en avoit de bons ouvriers (artilleurs) avec eux. (les assiégés). Par espé- 
cial , ud cordelier natif et vestu ( profés ) à Valenciennes, nommé Noiroufle, un 
haut grant homme noir, atout (avec) un laid murtrier visage et une felle (féroce) 
veueet un grant long nez. Et portoit rude grosse fadbnde et semblant espoventable 
entre tous les autres d'église et de religion , de tous ceux que je vis oncques, le 
moins apparant homme d'église. Cestuy estoit mis dedens ceste ville en garnison, 
ne sçay si comme apostat ou autrement, à Dieu 'je m'en rapporte , mais estoit 
tous les jours aux créneaux alout une couleuvriqe, dont il estoit le maistre, le 



FRERE RICHARD. XLV 

sein des cités, et en temps de paix, accouraient, comme nos 
pompiers, lorsqu'un incendie venait à se déclarer. En temps 
de guerre, ils traversaient, grâce à l'immunité de leur robe, 
les frontières de tous les États, les postes militaires des belli- 
gérants. Ils communiquaient, en tout temps, des plus petits 
aux plus grands dans les rangs de la société. Ils mêlaient 
enfin leur coopération active et directe, soit comme émis- 
saires, soit comme prédicateurs, soit comme acteurs, à tous ' 
les faits de la vie publique et à toutes les agitations de leur 
époque (1). 

Un personnage, bien connu des historiens de la Pucelle , 
servit d'intermédiaire direct entre ces doctrines ou ces doc- 
teurs et la grande héroïne française. L'un de ses aumôniers 
et confesseurs ne porte pas d'autre nom, dans les textes, que 
celui de Frère Richard. Les uns, parmi ses chroniqueurs con- 
temporains, le font carme ; les autres, cordelier; les autres, 
augustin , et les autres , dominicain. Ce sont précisément 
les quatre ordres mendiants , lesquels se confondaient en une 
sorte de famille collective (2). Nul ne nous fait connaître sa 
patrie : et ces moines, en effet, qui ont tant contribué à notre 

non pareil des antres , voire le plus mnrdrier, ce disoit-on , qui oncques avoit 
esté Yen. Car durant le temps du logis devant lui (pendant que les Bourguignons 
assiégeaient dans sa direction) et premier que le siège prist fin, luy mesmes se 
vantoit, disoit-on, d'avoir tué de sa seule main trois cents hommes par sa couleu- 
vrine et en faisoitsa risée et s'en tenoit à tout honnoré et joyeux. Maint an ves» 
qui après, toutes voyes, et se trouva en plusieurs autres villes assiégées et es faits 
de guerre longuement, là où il cootinuoit sa vie accoustumée ; et vint à estre de 
la retenue ( service particulier ) du roy et de son hostel et bien privé de luy. 
Souvent disoit messe devant luy, là où jel'ay vu et bien congnu et esté en main- 
tes devises par diverses fois bien privées. » (Œuvres de Chastellain, Bruxel- 
les, 1863, in-8% t II, p. 63. ) 

(1) Ci-après : Procès de condamnation, page 36. Les Mendiants extincteurs d'in- 
cendies : Barthélémy, Hist. de Chdlons, 1854, in-8°, p, 329. Boutiot, Guerres des 
Anglais, p. 33. Agitateurs : Digot, Histoire de Lorraine, 1856, in- 8°, t. II, 
p. 382, 383 et renvois. Emissaires politiques ou militaires : Mélanges Clairambaut 
ms. 180, fol. 23; Quicherat, Procès, t V, p. 269. Histoire de Charles Fil, t I, 
p. loi, 406; t. II, p. I4o tX passim (voy. à la table de ce dernier ouvrage au 
mot : Mendiants), etc., etc. 

(2) On a donné ce nom, par une assimilation familière, à quatre fruits secs, qui 
marchent ou marchaient toujours ensemble au dessert, et que nous appelons en- 
core les quatre mendiants : noisettes ou avelines, amandes, figues et raisin. 



XIVI INTRODUCTION. 

œuvre patriotique et française du quinzième siècle, n'avaient 
ppur ainsi dire point de nationalité propre et individuelle. 
Nous croyons toutefois pouvoir affirmer que, pour Richard, 
i 1 était Italien et cordelier de l'Observance. 

Frère Richard., dès 1428, se rendit à Troyes en quittant 
ritalia U s'avouait hautement le disciple de saint Vincent et 
de saint Rernardin. Il prêchait, comme ces deux initiateurs, 
V Antéchrist et le nom de Jésus (4). Plusieurs méreaux inexpli- 
qués du quinzième siècle (nous avons publié il y a quelques 
années Tune de ces médailles) offrent des images qui parais- 
sent évidemment se rapporter à cette double doctrine. Là le 
monogramme de Jésus (si célèbre et si répandu d'ailleurs) se 
remarque avec des circonstances particulières de date et d'at- 
tributs complémentaires, qui appuient cette interprétation. 

A l'occasion de l'assaut donné au mois de septembre 1429 
devant la porte Saint-Honoré, le Journal de Paris s'exprime 
en ces termes : « Et là estoît, dit-il, leur pucelie, atout son 
estendard, .sur les conclos des fossés, qui disoit à ceux de 
Paris .: « Rendez- vous de par Jésus, etc. » « Et. avec ce, » 
ajoute un autre chroniqueur bourguignon, « ammonestoit les 
gens au nom de Jhésus et faisoit preschemens affin de attrayre 
le peuple... et fist tant finablement que renommée couroit 
partout jusques à Rome, qu'elle faisoit miracle. » Robert 
Blondel composa vers 1456 un poëme en l'honneur de Jeanne 
Parc, et ce poëme nous a été conservé dans l'un des manus- 
crits de la réhabilitation. Dans cet opyscule il fait parler 
la Pucelie et dire que chacun de ses soldats portera le nom 
de Jésus sur ses armes (2). 



(f) Le contre-sceau de l'Université de Paris ( qui pourrait être du quinzième 
siècle ) portait pour effigie le nom de Jésus , figuré comme dans le tableau de 
saint Bernardin. Voy. Du Boulai, De patronis if nationum universitatis pari* 
siens is, Paris, 1662, in-8°, pages II et 16 : ligure S. 

(2) Qutoherat, Procès, V, 38. J. de Fontenay, Fragments d'histoire métallique 
dans tes Mémoires de la Société éduenne , 1846, in-8°, planche II, n° 8; planche 
VII, n 09 7 et 9. Revue archéologique , 1861, Notes sur deux médailles de plomb, 
etc., figure 8. Journal de Paris, Panthéon, p. 681. Ms. cordeliers, n» 16, fol 484. 
— Ci-dessus, p. xWj. Conférez ci-après p. loo: « Interroguée s'elle dist point de- 



LE HOM DE JÉSUS. "LLVU 

Vàn n'ignore pas que Jeanne, au moment suprême, fit 
apporter detiani set* jreuxla croix processionnelle de Saint-Sau- 
veur, où l'image du Christ (et probablement les lettres initiales 
de son nom), se trouvaient empreintes. Sa dernière parole ou 
son derniercri fut, comme on sait : Jésus. Au procès de réha- 
bilitation, un témoin, F. Thomas Marie, prieur bénédictin de 
Saint-Michel près Rouen, dépose avoir entendu dire qu'après 
la <mort de Jeanne on vit le nom de Jésus écrit à travers les 
flammes du bûcher (1). , 

Tous- ces petits- fait*, en ce qui concerne la libératrice, 
peuvent s'expliquer, nous ne le contestons point, sans qu'ils 
aientun rapport nécessaire ayec la pratique de culte instituée 
par le prédicateur de Yiterbe ^2). Que Jeanne ait été vérita- 
blerafcQt 4*ne adepte d'une telle pratique, ou qu'elle y soit 
restée étrangère, nous n'attachons à cette particularité aucune 
importance. H nous a; semblé, toutefois, que le rapprochement 
de ces circonstances devait entrer dans le cadre de. notre ex> 
posiiion, comme ' un. spécimen . çles influences diverses que 
Jeanne - rencontra prjès d'elle, ou derrière^elle, . lorsqu'elle 
aborda, sa carrière j(3^ . ,. . , 



vant la irifte.de Pkrti : « Rendez la ville! de par Jéstras.,'? répond que non; mais 
dlst : « Rendez la au roi de France. » 

(0 Quicherat, Procès en latin, t. II, p. 6, 8, 872. Ci-dessus, page xlij, note 3; 

efv svHe point -traité dans «ette- note :- Description- délivre d'heures de la dame 

' de Saluées, par A. Bachelîn, Paris, 1867, gr. in-8°. Gravure an Irait qui est en tète. 

(2) Les témoignages qui donnent à penser que Jeanne suivait la dévotion ita- 
lienne dû nom de Jésus sont généralement postérieurs à sa mort et datent de 
l'époque où la notoriété de cette pratique eut atteint en France ( vers 1455) sa 
plus grande extension. Le croquis tracé par le greffier Faulquemberg sur le regis- 
tre XV du parlement place dans ia main de Jeanne une flamme ou fanon, sur 
lequel il y' à Té monogramme de Jésus. Mais on n'y voit pas les rayons du ta- 
bleau italien. Cest d'ailleurs un croquis informe et sommaire, fait de oui-dire et 
d'îmaginaliôn. 'Jeanne, sur sa bannière, sur plusieurs de ses lettres, sur ses an- 
neaux, portait ; Jésus, Maria et non le nom de Jésus italien', type complètement 

distinct., /..'. t ...,.„".. '., . 1 '.V \ ., ^,. ,..'...' V. .. ', . . 

Pour nous résumer sur ce détail, Jeanne put voir avec intérêt, avec condescen- 
dance, se propager àùtotii' d'elle là nouvelle dévotion. Mafc elle né parait pas y 
avoir' pris personnellement une part lrès-caractérisée. ' 

(3) Le monogramme ou nom de Jésus paraît avoir été placé, vers 1468, par ordre 



XLVJOI INTRODUCTION* 

Sans prétendre même épuiser ce groupe ou le compléter, 
nous devons y comprendre encore le mystérieui anachorète 
connu sous le nom de V Ermite de Saint-Claude, ou Jean de 
Gand. Vers 1421, cet ermite, après avoir, dit-on, prédit au 
dauphin Charles son triomphe futur et alors, à coup sûr, très- 
imprévu, alla trouver Henri .V, comme l'avait fait saint Vin- 
cent Ferrier, pour l'engager à se désister de son entreprise 
contre la France. Congédié à son tour par l'envahisseur, il 
ne reparut plus devant le roi anglais que Tannée suivante, à 
son lit de mort. Et ce fut pour lui signifier en quelque 
sorte l'arrêt divin qui allait frapper Henri Y et sa race (1). 

Jean de Gand, paraît-il , n'appartenait à aucun ordre ni à 
aucune règle. Nul, en dépit du nom qu'il portait, ne saurait, 
à notre connaissance, préciser l'état politique ou civil que le 
solitaire religieux tenait de sa naissance. De nos jours, un sa- 
vant ecclésiastique belge , digne, par ses lumières, de conti- 
nuer l'œuvre des Papebroch et des Bollandus, a consacré à 
ce personnage une intéressante monographie (2). L'auteur de 
cet écrit revendique à la fois en la personne de Jean de Gand 
un saint et un compatriote. Sans contester au pieux ermite 
la première de ces qualités, on peut dire que la seconde, jus- 
qu'ici , n'a point été, à son égard , suffisamment prouvée (3). 

Quoi, qu'il en soit et à l'Ombre même de cette obscurité , 
Jean de Gand n'en appartient que plus certainement à la 



de Charles duc d'Orléans, ou par le magistrat d'Orléans, sur la bannière commémo- 
rative de Jeanne Darc. Voyez Vergnaud -Romagnési, Fête de lu délivrance (POr- 
léans, 1867, in-8% page 17, et planche I. 

(1) Voy. Histoire de Charles Fil, t. I, p. 336 et suif. 

(2) Le bienheureux Jean de Gand, dit V ermite de Saint- Claude, précurseur de 
Jeanne d'Arc, par Victor de Buck, prêtre de la Compagnie de Jésus ; Bruxelles , 
1862, in-8°. (Extrait de la Revue belge et étrangère.) , 

(3) Voy. ouvrage cité p. 3 et suiv. Il y avait en Champagne, du temps de Des- 
guerrois, une famille du pays qui s'appelait De Gand et qui prétendait à la parenté 
de Termite. L'épithète Gandavensis ne prouve rien, en ce qu'elle n'est que la 
traduction moderne du vocable affecté par les textes originaux à ce personnage. 
La qualité de Gantois, c'est-à-dire de Bourguignon, s'accorde bien difficilement 
avec le rôle armagnac de l'anachorète. D'ùu autre côté, G. Chaslellain, qui en 
parle, était d'Alost près, de Gand, et il semble que celte mention soit due à un 
compatriote. 



tfRÈRE DIDIER. XUl 

milice religieuse que nous avons, ailleurs, comparée à la che- 
valerie errante. A cette époque intéressante, où le moyen âge 
finit, où l'histoire moderne commence, la chevalerie d'une 
part, et, de l'autre, les ordres monastiques enfantés jusque-là 
par l'Église, tombent et se dissolvent dans une commune déca- 
dence. Mais les uns et les autres ne s'éteignirent point sans jeter 
de vives lueurs, que nous devons rappeler avec une légitime 
sympathie. Durant la période en question , moines et cheva- 
liers firent briller, en de suprêmes manifestations, un idéal de 
foi, de désintéressement, de souveraine justice, qui planait 
au-dessus du droit vulgaire et des stricts liens de la discipline. 
Ces efforts variés devaient en définitive contribuer puissam- 
ment à l'heureuse solution du grand litige , suspendu pour 
ainsi dire à l'ordalie de la guerre. La France en recueillit les 
fruits les plus notables et les plus avantageux. Nous devons, 
pour une grande part, à ces multiples secours , la consti- 
tution de la patrie et le triomphe définitif de la cause natio- 
nale (1). 

L'ermite, devenu vieux, se retira chez les Jacobins de Troyes, 
et le choix de cet asile est un nouveau trait de lumière qui 
éclaire le lien d'analogie par lequel Jean de Gand se ratta- 
che aux autres personnages dont nous avons précédemment 
traité. Il y mourut le 29 septembre 1439 « en odeur de sain- 
teté » . Le couvent des dominicains ou jacobins de Troyes 
fut, comme tant d'autres maisons du môme ordre , une pépi- 
nière de prédicateurs populaires , qui embrassèrent la cause 
française et qui concoururent à son succès. L'un de ces frères 
prêcheurs, entre autres, nommé Didier, marcha sur les traces 
de Jean de Gand. Après avoir défendu ou propagé, par sa 
parole, le parti national, jusque sur le territoire bourgui- 
gnon, il revint à son tour mourir dans son couvent de Troyes. 
Frère Didier voulut être inhumé aux pieds de Jean de 



(I) Histoire de Charles Fil : voir à lajable, Gand (Jean de); Lalain (Jacques 
de). Merlin de Cordeboeuf, Traité des chevaliers errants (vers 1448); ms. fr. de 
la BIbl. imp., n» 1997, fol. 81 et suiv; publié par M. R. de Belleval : Du costume 
militaire des Français en 1446, Paris, 1866, pet. in 4°, p. 19 et sniv. 

JEANNE DARC. d 



l urraoDucTiGN. 

Gand, qui avait été pour lui un devancier, un maître et un 
modèle (1). 

A ce môme groupe appartient encore un dernier person- 
nage, et des plus remarquables , sur lequel nous croyons de- 
voir nous arrêter avec quelques développements. Il s'agit de 
Thomas Couette (et non Connecte, comme on Ta souvent ap- 
pelé, mais d'après des leçons erronées). 

Thomas Couette , donc , était natif de Rennes et fit profes- 
sion au couvent des carmes de cette ville, où il devint « un 
sçavant et éloquent homme (2) » . 

Dès Tan 1424, suivant un historien des ordres monastiques, il 
réforma plusieurs couvents de son ordre, qui s'étaient ouverts 
au relâchement de l'indiscipline (3). En {428, «ayant acquis 
par son bien dire autant de réputation que nul autre de son 
sièclç , » il parcourut les Flandres, la Picardie, et les pro- 
vinces limitrophes, qui obéissaient au duc de Bourgogne (4). 

Frère Thomas dirigeait particulièrement ses diatribes et 
ses invectivas contre les hennins, hautes et pompeuses coif- 
fures, qui étaient alors de mode parmi les dames. Le carme 
breton ameutait autour des délinquantes les petits enfants, 
qui poursuivaient celles-ci du cri : Au hennin ! au hennin / et 
les contraignaient de la sorte à quitter (momentanément ) les 
atours censurés (5). 

Thomas Couette reprenait de même, publiquement, les prê- # 
très, ou moines, scandaleux et concubinaires. 11 accomplit 



(1) Histoire de Châtie» Fil, t. II , p. 252. 

(2) D'Argentré, Histoire de Bretatgne, 1618, in-fol., p. 797. 

(3) Le P. Hélyot, Histoire des ordres monastiques, 171 4, in-4°, 1. 1, p. 330. . 

(4) Thom. Couette prêche à Lille en Janvier 1429 (N. Si). Annuaire-bulletin de 
la Société de VHiitoire de France, 1863, in-8% p. 05. Pais à Douay et autres villes. 
Février 19-21, à Cambray. Ms. n° 16 des Cordeliers , fol. 483 verso. 

(5) « Mais à l'exemple du lymeçon (limaçon) lequel, quand on passe près de luy, 
retrait ses cornés par dedens, "et, quand il fie ot (entend) plus riens ; les reboute 
dehors , alnsy firent ycelles. Car en assez brief terme après que le dit preschear 
8e fut départy du pays, elles-mesmea recommencèrent comme devant et oubliè- 
rent sa doctrine et reprinrent peUt à petit leur viel estât, tel ou plus grant qu'el- 
les avoient acoustumé de porter. » (Monslrelet, éd. d'Arcq, t. IV, p. 304.) 



THOMAS COUETTE. LI 

ainsi sa mission, dit Monstrelet, « à la très-grande louange et 
amour du menu. peuple, et, au contraire, à l'indignation de 
plusieurs gens d'église» (1). 

Thomas Couette, prêchant dans la cathédrale d'Arras , se 
faisait attacher à la voûte par des cordes > afin de dominer tout 
son auditoire. Bientôt les vastes nefs des cathédrales ne suf- 
firent plus à contenir les flots pressés des assistants. Les no- 
bles et bourgeois rivalisaient d'attention, d'empressement, de 
libéralité, pour héberger le prédicateur et pour l'entendre. Us 
élevaient sur les places publiques des échafauds de bois ou 
théâtres, richement tapissés et ornés. Thomas Couette , suivi 
de ses clercs et disciples, y disait la messe, puis ses sermons. 
Suivant Monstrelet, le carme breton réunit autour de lui jus- 
qu'à vingt mille auditeurs (2). 

En 1432 , Thomas Couette quitta de nouveau son couvent 
de Rennes et se dirigea sur Lyon. « Il fit le voyage monté sur 
un asne, suivi par plusieurs religieux et quelques personnes 
du menu peuple. » A Lyon, le prêcheur Se fit entendre et ob- 
tint le même succès que précédemment. « Il s'acquit une si 
grande estime parmi le peuple , que celui-là s'estimoit heu- 
reux, qui pouvoit conduire son asne par le licou , ou en ar- 
racher quelque poil, qu'il conservoit précieusement (3). » 

De Lyon, Fr. Thomas Couette passa dans le Valais et visita 
le monastère des carmes de Girone, au diocèse de Sion , puis 
celui de Forest en Toscane ; il se transporta ensuite à Man- 
toue. En ces divers lieux, le carme de Rennes réforma les mo- 
nastères de son ordre , dans lesquels il trouva la règle cor- 
rompue. Il y institua quelques-uns de ses disciples pour as- 
surer le succès et le maintien de l'ordre nouveau. Telle fut 
l'origine de l'une des branches de la famille carmélite , qui 
réunit plus tard au-delà de cent monastères, et connue sous 



(I) D'Argentré, ibid. Monstrelet, éd. d'Arcq, t. IV, p. 306. 

(2) Hélyot, ibid. Louandre, Histoire d'Abbeville, t. I, p. 290. Thomas Basin, en 
ee qui concerne le cordeller Richard , élève ce nombre à trente mille. Mémoires, 
t. IV, p. 104. 

( s ) Hélyot, ibid. Saint Vincent Ferrier, suivant l'usage, chevauchait aussi sur 
une ànesse. 

d. 



Ltl iNTRODtJCÏIOtf. 

le nom de congrégation de Mantoue (1). De Mautoue , Cou-* 
ette se rendit à Venise chez ses confrères du Mont-Carmel. 
Il accrut encore dans ce pays sa réputation d'éloquence 
et de sainteté. En ce moment, le doge et la république en- 
voyaient une ambassade à Rome. C'était là précisément que 
tendait, comme but final, le nouveau pèlerinage de l'anacho- 
rète. Thomas Couelte voulait pénétrer jusqu'au sein de la 
ville éternelle et faire entendre ses austères et réformatrices 
prédications à Babylone, dans la capitale de la chrétienté. 
Il se réunit donc aux ambassadeurs vénitiens et parvint jus- 
qu'à Rome (2). 

Ainsi, tandis que, parmi les religieux mendiants , lés saints 
d'Espagne et d'Italie franchissaient les monts pour venir évkn- 
géliserla France, de leur côté des carmes français passaient 
les Alpes, à la suite de Thomas Couette, et portaient jusqu'aux 
marches du trône apostolique des paroles de réforme reli- 
gieuse et morale. 

Thomas Couette était « parti pour Rome , dans le dessein , 
à ce qu'il disoit, de réformer le pape et lescardinaux. En effet, 
y étant arrivé, il prescha avec emportement contre les moeurs 
de cette cour, et avança mesme quelques erreurs oU du moîûs 
quelques vérités trop libres » (3). « Il blasmoit, dit un autre, 
auteur, la dissolution du clergé, du pape et de leur vie, et au- 
tres désordres de cet estât... II disoit qu'il se passoït dés abo- 
minations à Rome , que l'Église avoit bien besoin de réfor- 
mation, et qu'il ne falloit pas craindre les excommunications 
du pape, lorsqu'on faisoit le service de Dieu. Il accordôif aux 
religieux de manger de la chair, et disoit qu'à l'exemple de la 
nation grecque, le mariage ne devoit pas estre défendu aux 
prestres, ny à ceulx des siens (les réguliers) qui ne pouvoîent 
se contenir » (4)... 

(1) Voy. plus loin , Histoire de sainte Colette, réformatrice des Clarisse» et des 
Franciscains, autre branche des Mendiants. 

(2) D'Argentré, p. 788. Hélyot, p. 328. 

(3) Hélyot, p. 327. La réforme de l'Église « en son chef et en ses membres * était 
\edelenda Carthago des conciles, incessamment réunis .depuis le schisme. Voy. 
Histoire de Charles Vil, t. II, p. 389. 

(4) D'Argent ré, p. 788. La doctrine de Couette sur le célibat et le mariage des 



THOMAS COUETTE. LUI 

Cependant les ambassadeurs vénitiens avaient recommandé 
au pape , présent à Rome, l'éloquent et pieux cénobite. Eu- 
gène IV désira le voir, et deux fois il envoya vers le carme, h 
Saint-Paul hors les murs , où le religieux avait sa demeure , 
pour le mander, Mais deux fois l'invitation du saint-père de- 
meura inutile. Thomas Couette se méfiait des sentiments per- 
som^els du pape à son égard et des préventions, hostiles au 
réformateur, dont le saint-père devait être nécessairement 
entouré. Une troisième fois , le souverain pontife chargea son 
trésorier de lui amener le carme français. Thomas Couette , à 
l'aspect de l'envoyé, dès que celui-ci parut au seuil de sa 
chambre , sauta par une fenêtre et s'enfuit. Mais il fut pour- 
suivi et conduit en présence du pape (1). 

Deux cardinaux reçurent la mission de l'examiner. L'un 
d'eux était Jean de la Rochetaiilée , Français, chancelier de 
la cour de Rome, ancien archevêque et cardinal de Rouen. Il 
avait pour assesseur Frère Noël de Venise, « qui se disoit 
procureur 4e l'ordre des Carmes » (2). L'autre s'appelait le 
cardinal de Navarre. Thomas Couette, comme tous les réfor- 
mateurs, avait trouvé, chez ses propres confrères, des adver- 
saires et des émules ou envieux. Tels furent les juges char- 
gés d'apprécier sa conduite et ses doctrines. Thomas Cou- 
ette, mis en jugement, subit la torture. Ses juges le déclarè- 
rent hérétique, puis relaps (3), et prononcèrent sa condamna- 
tion. Eugène IV le fit brûler publiquement à Rome en 1433 
ou 1434. Thomas Couette périt « en soutenant avec une cons- 
tance incroyable sa doctrine et ses propositions » (4). 



prêtres eut on écho remarquable an concile de Baie , lorsqu'il s'agit en 1430 de 
nommer l'antipape Félix V, qui avait vécu dans le mariage. Voy. sur ce point 
Y Histoire de r Église gallicane par Berthier, éd. de 1827, t. XX, p. 369, et le témoi- 
gnage de Pie II , y allégué. 

(I) Hélyet. D'Àrgentré. Monstrelet, Y, 43. 

(S) D'Argentré. Ifoël fut Institué vicaire général des Carmes le. 5 septembre 
1433. Bullarium Carmelilanum, 1715, in-fol., p. 186. 

(3) La procédure inquisitoriale qualifiait ainsi le prévenu qui, après avoir avoué, 
' ions la torturé ou autrement , qu'il était coupable, se rétractait ensuite et reve- 
nait à ses premières propositions. Voyez ci-après, p. 234. 

(4; D'Àrgentré, Casanate, Paraditw Carmeli, Lyon, 1639, in-fol,, p t 334. Hé- 



LIV INTRODUCTION. 

Ainsi finit Thomas Couette, dont la vie et la mort, pour ses 
contemporains, furent une merveille et un sujet de controverse. 

Georges Chastellain , écrivain bourguignon , mentionne à 
deux reprises dans ses écrits, et en termes assez durs, le carme 
français. Écoutons d'abord la Complainte de Fortune : 

Et pais après (l) , frère Thomas 

•Plat tant à tous par son présenter, 

Que plusieurs gens de tous estas * 

Le suivoient sans le laissier. 

N'y avoit clerc , ne chevalier, 

De qui ne fust moult honouré : ' ' 

Nientmoins en fin il fatbruslé (S0. . 

Le blâme du poëte flamand se dessine d'une manière plus 
explicite dans la Récollection des merveilles advenues de nostre 
temps, où il rapproche encore les deux personnages. Voici la 
strophe ou couplet qu'il consacre à Thomas Couette : 

J'ay veu un ypocrite 
Par le monde prescher 
Soy disant carmélite ; 
Et, fol, luy advancer 
De dire sainte messe 
Sans de prestrise aveu ; 
Laquelle chose atteinte, 
Fut condampné en feu (3). 

Déclaré hérétique par des juges intéressés et prévenus, on 



lyot. Bibliotheca carme litana, au mol Thomas Connecte. Aubery, Histoire 
des cardinaux, t. II, article La Rochetaillée . 

(1) Après la Pucelle. Chastellain rapproche ainsi les deux personnages par un 
lien d'analogie. 

(2) Œuvres de Chastellain, Bruxelles, 1866, in-8°, t. VIII, p. 329. 

(3) Ibidem, t. VII, p. 189. Donc, suivant Chastellain, le soi-disant carme s'in- 
gérait de dire la messe sans avoir reçu l'ordre de prêtrise. Ce fait, s'il était 
vrai , attesterait, par un nouvel exemple , l'irrégularité notable qui régnait à 
cette époque dans la discipline des gens d'église. — Le supplice du feu , précédé 
de la torture et prononcé à Rome même contre un clerc et sans intervention de 
ce qu'on appelait ailleurs le bras séculier, est un autre fait bien plus grave et 
qui doit exciter toute l'attention du lecteur. Ou plutôt le bras séculier, c'était le 
pape lui-même, comme roi ou seigneur temporel. Ainsi Dieu (ou son vicaire) et 
César, réunis à Rome en un seul homme, se livraient conflit, et la loi de sang triom- 
phait de la loi de paix ou d'amour. Voy. ci-après, p. 203, note 3 ; p. 242, note 2, et 
p. 262, note 1. 



LA PROPHÉTESSE DE LYON. LV 

dit que le pape se repentit plus tard de la sentence qu'il avait 
prononcée contre ce juste. En Italie même , à un demi-siècle 
de distance , son ordre le revendiquait comme un réforma- 
teur et un modèle. En 1656 , Lezana, historiographe des car- 
mes et professeur public de la Sapience à Roroo, célébrait 
en lui un saint. D'Argent ré , fameux jurisconsulte et histo- 
rien breton , le. proclame enfin l'une des gloires de son pays, 
martyr et précurseur de ; Savonarole (*):, 

DL " 

1* prophéteme de Lyon (1424). — lia Patelle de 
Sclileclaiii (1423-7). — lia sibylle de fliome (1429). — Ha-' 
dame d'Or ou Dor(1429). 

Prophétesse de Lyon. — En 1424, Jean Gerson habitait 
Lyon, et un synode ou concile provincial fut célébré dans 
cette ville. Il y avait alors , en ce même diocèse, une femme 
qui fut déférée au jugement des clercs et au sujet de laquelle 
J. Gerson raconte ce qui suit: 

Le clergé de Lyon, dit-il, a naguère été instruit du procès in- 
tenté à une femme transportée et détenue à Bourg en Bresse... Cette 
femme, sous couvert de dévotion et de révélations, feignait des 
merveilles. Elle affirmait être une des cinq femmes envoyées de 
Dieu, miséricordieuse ment, pour racheter d'innombrables âmes de 
l'enfer. Déjà, par ses fraudes, elle avait surpris dans le pays la sim- 
plicité de plusieurs autres bonnes femmes (2). Elle savait, en regar- 
dant chacun, les péchés qu'il avait commis. En effet, selon saint 
Augustin , les suppôts du démon peuvent connaître ce genre de se- 
crets et le révéler; mais ils ne peuvent savoir ce qui est absolument 
futur, ou ce quiest caché dans le secret des cœurs sans se produire 
au dehors par aucun signe ou mouvement. 



(1) Martin Franc,, fe Champion des Dames, dans Quicherat, Procès, etc., 
t. V, p. 46. Baptista Spagnoli Mantuani, De beatâ vitâ , apud ejusdem Bucolica, 
Tubingen, I5II, in-4* goth., sub fine. Lezana, 1 Annales ordinis Carmelitani, t. IV, 
cilé par les précédents. Voyez encore sur Thom. Couette , P. Lcvot , Biographie 
bretonne, 1852, in-4°, au mot Connecte, et les renvois de ces divers auteurs. 

(2) Mulierculas. 



Vfl INTRODUCTION, 

Ladite femme avait aussi aux pieds deux charbons, qui la faisaient 
souffrir toutes les fois qu'une àme descendait aux enfers. Chaque 
jour, elle pouvait délivrer trois âmes de l'enfer; la première et la 
seconde, sans difficulté ; mais, pour la troisième et les suivantes, 
elle éprouvait, disait-elle, plus de peine. Elle avait fréquemment 
des ravissements d'esprit ou extases, dans lesquels elle avait ap- 
pris des choses merveilleuses, par révélation. Elle était d'une 
rare abstinence et d'une vie très-singulière. 11 y aurait encore beau- 
coup d'autres choses à dire sur son compte. 

Mais dernièrement, comme le Saint-Esprit, vrai guide , ainsi 
qu'il est à croire, de la sainte Église, a voulu que ce faux pro- 
phète fut démasqué (l), cette femme fut prise et mise à la question 
ou torture. Elle a confessé alors toute la vérité ; à savoir que, par 
cupidité, elle avait feint ces simulacres, afin de se procurer du pain 
et de subvenir à sa pauvreté ; ou peut-être la malheureuse se voua- 
trelle au diable, à cette occasion, pour le servir. De plus on trouva 
qu'elle avait le mal caduc (épilepsie ) et qu'elle le cachait en se 
prétendant ravie et extatique. L'opinion , à son sujet , était partagée 
sur la question de savoir si on la condamnerait comme hérétique. 
Mais des gens doctes furent d'avis de l'admettre à la pénitence, 
disant qu'elle n'était point hérétique, puisqu'elle s'était désis- 
tée de ses errements et ne s'y était point opiniâtrée (2). 

Pucelle de Schiedam. — Albert Rrantz, historien allemand, 
mort en J517, rapporte, de son côté, les faits suivants, dont- 
il place l'origine, ou du moins la mention, entre les dates de 
1423 et U27 : 

11 y avait alors, dit cet auteur, dans la ville de Schiedam en 
Hollande, une pieuse chrétienne, qui, durant vingt-huit ans, ne 
prit d'autre nourriture corporelle , pour se sustenter, que le corps 
eucharistique du Saint-Sacrement, qu'elle recevait tous les jours. 
Ses membres émaciés ne présentaient que la peau et les muscles col- 
lés sur les os ; elle était exténuée de consomption. Le prêtre qui la 
communiait voulut éprouver s'il n'y avait pas là-dessous quelque 
mystère. Parfois il apportait à la jeune fille une hostie non con- 
sacrée, afin de vérifier si c'était bien la seule vertu du corps de 
Notre-Seigneur qui soutenait cette femme. On raconte qu'aussitôt 

i 

(1) 11 y a dans le texte littéralement : « Hune spiritum falsum delegere vellet. » 

(2) Œuvres complètes de Gerson (en latin), éd. EU, Dapin, Anvers, 1706, iq- 
fol t , t. I, p. 19-20, 



LA SIBYLLE DE ROME. LVIl 

elle s'affaiblissait comme un agonisant et que, si on ne lui était 
venu en aide, en lui apportant au plus tôt une hostie sainte, elle 
aurait rendu sur-le-champ le dernier souffle. 

Le même fait a été constaté ailleurs en divers lieux. Aujourd'hui 
encore, continue Krantz, vit ou est morte depuis peu d'années, 
dans la cité de Pérouse en Italie, une fille, de qui Ton rapporte de 
tout point le même témoignage (i).- 

Un semblable prodige, ajoute l'auteur des Annales ecclésiasti- 
ques, en y insérant le récit qui précède, s'est produit par la volonté 
divine dans le fait ou la vie de sainte Catherine de Sienne , et nous 
en rapporterons d'autres exemples (2). 

Sibylle de Rome. — Un autre écrivain ou clerc allemand, 
dont le nom nous est inconnu, mais qui vivait du temps de 
Jeanne Darc, nous a laissé, au sujet de cette héroïne, un mé- 
moire extra-judiciaire et très-enthousiaste, dans lequel il 
met la Pucelle de France au rang des prophétesses inspirées. 

J'ai entendu dire (ainsi s'exprime le clerc allemand), par quel- 
qu'un à qui cette notion est parvenue, récemment, de la commune 
renommée , que la sibylle de France (Jeanne Darc) a porté un té- 
moignage évident et fidèle, touchant une autre sibylle demeurant à 
Rome, qu'elle n'a jamais vue corporellement, et par l'aide de la- 
quelle le royaume de Bohême doit être recouvré (3). 

Ce fait, pris à la lettre et s'il était vrai, serait à coup sûr 
d'un très-vif intérêt. S'il y avait eu à Rome, en 1429, sous les 
yeux du saint-père, une femihe inspirée des mêmes senti- 
ments que Jeanne, celle-ci, vraisemblablement, eût trouvé 
auprès du pape un appui efficace, et le souverain pontife n'eût 
point permis le meurtre judiciaire commis en cour d'Église 
par les juges de Rouen. 

Mais rien ne vient donner à cette allégation un support his- 
torique. L'auteur des Annales ecclésiastiques de Rome et de 



(1) Àlb. Krantzi Wanàalia sive historia fTandalorum, Francfort, 1619, in -fol., 
livre XI, chap. 3, page 250. 

(2) Jnnales ecclesiastici , auctere Odorico Raynaldî , éd. Mansi, Lacques , 1752, 
in-fol., t. 28 delà collection, g XXI et XXII, page 15. 

(3) Qaicberat, Procès en laMn , t. III, p. 436. 



LVni INTRODUCTION. 

la chrétienté ne fait pas la moindre mention de la sibylle ro- 
maine. Tout le zèle du clerc allemand en faveur de Jeanne 
Darc paraît venir du zèle qui ranimait lui-même contre les 
Hussites. Q est certain que la pieuse Jeanne, champion de la 
cause du roi très-chrétien, fut revendiquée en Allemagne par 
les adversaires ( orthodoxes -et conservateurs ) des Hussites, 
lesquels Hussites, inculpés d'hérésie; s'étaient emparés de la 
Bohême. Probablement, dès 1429, les clercs allemands' ca- 
tholiques avaient déjàt lés yeux tournés, à cet égard, sur la 
sibylle de France et sur le parti,' ou secourt moral, qu'ils 
pourraient en tirer au profit de leur cause. Cette n$me année 
(en 1429) on montrait publiquement. à Ratisbonne* ç*ù séjour- 
nait l!empereur Sigismond, adversaire des Hussites, et devant 
le corps de ville impérial, un tableau où Jeanne. était peinte 
dans l'action de combattre. Ils obtinrent en effet de la Pucelle, 
sous la date du 3 mars de Tannée suivante 1430, une lettre 
qui fut signée de son nom; lettre dérobée en quelque sorte 
à sa religion ou surprise h sa complaisance, sur un conflit, 
auquel elle n'entendait rien et n'avait rien à entendre (1). 

Il est donc très-vraisemblable que la prétendue sybille de 
Rome, dénoncée ou alléguée par Jeanne Darc , est née d'un 
ouï-dire mal entendu (2) et n'a jamais existé que dans l'ima- 
gination du clerc que nous avons cité. 

Madame d'Or ou Dor. — Au mois de juillet 1429, au moment 
où la Pucelle, victorieuse à Troyes, maftrhait sur Reims, le sei- 
gneur de Châtillon, capitaine de 'Reims, fit écrire à l'échevi- 
nage de cette ville, pour tâcher de relever le moral des Ré- 
mois et de la garnison, fort ébranlé par la marche des 
événements. Il s'agissait de combattre l'impression favorable 



(1) Voy. Quicherat, Procès, t. V, p. 156 et 270. Biblioth. de V École des char- 
tes, 1860, p. 81 et suiv. H. Wallon, Hist. de Jeanne d'Arc (!'• édition), 1. 1, p. 317. 
Dans un mystère par personnages on pièce de théâtre relative aux Hussites et repré- 
sentée à Ratisbonne en 1430 , le dramaturge allemand fait jouer un rôle à Jeanne 
( Procès, t. V, p. 82; et encore t. IV, p. 603) . 

(2) La Pucelle, interrogée sur ce point, a pu répondre par exemple : Adressez- 
vous à Rome; et cette réponse , être interprétée : à là sibylle de Rome..... Voy: et • 
dessus, page xxxjh, note i. 



MADAME DOR. LIX 

que les succès de la merveilleuse fille causaient sur l'esprit 
des populations champenoises, et des défenseurs de Reims en 
particulier. Voulant rabaisser l'héroïne, l'auteur de la lettre 
met en scène un écuyer qui aurait vu Jeanne à Troyes et qui 
en porte le plus piètre témoignage : 

.- Cet. écuyer cçjrtifiait « qu'il. estoit présent qijand Les. sei- 
gneurs de Roch^fort, Philibert de Wolans et aultçes {Bourgui- 
gnons) l'interrogèrent (4);, que, par safoy (2), c'estoit h plus 
simple chose qu'il vit oncques, et qu'en son faict (3) n'âvoit ny 
rime, ny raison, non plus qu'en le plus sot qu'il vit oncques; 
et ne la comparait pas, à sy vaillante femme comme Madame 
d'Or, et que les ennemys ne. se faispient que mocquer de ceulx 
qui en avoient doubte » (4). 

Quelle était cette « vaillante dame »?Au premier abord, on 
serait tenté de croire qu'il s'agit, en cette occurrence, de quelque 
femme guerrière, appartenant au parti de Bourgogne. Il exis- 
tait en effet, parmi les partisans ou officiers de Philippe le Bon, 
une famille qui portait ce nom : d'Or (5). 

Mais ce n'est point dans cette direction que nous trouverons 
la personne dont il est réellement ici question. Le passage 
qu'on va lire nous instruira précisément à cet égard. Lefèvre 
Saint-Remy décrit dans sa chronique le festin qui eut lieu à 
Bruges le, 8 janvier 1430, lors des noces de Philippe le Bon 
avec Isabelle de Portugal. A la fin du repas, dit-il, un entremets 
ou intermède couronna la série des merveilles qui servirent 
à l'ornement de ce banquet. Voici maintenant ses propres 
expressions : 



(1) Interrogèrent la Pucelle. 

(2) Par la foi de lui qui parle. 

(3) Dans le fait de la Pu celle. 

(4) Qui avaient peur de la Pucelle. Procès en latin > t. IV, p. 207. 

(5) En 1452, Janus d'Or, gentilhomme de Philippe le Bon, fonde à Cbâlon-sur- 
Saône an couvent de Cordeliers. Bugniot, Vie de J, Germain, évéque de Chalon- 
sur-Saône, 1862' ïd-4°, p. 16, 17. On voit ligurer au congrès d'Arras en 1435 
« Monseigneur de Lor, el Messire Barrât de Lor (ou de l'Or), bachelier ». J. Char- 
ger, in-12, 1. 1, p. 190, 191. Voy. les Àrmoriaux de Navarre (J860, in-8°), n° 655, 
et de Berry (1866, in-8°), n°» 827 et 834. 



LX INTRODUCTION. 

. « En la fin, y eut un grand entremets d'ung grand pasté, où il y 
avoit ung mouton tout vif, teint en bleu et les cornes dorées de fin 
or. En icelui pasté, avoit ung homme nommé Hansse, le plus ap- 
pert (l) que on sceust, vestu en habit de beste saulvaige; et quant 
le pasté fut ouvert, le mouton saillit en bas et l'homme sur le bout 
de la table (la table des dames); et alla au long de l'appuyé du 
banc (2), lutter et riber (3) à Madame Dor 9 une moult gracieuse 
folle, et qui bien sçavoit estre, qui estoit assise au milieu de deux 
grants dames, aussi haut que l'appui du banc. Et en lutter et en 
riber, firent moult d'esbattements (4). » 

Madame Dor ou d'Or (5) était effectivement une sotte de cour, 
ou folle en titre d'office, que nous trouvons dès 1422, attachée 
à Madame Michelle de France , alors duchesse de Bourgogne 
et femme de Philippe le Bon. Madame Dor remplissait encore 
le même office en 1433 et 1435 (6). 

On voit donc que Madame Dor ( non plus que la sibylle de 
Rome) n'est pas un personnage positif ou sérieux > et que le 
propos cité ne constitue autre chose qu'une impertinente plai- 
santerie. Nous avons cru toutefois devoir consigner ici les. dé- 
tails qui précèdent. En servant de commentaire au texte citç, 
ils préviendront, au sujet de Madame Dor ou d'Or, des con- 
jectures bien naturelles, quoique parfaitement erronées. , . 



(1) Han$, Jean ; appert, habile. 

(2) En courant sur le dossier du banc? Ou en marchant à, côté? ^ 

(3) S'ébattre, folâtrer. 

(4) Édition du Panthéon, page 496, colonne 2. 

(5) Le mouton qui s'arrêta devant Mad. d'Or avait des cornes d'or. Faut-il voir 
une intention dans ce rapprochement ? 

(6) Laborde, Dues de Bourgogne, tomel, p. 266, n° 940; p. 343, n° II 58; tome 
II ; p. 208, n° 4,000. Ainsi, une folle de cour portait le nom d'une famille aristocra- 
tique et contemporaine. De même, Charles VII avait un fou qui s'appelait Monsieur 
de Laon, peut-être par analogie avec le duc et pair, évoque de ce siège. « VI aulnes 
de veloux bleu tiers poil pour faire une robe à maistre Colart, fol dudit seigneur, 
appelé Monsieur de Laon » ( Comptes de l'argenterie du roi, octobre 1458. K. K. 
5f,T°85etsuivO. 



CAÎËERlftE DE LA HOCHEtXE. Ut 



Catherine de la Aochelle, PI erroné on PérlnaHc, 
et sa compagne (1429-1431). 

Catherine de la Rochelle. — La ville de la Rochelle joua 
dans noire histoire au moyen âge, et notamment dans la 
guerre de Cent ans, un rôle que Ton ne saurait trop célébrer. 
Cette place maritime se distingua de tout temps par son at- 
tachement à la cause française. Son dévouement lui mérita 
des privilèges uniques. Elle constituait une sorte de répu- 
blique urbaine; et cette espèce d'autonomie finit par exciter, 
au dix-septième siècle, l'animosité ou les regrets de la mo- 
narchie, qui avait elle-même créé cette situation. 

On a vu ci-dessus que, dès le règne de Charles V, Guille- 
mètte de la Rochelle vînt offrir au roi de France ses pieux 
services. Charles "VII entretint constamment avec ce port 
fidèle les meilleures relations. Tant que dura la mauvaise for- 
tune du roi, la Rochelle défendit sa cause avec la plus cons- 
tante fermeté. Les exploits de Jeanne Darc y eurent particu- 
lièrement un écho sympathique. La délivrance d'Orléans, à 
laquelle cette ville avait activement contribué par l'envoi de 
secours et de munitions, y fut l'objet de démonstrations en- 
thousiastes. Aussitôt que la nouvelle en arriva dans ses murs, 
« il fut ordonné de faire sonner les cloches par toutes les 
églises de 1# ville, avec injonction à chacun de s'assembler en 
l'église de sa paroisse, pour rendre grâces à Dieu du secours 
advenu au roi,... en chantant Te Deum laudamus et autres 
prières» (4)» 

Vers cette époque même, une femme de la Rochelle, ma- 
riée et mère de famille, quitta cette ville pour venir aussi 
prêter son concours au roi de France. L'exemple de la Pu- 
celle paraît avoir déterminé Catherine à l'imiter. Elle vint, 

(I) Amos Bar bot, Histoire de la Rochelle, Ms. S. G. fr. n* 1060, à la date s 
8 mai 1429. 



1 



LXI1 INTRODUCTION. 

ainsi que Jeanne, se ranger sous la bannière de frère Richard. 
Celui-ci étendait à la fois son ministère sacerdotal ou confes- 
sionnel, sur quatre femmes,* quatre clientes, dont il était le 
directeur et le beau^père, pu père spirituel. Ces quatre femmes 
étaient Jeanne la Puçelle , Catherine de la Rochelle, Pierronne 
la Bretonne et sa compagne (1). 

Cette compétition de quatre femmes, Tune à Tenvi de 
l'autre, est peut-être, à un certain point de vue, quand on 
l'approfondit, le phénomène le plus Curieux, la circonstance 
la plus remarquable, de celles qui se rattachent extérieure- 
ment à la carrière de Jeanne Darc. 

Jeanne rencontra Catherine en la compagnie de frère Ri- 
chard, notamment à Gergeau et à Montfaucon en Berry 
(vers décembre 1429). Catherine, ajoute un chroniqueur con- 
temporain, affirmait que, « quand on saere le précieui corps 
de Nostre-Seigneur, elle voit merveilles du haut secret de 
Nostre Seigneur Dieu ». Elle dit à la Pucelle qu'une dame 
blanche, vêtue d'un surcot d'or, lui était apparue, lai pres- 
crivant d'aller par les bonnes villes. Cette dame lui promit 
que le roi lui donnerait des hérauts et trompettes, pour faire 
crier que quiconque avait dés trésors cachée, or ou argent, 
eût à le révéler; sans quoi elle, Catherine, saurait bien les 
découvrir ; et que ces ressources pécuniaires serviraient à la 
solde des gens d'armes (2). 

Catherine voulait faire la paix avec le duc Philippe le 
Bon. Jeanne était d'avis qu'on ne traiterait avec le Bourgui- 
gnon que par le bout d'une lance (par la force). En plein hi- 
ver, Jeanne voulut aller faire le siège de la Charité, et elle y 
alla. Catherine lui déconseilla cette entreprise, attendu qu'il 
faisait trop froid. Les deux inspirées, comme on voit, ne s'en- 
tendaient pas. 

Jeanne s'adressa à sainte Marguerite et à sainte Catherine 



(1) Journal de Paris , édition du Panthéon , p. 691, 692. 

(2) Journal, 692. Procès de condamnation, séance du 3 mars; ci-après, pages 80 
et suivantes. La solde des gens d'armes constituait en effet le grand embarras 
linancier du moment. On voit le naïf expédient que proposait Catherine. 



CATHERINE DE LA ROCHELLE. LXHI 

pour leur demander jugement et savoir à quoi s'en tenir au 
sujet de Catherine de la Rochelle et de sa dame blanche. Ces 
saintes lui répondirent que « du fait de ladite Catherine de 
la Rochelle, ce'nWoit tout que folie et néant ». Jeanrté pria 
Catherine de l'avertir lorsque la dame hlanche viendrait; et, 
à cet effet, elle proposa de coycher toutes deux ensemble ; ce 
qui eut lieu. TJne première fois, Jeanne veilla jusqu'à minuit, 
et, ne voyant rien venir, elle s'endormit. Le lendeiûain matin, 
Catherine dit à Jeanne que la dame blanche était yenue, mais 
que Jeanne dormait et qu'elle (Catherine) n'avait pas voulu 
éveiller sa compagne. 

Alors Jeanne, ce même malin, dormit pendant le jour, afin 
de pouvoir veiller toute la nuit suivante. Elles couchèrent en- 
core toutes deux ensemble et rien ne. vint. Cependant Jeanne 
demandait par intervalle : « Vendra- t-elle point 7 et ladite 
Katherine luy respondoit : ôuil, tànïosi (1). » \ 

Jeanne écrivit au roi et lui affirma de bouche ce qu'elle 
pensait de Catherine. Parlant à cette dernière, elle lui con- 
seilla de retournera son, ménage, auprès de son mari, et de 
soigner ses enfants. ... 

Cependant F. Richard soutenait Catherine et voulait qu'on 
la mît en œuvré. Lorsque Jeanne fut prise, Catherine demeura 
•pour ainsi dire seule maîtresse du théâtre. Tout en conservant 
sa liberté dans le parti armagnac où du roi Charles, elle vint 
à Paris, gouverné par les Anglais, et fut entendue judiciaire- 
ment devant l'officialité de la cathédrale. Là, elle déposa que 
Jeanne sortirait de sa prison parle secours du diable, si elle 
n'était pas bien gardée (voyez ci-»après, page lxiv, note 6). 

• Catherine exerçait, à ce qu'il parait,* sur les villes, une sorte 
de police et de surveillance politique. Au mois d'août 1430, 
les gens de Tours, où Jeanne comptait en masse de chaleu- 
reux amis, envoyèrent à Sens vers le roi une députation. Ca-, 
therine avait semé contre les habitants de Tours, et aussi 
contre ceux d'Angers , des bruits calomnieux : « Lesquelles 

(i) Même séance, et plus loin acte d'accuaation, article LVI» page it% 



lïiv Introduction. 

paroles (ou bruits) estaient que en ceste ditte ville (de Tours) 
avoient charpentiers qui charpentoient non pas pour logis, 
et, qui ne s'en donroit garde (1), ladite ville estoit en voie de 
prandre briefment ung mauvais bout, et que en icelle ville avoit 
gens qui le savoient bien. » Le mandat de la légation était de 
démentir ces bruits et de justifier la ville auprès du roi et de 
la cour (2). 

Au mois de juillet 1434, Catherine de la Rochelle était tou- 
jours dans les rangs des Armagnacs. Nous ignorons ce qu'elle 
devint ultérieurement (3). 

Quant à Pierronne ou Périnaïk, ainsi que l'appelle M. de la 
Villemarqué (4), nous savons d'elle peu de chose, si ce n'est 
qu'elle adhéra au parti de Jeanne, qu'elle la suivit encore à 
sa sortie de Sully ; qu'elle vint alors à Corbeil (5), où elle fut 
prise par les Anglo-Bourguignons, amenée à Paris, jugée en 
cour d'église (6), et qu'elle périt enfin de la même mort que 
Jeanne Darc. 

<( Item, le troisiesme jour de septembre 1430, furent preschées 
au parvis (7) Nostre-Dame deux femmes, qui environ demy an de- 
vant, avoient esté prinses à Corbeil, et admenées à Pans, dont la 
plus aisnée, Pierronne (et estoit de Bretaigne bretonnant), elle 
disoit et vray [ferme] propos avoit que Dame Jehanne, qui s'ar^ 
moit avec les. Arminaz, estoit bonne, et ce qu'elle faisoit estoit bien 
fait et selon Dieu. 



(1) Si on n'y prenait garde. 

(2) Archives de Tours. Procès, t. IV, p. 473. 

(3) Journal, p. 692. Vers la fin de U3o ou au commencement de 1431, frère Ri- 
chard se trouvait à Poitiers, où il reçut de la ville « trois bottées de Codrignac (oa 
Cotignac, confitures de coing ) et deux livres de dragées perlées. » Mémoires de la 
Société des antiquaires de V Ouest, 1839, p. 395. Peut-être était-il suivi de Ca- 
therine. 

(4) Myrdhinn ou l'enchanteur Merlin, par M. de la Villemarqué, !862 r in-8°, 
p. 323 et suiv. 

(5) Le 15 avril 1430 , Jeanne, qui avait foi de Sully, était devant Melon prés 
Corbeil. 

(6) Cest probablement à cette occasion que Catherine de la Rochelle comparai 
devant rofficialité. Vojez ci-dessus, page LXiij, et ci-après, page 162, article LVI. 

(7) Et non ao puis, comme disent les éditions imprimées. 



GUILLAUME DÉ IfENDË. LXV 

« Item elle recogneut avoir deux fois receu ie précieux corps de 
Nestre-Seigneur en ungjour (1). 

« Item, elle affermoit et juroit que Dieu s'apparoit (apparaissait) 
souvent à elle en humanité etparloità ellecommeamy fait à autre, 
et que ladarraine fois qu'elle l'avoit veu, ilestoit longvestu dérobe 
blanche (2) et avoit une huque vermeille par-dessous ; qui est ausi 
comme blasphesme. Si ne s'en volt oncques révoquer de l'affermer 
en son propos, qu'elle véoit Dieu souvent vestu ainsi ; par quoy, ce 
dit jour, fut jugée à estre arse (brûlée) et mourut en ce propos 
ce dit jour de dimenche. Et l'autre (sa compagne) fut délivrée 
pour celle heure (3). » 

Charles VI honora Du Guesclin, ce dixième preux, en lui 
accordant auprès de son père Charles V de royales funérailles, 
sous les voûtes mêmes de la nécropole des rois de France. 
Charles VII attribua le même honneur au brave et intègre 
Barbazan, qui fut également inhumé à Saint-Denis. Frère Di- 
dier voulut reposer aux pieds de Jean de Gand. A côté du 
grand nom de Jeanne Darc, l'histoire inscrira celui de la fidèle 
Périnaïk. Détachons un rameau de la palme de gloire qui ap- 
partient à la Libératrice, et qu'il décore le souvenir de 
l'humble et constante Bretonne ! . • 

XI. 

Guillaume de Mende, dit le petit berger (1431). 

Il n'est pas douteux aujourd'hui que le gouvernement de 
Charles VII, aux abois , n'employa, j'allais dire n'exploita la 
Pucelle que comme un expédient auquel on a recours dans 
l'extrême détresse (4). Autour du prince, Jeanne eut pour elle 

(1) « F. Richard, le jour de Noël 1429, bailla en la ville de Jargau (Gergeau ) 
à ceste dame Jehanne la Pucelle , trois fois le corps de Notre*Seigneur ;... et l'avoit 
baillé à Péronne cellui jour deux fois. » [Journal, loc. cit. ) 

(2) tfeftt ainsi que Jean Fouquet représente Jésus et les deux autres personnes de 
la Trinité dans Tune des admirables miniatures dont il a décoré le livre d'heu- 
res d'Etienne Chevalier, publié par Curmer, Paris 1866-7, in-4% figures chromoli» 
thographiées, 37* livraison , planche marquée P. 

(3) Journal, éd. Buchon, p. 687. Quicherat , Procès, IV, 467. 

(4) Jean Jouvenel des Ursins, évoque de Laon, etc., s'exprime ainsi dans son 
Traité de l'office de chancellerie (inédit) : « Et en vérité », dit-il, # « je vels à Poitiers* 
où le rov estoit ». (du II au 23 mars 1429, Itinéraire) : le siège estant a Ot* 

JEANNE IUHC. e 



UVI INTRODUCTION. 

la bonne reine Yolande Gérard Machet, confesseur du roi , 
Philippe de Coëtquis, archevêque de Tours. Elle fut appuyée 
par le grand Gerson ; et les docteurs-examinateurs de Poi- 
tiers ne s'opposèrent point à ce qu'on la mit en. œuvre. Mais , 
en général, Jeanne ne fut aimée, comprise, et appuyée spon- 
tanément , cordialement , que par le peuple, à savoir : les 
hommes et les femmes, simples particuliers, qui la voyaient. 
Elle ne fut soutenue que par ce qu'on pourrait appeler la 
plèbe du clergé : les Mendiants , le clergé inférieur. Au con- 
traire, l'aristocratie ecclésiastique, militaire, politique, lui 
demeura constamment hostile. 

Rien ne montre mieux cette lamentable situation de l'hé- 
roïne, méprisée de ceux qu'elle sauvait ; rien ne peint squs 
un jour plus cru et plus inexorable l'état de l'âme de ces po- 
litiques , ou plutôt ces politiques sans âme , que ce qui ad- 
vint à l'égard du petit berger. 

On a vu les requêtes contradictoires , qui parvenaient au 
gouvernement, de la part des quatre clientes que confessait le 
frère Richard ; et les tiraillements que déterminait ce man- 
que d'accord. L'archevêque de Reims , président du conseil , 
diplomate prétendu roué , ne croyait ni aux unes ni aux au- 
tres. Jeanne, sans lui imposer, l'offusquait comme la lumière 
offusque l'orfraie et comme le génie offusque la médiocrité. 
Georges de la Trimouille , premier ministre , Raoul de Gau- 
court , gouverneur d'Orléans, et les principaux chefs étaient 
animés des. mêmes sentiments (1). 

- A peine la Pucelle était-elle prise, que R. de Chartres 
écrivit aux habitants de Reims. Délivré de toute contrainte, 



léans, qu'il vint an compagnon rapporter en ma présence à ung de ceulx qoi 
avoient lors plus grant puissance près du roy, et lequel me appela ; et Iqy dit une 
manière de destruire les Anglois, qui estoit vraye si il eust mis à exécution ce 
qu'il disoit, mais ledit seigneur et moy ne feusmes mie d'oppinion que il en fist 
riens ; car la manière estoit chose non accouslumée et très-déshonneate; et sy, croy 
qu'il ne l'eust peu faire. C'est ung grand bien à ung roy que de avoir bon con- 
seil. » Ms fr. 2701, f° 44. 

(I) On peut y joindre dans les rangs de l'Église Jean Jouvenel des Ursins , qui 
fut après Cauchon évéque de Beauvais, et, après R. de Chartres , archevêque de 
Reims Voy. Procès de condamnation en français, ci-après, page 231, note I. 



LE PETIT BERGER. ULVI1 

il, lève le masque et laisse transpirer librement ce qu'il a dans 
le cœur. Il dit avec autorité ce qu'il veut que Ton pense. 
La correspondance du chancelier de France, archevêque de 
Reims , avec sa ville archiépiscopale , pepdant cette période 
(1430 mai, à 1431), portait spécialement sur trois points : 

4° L'archevêque doftné avis de la prise de Jehanne la Pucelle 
devant Compiègne et comme etie ne voulait croire conseil, ains 
faisait tout à son plaisir; 

2° Qu'il estoit venu vers le roy un jeune pastour, gardeur de 
bjebys des montaignes. de Gévaudan, en:l'évesetaé de Mande, le- 
quel disait ne plusMe moins çu'avoitfaict la Pucelle et qu'il avoit 
commandement de Dieu d'aller avec les gens du roy; et que, sans 
faulte , les Anglois et Bourguignons seroient desconfits ; 

3° Et sur ce qu'on lui dit que les Anglois avoient £aict mourir Je- 
hanne, la Pucelle ; il respondit que tant plus leur en mescherroit et 
que Dieu avoit souffert prendre Jehanne la Pucelle, pour ce qu'elle 
s'était constituée en orgueil et pour les habits qu'elle avoit pris (1), 
61 qu'elle n'aVoitiaict ce que Dieu luy avoit eommandé, ains faict 
sa volonté (2). » • ••'. ■ • • • 

Ce jeune garçon paraît avoir été un pauvre idiot, Suborné 
pour jouer le personnage d'une fraude pieuse. Les traditions 
accréditées des Mendiants se retrouvent ici, amalgamées par 
on ne sait quelle main, très-vraisemblablement celle de 
R. de Chartres, comme un appât jeté ou tendu à la crédu- 
lité populaire. <t II chevauchoit de côté, » dit avec une ironie 
acerbe le Journal bourguignon de Paris, «et monstroit de 
temps A autre ses mains, ses pieds et son costé; et estoient 
tachés de sanc, comme saint François J... » (3). 

Vers juillet-août 1431 , deux mois environ après la mort de 
la Pucelle , R. de Chartres et le conseil rouvrirent les hos- 
tilités, sur ce même diocèse de Beauvais , où Jeanne avait 



" (I) Sur cés~ points donc, le haut dergé de France s'accordait parfaitement en doc- 
trine avec les juges de Rouen et ses ennemis bourguignons. Voyez ci- après, page 
219, note 1, et V Histoire de Charles fil, t. II, p. 136. 

.(j) Papiers de Rogier, ms. tu 8834 , fol. 306 v% Histoire de Charles Fil, t II, 
p. 160, 161. 

(S) Éd. du Panthéon, p. 692. 

e. 



LXVltl INTRODUCTION. 

succombé les armes à la main. Un document inédit ou pqtt 
connu, fragment manuscrit de chronique bourguignonne, ra- 
conte ainsi la manière dont té « pastourel » (i) Guillaume 
fut mis en œuvre à son tour : 

« Le mareschal de Boussac et Poton de Saintrailles vindrent à 
Biauvais ; en leur compaingnie le Bregier, dont ils baissaient abus, 
comme de la Pucelle. Et avoient en leur compaingnie, très-grosse, 
gens de guerre. Par quoy le roy de France et d'Engleterre [Henri VI] 
envoia devant ladite ville de Biauvais, hasti vemeat , le conte de 
Warwick> nommé Loys, son gouverneur (car le roy n'avoit que 
huit ou neuf ans); le conte de Stafforde, le conte de Salsbry, le conte 
d'Arondel, très-bien acompaigniés; et, devant ladite ville de Biau- 
vais, trouvèrent les dessusdits le mareschal de Boussac, Poton, le 
Bregier et aultres à très grant puissance. Et eurent bataille, mais 
sur les François fut la desconûtute. Les Airglois gangnèrent le pas 
et les mirent en fuite honteusement. Furent pris lesdits Poton de 
Séntrailles, le Bregier et plusieurs aultres. Lequel Bregier, par 
l'abus qu'on lui faisoit faire, fu mis es prisons de févesque dudit 
Biauvais, lors en compagnie dudit roy. d,e France et d'Angleterre 
et tenant son parti (2). ». 

Le malheureux berger fut donc envoyé à Rouen, selon toute 
apparence, peu de temps après le supplice du Vieux-Marché. 
Mais Cauchon et les lords anglais ne lui firent, pas î'hôn-- 
neur d'un second procès. Au mois de décembre suivant, je 
roi de France et d'Angleterre fujt.. amené à Paris pour y cé- 
lébrer son joyeux avènement Guillaume du ôévaudân, captif 
et lié de cordes, figura dans cette fête. Il servit à orner l'en- 
trée triomphale du roi-enfant. « Qu'il devint dëpuif, «ajoute 
le chroniqueur précédemment cité, «je ne sçai; maïs je 
ouy dire qu'il avoit esté gecté en la rivière dç Seine et 
noyé... » (3). 



(1) Monstrelet, éd. d'Arcq, t. IV, p. 434. - • - .' :_' ' „ • ; 

(2) Ms. fr. 1968 , Traité de noblesse, par Lefèvre de saint Remy ; suivi d'une 
Chronique abrégée, fol. 147, 148 de cette chronique. Cf. Panthéon, 1838, Mémoires 
de saint Remy, p. 526 , chapitre CLXX1L *»:••»" -, * > •. * «> , • 

{b) Lefèvre de saint Remy (Panthéon ) , ibidem. 



LA FAUSSE PUCELLE. LXIX 

XII, 

Mm JTmMse itucelle (Claude, mariée a Bobert des Ar- 
moise» (1436-t440). 

Là fausse Pucelle réussit durant quelques années à mysti- 
fier ses contemporains. Elle est devenue plus tard une nou- 
velle cause de trouble et de confusion dans nos annales. Lors- 
que , longtemps après sa mort , on retrouva les premiers 
documents relatifs à cette ' femme , une nouvelle obscurité 
se répandit sur les notions historiques, déjà très-obscurpies 
elles-mêmes, que Ton avait conservées , touchant la véritable 
héroïne. 

Nous allons essayer, dans les lignes suivantes, de rapporter 
avec autant de précision que possible ce que Ton sait de po- 
sitif et de certain , pour ce qui concerne ce singulier person- 
nage. ' « , — ■ 

En 1436, les Anglais furent chassés de Paris, qui rouvrit 
ses portes au gouvernement de Charles VIL Cet acte impor- 
tant, la restitution au roi de sa ville capitale , avait été an- 
noncé ou prophétisé par Jeanne, et il n'avait pas dépendu d'elle 
qu'elle en ffy, de ses propres œuvres , une réalité. L'événe- 
ment accompli,, une réaction notable s'opéra dans les esprits 
çn faveur de l'héroïne, si méconnue de son vivant, et à qui 
l'on devait, pour une si grande part', cet heureux retour de la 
fortune. À cette époque même (i) , une fille parut, qui disait 
être la Pucelle Jeanne , échappée au supplice de Rouen. 

Cette fille se nommait Claude. Son âge, sa personne physi- 
que, lui donnaient quelque'ressemblance avec la véritable hé- 
roïne. Elle se faisait appeler Jeanne du Lis , la Pucelle de 
France. Claude se montra, le 20 mai 1436, à la Grange-aux- 
Ormes, près Saint-Privat, en Lorraine, et fut présentée à des 
seigneurs de Metz. Les deux frères de la Pucelle, messires 
Pierre du Lis, chevalier, et Petit-Jean, ou Jean du Lis, 

(I) Histoire de Charles Fil, i. H, p. 166 et saiv. 



LXX INTRODUCTION. 

écuyer, la virent en ce lieu. Soit par un degré d'ineptie peu 
croyable , soit par suite d'un concert intéressé, moins croya- 
ble encpre, les deux paysans auftbli&re<?p^nwre»/,ç^tte. aven- 
turière pour leur sœur, et furent tous deux reconnus d'elle. 
Cette première mystification en produisit d'autres, et le nom- 
bre des dupes alla se multipliant. La fausse Jeanne Dapc se 
vit accueillie, fêtée, comblée de. préseuts,. Ap^ès^mipèlçri;. 
nage à Notre-Dame de Liesse, t elle. passa en tu^e^p^rg, chez 
la nouvelle duchesse, Elisabeth 4e Gœrlitz* et résida quelque 
temp* près de cette dajne, dao§ la,ville d'Arlon (1). . 

Claude s'habillait constamment en, homme, montait à cheval 
et portait Pépée , comme Jeanne. Pleine de verve ,. d'activité , 
de séduction, elle dansait , buvait et prophétisait à merveille. 
La fausse Pucelle se rendit à Cologne , où elle mit dans son 
parti, entre autres protecteurs puissants, le cojptei, Ulrich de 
Wurtemberg. Au milieu d'une assemblée d& nobles, elle 3e 
vanta de pouvoir rétablir subitement dans son intégrité, une 
nappe déchirée en deux parts ,^u les fragments d'une vitre 
jetée contre le mur et toute brisée. Ces propositions magir 
ques attirèrent sur sa têle les foudres de l'Inquisition, de Co- 
logne. Ainsi que la vraie Jeanne, elle fut citée devant le Saint- 
Office. Mais grâce à la protection du comte Ulrich, elle s'ér 
chappa de Cologne, excommuniée, puis regagna la France (2), 

De retour en la ville. d'Arlon , Claude séduisit un chçyidier. 
lorrain d'ancienne souche , nommé Robert dçs.^rmoises. Ei> 
novembre. 1436, elle était mariée légitimement à ce gen- 
tilhomme, et bientôt deu* fils, nés de la dame des Armoises, 
continuèrent cette noble lignée. Cependant le second, tyèr.e 
de Jeanne, ou Petit- Jean xiu Lis, ^'était fait le prôneur de cette 
intrigante et le propagateur de sousucqès.Ji alla plaider sa 
cause auprès .du roi et des Orléanais, de qui , par ce motif, il 

(1) Documente sur la fausse Pucelle dans Quicherat , Procès , t. V> p. 321 et suiv. 
En H24, une religieuse de Cologne se rendit à Gaqçl et se fit passer pour Margue- 
rite de Bourgogne, veuve du dauphin , duc de Guyenne. Cette imposture obtint 
également un crédit passager. Voy. Lettenhove, Histoire de Flandre t t. III t 
p. 176. 

(2) Procès, p. x 324. ' 



CLAUDE DES ARMOISES. LXXÎ 

obtint quelques sommes d'argent. La fausse Pucelle entreprit 
dé correspondre avec lé roi et diverses autorités, telles que le 
magistrat d'Orléans et le bailli de Touraine. De 1437 à 1439, 
d'assez étranges exploits lui sont attribués. Séparée de son 
mari, concubine d'un prêtre, elle aurait porté la main sur 
une personne sacrée : soit son père, ou sa mère, ou un clerc. 
Ce crime étant au nombre des cas réservés , elle passa les 
monts pour se procurer l'absolution de Rome. La pseudo-Pu- 
celle alla donc trouver en Italie lé pape Eugène IV, qui guer- 
royait contre ses sujets , et le servit comme soudoyer (1). 

En 1439, la guerre civile, prélude de la Praguerie, avait 
éclaté dans le Poicou. La dame des Armoises y figurait à titre 
de « capitaine de gens d'armes » . Elle avait pour fauteur ou 
partisan Gilles de Rais, ancien compagnon d'armes de la 
Pucelle. Gilles de Rais donna pour lieutenant à ce capitaine 
féminin l'un de ses gentilshommes nommé Signenville. Il s'a- 
gissait de prendre le Mans : Claude combattit et triompha, 
dit-on, sous les murs de cette ville. Nous ne connaissons 
point avec précision Pissue militaire de cette campagne (2). 
Ces faits auraient eu lieu vers le mois de juin 1439. En 
juillet et septembre de la même année, Claude des Armoises 
se présenta de sa personne à Orléans , où elle reçut le vin de 
ville et fut accueillie avec grand honneur. L'année suivante 
(août 1440), toujours en armes, elle vint tenir campagne aux 
abords de la capitale. Par ordre du Parlement et de l'Univer- 
sité, elle fut amenée à la Table de marbre du palais, examinée 
judiciairement et prêchée. Puis elle retourna en garnison et 
s'éloigna (3)... 



(1) Généalogie de la maison des armoises dans D. Calmet , Histoire de Lor- 
raine^. Y, p. CLXtv. Jacques, père de Jeanne Darc, mourut à une époque in- 
connue. Il succomba , dit-on , à la douleur que lui causa la mort de sa fille. Isa- 
belle BÏomée, la mère de Jeanne, vint, en 1440, s'établir à Orléans, après le 
retour du duc Charles et du vivant de Claude , sa prétendue fille. Elle vécut avec 
une pension de la ville et y mourut , après avoir assisté à la réhabilitation , en 
1458. — Procès], ibid,, p. 826 et sutv. 

(2) Qtricheraf , t. V, p. 332 et suiv. 

(S) Ibidem, p. 335. Le jugement de Claude en parlement aurait eu. lieu Vers 
septembre. Voy. Lottiû , Récherches surîOrléans , t. I, p. 294. A partir dé là elle 



tXXH INTRODUCTION. 

. *' • " 

XIIL 
' Sainte Colette (1381-1447). 

Trois personnages féminins de sainteté figurent dans la 
présente énumération : Ermine, de Reims , Jeanne-Marie de 
Maillé, Colette, de Corbie. Cette dernière est, parmi les trois 
saintes françaises, celle qui a joué le rôle le plus considé- 
rable. Seule, elle a été positivement contemporaine de Jeanne 
Darc. Seule, elle a obtenu, quoique bien tardivement, comme 
on le verra ci-après, les honneurs d'unebéatification complète 
etcanonique. À tous ces titres, elle mérite de notre part un in- 
térêt spécial. La vie de sainte Colette a été écrite par de nom- 
breux auteurs, et quelques-uns lui on,t consacré des monogra- 
phies assez étendues (i). 



disparaît de la scène de l'histoire. — Isabelle Romée devint pensionnaire de la 
ville d'Orléans depuis le 8 novembre 1440. Elle fut malade du 7 juillet au 31 août 
de la même année et soignée comme telle aux frais de la ville. (Procès, tome Y, 
page 275.) T aurait-il quelque rapport entre cette maladie d'Isabelle et la conduite 
de Claude, ou ses infortunes judiciaires?... Un acte du 98 juillet 1443 rendu par 
Charles d'Orléans, en faveur de Pierre du Lis, offre cette particularité que la Pu- 
celle Jeanne y est désignée comme une personne vivante , c'est-à-dire sans l'em- 
~ ploi du mot feue ou défunte, qui semblé commandé par le style. Dans ce même 
acte, il est question , non pas de .la mort de Jeanne , mais de son absentement 
.(Cabinet historique, 1862, p. 134 et t les .renvois ). 

(I) La bibliothèque de Bourgogne, au quinzième siècle , possédait trois histoires 
manuscrites de sainte Colette. (Voy. Barrois, Bibliothèque protypographique > 
Paris, 1830, in-4°, n** 81 1, 1975, 3163.) 11 existe encore dans un couvent de Cote- 
tines, à Gand, une vie manuscrite de sainte Colette, donnée à ce couvent, vers la 
fin du quinzième siècle, par Marguerite d'Angleterre, sœur d'Edouard V, avec une 
dédicace de la main de cette princesse. Les BoNandistes ont recueilli, avec on 
grand soin, ce qu'ils ont pu se procurer parmi les actes les plus authentiques de 
cette vie, et les ont insérés dans le tome I de Mars , au sixième jour de ce mois, 
p. 535 et suiv. (éd. Palmé , 531 et suiv.). Mais beaucoup de documents importants 
leur ont échappé, comme ils le déclarent eux-mêmes dans leur préface. Le plus 
ancien imprimé de la bibliographie de sainte Colette parait être une plaquette 
gothique intitulée Brevis legenda béate virginis Sororis Colete reformatricis ordi- 
nis sanete Clare. Paris, Th. Rees, 12 feuillets in-8° sans date (vers 1510). On 
compte ensuite, de 1594 à 1864, au moins dix autres opuscules ou monographies 
qui ont pour sujet la vie et les miracles de sainte Colette. Dans ces ouvrages de 
piété oq d'édification, le sentiment et la complaisance occupent naturellement plut 



SAINTE COLETTE. LXXIil 

En lâchant de ramener au vrai les notions historiques rela- 
tives à ce personnage, nous nous bornerons surtout à repro- 
duire ici les principaux traits de la réformatrice monastique , 
et du personnage moral qui peut être comparé à Jeanne 
Darc. 

Colette ou Nicolette, ainsi que la Pucelle, naquit de parents 
honnêtes, mais d'humble condition. Son père, nommé Ro- 
bert Boytel ou Boilet, était maçon, d'autres disent char- 
pentier. Sa mère s'appelait Marguerite Moyon ou Moi- 
gnon. Colette naquit le 13 janvier 1381 àCorbie (Somme), 
petite ville assez pauvre , quoique fortifiée , du diocèse d'A- 
miens. L'abbé de Corbie, insigne prélat , dont le bénéfice re- 
montait aux âges mérovingiens , exerçait en ce lieu une di- 
gnité et un pouvoir quasi épiscopaux. Le père et la mère, ho- 
norables et bons chrétiens, donnèrent à leur fille la meilleure 
éducation possible , eu égard au rang inférieur qu'ils occu- 
paient dans le classement social (1). 

Colette manifesta de bonne heure une grande ferveur de 
dévotion, et un penchant , peu commun chez les personnes 
de son sexe , pour la propagande religieuse exercée d'une 
manière collective. Agée d'environ seize ans, elle s'était déjà 
fait une réputation de sainteté, qu'elle devait, d'une part, à 
ses actes, à ses pratiques pieuses, et, de l'autre, à l'influen- 
ce de «a parole. Elle attirait et réunit chez elle des jeunes 
filles d'abord, puis diverses personnes de Corbie, et leur dis- 
tribuait une manière de prédication ou d'enseignement, sous 
la forme de familières conférences. Ces réunions insolites 
trouvèrent des critiques et des contradicteurs'. Colette fut 
dénoncée , même par des ecclésiastiques , comme s'ingérant 
sans lumières et sans autorité dans le ministère de la foi. L'é- 



de place qae la raison. Une compilation empreinte du même sentiment, mais plus 
savante qae la plupart des précédentes, est celle qu'on trouve dans la Fie des 
saints du diocèse de Besançon ( par les jésuites du collège de cette ville ), Besan- 
çon, 1865, ta-8°, t. IV, p. 341 et soiv. 

(I) Bolland., 1. 1, de Mars, éd. Palmé, 535 et suiv. Sellier, Fie de sainte Colette , 
1863, ln-13, p. 16, 



LXXIV INtRODUCTIONV 

vêque d'Amiens la tnanda et lui lit interrompre ses'fcernïë- 
rences (i). •* - ■ ■ '••*;• ' ' 

Ainsi qu'il arrive toùjourfe poutf les natures douées d*uîie 
certaine sève , cette première contradiction ne fitrqu'activèr le 
zèle dont elle était animée. Incertaine de la voie qu'elles -de- 
vait 'choisir; Colette essaya de plusieurs toutes. EHte'eûtra 
sùccessivemert xomirie postulante , iiôvice, ou converse,' chez 
les béguines de Corbie, cher les 'Urbanistes de Pont-Sainte- 
Maxence, qui pratiquaient la règle franciscaine atténuée. Sob 
père,, en mourant', l'avait recommandée à Tabbé de Corbie 
( ordre de Saint-Bendlt ), et Colette fut également reçue, à -titre 
provisoire, ckez les bénédictines. Mais, a dit Une de ses- com+- 
pagnesou disciples et témoin de sa vie (sœur'Perriniedela. 
Baume)*' ayant vu sûr -i'autel un portrait de saint- François 
d'Assise, la contemplation de cette image -décida de sa voea*- 
tion. « Un.signe visible lui apprit <pi'il^ n'y âhrait rien* affaire 
pour elleen ce lieu, et elle se retira. » Dans le même teitops,4e 
gardien des cordeliers de Hesdin , frère .Pinet, vint à Corbie, 
et ses entretiens déterminèrèbt Colette à embrasser le Mets 
ordre de Saint-François (2). - 

Le tiers ordre , ou troisième degré , comportait Une associa- 
tion incomplète du laïque à - la Vie nbonacale.; Une Certaine : fr- 
bertérestait à l'affilié, qui ne s'était pas encore astreint par lés 
vœux d'utie addictiôn Complète. On voyait assez fréquemment 
au quinzième siècle- certaines personnes, hommes ouïétnmës^ 
adonnées à la vie déVô te ou cototeiriplati ve , \ sètîonstituer ; dtos 
les villes et peut-être dans les 'villages, à l'état de recluses?. 
Là rechisé se sépàraît du monde pour «'enfermer ' isolément 
dans une sorte de cellule, closeodu côté > des hommes, ou- 
verte du côté de Dieu (3), : 

: Gàmeline, femme du prévôt de Corbie, et d'autres personnes, 



(f) BoHand:, ibid. Legéndd'btWto, feoiUetà tnarqués : a (/ et «niv* Saims de B*> 
sançon, p. Ut ets. ' "* ' ....•.■•*.. •. «* ■' 

(2) BollancL, p.4J©i, n° 6< Lttcc. sup. éiii. 

"(S) Sous lé* trait» dévia Sàtheitë, éâTOinan célèbre a popularisé 4e nos joarà le 
type oublié de \A recluse. ( Vfctor HUgo , Notre-Dame de Paria)- '" '*'-*' 'l • 



1 



SÀINT15 .COLETTJS . LXX V. 

firent les frais di} recluâoiF de Colette, Il s'élevait, sur le terrain 
dés bénédictins et attenaità l'église de Saint-Étienne, appelée 
aussi . Notre-Danje, ,, Cet app$ndiç£ fut . pr^tiqui jdaas la 
paroi de l'église qui enveloppait le, chevet. Un espalier, g>ar* 
tant djipdehors et communiquant avec le cloHre des, bénédic- 
tins, y coudui^aiUX'cxratoir^ de :1a recluse donnait de- plain- 
pied dans l'église et se fermait par un gqichet inférieur. Cette 
issue s'ouvrait de dedans en dehors, lorsque la mainte recevait 
l'eucharistie pu .la confession; Le haut de la porte, à claire- 
voie, était muni de barreaux en croix. De spn. oratoire, Cor 
lette, lorsqu'elle y paraissait, pouvait être vue, et voyait célé- 
brer, sur le maître-autel Ici -sacrifice de la .messe. Une pièce 
contiguë à spn . oratoire lui tenait, lieu d'appartement ou re r 
traite. Qette chambrette était meublée d'un lit, d'escabeaux,, 
et Qrnée d'un tableau, qui représentait, une Notre-Dame. Uq 
tour, pratiqué vers l'escalier, servait à, lui apporter sa nour- 
riture ou;autres objets*; Elle avait, enfin unepqrte extérieipe,, 
dont elle était elle-même la gardiennç, et l'ouvrait aux visites 
particulières qu'elle jijgeajt à propos de recevoir (1). . 

Raoul de Roye, abbé de Corbie<, portait, vraisemblable- 
m^çnt à sa jeune pupille un. sincère et paternel attachement. 
Mais çellerci. n'avait ,p£(s obtenu sans pein^ que l'abbé .con- 
sentît à sa xéçjusipn. gji L'esprit^ corps unissait, comme une 
sorte de p^triotisme r |eS: membre? d'un, même, ordre monas^ 
tiqyie^ unç ardente et jalpusfc rivalité divisait les ordres enjre 
eu$..Dopa Rappl était hénédiçtjn : frèr,ç Pipet était , Mineur 
Po\ir J'honûeur.de sa robe et de .son prdre, pour la gloire de. 
saint Benoît (et non popr la.glpire. de saint François; d'As- 
sise), l'abbé convQitait peut-être les vertus et les qualités de 
son enfant spirituelle. Deuxfois, commq ma autre Biaudricouri, 
Colette étâjt; ternie s'auvritfà -lui de ses, dçss;çins; deux fois.il 



(I) Boll., p. 636, A. B. p. 614, n* 73. rie-dé sainte Colette par le R. P. Sellier 
defja cop>pa0n{*àe Jésus. Amléu* , lMZ,\n~l2 {ad fnajôrem dei gtorkanl. On 
trouve ao 1 1 de cet ouvrage une planche lithographique fort intéressante ( p. «fcà 
61). Cette planche représente, à l'aide de divers dessins d'arcbUecture, remplace- 
ment,. la construction M la disposition du reo|owir de sainte Colette , restitué 
d'après des vestiges, ou éfeacnte^utoons paraissent: 4rès*piafls|bie$. . .•■'•- /, 



1 



UXVI INTRODUCTION. 

< 

l'avait repoussée. Peut-être aussi reconnaissait-il que la voca- 
tion ou la place de Colette était dans le siècle et non dans le 
cloître, car il s'eiitremit d'abord à la marier {!). 

Colette, tout en méprisant et délestant chez elle-même, en 
sa qualité de sainte chrétienne, la séduction des charmes 
physiques, était douée en toute sa personne d'une beauté 
accomplie. Les grâces de son esprit, sa faconde naturelle, 
relevaient et augmentaient la puissance de son ascendant. Elle 
saisit une occasion où son tuteur, entouré d'une aimable com- 
pagnie, se déridait de sa sévérité habituelle. Colette alla le 
trouver en ce moment et renouvela ses instances. Elle prit à 
témoin et invoqua en sa faveur les joyeux hôtes ou compa- 
gnons du prélat; l'adjijra au nom de Dieu, par la passion et 
le sang de Jésus-Christ. Bref, elle plaida sa cause avec tant d'é- 
loquence que le moine se laissa fléchir (2). 

Vers 1402, Colette entra en possession de son rèclu- 
soir. Elle distribua aux pauvres son modeste patrimoine, et 
fit vœu de clôture perpétuelle, obéissance, pauvreté et chas- 
teté, sous la règle du tiers-ordre de Saint-François. Frère 
Pinet, son confesseur, présidait à la cérémonie. L'abbé de 
Corbie sanctionna aussi de son autorité ce mêm<ç acte. 11 as- 
sista, suivi de ses religieux, à la réclusion. Il reçut et approuva 
l'engagement éternel que venait de prendre sa pupille (3J. 

Mais la jeune initiatrice, à l'étroit dans ce poste provisoire, 
.pourrissait déplus vastes desseins. L'ordre de Saint-François 
constituait, au moyen âge, numériquement et moralement, 
l'un des groupes les plus considérables de l'Église régulière, ou 
de la famille monastique. Au point de vue social et pqlitique, 

(1) Bollandistes, page 601, n* 6. 

(2) Bolland., p. 601, n° 4, p. 602, F : « Repulsam... semel atqoe iterum passa , 
credidit fortiores adhibendas machinas et temporis opportunitate captatâ, quâ, 
inler magnam coovivarum mulUtudinem hilarior, abbas videbatur esse exoratu 
facilior, stiam denuo desideriam quam ardentissimo polest affecta exponit , accu- 
mulât preces, sangûinis ac passionis dominics reverentiam exponit, pr&sertÙum 
implorât convivârum suffragia; quibus omnibas effectuai demum est ut pr*sul... 
vel invitus conceaerë, etc. » (Témoignage de Perrine de la Baume. ) ' 

(3) Sources citées. Wadding, Annale* minorvm, Rome, ilii, in-foi, tome IX, 
p. 33. Bolland., p. 534, A-B.; p. 602, n* 13. GalL Chrisliana, t ,1X, colonne 1284, 



• Slffite COLETTE. LXXVII 

oh* a montré ci-dessus, par divers exemples, le rôle impor- 
tant que les Mendiants jouaient encore à l'époque dont nous 
traitons. Depuis les temps de' ferveur ei de fécondité chré- 
tienne, oit vivait lé séraphique fondateur, la règle de Saint- 
François, néanmoins, avait reçu, notamment en France, de 
nombreuses atteintes ou atténuations, édictées môme par le 
saint-siège. La grande secousse du schisme avait ajouté à 
cette oeuvre de dissolution. Au sein des couvents de Tordre, 
là décadence, le relâchement, étaient sensibles et universels* 
Colette conçut le dessein de réformer l^famille des Clarisses ou 
Franciscaines , et par suite Tordre des Mineurs tbut entier. 

Cette conception, même réduite aux termes les moins éten- 
dus, notait point le fait d'une personne vulgaire. Colette, il 
est vrai, paraît èri effet Ta voir embrassée par le côté le plus 
restreint. Le haut idéal que poursuivaient au treizième siècle 
les sectateurs de l'Évangile éternel, ces vastes horizons mo- 
raux , vers lesquels se dirigeait leur vue, ne s'e retrouvent 
plus dans le plan, beaucoup plus borné,' de la réformatrice. 
Rétablir lés antiques règlements, les pratiques et la disci- 
pline, que la tiédeur croissante, les malheurs des temps, la 
fâillîbilité dés pécheurs, avaient abolis où emportés : telle est 
la 't'âche, déjà fort ardue, à laquelle sainte Colette consacra 
ses efforts et sa pieuse ambition! 

La rejigieùse de Corbie n'avait pas été d'ailleurs préparée , 
par une savante éducation cléricale^ au rôle difficile qu'elle 
voulait jouer, ào'n défaut de naissànèê i&u^nail contre elle, 
et presque sans compensation, 1 Tun des plus redoutables pré- 
jugés dé son sièclei Colette était adulte et déjà recluse, lors- 
qu'un clerc de Corbie, nommé Jacques Guiot, lui enseigna le 
psautier* en d|autres termes, lui fipprit à lire (1). 



, (I) «c.Sigi dpçui) psa|terium »(Bolland., p. 535; 16). .JCf. Histoire de l'Instruction 
publique, 184», ii\-4% page 206. En 1454, Charles de France, fils de Charles VII et 
âgé de 8 ans, fut mfs «à l'épie >» t c'est-à-dire à l'étude 'Ses lettre^. Sa bibliothèque 
d'écolier comprenait : 1° ung s ç j> c, ou abécédaire; %• ùng'sept pseaulmes, ou 
psautier. Ca dernigr-jivret était pfcessairement çn français. Bien avanila traduc- 
tion célèbre, dç MarQt^il existait des ^versions iraDçais^s .et pjus ou moins étendues 
des psaumes de David. Nous trouvons parmi les' raretés bibliographiques ayant 



1 



LXXVIII HNTRODUCTKMfc' 

Or on rie voit pas que, danàtout le reste de sa carrière, la 
sainte ait fconsacré soit à l'étude des lettrés ou de l'histoire, soit 
à 1 acquisition de connaissances analogues, le temps et le soin 
nécessaires pour Suppléer à cette lacune primordiale. Colette 
Boilet, au taoment de se lancer dans l'arène, dut compter 
surtout, comme Jeanne Darc , sur le ressort de ses facultés 
naturelles et sur leur énergie spontanée. • 

Colette habitait depuis près de quatre ans son redufeoir, 
lorsqu'un jour on vit arriver à Corbie une grande daine, qui 
se présenta avec empressement devant la sainte. Cette datoè 
est nommée dans l'histoire la baronne de Brisay: Elle s'appe- 
lait Marguerite, fille d'Aymeri de Rôchechouart, seigneur' de 
Mortemar. Elle avait en effet successivement épousé deux 
maris, et lé dernier, Gilles, baron de Brisay, originaire du 
Poitou comme Marguerite, s'était attaché à la fortune des ducs 
de Bourgogne: Après avoir combattu à'NicopoKs, il était 
mort vers' 1405, laissant à sa veuve de grands biens, situés en 
Suisse et en Franche-Comté (4). * 

La baronne était accompagnée d'un religieux, qui voyageait 
avec elle en qualité d'aumônier. Celui-ci se nommait frère 
Henri de la Baume et appartenait à une grande famille du 
Bugéy (limitrophe de Savoie). Il avait quitté lesiécte, ainsi 
que le manoir paternel, pour embrasser- de bonne heure la 
règle de Saint-François, et il brisait partie, quoique absent, 
du couvent des côrdeliers de Chambéry. La baronne de 



appartenu àM. Yemeniz : « N« 21, les Sept Pseavlme* enfrançois, sans lieu ni daté, 
in-4° gothique de 6 feuillets; n° 22, les Sept Pseavlmespêniteneiaùlx et litanie en 
françoys (en vers), sans Heu ni date, io-4* de 14 f. » (Catalogue Yemeniz, 1867, 
in-8°, page B). Voyez» ci-après, Notes et développements, page 270. 

(1) Sources citées. Sellier, p. 88. Cabinet des titres : Brisay , Rochechouart. His- 
toire de la maison de Rochechouart, par le général comte de Rochechouart, Paris, 
1859, in-4°, t. II , p. 250. Wadding , t. IX , p. 279. Beauchet-Filleau , Dictionnaire 
historique du Poitou ,1840, in-8° : Brisay. Gilles et Marguerite eurent un fijs 
nommé' Louis , seigneur de Mont pi peau. Les Rochechouart étaient de la clientèle 
et du parti Armagnac ou d'Orléans. Louis de Brisay faisait partie de la garnison 
d'Orléans, lors du fameux siège, avant la venue de la Pucelle. Il fut tué à la 
journée des harengs, le 12 février 1429. Anselme : Rochechouart, Journal du siège 
dans les Procès, etc., t. IV, p. 123 , 124. 



SAINTE COLETTE. LXXIX 

Brisayliahitait elle-même ces parages, c'est-à-tfirelaFranche- 
Gomté., Une intime amitié Punissait à la comtesse de Genève, 
Blanche de Savoie, femme de Bugue de Chalon (des priaces 
d'Qjrange), baron d'Ariay et vicomte Je Besançon. La comtesse 
était encore propre nièce de Robert, des comtes de Genève, 
• qui lut pape ou antipape sous le nom ,de Clément VII (1). . 

Clément VII, pape d'Avignon, avait eu pour successeur, en 
1394,, Benoît XIII, qui régnait alors (1406) et qui continuait 
la politique aussi bien que les traditions de son prédécesseur. 
i II entretenait avec la maison de Savoie- et la noblesse de ce 

' pays des rapports étroits et «\itjis. Le pape ou*afitipape fut 

instruit des rêves que formait la néophyte de Corbie. L'idée 
de trouver sur une terre de son obédienee, dans cette province 
française de Picardie, une nouvelle sainte Claire; l'idée de 
réformer par le ministère de cette fille, et, cons£quemment, 
de rallier à son autorité disputée, la grande famille des Mi- 
I neurs , . devait, naturellement sourire, au .pontife d'Avignon. 

' Cette idée vraisemblablement fut conçue ou accueillie par lui ; 

i la résolution d'y donner suite, arrêtée; et l'exécution en fut 

| remise au religieux accompagné de la baronne. Qn n'en sau- 

rait douter lorsque l'on considère la marche ultérieure des 
1 évépenaente. 

Pour Ja libération de Colette, le grand, obstacle était 
rabbé de Corbie, Lui-même avait reçu sss yoçtix.de clôture 
perpétuelle. Il avait, de sa main, scellé la pierre de cette es- 
pèce de. sépulcre, qui lui permettait de cqnserver auprès de lui 
la jeune, sainte, espoir de sa propre ambition. L'eût-il voulu, 
rompue désormais le sceau ; de cette promesse indissoluble 
était un acte qui dépassait les limites de sa puissance (2). 



(f) BottawL, p. 636, 17 ; p. 603, 18. Généalogies ; cabinet des titres : Britay , Ge* 
nève, Là Baume. Armoriai du héraut Betry* 1806» in-J3% n° 1025. £utebenon, Hi$» 
taire de Bresse, etc., 1650, in-fol., troisième partie, page 24. DtiBôd. de Charnage, 
Histoire du comté de Bourgogne, 1737," in-4% t. II, p. 535. Il y avait en Savoie deux 
familles paissantes du nom de La Baume , qui paraissent issues de la même sou- 
che..: les La Baume-Montre vel, et les La Baume-Saint- Amour. Henri et Perrine 
de La Baume , sa nièce , étaient Saint-Amour. 

(2) Bolland., p. 603, 604. 



tXXX îNf aofitJCTÎON. 

A peine arrivés, par la belle saison, la baronne et le frai*» 
ciscain aidèrent Colette à former un pourvoi, ou supplique, 
tendant à la faire sortir de sa réclusion. C'était un cas papaL 
La pétition fut portée à Paris et déférée à Antoine de Chalant, 
cardinal légat du titre de Sainte-Marie in via latâ et chargé, - 
près la cour de France, des pleins pouvoirs apostoliques, au 
nom de Benoit XIII. Antoine de Chalant, créature de l'anti- 
pape qui lui avait donné la pourpre en 1404, appartenait à* 
une grande famille du Val d'Aoste. Les Chalant et les Genève 
tiraient une origine commune des marquis de Montferrat. 
Antoine eut pour frères François, évêque de Genève, et Boni-, 
face, maréchal de Savoie. Deux autres de ses frères tinrent . . 
successivement les sceaux du comté, depuis, duché de Savoie* 
Le cardinal n'avait donc rien à refuser aux députés, de Be« . 
nolt XIII (1). ■ , , . 

A. de Chalant accueillit la requête et en déféra la: solution . 
à l'évêque d'Amiens. Jean de Boissy, neveu du cardinal de : 
La Grange, occupait alors ce siège. Le renvoi du légat est , / 
daté de Paris, 23 juillet 1406. Huit jours après, L'affaire était 
terminée, avec une promptitude et une maestria dignes de 
remarque. Par lettres patentes données le* I e * août suivant, à 
Amiens, Jean de Boissy accordait, par délégation apostolique, 
à sœur Colette de Corbie l'autorisation de sortir de sa cellule - 
et la relevait des vœux de clôture perpétuelle qu'elle avait 
prononcés comme recluse (2). . . • ... , 

Dans sa requête au légat, la postulante exposait loyalement ' 
« qu'elle ne pouvait plus rester dans sa réclusiop en, repos _ 
d'esprit et sans préjudice pour sa conscience » ; ajoutait 
« qu'elle voulait servir Dieu ailleurs et dans un ordre approuvé 
par le saint-siége ». Mais, dans la sentence épiscopale, Té- ; 
vêque dit : «Attendu les motifs, bons et valables, allégués par . 
la requérante, nous la relevons de son vœu de recluse, et nous 
l'autorisons à entrer soit dans Pordre de Saint-Benoît, soit 



(1) Bolland., p. 535, g IV. Armoriai du héraut Btrry, n* 991. Cabinet dw tl- 
1res: Chalant; Genève. Guichenon , t'6., p. 72. " ' 

(2) BolUradisles , ibidem, ... - 



SAlNÏE COLETTE, LXXXI 

dans l'ordre des Minoresses franciscaines , et de s'établir au 
diocèse de Reims ou en celui de Bourges (1). » 

Quant à. ce qui est de l'ordre de Saint-Benoît, on a vu que 
Colette,- même avant sa réclusion, l'avait complètement rejeté 
de son choix. Mais cette clause : soit dans V ordre de Saint- 
Benoit, était à l'adresse de l'abbé de Gorbie ; tout en réservant, 
en faveur des impétrants, cette issue légale ou alternative : 
sent dans l'ordre de Saint- François. Cette clause endormait le6 
illusions possibles de l'abbé; elle désarmait, en tout cas, son 
opposition ou sa résistance. De même pour l'autre ad libitum. 
La province de Reims en effet était celle de Gorbie et d'A- 
miens ; mais pour ce qui est de Bourges il convient seulement 
d'observer ceci : La baronne de Brisay avait épousé en pre- 
mières noces Bertrand de Ghanac. Or un proche parent de ce 
dernier, nommé aussi Bertrand de Ghanac, fait cardinal par 
Clément Vil, en 1385, avait occupé le siège de Bourges de 
1374 à 4386 (2). 11 avait eu pour successeur, comme arche- 
vêque de Bourges, Jean de Rochechouart, cousin germain de 
la baronne, fait cardinal par Benoît XIII, en 1394, et qui mou- 
rut à Avignon, dans la familiarité de l'antipape v en 1398. 
Les vicomtes de Rochechouart étaient d'ailleurs au nombre 
des grands barons de la métropole de Bourges. La baronne et 
ses coassociés se trouvaient donc chez eux dans ce diocèse (3). 

Aussitôt' libres, sainte Colette et ses deux auxiliaires se 
mirent en route. Us se dirigèrent non pas sur Reims, ou sur 
Bourges (qui est un point d'itinéraire entre Gorbie et Avi- 
gnon), non pas vers un couvent quelconque, mais sur Avi- 
gnon, ou, plus précisément, sur Nice, ville des États de Savoie, 
et qui était en ce moment la résidence de Benoit XIII. La 
baronne avait pris sur elle tous les frais aussi bien que le 



(I) Bollandistes, ibidem. 

(S) Nous avons un portrait de ce prélat ,* exécuté en miniature, de 1386 à 1404 
dans le ms. 432 latin, fol. 2, verso. 

(3) Généalogies citées. Moreri, aux moto Carçtinal et Rochechouart G allia Chris- 
tiana, 4 la métropole de Bourges. Ce dernier ouvrage mentionne en ces termes 
l'intervention de l'évéque d'Amiens dans l'affaire : « Inquisivit anno 1406 de mira- 
culis S. Coletœ, monialis Corbciensis. » ( Tome X, col. UU7.) Sellier, p. 99, 100. 

JEANNE DABC. f 



LXXXII • INTRODUCTION. 

succès de l'expédition. F. de la Baume et une suite escor- 
taient la sainte et la baronne, Colette n'avait jamais monté à 
cheval; mais, « par miracle », elle se tenait droite et ferme ' 
en selle comme une écuyère consommée. Dans les mauvais 
passages, et lorsqu'il fallait mettre pied à terre,, elle effleurait 
le sol et semblait voler (i). 

Colette éprouvait en effet une alègre satisfaction de tra- 
verser l'air libre, et de marcher dans la carrière où elle dé- 
butait par un triomphe subtil. Raoul de Roye, son bienfai- 
teur, son second père, avait été complètement battu. L'^yê- 
qué d'Amiens, ordinaire de Raoul, était intervenu dans un 
acte scellé par l'abbé de Corhie, qui relevait directement du 
saint-siège! Il était intervenu dans cet acte pour le corriger et 
le casser. On peut juger du ressentiment que Je prélat.mo- 
nastique éprouva de cette aventure, par l'impression que ledit 
épisode laissa dans l'esprit, de la sainte elle-même. Raoul de 
Roye mourut en 1418. Perrine de la B'aumç,' dans soa mé- 
moire, raconté ce qui suit : « La servante dé Dieu Golette 
avait souvent des visions. L'abbé de Corbie sept ans après sa 
mort (1425) apparut à la sainte, tremblante -de tousses mem- 
bres, avec un grand bruit et un horrible fracas de chaînes ; 
mais la sainte lui commanda de se retirer (2). » - 

Restait à compter avec l'opinion publique et les fidèles. On 
allégua que, « par miracle », Fr. H. cle la Baume,' se rendant 
en Terre-Sainte, avait rencontré à Avignon une recluse- cé- 
lèbre nommée Marie Amente{3). Gëlle-ci, instruite pae révé- 
lation divine, l'informa de même qu'en ce moment une autre 
recluse, à Corbie, appelée Colette Boilet, avait été choisie du 
ciel pour réformer l'ordre de Saint-François. Cette allégation 
réussit parfaitement; tant au quinzième siècle l'esprit public, 



(1) Bon, p. 535, 17 ; p. 647, B.-C^ A n 9 35. 

(2) Gall. Christ^ t. IX, col. 1284. Bolland., p. 810, À. aerrine de La Baume 
était la nièce du confesseur. Venue en âge , elle prit le voile des mains bisous la 
règle de sainte Colette. ...■*. 

(3) « Marion Amente , recluse fort fameuse. » La vie de sainte Colette [put le 
père Silbère, d' Abbeville). Paris, 1629, in-8°, p. 80. Voyez ci-après,?- txxxitF, note I. 



SAINTE COLETTE. iXXXIH 

en ces matières surtout, était amoureux et avide de miracles. 
Cette même allégation fut acceptée dès lors, dû. moins par 
beaucoup de gens, comme, article de foL Elle a été reproduite 
à ce titre dans les divers opuscules où traités pieux dont se 
compose jusqu'à ce jour la bibliographie de sainte Colette (l). 
C'était l'époque où Benoît XIII, déjà très-éhranlé sur son 
trône d'antipape, entrait dans la période errante de sa vie. 
L'obédience française elle-même lui était disputée, et Pierre 
de Lune déployait tous ses talents à masquer Tégoïste ambi- 
tion qui lui fit conserver la tiare avec une opiniâtreté plus 
habile que louable. L'affaire de sainte Colette fut évidemment 
ce qu'on appelle un coup monté. La jeune néophyte, qui n'a- 
vait pas même passé par un noviciat régulier, la réformatrice 
âgée de vingt-cinq. ans, qui ne connaisssit ni le passé par les 
lettres, ni le couvert,, ni le monde par expérience,. obtint un 
accueil,. empressé, sympathique, enthousiaste. Le souverain 
pontife, à sa venue; se prosterna devant elle. Colette requit de 
lui deux choses : la première, d'être admise au deuxième ordre 
franciscain, c'est-à-dire d'embrasser la règle de Sainte- 
Claire; la seconde, de réformer Tondre de SaintrFrançois. Le 
pape écouta la sainte avec la plusi grande, bienveillance* Il 
prit lui-même une cédule que Colette portait dans une petite 
bourse pendue à sa ceinture. Vainement divers cardinaux. ou 
prélats supérieurs qui entouraient le pape cherchèrent à le 
dissuader, Colette obtint les deux grâces qu'elle sollicitait. 
Benoît X IÏI lui donna le voile, lui ceignit la corde franciscaine ; 
il l'institua solennellement mère abbesse et réformatrice gé- 
nérale de. l'ordre, avec la faculté d'élever sous son autorité de 

nouveaux monastères (2)w . 

. En la congédiant, Benoit lui donna, ainsi qu'à, ses compa- 
gnons, la bénédiction apostolique. Il la recommanda spéciale- 
ment à la baronne de Brisay et au.F. de la .Baume, qu'il con- 
firma comme confesseur et assesseur de la nouvelle supérieure 
générale. Le pape ou antipape prescrivit à ces deixx derniers 

(1) Bolland., p. 647, A. Voy. ci-dessus, IV, Marie cf Avignon, p. xxxj, note 3. 

(2) Ibid.y p. 635, 642, 647 604. et Blliv. WaddiDg, t. IX, p. 279. 



1 



de continuer auprès de Colettéf'lè miritetèrtf^ ^*6tetiow».efc 
de sauf-conduit dont ils 'tiraient prî^VmltttitiveAtt^neettrâgea 
enfin la religieuse picarde à rétburtter datifesen^yt^ptôanaaiif- 
mencer sa carrière dlnitiatton ou de^ déforma èriceiae^^ein 
des populations qui l'avaient -tue nattreet qoiavaifcntété<lés 
témoins de ses pieux débuts (1). " M • n/ ^- - ,: ihq ^ n|»«ffî 

Colette revint à Corbïe, où eile se trouvait enoboraubré 
1406. Mais un gràrtd'changeménl, depuis^ son départi rîétait 
opéré dans les esprits dé '-des compatrioteSi quant àîj^i.répiD- 
tation personnelle. Sa* sortie dé' réclusion f quoique!' tatetft 
qu'eussent déployé ses auxiliaires et quelque »keurewx- succès 
qu'elle en eût tiféy avait catfsé* urne 'véhémente indignation 
dirigée contré Colette. Lorsque ltt' nouvelle ;?M|è69ét'repafftft 
à Corbie, escortée encèrè aeU^bsCetfVtftfUiïriàt èe ja&arôhiié, 
toutes les portes sfe fermèrent >pout «è^pàs ^ree&oiïrii&ep 
amis les plus proches de lô veillé ne Uiinmamfestûieût) qiie 
mépris et courroux: Ort l^ppeliait (corrimeéàr ffaûeHe)^!*»- 
cière, invocâterèssb de démons } et oiï lût appliquait id'aiiipfis 
épithètes semblables 1 . Cdleti^enfin setreuvàqui^ priées àvtfc 
un concert de répugnances fci'visibte, s* ptfrài&taintj qtiMté eût 
renoncer à évarifeéltsër aoto^payi»; ^'^j^iffS^^àtttoiïïiiHgnée 
de ses deux amis*, 411 è' se renfcRt auprès àèfà CKÎihtèsfitfBlaaabe 
de Savoie (2). * ' '* : ,j/ ? ~ : =< '* **> •>*> ^^»» ••' u;q èvovocî 

"La comtesse habitait' 'alors te châté^i<tei Baume>u»])Ja 
Balme, que Ton croit/ a\*>iïMétë slttié à BaUîrie4è^hottkn£b , 
près Poligny, en Genevois.' Blônché^acèu^iHtt>^aefitt«Bent 
ses hôtes; eiïë àccotdfr tous les^h0tm«u^^ttqutefa révéfmte 
possibles à l'abbesse, et hiioéda» l&'ihoHiéidfotoiiicfetf}e*fiipQtir 
y exercer désormais son mtnMèr.e^€old^jei).effe)(^inwe^ça 
d'y réunir qvtôfcpues riovicé^? maisc, setrou^tot»:eftct>i^^^roit 
sur ce théâtre restreint , elle quitiari^cçt &U& : A*ti^is43<fty ar 
une bulle du 26 janvier 1408^ém^n^^ujnrèineJ^^ît^ni, 
Colette vint s'établir à Besançon, accompagnée d'une jeune 
princesse de Savoie nommée Mahaud ou ^athUdeeV'de'diVétses 

r - ••;<■« 3 ,i,di» q , *o^ 
' ' M ' -r"' M M i ■» ■■■ . !» :. V, .,.> ■; ^^ ^ Cf - .,, ^. y ^,,fl ^ 

. (I) BoW., pi, B48,h°*30et'40* '- •> • î • - yi ■•- v :-;> -•- OvVé.tiu*!? 
(2) i&/cf. y p. 549, B-C. 5a*fc/s rf* Besançon, p. 88*.. » ♦ > «wwC» iv\ £ ^.rc;- 



talreà-J»iigipijW«^!l4ft'fqïl<la|FiQÇ:prH pos.sçs;siQn de son cou,* 
«i^?flTOop<Mup$iitejJcA wify WMfc. TîeUç ijuttyprpimère oeuvre 
inaiia«Uqw(dp<i»»ABfiSoj€ittc. < (<^ï <\ . . .,.; *„...; 
n/^ésermms.Golelta avîiit.pri^ §QR-e^$or .^t rjnipulgion était 
«torniéeuitotronép auprès. des puinc^s.par d'activés et sympa- 
thiques princesses, appuyée de miracles qui surproduisaient à 
«bàeon' deiBesvpasyJfabbesse ig^néra^e vit prompteraent se 
intilfiplicrcjcb création; deam iQtdrei En 1412 elle fonda .le 
^ouvenfed/Alixonney etcelui dePoligny^en 1415. Les filles des 
4fctirille&jpèhlps imitaient un, exemple que leur (tonnaient les 
^maison* )d«' Savoie et^> dp Bourgogne. Un„grand nombre d'au- 
iMbyi^noinsjihawt j piacéfi?, dans l'échelle çpcialç, suivaient. 
Verq cetieHépk*î[uerune,çéunioD eut lieu au, château de Rouvre 
^■ufiouqgogae- Majrgaçpite<4e Bayière (femme de Jean sans; 
apèuri)ipiUîtcbes$je ^Bourgogne^ Blanche de Savoie, comtesse 
«de» Oenôtfe^i et sainte Colite y aps^taje^t. l/olyet de cette 
-eatretad&aft de déWo^en$yr W ; n^arMge projeté entre Loui^ 
l&i^bujijdMQi'dqiBwièrft eorate^latia du.R^n^et Mahaut 
-derfiawfoj pupUteft» novicft )Spus la. règle de Sainte-Colette, 
tLfe sàiritfy iiayantoopsylté.Dtipu^ns la prière, déclara» à la ' 
^raiiiteiîaiisfaciion:d0tojLi ( s,.que v .cet^ alliauce gérait bénie du 
jcielvf;iliBû-lAt7v4ecMPi > de^. l 3a,qnie % comité de Montrevel, fut 
envoyé par le duc de Savoie en Allemagne pour, achever la, 
i;hégoeifttiûPi Louis de/,, Bavière, ( ^pou^a M^athilde, par. contrat 

una*^tetad^é(giito.id©;la»,^i»te estj^i^îf^U .remarquable. Co- 
''iettexai effet «pai^gtaU avQCun^, rigueur spéciale les senti- 
ï%i6oU éei doete^-Bccèéeiastiques de son,$emp$ sur la mes 
^tff#fc©fc^iàfcative dmc&liijatuet dunaeriagev Elle préférait les 
;i SâiiltfeAd^' tâvalttgiïe atiir. patriarches . de- l'ancien testament , 
<^ttte<çiàefe6&&<Gi mWien* pas observé la loi de chasteté 



. ijl) Jfctftttk» p. &4ft, 650. Sur La Balme {topographie ), voy. $<wifo de Beson- 

{S) BolTâncT^p. 66 f; 552. ToyBgciltténrfretJe deur bénédictins, 1717, in-4% p. 188 
et solv. Satftfe «te Besançon , p. 360. C.uirhcnMn^v/^rMf Pfcëtc, p. 27. An- 
selme à £a Bavme , etc., «ta» . i ,jk»v,uv*u\ 3.-, >,\,x, >?,,..,. ,. ., , • 



1 



LXXXVI INTRODUCTION. 

inaugurée par Jésus. Entre les époux, elle préférait ceux qui 
ne tétaient mariés qu'une fois. Sa prorire mère avait cepen- 
dant convolé en secondes noces, airifei que la baronne de Bri- 
say. Un jour que Colette enfant conversait avec sa mère : 
«• Ma mère* lui 4 éikelte, j'aimerais mieux que vous n'eussiez 
« jamais eu qu'un époux. » — a Mais* ma fille, lui répondit 
doucement Marguerite, si jene m'étais pas remariée à ton père, 
tune serais pas ^dé ce moade. » — «EB bien, répliqua la sainte, 
« Dieutout-pUisëarit/si vous ne vous étiez pas.remariée, m'au- 
01 rait fait naître de quelqu'un de nos proches (1). » 
- L'Idéal de la morale pour Colette était la continence ab- 
solue et la macération des 7 dené, principalement sous ce rap- 
port. Elfe préconisait la virginité comme un état supérieur et 
leteriffe suprême 'du devoir. Toute autre situation constituait 
à ses yeux un abkîs&eirientj« une dérogation. Elle obtint du pape- 
dés lettres, apostoliques pour n'admettre dans son ord*e que 
des vierges* à l'exclusion même des veuves , sauf des^as d'im- 
portance majeure. Saint Jean l'évangéliste, type après Jésus 
del'hommé^vierge, obtenait les prédilections de sa piété. Saint 
Jeaè réj&iïdft à sàf ferveur éit lui apportant un âmïeau et une 
crbifc ê'or.'î/atfnea'u, signe d'un toariage -mystique- (imité de 
la légende ^le ssfititë Catherine), fut passé par l'évangéliste au 
doigt delà sainte, et celle-ci le prêta souvent à son confesseur 
oii à' sfes' : meésagèrs lorsqu'ils se mettaient en route, afin de 
les préserver du péril iet de leur porter bonheur. Mais cet 
anneau, éonsërvé à Gahd, périt lors des ravages exercés dans 
cette tille par lefc : protestants au seiaième siècle. Quant à la 
croix^ elle se corfserve encore au couvent de Poligny. Telles 
sont du moins lès affirmations que repètent, l'un aprèsTautre, 
la série des hàgiographes^é). - > • - 

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^(HBoltand^Jj^ 554. Xf. Cnlte dû sainte Anne-, i&«, 555. Ua autre. rapproche- 
ment bizarre est celui-ci, Colette, comme tous les saints du moyen âge, prêchait 
et d'exemple là virginité, par conséquent la stérilité. Cependant elle fut invo- 
quée, comme saint Bernardin et autres, par des époux qui lui demandaient et ob- 
tinrent, dit-on, la fécondité: Voy. le père Sabère, d' Abbevitle, Fie d* sainte Co- 
lette, citée p. 303, 890, et à là table, au mot : Femmes, etc. • • > 
(2) Bolland., p. 554 et 610, n° 52. Btevis legttidq, .toi 8, verso. Silbère 






SAINTE COLETTE. LXXXVI1 

Sainte Golette -recueillit bientôt le fruit de sa condescen- 
dance politique. En mai 1448, selon toute apparence, elle se 
trouvait à Troyeâ avec la reipe régente de France. Isabeau de 
Bavière était la cousine germaine de Louis le barbu. Par 
lettres données en cette ville le 15 dudit mois, elle octroya 
100 livre» à Sœur Colette, abbesse des Cordelières, pour con 
tribuer à la côtistcuction de son église de Poligny (1). 

Après le monastère de Poligny, Colette éleva divers autres 
couvents, dans le Nivernais, la.Suis.se, le Bourbonnais, le 
Languedoc et l'Auvergne, En 1435, elle donna une nouvelle 
législation. religieuse à sa famille monastique, et ces constitu- 
tions, dont on peut lire le texte dans Wadding, furent ap- 
prouvées et édictées par le supérieur général des franciscains. 
Nous en avons indiqué précédemment l'esprit et la substance. 
Les monastères cUborames se ressentirent eux-mêmes de cette 
réforme.. Colette' prouva un sectateur ardent et passionné en 
la pçjrçsoane du roi Jacques de Bourbon, roi nominal de Naples 
et.de Hongrie. Sa :611e avait déjà pris le voile de Clarisse à 
Aîgueperse (2). t 

Ce roi Jacques était un personnage pour le moins assez ex- 
centrique.. 

Apcès:aVbirig©iié un triste rôle en Italie, aux côtés de la 



d'Abbéville, Vie de sainte Colette, 1629, p. 4o3 et suiv. Saints de Besançon, 
p. 366, noie I. Seltief, Fie de, savate Colette, deuxième partie, p. 338. Sainte Co- 
lette , ajoutent les mêmes récits, ne connut jamais la loi physique qui préside 
pendant la période de fécondité à la santé des femmes.... « Ulteriug excelientior 
gratta nec alias audita... qu'od ao ihiirmitate naturali, communi cunctis mulieri- 
bas, luit semper et intègre preservata: » lb. f p. *63, n* 61, F. Cette même grâce 
« opiquejî ou .imo>u.nité a été , jcpmme on sait , pareillement attribuée à Jeanne 
Darc. La Pucelle portait à sa main des bagues ou anneaux qui figurent dans son 
procès. Voy. à la table du présent diurne le mot anneau. J'ai composé sur' les an- 
ntuvarde -Jeanne- &arc une notice, trop -étendue pour prendre place ici ; elle a été 
lue à la société de& Antiquaires de France en 1867, et sera publiée avec le tome XXX 
des mémoires de cette société'. . 

(i)'Bôitand., p. 618, n° 96 : Colette passe à Troyes, et gratine d'un miracle l'hôte 
cljez lequel elfe était logée. — Jeanne Darc aussi passa par. Troyes, niais onze 
ans plus tard, çn I429\ — , Collection de Bourgogne, ms. n° 100, page 790. 

(2) Bolland., p. 533 et passim. Âbbeville, Saints de Besançon, p. 369 à 375. 
Wadding, Annal. Minor, t X , p. 240 et suiv. Legenda brevis, b. j. 



. reiae Jeanpe.pu.JpanaeltedeNaples.(4), il revînt en France, 
> toutjettneenconett désenchanté.' Jacques, détoorné du monde, 
« où Hue réussi* jamais; -6e tourtta" ve*s l'Église. ïl'é'épfit en 
• preiftier lieu de Tordre de Saint-Antoine; le grand saînt du 
Viennois. Le 7 janvier 1423, il dota d'une fondation l'abbaye 
de ce nom. 11 chargea en môme temps le couvent de faire 
fondre une cloche de quatre-vingts quintaux, qui deyait sonner 
tous les jours de sa vie autant de coups que le roi comptait 
données d'existence. 'Dans le même acte, il s'obligeait à 
, pprter sa vie durant sur ses habits, la veille et le jour de 
Saint-Antoine, une petite potence ou tau de Saint^Antoine , 
avec une clochette d'or, du poids d'une once, avec injonction 
à:ses héritiers d'observer les mêmes pratiques dans l'avenir (2). 
Mais l'exemple de sa fille le rallia' complètement ou le con- 
quit à sainte Colette (3). Par* son testament, daté du 24 jan- 
vier 1435 (ou 1436?), il légua soixante écus d*or à chacun des 
couvents qu'avait élevés la thaumaturge picarde.' Jacques 
avait déjà demandé la canonisation de Jeanne de Maillé. Au 
mois de juillet 1435, il se rendit lui-même cordeïier de' l'ob- 
servance de Sainte^Claire. Un historien local et Contempo- 
rain ; Olivier de la Marche * témoin oculaire, raconte en ces 
termes. sa royale entrée en religion. Les gens de 'Potftarlier, 
qu'habitait- Olivier, se rendirent le 22 au-devant âtt roi, en pro- 
cession, et son maître d'école (car Olivier était encore en- 
fant) le conduisit avec ses condisciples à cette fête. 

Et, dit Olivier de la, Marche, ay bien, inémoire que le roy se 
faisoit porter par hommes en une civière telle, saps différent, que 
Tes civières en quoy Ton porte les fiens et ordures communément. 
Et estoit le roy demi-couché, demy-levé, et appuyé à rencontre d'un 
meschant desrompu oreiller de plumt. Il avoit vestu, pour toute 

(1) Chronique de Chastellain , Bruxelles , 1863, io-8% 1. 1, p. 168. . t 

(2) Saints de Besançon, p. 369. Dom Vaissète , MM. de Languedoc, t IV, 
p. 491-493. , 

(3) Sainte- Colette, disent ses hagiagraphes, rendit chaste Jacques de Bourbon, 
qui ne Pétait pas. XI avait un-fils bâtard , nommé Claude d'Atx. Sainte Colette s'en 
chargea: Claude, après avoir longtemps fait la guerre, mourut novice- aux Cor 
deliers de Dole* ( A-nselme, Bourbon. Abheville, p. 283.) • • 



SAINTE COLETTE. LXXX1X 

parure, une longue robe d'un gris de très -petit prix et estpit ceint 
.d'une Corde nouée à façon d'un cordelier. En son chef avoit un 
. gros blanc bonnet que Ion appelle une cale (1), nouée par-dessous 
le menton ; et de sa personne il estoit grand chevalier, moult beau, 
et moult tien formé de tous membres. 11 avoit le visage blond et 
agréable, et portoit une chère (2) joyeuse en sa recueillette envers 
chacuu, et pouvoit avoir environ quarante ans d'âge. Après luy 
venoient quatre cordeliers de l'Observance, que l'on disoit moult 
grands clercs et de saincte vie. Après iceux, un peu sur le loing, 
venoit son estât, ou il pouvoit avoir deux cens chevaux ; dont il y 
avoit litière, chariot couvert, haquenées, mules et mulets dorés et 
et enharnachés honorablement (3). 

Ainsi se promenait le roi-convers de ville en ville. Arrivé à 
Besançon, une grande pompe fut déployée ; il y fit une entrée 
princière; a puis le soir même Colette, dit un auteur, l'intro- 
duisit dans le modeste domicile où il devait rester caché avec 
Jésus- Christ en Dieu, et dès le lendemain il congédia les gens 

< de sa suite » (4). 

Colette, née en Picardie, sujette de Bourgogne, avait trouvé 
auprès de Ja cour bourguignonne et de ses alliés ses premiers, 
pes plus puissants, et fidèles protecteurs. La plus grande par- 

, tie de. sa carrière se déroula sous les auspices de ces princes 
ennemis de la France. Colette d'ailleurs demeura complé- 
tènaenlt étrangère h la politique. Son royaume n'était pas de 
ce monde. Dans l'état social au milieu duquel elle naquit 
Colette ne vit jamais qu'une cause métaphysique à servir : 
le salut spirituel des âmes. L'œuvre à laquelle elle consacra 
son activité fut, on le sait, une réforme .monastique. 



. (i) Calot , calotte. 

(2) Figure. 

(3) D- Vaissète, ibid. Cabinet historique, 1864, p. 288etsuiv., article de M. L. 
Doroairon. Ci dessus, p. 36. Ol. de la Marche {Panthéon) , p. 360. Saints de Be 

' sançon, p. 369: Wadding, t. X, p. 145. 

(4) Saints de Besançon, p. 378. Le roi Jacques mourut en 1438. H' avait prescrit 
par son testament qu'on l'inhumât aux pieds de sainte Colette. Mais il termina ses 
Jours te premier et fat enterré dans ia Chapelle du roi Jacques, en l'église abba- 
tiale des Ctarisses ou Coletines de Besançon. Lorsque, plus tard, Colette mou- 
rut à Gand, il ne fut pas donné suite au vœu testamentaire du roi Jacques, 



1 



XC INTRODUCTION. 

Quoique vivant dans le môme royaume et dans le même 
temps, Jeanne Darc et sainte Colette ne se rencontrèrent 
jamais. De 1428'à d43i Colette habita Poligny, ou le sud- 
est de Ja France. Charles VII, paraît-il, connut sainte Colette 
à peu près en même temps que la Pucelle. Vers d430, il fut 
sollicité au nom de la réformatrice par Claudine de Rous- 
sillon, de la maison de Polignac, qui voulait ériger un cou- 
vent de Colettines au Puy en Auvergne. Charles VII, au mo- 
ment où il abandonnait la Pucelle, accueillit favorablement 
la demande formée sous l'inspiration de sainte Colette» Plus 
tard, comme on le verra, il montra, personnelleipeat.à la 
sainte une bienveillance marquée (1). 

Sainte Colette était une personne physiquement délicate, 
ou du moins que ses biographes représentent comme exté- 
nuée d'austérités et naturellement timide. De 1415 à 1435, 
ses travaux lui occasionnèrent de continuels déplacements!^ 
Lé soi entier du royaume était en proie à. laguerre civile ou 
étrangère. Partout la soldatesque ou le brigandage infestaient 
les chemins, et nulle sûreté n'existait pour les voyageurs. Co- 
lette chaque fois qu'elle devait partir se faisait dire Une 
messe de PépîipWhie, ou apparition, afin de se préserver par 
ce moyen des mauvaises rencontres. Puis aussitôt qu'elle 
était en route elle ne cessait, dans le même but, de réciter, 
elle et ses compagnes, les litanies des saints (2). 

Jeanne la vaillante durant cette même période parcourait 
ces champs désolés. Armée en guerre, elle, faible fille, sou- . 
levait l'énergie des populations; elle faisait de la France une 
patrie ! 

Aucune vie de saint que nous ayons lue ne nous a semblé 
aussi riche en miracles que celle de sainte Cplette. Sa nais- 
sance fut un premier miracle , car, au dire de ses panégyristes, 

(1) Saints de Besançon , p. 373. Abbeville, p. 285 à 295,. • Cabinet historique, 
cité p. 294. La ïeiae Marie d'Anjou, dans uoe supplique adressée au pape Nico- 
las V, déclare qu'elle a été redevable à l'io vocation de sainte Colette de la nais- 
sance de son fils Charte* ^. qui combla les vœux du roi, eu venant.au monde le 
28 décembre 1446. ( Abbeville , p. 390 )., Voyea ci-dessus, page uu^vj, note j. 

(2) Bolland., p. 666, n° 76. 



SAINTE COLETTE. XCi 

sa mère était âgée de soixante ans lorsqu'elle la mit au monde. 
Dès son enfance le surnaturel l'entouré et se développe à son 
ombre; après sa mort les prodiges redoublent. Cette pro- 
fusion de merveilles au commencement de sa carrière 
semble avoir eu pour objet de suppléer à la jeunesse de la 
sainte, à son peu d'œuvres positives, au peu qu'elle offrait 
personnellement de garantie et d'autorité. Plus tard, en se 
multipliant, cette môme profusion engendre, comme consé- 
quence, un véritable préjudice, qui se tourne contre l'hé- 
roïne. En présence de cette omnipotence et de cette thau- 
maturgie constante, il devient très-difficile effectivement de 
discerner quelle part humaine on peut faire à l'intelligence et 
aux talents de Colette pour triompher des obstacles qu'elle 
rencontra dans sa carrière .(1). 

Colette s'imposait toutes les austérités : haire, discipline, 
cilice, jeûnes, habits rapiécés, couche dure, étroite, etc., etc., 
qu'on rencontre dans toutes les vies de saints. A côté de ces 
rigueurs, il est juste de placer des faits qui en sont insépa- 
rables. Colette, en sa qualité de chef d'Ordre et par une dis- 
pense spéciale, n'était pas personnellement soumise à la règle 
qu'elle imposait à ses sœurs. La continuité, la monotonie 
surtout du monachisme sédentaire, silencieux, cellulaire, 
lui étaient épargnées. Elle se vivifiait et se ranimait dans l'ac- 
tivité d'un contact fréquent avec les vivants, avec le monde. 
Ef là, sous ses haillons volontaires de cénobite , elle recevait 
des honneurs qui non-seulement faisaient contraste avec sa 
condition nativ.e et séculière, mais qui, par le fait de l'opi- 
nion, relevaient à un rang divin (2). 
" Colette, malgré ces distractions hygiéniques, vit s'altérer 



(ï) Miracles de sainte Colette : Un tableau ou sculpture d'ivoire (diptyque ? ) 
qu'elle aimait beaucoup était cassé. Elle envoie son confesseur chez un artiste 
pour le faire raccommoder. Chemin faisant, le confesseur invoque la sainte; il 
regarde par curiosité l'ivoire : l'œuvre était redevenue saine et entière ( Boll. t 
p. 562 , n° 116 ). Une fiole de verre était brisée; la sainte lève les yeux au ciel : 
la fiole est remise à.neuf. ( Ib. , n° 1 18 ). Claude des Armoises , la fausse pucelle, 
se vantait d*en faire autant. Voy. ci-dessus, p. lxx. 

(2) Bolland., p. 602, n° ]0,etpassim. 



s^'^aftté^dan^/les.pcatiqimt^e l'u&cétifemeinEli'fcîutitoutfeisâ 
vjeâQÇo^j&o^l^ddipàM 

VatteMça* JL'lrçbitUde, dea coaiemplalions spâritualisibs « et 
'IcgQÎM, d^. mysticisme firent, d'el la. ttinjej irisionmife. ouVtrap 
vpyaote* <&be* >qui : i le.sororoeU, ,a$ i la;ffeHley te rôre. (qmsonge 
.npetoFjie) ,et» J$cpagÎBati(*ïi>t Mi cwïi^Qdaie^t;* Tom ses ihis*- 

el incQn^^lée; d^v^ions, JEIIe-ajfnaiU.d^tis la nataré» de petits 
aniorçus* des.b$tetett$$i:ft» dpux.poi^^ox.teadttee poiileiitsV 
$çs ajies; lai^^tes, -qui jui.swablarôftt Wa&age de»là <tou>eera% 
de rionjQpaftce st.dste piwr^tjâ. Eile-a^ikkrappmûisô utt^gnÊau 
flui, racpowpagwt partout. AJ'églifef ,«ilito'PTéGédqit<<et<oe- 
,op p^i t soiysiége , ^usqtf je ce». » ^q Welle* : \ înfr iltii ; .'SCuccAier^^àis 
e#e \eplaç&U 4; ^s*0tésj'BH©:*V34tt/di«fi^cel}agne8tt;èffe^ 
g^ouiy er , Jers de ,1 !Mî(^i e& Soudan fc te «aess&i J* anoa- 
JWarifr, <te Maillé ^e<Ùia*it; aécefnpagiœu d'unejfrâuiGôlettet, 
iç^te^un^y apffélaitiâLseB; re^asilep oiseausiducie^ét paDtah 
gpaiJL a«eç ^ux. Plug ta rd y oil^oôireeirya^riïément ahp Remette, 
>en l^fm qfo^ft >wn*i i*totàntèe,\Steeûl y bk* hàgibgràphËf*, a 
latine Qfi) pa*çç q&qnl'akrçattfiîChaitteJbes touaAgfta kkr aeà- 

^gl>6Url(,î )>[.,, ,,.-.. -- il ,<• v.i :'H* ^«J.-^ ^.Jij>rjL". ? >!u)li*jOq 

, i} Pjy sjgyijg d& t ot& ;teaitî5. ^^suiitownl^ont jtoucJiaTtts, an /gra- 

>Ç^9Sr.£^fvai^()a.irigu#)Liri-dto çtagï^étdHifoit iChfe&flaH&mae 

,P§ft gf$94o* «aspitf-Wtipaô; 'dtes teadçeasaj qui ;BOfi4sa préroçaliye 

,et ^d^UnéQirJ^^Uop^J'anïOiHr, fiJtraJtetjseifaiàtft jqud& 

trayw l^s .fls^^^del'TOniolaticîvgPÉlliiit©' et<d*>'ta'P«ns>n 

volontaire. l l !*,..i: ; ,;» » : = to !,,.;.<«] u;^ iLOijito 

,,,? S^int Fj^Qooisji'aimart pas Jes Ifotomis^ parcej^a'elLè^ar- 

jgpept qfc t*éswipisenU;Golott0^û^ait hiocrcùr. ,Les aninoatts 

JwPMrs, qui répugnent à». iav de jobl iqub meèiwpsâdénfcb las 

r ,vers r Je$,#&oa<3bçs*- les vKwaces* ias» serpeBis^ les crapaudsièt 

au§^Jes rate* les arajgjtée6j tel cloportes, eto.>^(v causaient 

-;plie$ eJlç uo^teoubte etf.sqacfftîUôntptina/ave^ioç kisqwrfon- 



808, p. XXIX. -'» iI.Ï*j -q f CC; •l.- . .u ,.n>WV /-'• 



table: rtianêgUganc© :dë toute fècfaeroh0 y t * , e»trôïfi6''pâuvtelëi 
Saignement (systématise ,dft/^lux si^W>WerHÔlté; lèf Ttlf- 
fiflemeat^^kwiîiiîité^ d^abjéctioti'pbj^^ub, dé dtàëêr# <&&§!& 
bondimoe^oule ehoiffdetoùtce qui estTinversfe dti tefite, dé 
préférence à celui-ci ; loirt ce milieu moral; qui était sa' règle 
et sa^ioiv^contribuart à muWpliër^ous sa iu&bes'favpti&tëà'âë 
4aidréatianfc Colette des. prenait à titre iïéprtme, et elle' y 1 vôyaft 
des îbrmeadu démort. DAn§ ife^tfôrd; elle Fiit f^^ pat 4 îés 
limaces; dans le midi; tenLattgiieiidc, lès moches ^yuUtiiaieM 
àiîinflnipowtoln^ 

sur>s«Êrmain9,| bow*dotinfliefi*t àtrtour d'elle, agâÇaieriHé^irtfrfe 
et iotorompareûtisôs orais^i H'y m. âTait'Uae; tifl jmif; [)lus 
-groteei'pli^brqyahic^plil» ô^&iâftt^^ttë le%' mitres L'a saîttte 
tfosaitopete itedroisepvde> : èoa .airtorRé'prôprft \ 'kxk nota de 
Jtàbédienoei ° du- grandi Mbtiseigtf étir ^s&ifcr Fr2m$bia- \ » ietfé J 'foi 

feirei ie>mê«^e3\ïacarme:aQ9Cè9d« l'u&d^s eonfes^urb de -Gfr- 
-tetteq PuU >dlfli i rarmfeîaup*è#de la -saîmej qwi avait e+i [^aris 
laî\w*?ft] pleme^c^wia^sawoe'des èHialiiti^Bs * cette? >bêtô f fl^. 
^ ,Phiqitwd^de 1440à 4447, s»rla ta de^ tfty'fe» objets (te 
~sts tibioasfloooetiimtfe *e«diara^:prbentdfe plffrfaitfjSeà' pro- 
portions. C'étaient des loups, des lions, des léopard s^àes cdâ- 
-temr«B, de&^antâ;i^^hômme*^tdes femnle^ d r Unem6ns- 
toueusa ilaideur; Quelcjue^mis, dans le^aorn-brej Sommes et 
ïfetkusffîB^ ayaieûitoïr jBimesykasé^fcàuxv^^tbef^d^Rwirids, 
/long* etèieh peigrtésr^ais'tmiâ seprtseMaietità lafôls. Elfe 
fiieipquvaièipds leterite^yeiw '.taasrrôicfetf ^pécèiélé, fr# Cau- 
chemar qui l'obsédait" et la désolait (2). .«imw.-!.*' 
-Ti^Mflliy«frxiirdt| oétidéESl^li'ée cfesiffiàgiftàttetts, teofrs ne 
/éisonsîpask à l'hymne mcrderne^qliekl vok 'de lii àciéricë*t 
•cëllerdélai poésie ob^nteot devcohcert en:4'è*klnMr de la na- 
: We/^mai& seul e aie a*!*» 6Att»td^rf c^^rfi^^y composé, dit-on, 
•aali-Bizièmeysiècle par le^fbndateu^4^l'o^dre Mabisck&ii '■» 
-D^Depois ço t elte'avait>qùittié4Hftg^atô # Piéardte^Goléttô 1fa- 

- ^ ■!■!■ « ■■■■■il ■ ■■■■ « ■ m ■ n i ■ Mfcmr-riffl-- ■-■ ~ — - — , - . -•- ' - - '• '" ' .. 

(2) 16*<frm, p. 672, DM69; p. 611, n° 10. n?f .-,,*.* 



XCIV INTRODUCTION, 

vait pour ainsi dire compté que des triomphes. Sa renommée 
croissait de jour en jour, comme sa lignée spirituelle, comme 
la postérité de monastères-filles qu'elle avait enfantés. Les 
papes de Rome , dont elle eut reconnu Pautorité dès que 
l'opiniâtre Benoît XIII eut été déposé en concile, lui conti- 
nuaient l'approbation qu'elle avait reçue de l'antipape. Lés 
princes et le monde s'agenouillaient devant son autorité. 
Saint Vincent Ferrier l'avait honorée de ses entretiens. En 
\ 442, par lettres données à Besançon le 8 .novembre, saint Jean 
Capistran ou de Gapistrano, alors commissaire en France du 
vicaire générai des franciscains, confirme en faveur de l'ab- 
besse générale sœur Colette divers privilèges qui lui ont été 
accordés parle saint-siége. Il lui reconnaît ainsi qu'à son 
confesseur (Pierre de Vaux) le droit de nommer un ou plu- 
sieurs frères franciscains, comme visiteurs ou inspecteurs dçs 
diverses maisons soumises à l'autorité de l'abbesse (1). 

Mais [un peu plus tard ] Dieu la soumit à l'une des plus 
rudes épreuves qu'elle ait eues dans sa vie. Saint Jean Capistran 
arriva à Besançon en qualité de vicaire général de Tordre de Saint- 
François. Il était muni des pouvoirs que lui avait accordés le pape 
Eugène IV, et voulait aussi réformer son ordre, en réunissant toutes 
les congrégations en une seule, afin d'y faire revivre l'esprit qui 
animait les premiers disciples de saint François. Le pape l'avait 
autorisé à obliger les elarisses elles-mêmes à quitter leur genre de 
vie pour embrasser sa réforme. Quand il eut déclaré à Colette l'ob- 
jet de sa venue et les intentions du souverain pontife, la sainte 
fut interdite de ce coup auquel elle n'était pas préparée. Jean Ca- 
pistran en eut pitié, et lui accorda un délai de quelques jours pour 
donner sa réponse. Colette se mit alors en prières avec ses filles, et 
n'oublia rien pour fléchir le nouvel apôtre. Ses efforts ne furent 
pas vains, car l'homme de Dieu se sentit inspiré d'en haut de ne 
pas contrarier l'œuvre de la sainte, et quelques jours après il se 
rendit auprès d'elle, et lui déclara qu'il abandonnait son pro- 
jet (2). 



(1) Saints de Besançon, Abbevi Ne, pa«5tm. Bolland., p. 356, B. 

(2) Saints de Besançon , p. 3S3. 



SAINTE COLETTE. XCV 

Colette , itérativement et dès le début de sa carrière , avait 
éprouvé la valeur d'un adagç v célèbre : NtU n'est prophète en 
ion pays. En s'éloignant de Gorbie elle avait fait paur.ainsi 
dire un long détour, mais sans perdre de vue le point de 
départ. Plusieurs de ses jeunes amies d'enfance, telles que 
Jeanne et Marie de Gorbie et d'autre^, s'attachèrent à sa for- 
tune, et devinrent abbesses des couvents fondés par leur guide et 
maîtresse. Plusieurs de ces monastères se peuplaient au pré- 
judice des autres ordres, bernardin, bénédictin^ etc, Divers 
sujets des deux sexes quittaient canoniquement leur ancienne 
règle, poi^r se ranger sous la nouvelle bannière .de Colette, 
qu'ils jugeaient plus propre à les conduire vers l'idéal de la 
perfection (4). . : :. 

. Ce genre de mutations était toujours vu d'uix mauvais œil 
par les ordres abandonnés, qui considéraient ces préférences 
comme des injures et des apostasies. On se rappelle, l'impres- 
sion terrible que l'abbé de Corbie avait laissée dans l'âme de 
la sainte. Colette en 1441 se rapprocha de son-pays natal. 
A cette époque la cour du comte palatin du Rhin (qui lui 
était dévouée, ainsi que toute la maison ducale de Bavière) , 
sollicitait sa présence. On lui offrait d'ériger, sous ses yeux, 
un nouveau couvent à Heidelberg. Colette différa de se rendre 
au vœu de ses amis. De la Franche-Gomlé, qu'elle habitait, 
au lieu de se diriger vers le palatinat, elle alla prendre sa 
detnfeure â Hesdin. Cette petite ville, située à peu de distance 
de Corbie, était le séjour de la cour de Bourgogne. Philippe 
le Bon y résidait, en compagnie de sa pieuse épouse Isabelle 

de Portugal (2). 

, L'un et l'autre étaient des protecteurs et sectateurs déclarés 
de sainte Colette. Celle-ci revenait dans sa patrie, sexagé- 
naire, riche de travaux, d'expérience et de succès ; toute 
rayonnante du don de miracle et de sainteté. Son vœu le plus 
intime et le plus ardent était de -fonder à Corbie même un 



(!) Bolland., p. 550, B ; p. 611 , n° 59. Abbeville, p. 250, 263. 
(2) Histoire de Charles Fil, t. III, p. 334. Bolland., p. 609, B; n° 48. Saints 
de Besançon, p. 384. 



1 



XCVI INTRODUCTION. 

couvent qui fût en quelque sorte la métropole de son ordre 
. et sa pépinière, ou séminaire (J), pour l'avenir. Mais le spectre 
de Vabbé de Corbie devait une seconde fois se dresser der 
vant elle ainsi qu'un implacable adversaire , et cette fois non 
point seulement comme un mort qui revient, sortant de son 
tombeau, mais incarné, vivant en la personne du titulaire. 

Le siège abbatial de Corbie avait alors pour prélat (depuis 
1145) Michel Dauffines. Le Gallia christiana ( écrit par des 
bénédictins ) nous représente en lui un homme froid, parlant 
peu, tout aux affaires, conservateur jaloux de ses droits et tu- 
teur vigilant des intérêts de son abbaye. Colette, appuyée par 
le duc et la duchesse de Bourgogne, construisit d'abord un 
'monastère à Hesdin , puis un autre à Gand en Flandre; puis 
un autre à Amiens, chef-lieu du diocèse. Philippe de Saveuses, 
gouverneur pour le duc en Picardie , fut mis en avant. Un 
terrain ayant été choisi dans Corbie, on jeta quelques granges 
à bas, et Ton commença les fondations. Le roi lui-même amor- 
tit le terrain (2). Mais le formidable abbé de Corbie éleva son 
veto, comme seigneur à la fois temporel et spirituel (3). 

Le roi, la reine de-France (4), le dauphin, le pape, par une 
bulle formelle d'autorisation, témoignèrent de leur intérêt, 
de leur bienveillance expresse en faveur de la fondation. L'abbé 
ou le couvent de Corbie, bien loin de se troubler à travers 
toutes ces apostilles, alla droit à l'initiatrice, et la somma d'a- 
voir à se désister de son entreprise. Colette, mise en demeure, 
répondit une lettre fort remarquable et fort adroitement 
écrite, qui nous a été conservée (5). 

(!) Dans le principe la fondation projetée devait comprendre deux monastères : 
l'un d'hommes, l'autre de femmes ( tam virorum quant mu lier um. Ms. Grenier, 
53, p. 390 ). 

(2) C'est-à-dire exonéra la fondation des droits fiscaux d'amortissement. 

(3) Gallia Christiana , t. IX, col. 1285. Ms. de D. Grenier, tome LUI, p. 390 
et suiv. 

(4) La lettre de la reine est du 12 août 1446. Elle était alors enceinte du prince 
Charles. Voy. ci-dessus, p. xc, note I. 

(5) Loc. cit. L'abbé dans le principe montra une certaine tolérance; mais le 
couvent, par des motifs dont l'exposé paraît peu plausible ( Ms. lui Grenier, p. 390 
verso ), y lit une véhémente opposition. La lettre en question est adressée non à 
l'abbé, mais aux prieur et religieux de Corbie. 




SAINTE COLETTE» XCVII 



i^ 



Dans cette épi^re, empreinte d'une dignité ferme, confirmée 
encore par la douceur; de la forme et la déférence flalârigags, 
elle se dérobé et se réfugie, avec une extrême habileté, der- \ 
rière Philippe de Saveusé, derrière les pieuses personnes à 
qui revient, dit-elle, le mérite de l'entreprise. Pour elle , cette 
entreprise, elle ne la désapprouve, pas ; mais eîlç n'entend 
pas' s'insurger contré un supérieur ecclésiastique. Quant au 
préjudice d'aucune sorte qui pluisse en résulter pour l'ab- 
baye, elle n'a jamais eu la pensée qu'il en pût être ainsi. En 
d'autres lieux, les prélats qu'elle a rencontrés lui ont prêté 
une aide plus bienveillante. Ils n'ont eu qu'à se louer dé leur 
condescendance , en voyant les fruits d'édification qu'a pro- 
duits la nouvelle semence. Elle termine en adjurant ses ad- 
versaires 'au nom du souverain juge , qui leur demandera 
compté, au grand jour, de leur' gouvernement et de leurs 
actions. Cette lettre est datée -dé Hesdin, 2 mars [1446]., 
Une autre lettre de Colette, adressée à Philippe de Sàveusq, 
le ib du même mois, enjoint à celui-ci d'interrompre la 
construction (i). 

Colette mourut en son monastère de Garid, le 6 mars 1447. 
Elle avait créé dix-sept couvents de clarisses et réformé sept 
monastères id'hommés. Éxpiosée publiquement après sa mort, 
plus de trente mille personnes vinrent la visiter et l'adorer 
comme sainte. C'est ainsi que la voix du peuple devançait le j)lus 
souvent, au moyen âge, une canonisation régulière, réservée 
par le drbil' ecclésiastique au saînt-siége et que le saint-siége 
n'accordait pas toujours à cette espèce dé requête publique.. . 
La béatification de Colette , sollicitée par de longues et puis- 
santes instances, fut durant plusieurs siècles repoussée à 
Rome, attendu la qualité à? antipape attachée ,à Benoît XHI„ 
de qui la sainte avait tenu sa première investiture. Cepen- 



(I) Ibid. Abbeville, liv. IV, chap. iv, p. 384 et suiv. Archives départementales 
de la Somme. Inventaire des archives de Corbie, tomel, liasse 19. Après la mort 
de Colette, la iutte recommença entre ses partisans et l'abbaye. Oe longs et actifs 
débats eurent lien, et l'abbé demeura vainqueur. Un nouveau couvent de Cole- 
Unes fut érigé à Arras; mais il ne s'en éleva jamais à Corbie. 

. JEAXfNB DARC. Ç 



1 



ICV1I1 INTRODUCTION. 

dant, dès la fin du seizième siècle ou au commencement du 
suivant le culte restreint de la sainte, toléré depuis sa mort, 
fut autorisé, pour les religieux de son ordre seulement. En- 
fin, de nos jours , le pape Pie VII, .par une bulle du 24 mai 
1807, a inscrit au martyrologe catholique le nom de sainte 
Colette, en lui octroyant les honneurs complets et la pléni- 
tude de la béatification (1). 



XIV. 



Jeanne la Férone, la fausse Pucelle du Mans 

(1460 1461). 

Vers le mois de juillet 1460 , il y avait à Laval., au diocèse 
du Mans, une fille, âgée de dix-huit ou de vingt-deux ans, 
native d'un lieu voisin, nommé Chassé-lès-Usson. Son père 
s'appelait JeanSeronou Féron, et elle était connue sous le nom 
de Jeanne la Férone. Jeanne capta d'abord la faveur de la 
dame de Laval (2). Cette fille se donnait pour inspirée, et se 
prétendait possédée ou tourmentée par le démon. Elle avait 
sans cesse à la bouche les noms de Jésus et de Marie. La dame 
de Laval prit le parti de l'envoyer au Mans vers Pévêque, 
Martin Berruyer. Ce prélat entendit la patiente ou prophé- 
tesse en confession. Il renouvela son baptême, la confirma et 
changea son nom de Jeanne en celui de Marie, ou lui ajouta ce 
dernier nom , « en recongnoissant l'aide de Dieu et l'aide 
merveilleux que lui avoit fait la Vierge Marie, mère de 
Dieu (3)». 



(1) Bolland., p.. 532 et suiv., 678 et passim, Brevis legenda b, j. Abbeville, 
p. 425 et suiv. Wadding, t. XI, p. 300 et suiv. Saints de Besançon» p. 393 et 
suiv., etc., etc.' 

(2) Françoise de Dioan , veuve du prince Gilles de Bretagne et remariée à 
Guy XIII, comte de Lavai. Voyez Histoire de Charles Fil, t. III", p. 422 et 
suiv. 

(3) J. du Clercq, p. 163. Chronique de Jean de Troyes, Panthéon, p. 239. P. Pio- 
lin, Histoire de l'Église du Mmns, t. V, p. 163. Anselme : Laval. Voy. ci-dessus, 
p. XXIll : Jeanne-Marie de Maillé. 



r 



JEANNE LA FÉRONE. XGIX 

Jeanne Féron se prétendait vierge. Elle habita quelque 
temps la ville du Mans, sous les yeux et la protection de ré- 
voque. Sur ce nouveau théâtre elle donna cours à ses jongle- 
ries de thaumaturge , et réussit à. tromper de plus en plus la 
confiance de ce vénérable prélat, affaibli sous le poids de 
Page. Elle simula plusieurs scènes de possession ou attaques 
des mauvais esprits , et fut à plusieurs reprises exorcisée par 
Tévêque. Jeanne parut à ses yeux couverte de plaies , ensan- 
glantée, luttant contre les étreintes d'un ennemi invisible. 
En même temps, elle fit à Tévêque des confidences « mer- 
veilleuses » , accompagnées de communications dévotes et 
de réflexions ou sentences chrétiennes.. Martin Berruyer, 
dupe de ces démonstrations , lui témoigna un intérêt crois- 
sant. Jeanne devint bientôt célèbre sous le nom de Pucelle 
du Mans , et Tévêque contribua puissamment à étendre la 
renommée de cette mystificatrice. Il écrivit plusieurs lettres 
en son honneur à plusieurs princes et communautés du 
royaume (1). 

La pieuse reine de France , ayant entendu parler de cette 
fille, écrivit à Tévêque pour le prier delà lui faire connaître. 
Martin Berruyer répondit à cette demande par une épltre 
qui nous a été conservée, et qui contient un long témoignage 
de l'illusion où sa bienveillance ainsi que sa crédulité Tavaient 
entraîné. Parmi les visiteurs de la prétendue prophétesse, 
quelques officiers du roi s'étaient trouvés auprès d'elle. La 
Férone leur dit: «Recommandez-moi bien humblement au roy 
et lui dictes qu'il recognoisse bien la grâce que Dieu lui afaict; 
qu'il veuille soulager son peuple. » L'attention du gouverne- 
ment royal et de Charles VII lui-même fut à son tour éveillée 
par. le bruit de cette fille. Au mois de décembre 1460, Jeanne 
fut mandée à la cour. Le conseil se tenait alors à Tours , et le 
roi habitait son château des Montils. Pierre Sala , qui écrivait, 
en 1516 , un opuscule dédié à François I er , roi de France , 
nous a laissé dans cet opuscule un témoignage fort curieux, 

(1) Procès, t IV, p. 281. 



^ 



C INTEODUCTION. 

qui lui avait été transmis par Guillaume Goufier, sire de 
Boisy, relativement à Jeanne Darc , la Pucelle d'Orléans. Le 
même auteur mentionne , à la suite de cette héroïne , une 
fausse pucelle qui, eftaans après, dit-iï,-fut présentée au roi 
comme étant Jeanne ressuscitée(l). 

Mais Sala, fort âgé lorsqu'il rédigeait cet écrit, a vraisem- 
blablement commis une erreur de date (2) dans ce passage, et 
le reste de son récit paraît s'appliquer avec précision à Jeanne 
la Férone. « Le roy, » ainsi s'exprime Pierre Sala , « oyant 
cette nouvelle, commanda que la fille fust amenée devant 
luy. Or, en ce temps estoit le roy blessé en un pied et portoit 
une botte fauive. » Voulant éprouver la nouvelle venue, ainsi 
qu'il avait fait en 1429 à Chinon, il envoya un'de ses familiers 
pour recevoir Jeanne la Férone «comme s'il fust le roy » . Mais 
les conducteurs de cette fille savaient que le roi était malade. 
Jeanne la Férone , avertie , passa outre et vint droit au roi , 
dont il fut très-esbahy et ne sceut que dire , sinon en la sa- 
luant bien doulcement, et lui dit : « Pucelle m'amye, vous 
« soyez la très-bien revenue , ou nom de Dieu, qui scet le se- 
« cret qui est entre vous et moy. » Alors miraculeusement, 
poursuit Sala, « après avoir ouy ce seul mot , se mit à genoulx 
cette faulse pucelle, en luy criant mercy, et sur-le-chaiçp con- 
fessa toute la traysôn » (3). 

En effet, Jeanne la Férone fut conduite à Tours, examinée 
par le conseil, mise en jugement et convaincue d'imposture. 
Son procès, vraisemblablement, s'instruisit d'abord en cour 
d'Église, car il fut confirmé par Jean Bernard , métropolitain 



(1) Les mêmes. Bourdigné-Quatrebarbes , t. II, p. 213. 

(2) Cette erreur (30 pour 10, ou xxx pour x) peut être le fait d'un copiste. . 

(3) Hist, de Charles Vll^ t. II, p. 67. Le roi depuis quelque temps souffrait à 
la jambe d'une affection qui parait avoir «té cancéreuse. On lit dans le compte de 
l'argenterie, du I er octobre 1458 au 1 er octobre 1459 (juillet-août 1459, à l'article 
Chaussemenie ) : h trois bottines ; plus une seule bottine noire; plus un escafignon 
de cuir tanné pour ung peu de mal que le roi avoit à une jambe ; • et de nom- 
breuses mentions analogues. K. K. 51 ; f° lxxvj, y et passim. Sur* cette infirmité 
du roi, voyez encore/, du Clercq, p. 109: Cbastellain, OBuvres, t. III, p. 371 , 
444 ; etc., etc. 



CONCLUSION. ' Cl 

de l'évêque du Mans. Jean ne était la concubine d'un clerc, et 
menait une vie dissolue. Des familiers de l'évêque, ses indi- 
gnes confidents , profitaient de cette intimité pour suggérer à 
leur créature de prétendues révélations qu'elle offrait, sous 
le sceau de la confession, à la crédulité du respectable vieil- 
lard. Le conseil décida que Jeanne serait mitrée et prêchée 
publiquement devant tout le peuple dans les villes du Mans , 
de Tours et de Laval. 

Le 2 mai 1461, elle fut exposée à Tours, coiffée d'une 
mitre, avec écriteau en vers latins et français. Maître Guil- 
laume deChâteaufort, grand maître du collège royal de Na- 
varre, la prêcha. Elle dut enfin être « renfermée à Tours pour 
pleurer et gémir ses péchés en prison fermée l'espace de sept 
ans en pain de douleur et en èau de tristesse » . Quant à ses 
complices, ils furent, dit Sala, « justiciez très-asprement 
comme en tel cas bien appartenoit (1) » . 



CONCLUSION. 

Après avoir développé cette revue de personnages, le mo- 
ment est venu d'y jeter un coup d'œil d'ensemble et compa- 
ratif. Nous devons maintenant faire ressortir en quelques 
mots, premièrement les analogies, et en second lieu les diffé- 
rences qui existent entre ces personnages d'une part et la 
pucelle Jeanne de l'autre. Nous dégagerons enfin, pour con- 
clure, la moralité qui résulte à nos yeux de ce parallèle. 

Les analogies se résument à peu près en deux points bien 
simples. Le premier consiste, —pour les personnages hqnora- 



(1) Mém. de Du Clercq, p. 165 et suiv. Piolin et les autres, cités. Echard, Scripto- 
tes ord. Prœdicatorwn, 1. 1 , col. 864 a. Antoine Dafour, dans Procès, t. V, p. 336 , 
433. Ms. VII de la préfecture de Troyes , P 160, v*. Ms. fr. 2899, f° 51. Chronique de 
Nicole Gilles, 1567, in- fol., II e partie , feuillet c. 



1 



Cil INTRODUCTION. 

bies et dignes de louanges, — parmi ceux qui ont été énumérés, 
, dans les bonnes intentions et dans un but plus ou moins sem- 
blable qui leur étaient communs, ainsi qu'à la libératrice d'Or- 
léans. 

Le second point, quoique très-simple, aussi offre selon nous 
une. importance capitale. 

Ce point c'est le rôle que jouait le miracle au quinzième 
siècie. 

Le miracle, c'est-à-dire Panormal, le surnaturel (pour nous, 
l'impossible et la chose incompatible avec l'ordre suprême) 
était au moyen âge considéré comme possible, normal et en 
harmonie avec l'idée qu'on se faisait de l'ordre universel et 
de Dieu. Le miracle, en général, bien loin d'être repoussé 
par les esprits, était admis, appelé, souhaité, admiré, béni, 
invoqué par tous et en toute occasion , sans exclusion quel- 
conque. 

Nous venons de dire les analogies : les différences ne sont 
pas moins sensibles ni moins importantes. Sans nous arrê- 
ter, bien entendu, aux fourbes et aux intrigants, nous main- 
tenons uniquement dans le parallèle les saints et saintes qui 
qui' y figurent. 

L'un des premiers caractères de la sainteté, c'est-à-dire de 
la moralité suprême au moyen âge , était de se retirer du 
monde et de s'en séparer. La nonne et le moine s'isolaient 
autant que possible des vivants et s'en préservaient par la 
clôture et la virginité; le prêtre, même séculier, par le 
célibat. Us formaient un ordre (pour ne pas dire un état) 
dans l'État. Ils étaient la tribu de Lévi. Ils communiquaient 
avec le monde, pour leur péril à eux, et pour le profit du 
monde; mais ils n'en étaient pas. Les intérêts, les besoins, les 
espérances, les gloires de la terre ne leur inspiraient qu'in- 
différence et dédain; « la terre est une vallée de larmes. » 
Toute leur force, tQut leur zèle était pour une autre vie : 
pour le ciel. 

L'héroïsme hagiologique consiste moins dans le dévouement, 
surtout le dévouement utile aux autres, que dans la perfection 



CONCLUSION. cm 

individuelle ou monachisme. Les actes proprement dits , les 
œuvres susceptibles de servir l'humanité, n'occupent point la 
grande part dans leur biographie. Leurs traits de charité coû- 
tent généralement plus cher et sont plus méritoires par là 
pour le bienfaiteur, qu'ils ne profitent à l'assisté. Ces bienfaits 
sont généralement naïfs et stériles. Ce qui préoccupe les mor- 
tels ne préoccupe pas les saints. Le gros de leur vaillance s'at- 
taque non-seulement aux abus , mais à l'usage des sentiments 
les plus énergiques, les plus intimes et les plus impérieux, 
dont l'homme a été doté par la nature. Là est V ennemi, qui 
absorbe toute l'activité du saint, ou la plus grande part; et 
cet ennemi, chaque saint le traîne et l'enferme avec soi, 
pour le combattre, dans sa cellule. 

Jeanne était de ce monde. Sa religion, qui du reste était 
celle du siècle, la reliait à Dieu et intimement à ses sembla- 
bles. C'est une œuvre actuelle , positive , temporelle , qu'elle 
poursuivait; à savoir le salut , mais au propre le salut réel , 
politique , présent et futur de son pays. Ses démonstrations 
de dévouement, de supériorité, n'étaient point symboliques 
ou mystiques. Dans ses actes , point de fiction , rien de théâ- 
tral. On lui demande, par analogie avec celles de ses pré- 
curseresses, qui la devançaient sans lui ressembler : où 
sont vos signes? — mes signes, répond-elle, sont de lever 
le siège d'Orléans et de faire sacrer le roi de France. Et 
elle le fit. 

Ainsi, à côté du type de sainteté Jeanne la Pucelle en re- 
présente un autre, parfaitement distinct. Durant sa brillante 
période, sa période de succès , on V adora selon les rites du 
culte en vigueur; on plaça son image sur les autels, et 
l'on rédigea des offices en son honneur. C'était en effet le 
mode unique et universel que le moyen âge employait pour té- 
moigner à tout héros de l'ordre moral le summum de la vé- 
nération publique ou privée. De même aussi, lors de son 
martyre, les Anglais , par la bouche de Jean Thiessart, dirent 
d'elle : Nous venons de brûler une sainte. . 

Mais Regnauld de Chartres, le grand clerc et le fin juge , 



CIV INTRODUCTION. 

R. de Chartres, archevêque de Reims, ne s'y trompa pas. Au 
moment où les Anglais venaient de la condamner comme sor- 
cière , le supérieur de P. Cauchon enraya l'enthousiasme des 
Français, qui voulaient la béatifier. Il signala, en homme ex- 
pert, des défectuosités sensibles et dirimantes en matière de 
sainteté. C'étaient l'élégance de ses habits , et aussi son indé- 
pendance (1). Ce crime d'élégance, imputé à une jeune femme, 
est plus sérieux qu'on ne pourrait penser. Sainte Colette et ses 
semblables allaient volontairement en haillons. Jeanne avait 
le goût des belles armures, de tout ce qui plaît et récrée l'âme 
et l'esprit par la noblesse de la forme, de la couleur ou de la 
matière. 

Jeanne se glorifiait de sa virginité, dont elle s'était fait, elle 
aussi, une loi volontaire. Mais, dans cette prérogative virginale, 
elle revendiquait le prestige poétique attaché à ce titre, même 
au sein du monde et parmi les profanes. Elle y voyait un at- 
tribut de sa dignité personnelle, de son indépendance , une 
garantie contre les périls attachés à sa délicate mission , une 
mesure indispensable dictée par le sens commun, un sacrifice 
de plus; enfin, une nécessité relative et passagère. Mais 
Jeanne, pensons-nous, ne faisait pas de la continence, dans 
le cercueil d'une cellule, l'idéal suprême et le sublime de la 
moralité. Elle honorait, elle aimait les femmes honnêtes, 
les épouses dévouées et fidèles, qui accomplissaient leur 
mission au milieu des vivants, au sein du mariage et delà 
maternité. Elle n'excluait pas de sa noble compagnie (comme , 
le faisait de la sienne sainte Colette) même les épouses 
remariées. 

En un mot, Jeanne n'avait nullement abdiqué les grâces 
et les tendresses naturelles de la femme. Si bien qu'en forçant 
le mètre (et un peu aussi peut-être les convenances) on 
pourrait appliquer àl'héroïne-martyre le gracieux quatrain 
que François P r composa pour une autre femme du même 
temps : 

(i ) Voyez ci-dessus, p. lx Y il. 



CONCLUSION. ' CY 

Gentille Jeanne, plus de los tu mérite, 
La «anse étant de France recouvrer, 
Que tout ce que en cloître peut ouvrer 
Close nonnain ou en désert ermite. 

Jeanne est et restera l'héroïne des nations, l'héroïne de la 
France, à qui appartient en propre le droit de célébrer sa 
mémoire. Elle n'est pas et ne sera jamais une sainte de l'É- 
glise. 

Qu'il nous soit permis, en terminant, d'insister, avec de 
nouveaux traits, sur une considération que nous avons 
indiquée précédemment, mais que nous n'avons fait qu'es- 
quisser. 

Personne au quinzième siècle ne révoquait en doute que 
Dieu et la cour paradisiaque vivaient et régnaient au plus haut 
descieux. Pour tout le monde, cette cour fonctionnait quoti- 
diennement, comme celles du pape , de l'empereur et des 
rois; sur lesquelles la divine providence avait les yeux ou- 
verts, en même temps que son omniscience descendait à l'ob- 
servation du gouvernement des peuples et des moindres ac- 
tions de chaque créature humaine. La connaissance, la descrip- 
tion de ces régions célestes et de ce qui s'y passait faisait 
partie de la cosmogonie admise et de la croyance publique. 
Ainsi, de toute éternité Dieu communiquait avec les hommes 
lorsqu'il en avait affaire, par le ministère spécial des anges et 
archanges, véritables chevaucheurs, aussi bien qu'ambassa- 
deurs du ciel (i). 

Saint Michel, si célèbre, si populaire en France, si honoré 
chez les petits comme chez les grands, si invoqué dans la 
guerre de Cent ans par tous les bons français, était le plus 
connu et-peut-être le plus aimé de ces messagers divins. Sainte 
Marguerite, sainte Catherine, nous représentent les patronnes 



(l) Sur Y Histoire naturelle des anges, on peut consulter le Propriétaire des 
choses, traité composé au treizième siècle en lalin par Barthélémy de Glanvill, 
anglais, et traduit dans toutes les langues au moyen âge ( livre H ). Voir aussi 
un traité spécial, le Livre des saints anges de Ximenez, Lyon , i486, in -fol. Voy. 
enfin Biblioth. de V École des Chartes, tome XXVII, p. 134. 



1 



CVI • INTRODUCTION. 

universellement fêtées de la jeunesse. Elles personnifiaient , 
celle-ci la grâce juvénile, celle-là l'intelligence studieuse. 
Elles étaient toujours vêtues avec une suprême élégance et 
suivaient les modes de la terre, de Paris ; modes qui déjà, 
depuis surtout une centaine d'années, avaient institué leur 
versatile empire et régnaient, on le voit, là-haut comme 
ici-bas. Ces croyances ne rencontraient nul contradicteur (1). 
Par les juges de la doctrine et par ceux du siècle , elles 
étaient estimées saines, morales et salutaires. Elles Tétaient 
en effet par leurs fruits. La plupart des nobles entreprises 
de la vie, des meilleurs actes publics et privés, dans la cons- 
cience de leurs auteurs, s'inspiraient de l'admiration, du culte 
des saints , et de l'imitation de leurs œuvres, ou de leur 
légende. 

L'ensemble de la société, dés fidèles, avait pour garants de 
ces croyances, outre l'enseignement public, un témoignage 
particulièrement éloquent pourTâme et les sens, le témoignage 
de l'art, l'iconographie pittoresque de Dieu et des saints. Ce 
genre de prédication, d'instruction intime, s'exerçait, pour les 
pauvres, par les méreaux de plomb, ou enseignes de pèleri- 
nage, par les images de piété : les unes gravées, peut-être 
déjà sur cuivre; car, d'après les dernières recherches sur cette 
matière, c'est au commencement du quinzième siècle qu'il 
faudrait faire remonter la chalcographie incunable. D'au- 
tres, à coup sûr, consistaient en estampes gravées sur bois et 
enluminées. Les riches contemplaient, dans leurs chambres, 
dans leurs études, dans leurs oratoires, parmi tant d'autres 
merveilles, les miniatures pieuses qui décoraient les ma- 
nuscrits. Surprenantes créations où le naïf s'élève jusqu'au 
sublime. Inimitables chefs-d'œuvre d'ignorantes mains, qui 
défient la savante habileté de l'art moderne, même religieux! 



(0 Interrogée sur ses visions de saint Michel , sainte Catherine, sainte Margue- 
rite , Jeanne répond : Je les ai aussi bien vus que je sais de science certaine qu'ils 
sont du paradis. {Procès de condamnation, séance du 3 mars 1431. Voyez ci-après, 
p. 7a.) 



CONCLUSION. CVII 

dont le charme pénétrant, ineffable, enivre d'admiration et 
subjugue de nos jours, parmi les plus incroyants, quiconque 
a la moindre aptitude à sentir la manifestation humaine du 
beau (1). 

L'Église offrait aux regards de tous, riches et pauvres, ses 
splendides vitraux, où les effigies des saints revivaient, ani- 
mées, transfigurées au travers des parois du sanctuaire, et ra- 
dieuses, dans leur gloire, d'une flamboyante lumière. Avec les 
vitraux^ elle offrait aux mêmes regards les histoires sculptées 
qui peuplaient les porches, les niches, les pinacles; elle of- 
frait les mystères de sa symbolique architecture. C'était là, 
suivant la parole même des canons x et des conciles, le caté- 
chisme des humbles et Vévangile des illettrés. Elle prodiguait, 
enfin, à la masse des fidèles la jouissance en commun des plus 
précieux trésors de ce genre, qui faisaient l'orgueil et la pompe 
des particuliers les plus opulents : tapisseries, censeigners, 
couronnes de feu, retables , monstrances, manuscrits peints 
et reliés d'orfèvrerie, tableaux d'or, émaux, nielles, ivoires, 
joyaux rehaussés de pierres fines. 

Rien n'était plus facile à saint Michel, à sainte Catherine et 
à sainte Marguerite, que de quitter le ciel, sous le bon plaisir 
de Dieu. Rien n'était, de leur part, plus licite, que de se trans- 
porter de leur personne sur la terre, auprès de quelque créa- 
ture choisie, pour l'assister dans les appels de sa dévotion 
fervente, pour l'illuminer de la grâce, et pour en faire, aux 
yeux de tous, un vase d'élection et un modèle nouveau, pro- 
pre à édifier ses semblables. La série historique des exemples 
que nous avons cités prouve que cela s'était vu de tout temps 
et se voyait tous les jours. Le rang, le sexe, l'âge, la condition 
des personnes, en ces faveurs divines, ne faisaient aucune ac- 
ception. Spiritus, ubi vult, spirat. A côté de sainte Çrigite, qui 
descendait dd sang des rois, on connaît l'histoire de sainte 



(I) Voy. Notice de quelques manuscrits précieux, sous le rapport de l'art, écrits 
et peints en France durant la période de la domination anglaise ; Paris, IS6G, 
in-4°, fig. 



1 



CVIII INTRODUCTION. 

Colette et l'histoire de la sainte, de la bienheureuse, ou de la 
vénérable Ermine. 

Jeanne Darc, comme tout le monde, partageait ces croyan- 
ces ; elle n'avait ni goût ni mission pour y contredire. Elle 
accepta ces données avec toute la candeur de son âme naïve, 
avec toute l'exaltation de son grand cœur. 

Tant et toutes les fois que Jeanne vécut parmi ses parti- 
sans, ses amis, nulle difficulté ; aucun doute de sa part, aucune 
contestation de la part d'autrui. Mais de. bonne heure, et dès 
le séjour de la maison paternelle, elle subit le souffle glacé 
du scepticisme. Elle dut essuyer l'incrédulité, la dérision 
d'un Baudricourt et de son propre père. Que devinrent, au 
milieu de ces épreuves, à travers les combats de cette cons- 
cience, — la plus pure et la plus sereine qui inspira jamais 
une créature humaine, — que devinrent, désormais en réalité, 
ces phénomènes intimes de sa pensée, ces illuminations, so- 
litaires et sans témoins, de la foi? Jeanne, dès qu'elle fut 
lancée dans sa carrière, n'attesta plus le fait de ses visions 
que çà et là, sans s'en targuer, sans y insister expressément. 

Mais lorsqu'elle comparaît devant ses juges il n'en est plus 
de môme. Elle est interrogée : elle répond. Elle est accusée : 
elle se défend; ou plutôt, je me trompe, elle se retourne; elle 
combat, elle attaque. Son audace, sa véhémence, et c'est le 
signe des vaillants, s'accroissent en raison directe du péril, 
en raison inverse de sa sûreté ou de son intérêt. Là est, je 
le répète, le cachet de l'héroïsme. Ces prêtres, ces docteurs 
qui chaque jour mettaient leur visa sur des miracles, lui dé- 
nient le caractère céleste et lui imputent celui de l'enfer. 
Elle les démentet brave leursfoudres; elle affronte le supplice 
du feu, qui est au bout de leurs formules patelines et de leur 
charité hypocrite. Elle défie littéralement le bourreau caché 
derrière Caucfion. Elle affirme ses visions, qu'elle a eues ; elle 
y ajoute même (1) ; elle revendique le tout, — cela est évi- 
dent, lorsqu'oi\lit la fin du procès, — parce que cette reven- 

(I) Voir au procès l'affaire du signe. 



CONCLUSION. " CIX 

dication la conduit au martyre, à la mort, et qu'elle en était 
venue à la désirer. 

Voilà, quant à nous, ce que nous avions à dire, en cette oc- 
casion, touchant les visions de Jeanne Darc. La question as- 
surément n'est point épuisée ; mais nous croyons avoir mon- 
tré la véritable voie où la critique doit s'engager pour vider 
cette controverse. La voie que nous indiquons est simple et 
élémentaire; elle nous semble meilleure que celle des expli- 
cations de physique transcendante qui ont été tentées, et qui 
consistent à imaginer ici je ne sais quel cas morbide, patho- 
logique, hystérique ou autre. Ces chimériques essais d'ex- 
plication ne se fussent pas présentés à l'esprit de leurs 
auteurs s'ils s'étaient pénétrés des notions historiques qui 
précèdent. 



1 



F 



PROCÈS DE CONDAMNATION 

DE JEANNE DARC 



r 



PROCÈS DE CONDAMNATION 

DE JEANNE DARC. 



EXPOSÉ DE LA CAUSE ET PRÉLIMINAIRES. 

Au nom de Dieu, ainsi soit-il. Ici Commence le procès 
en matière de foi contre une défunte femme , Jeanne, vul- 
gairement appelée la Pucelle. 

A tous ceux qui verront ces présentes lettres ou instru- 
ment public, Pierre (1), par la miséricorde divine, évèque 
de Beauvais, et Frère Jean Lemaltre , de Tordre des Frères 
prêcheurs, député et commis , dans le diocèse de Rouen, et 
spécialement chargé, comme vice-inquisiteur, de suppléer 
dans ce procès religieuse et circonspecte personne maître 
Jean Gravèrent, du même ordre, docteur distingué en 
théologie, inquisiteur de la foi et de la perversité héré- 
tique, député, par l'autorité apostolique, dans tout le 
royaume de France ; salut en Fauteur et consommateur 
de la foi, notre Seigneur Jésus-Christ. 

Il a plu à la suprême Providence qu'une femme du 
nom de Jeanne, vulgairement appelée la Pucelle, ait été 
prise et appréhendée par de célèbres hommes d'armes, 
dans les bornes et limites de nos diocèse et juridiction. 



(1) Pierre Cauchon. 

JE&NNB PARC. 



2 EXPOSE DE LA. CAUSE. [t430-(i43i nouveau style.) 

Le bruit s'était déjà répandu en maint endroit que cette 
femme, au mépris de l'honnêteté qui convient à son 
sexe , au mépris de toute vergogne et de toute pudeur 
féminine, portait, avec une audace inouïe et mons- 
trueuse, des habits difformes et appartenant au sexe 
masculin. 

On rapportait aussi que sa témérité s'était avancée jus- 
qu'à faire, dire et semer beaucoup de choses contraires à 
la foi catholique et aux articles de la croyance orthodoxe. 
En quoi faisant, elle s'était rendue coupable de graves 
délits, tant en notre diocèse qu'en plusieurs autres lieux 
de ce royaume. 

Ces faits étant parvenus à la connaissance de notre 
mère l'Université de l'étude de Paris et de frère Martin 
Belorme, vicaire-général de mondit seigneur l'inquisiteur 
de la perversité hérétique, ces derniers (l) s'adressèrent 
aussitôt à l'illustre prince monseigneur le duc de Bour- 
gogne et au noble seigneur Jean de Luxembourg, cheva- 
lier, qui tenaient alors ladite femme sous leur puissance 
et autorité. Ils requirent lesdits seigneurs, en les som- 
mant, au nom du vicaire , sous les peines juridiques, de 
nous rendre et envoyer ladite femme ainsi diffamée et 
suspecte d'hérésie , comme au juge ordinaire. 

Nous , donc , évèque susdit , ainsi qu'il incombe à notre 
office pastoral, désirant tendre de toutes nos forces à 
l'exaltation et promotion de la foi chrétienne, nous avons 
voulu nous livrer à une légitime enquête sur les faits 
ah*si divulgués et procéder, avec mûre délibération , con- 
formément au droit et à la raison , aux actes ultérieurs 
qui nous sembleraient nécessaires. 

C'est pourquoi nous avons à notre tour, et sous les 



(1) C'est-à-dire l'Université et le vicaire de l'Inquisition à Paris. 



jftOTièr 9.] MufalHINAIfifiS. 3 

peines de droit, requis les dits prince et seigneur de re- 
mettre à notre juridiction spirituelle ladite femme, 
pour être jugée. 

De son côté , le sérénissime et très-chrétien prince notre 
seigneur le roi de France et d'Angleterre (1) a requis les 
dits seigneurs, pour atteindre au même résultat. Enfin le 
très-illustre dufc de Bourgogne et le seigneur susnommé, 
Jean de Luxembourg, prêtant aux dites requêtes une bé- 
nigne condescendance, et désirant , dans leurs Âmes ca- 
tholiques, accorder leur aide à des actes qui ont pour but 
l'accroissement de la foi, ont rendu et envoyé ladite 
femme au roi notre seigneur et à ses commissaires. 

Le dit seigneur, dans son zèle et sa royale sollicitude 
en faveur de la foi , nous a ensuite délivré ladite femme , 
pour que nous soumettions les faits et dires de la préve- 
nue à une' enquêté préalable et approfondie , avant de 
procéder ultérieurement. 

Ces actes ayant eu lieu, nous avons prié l'illustre et cé- 
lèbre chapitre de Rouen , détenteur de toute l'adminis- 
tration et delà juridiction spirituelle , .le siège archiépis- 
copal vacant, de nous accorder territoire dans cette ville 
de Rouen, pour y déduire ce procès; ce qui nous a été 
gracieusement et libéralement concédé. 

1431. Janvier 9. 

Hais avant d'intenter contre ladite femme aucune pro- 
cédure ultérieure, nous avons jugé nécessaire de nous 
concerter, par une grave et mûre délibération , avec des 
personnes lettrées et habiles en droit divin et humain, 
dont le nombre , avec la grâce de Dieu , dans cette cité de 
Rouen, était considérable. 

(1) Henri VI, né en 1421. 



4 i™ SEANCE. [1431 

9 janvier 1430 (4431 nouveau style).— Première Journée de 
ce proceis. 

Et le jour de mardi , neuvième du mois de janvier Fan 
du Seigneur mille quatre cent et trente selon le rite et 
comput de l'Église de France (1), indiction 9, la quator- 
zième année du pontificat de notre très-saint père et sei- 
gneur Martin V, pape par la divine Providence, dans la 
maison du conseil royal proche le château de Rouen , 
nous, évéque susdit, avons fait convoquer les maîtres et 
docteurs qui suivent, savoir : 

Messeigneurs : 

Gilles [de Duremort], abbé de Fécamp, docteur en 
théologie } 

Nicolas [Le Roux], abbé de Jumiéges, docteur en 
droit canon; 

Pierre [Miget], prieur de Longueville , docteur en théo- 
logie; 

Raoul [Roussel ], trésorier de l'église de Rouen, docteur 
en l'un et l'autre droit; 

Nicolas [de Venderès], archidiacre d'Eu, licencié en 
droit canon; 

Robert [Barbier], licencié en l'un et l'autre droit; 

Nicolas [Coppequène], bachelier en théologie, et 

Nicolas [Loiseleur], maître es arts. 

Ces hommes, si grands et si célèbres, étant réunis, 
nous avons requis de leurs lumières de nous éclairer sur 
le mode et Tordre qu'il y avait à suivre, après leur avoir 
exposé les diligences qui avaient été faites , comme il est 



(1) L'année civile commençait à Pâques. Il faut dire 1431 selon le comput 
moderne. 



janvier 0.] i rc SÉANCE. 5 

dit ci-dessus. Ces maîtres et docteurs, en ayant pris pleine 
connaissance , furent d'avis que d'abord il fallait informer 
touchant les faits et dits imputés à cette femme. Déférant 
à cet avis, nous avons exposé à ces docteurs que déjà 
des informations avaient eu lieu par nos ordres, et nous 
avons décidé pareillement d'en faire venir de nouvelles. 

Nous avons ordonné que toutes ces informations en- 
semble , à un jour certain qui serait par nous déterminé , 
fussent rapportées en présence du conseil , afin qu'il put 
être mieux éclairé sur la marche ultérieure à suivre dans 
l'affaire. Pour mieux et plus convenablement opérer ces 
informations et le reste, il a été délibéré qu'il était besoin 
de certains officiers spéciaux chargés personnellement de 
s'y entremettre. 

En conséquence, de l'avis et délibération du conseil, il 
a été par nous, évèque , conclu et délibéré, que : 

Vénérable et discrète personne M. Jean d'Estivet, cha- 
noine des églises de Beauvais et de Bayeux, remplirait 
l'office de promoteur ou procureur général; \ 

Scientifique maître Jean de la Fontaine , maître es arts 
et licencié en droit canon, a été nommé conseiller com- 
missaire et examinateur. 

Pour l'office de notaires ou scribes, fureftt désignés 
prudents et honnêtes Guillaume Colles, autrement dit 
Bois Guillaume (ou Bosc Guillaume ) , et Guillaume Man- 
chon , prêtres , notaires près la cour archiépiscopale de 
Rouen, d'autorité impériale et apostolique. 

M. Jean Hassieu, prêtre, doyen de la cathédrale de 
Rouen , a été constitué exécuteur dés exploits et convo- 
cations à émaner de notre autorité. Le tout ainsi qu'il est 
plus longuement contenu dans les lettres de création 
données pour chacun de ces offices (1). 

1 ■ 

(1) Voyez ci- après, p. 18 et suiv. 



6 PIEGES PRiUMlNAIBES 1431 

Nous avons, au reste, fait transcrire et insérer ici, par 
ordre, là teneur de ces diverses lettres closes ou patentes 
dont il est argué pour les actes qui précèdent, afin que 
la marche de ces actes soit plus clairement saisie. 

Suit en premier lieu la teneur des lettres de notre mère F Université 
de V étude parisienne , adressée à l'illustrissime prince Monsei- 
gneur le duc de Bourgogne. 

1430 juillet 14. — « Très hault et très-puïssarit prince et nostre 
très redoubté et honoré seigneur, nous nous recommandons très 
humblement à vostre noble haultèce. 

<( Combien que autreffoip, nostre très redoubté et honoré sei- 
gneur, nous ayons pardevers vostre haultèce escript (1) et supplié 
très humblement à ce que celle femme dicte la Pucelle estant, la 
mercy Dieu, en^vostre subjeccion , fust mise es mains de la justice 
de l'Église, pour lui faire son procès deuement, sur les ydolastries 
et autres matières touchans nostre sainte fby, et les escandes (2) ré* 
parer à l'occasion d'elle survenues en ce royaume; ensemble les 
dommages et inconvéniens innumérables qui en sont ensuis : 

« Toutesvoies, nous n'avons eu aucune response sur ce, et n'a- 
vons point sceu que, pour faire du fait d'icelle femnie discucion 
convenable, ait esté faicte aucune provision ; mais doubtons moult 
que par la faulceté et séduccion de l'ennemy d'enfer, et par la ma- 
lice et subtilité des mauvaises personnes, vos ennemis et adver- 
saires, qui mettent toute leur cure, comme l'en dit, à vouloir déli- 
vrer icelle femme par voyes exquises, elle soit mise hors de vostre 
subjeccion par quelque manière, que Dieu ne veuille permettre; 
car en vérité au jugement de* tous hons catholiques cognoissans en 
ce, si grant lésion en la sainte foy, si énorme péril, inconvénient 
et dommaige pour toute la chose publique de ce royaume, ne sont 
avenues de mémoire d'omme,si comme seroit (3), se elle partoit par 
telles voyes dampnées, sans convenable réparacion; mais seroit 
ce, en vérité, grandement au préjudice de vostre honneur et du 



(i) Voy. ci-après, p. 9. Lettres du 26 mai 1430. 

(2) Esclandres, scandales. 

(3) Ainsi qu'il serait, si... etc. 



janvier 9.] DE LA PROCEDURE. 7 

très chrestien nom delà maison de France, dont vous et vos très 
nobles progéniteurs avez esté et estes continùelment loyaulx protec- 
teurs et très nobles membres principaulx. 

« Pour ces causes, nostre très redoublé et honoré seigneur, nous 
vous supplions de reehief très humblement que , en faveur de la foy 
de Nostre -Sauveur, à la conservation de sa sainte Église et tuicion 
de Fonneur divin, et aussi pour le grant utilité de ce royaume très 
chrestiàn , il plaise à vostre haulteee ycelle femme mettre es mains 
de l'inquisiteur de la foy, et envoier seurement par-deçà (1), ainsi 
que autreffois avons supplié; ou icelle femme bailler ou faire 
bailler à révérend père en Dieu Monseigneur l'évesque de Beauvais, 
en lajurisdiëtion espirituele duquel elle ae3té appréhendée, pour 
à icelle femme faire son procès en la foy, comme il appartehdra 
par raison , à la gloire dis Dieu , à Texaltacion de nostre dicte sainte 
foy, et au prouffit des bons et loyaulx catholiques, et de toute la 
chose publique de ce royaume, et aussi à l'onneur et louenge de 
vostre dicte haùltèce , laquelle nostre Sauveur veuille maintenir en 
bonne prospérité et finalement lui donner sa gloire. Escript (2) à 
Paris le i4 6 jour de juillet 4430. » 

1430. JuilletU.-^ Lettre de VUniversité à Jean dé Luxembourg (3). 

« Très noble, honoré et puissant seigneur, nous nous recom- 
mandons moult affectueusement à vostre haulte noblesse. Vostre 
noble prudence scet bien et cognoist que tous bons chevaliers ca- 
tholiques doivent leur force et puissance emploier premièrement 
au service de Dieu ; et en après au prouffit de la chose publique. 
En espécial , le sèrement (4) premier de Tordre de chevalerie si est 
garder et deffendre l'onneur de Dieu , la foy catholique et sa sainte 
Église. 

« De ce sacrement vous est bien souvenu , quant vous avez vostre 
noble puissance et présence personnelle emploies à appréhender 



(1). A Paris. 

(2) Nous suppléons cette date, qui résulte de diverses preuves ou synchro- 
nisâtes , mais qui n'est point exprimée dans les manuscrits. 

(3) Nous supprimons désormais , pour abréger, les formes de style , telles 
que « noble et puissant seigneur. Monseigneur », etc. 

(4) Serment. 



8 PIÈCES PRÉLIMINAIRES [ltôl 

ceste femme qui se dit la Pucelle; au moyen de laquelle l'onneur 
de Dieu a esté sans mesure offensé, la foy excessivement bléciée, 
et l'Église trop* fort déshonorée ; car, par son occasion , ydolastries , 
erreurs, mauvaises doctrines et aultres maulx et inconvéniens ines- 
timables se sont ensuys en ce royaume. Et, en vérité , tous loyaulx 
chrestians vous doivent mercier grandement de avoir fait si grant 
service à nostre sainte foy et à tout ce royaume; et quant à nous, 
nous en mercions Dieu de tous noz couraiges et vostre noble 
prouesse, tant acertes que faire povons. Mais peu de chose seroit 
avoir fait telle prinse , s'il ne s'ensuyvoit ce qu'il appartient pour 
satisfaire l'offence par icelle femme perpétrée contre nostre doulx 
Créateur, et sa foy, et sa sainte Église, avec ses autres meffaiz innu- 
' mérablès, comme on dit. 

« Et seroit plus grant inconvénient que oncques mais, et plus 
grant erreur demourroit au peuple que par avant et si fort intolé- 
rable offence contre la majesté divine, se ceste chose demouroit en 
ce point, ou qu'il avenist que icelle femme fust délivrée ou per- 
due , comme on dit aucuns des adversaires soy vouloir efforcier de 
faire, et appliquer à ce tous leurs entendemens par toutes voyes 
exquises, et qui pis est, par argent ou raençon. 

« Mais nous espérons que Dieu ne permettra pas avenir si grant 
mal sur son peuple, et que aussi vostre bonne et noble prudence ne ' 
le souffrera pas, mais y saura bien pourveoir convenablement ; 
car se ainsi estoit faite délivrance d'icclle , sans convenable répara- 
tion^ seroit déshonneur irréparable à vostre grant noblesse et à 
tous ceulx qui de ce se seroient entremis. 

« Mais à ce que telle escande cesse le plus tost que faire se 
pourra, comme besoing est, et pource que, en ceste matière, le 
délay est très périlleux et très préjudiciable à ce royaume, nous 
supplions très humblement, et de cordial affeccion à vostre puis- 
sant et honorée noblesce, que, en faveur de l'onneur divin, à la 
conservacion de la sainte foy catholique et au bien et exaltacion de 
tout ce royaume, vous vueillés icelle femme mettre en justice et 
envoier par deçà à l'inquisiteur de la foy, qui icelle a requise et 
requiert instamment pour faire discucion de ses grans charges , 
tellement que Dieu en puisse estre content et le peuple édifié deue- 
ment en bonne et sainte doctrine; ou vous plaise icelle faire rendre 
et délivrer à révèrent père en Dieu , et nostre très honore seigneur 
l'évesque de Beau vais, qui icelle a pareillement requise, en la juri- 
diction duquel elle a esté appréhendée, comme on dit. 



janvier 9.] DE LA PROCÉDUBE. 9 

<c Lesquels , prélat et inquisiteur, sont juges d'icelle en la ma- 
tière de la foy ; et est tenu obéir tout chrestian, de quelque estât 
qu'il soit, à eulx, en ce cas présent , sur les peines de droit qui sont 
grandes. En ce faisant, vous acquerrez la grâce et amour de la 
haulte divinité; vous serez moyen de l'exaltacion de la sainte foy, 
et aussi accroistrez la gloire de votre très hault et noble nom, et 
mesmement de très hault et très puissant; prince , nostre très re- 
doublé seigneur et le vostre , monseigneur de Bourgoingne (1). 

« Et sera chascun tenu à prier Dieu pour la prospérité de vostre 
très noble personne, laquelle Dieu nostre Sauveur vueille par sa 
grâce conduire et garder en tous ses affaires, et finablement lui 
rétribuer joye sans fin. Escript à Paris le 14 e jour de juillet 1430. » 

1430. Mai 26. — Lettre du vicaire général de ïlnquisition au duc 
de Bourgogne. 

« A très hault et très puissant prince Philipe , duc de Bour- 
goingne, conte de Flandres, d'Artois , de Bourgoigne et de Namur, 
et à tous autres à qui il appartiendra, frère Martin, maistre en 
théologie , et général vicaire de l'inquisiteur de la foy ou royaume 
de France, salut en Jhésuscrist nostre vray Sauveur. 

« Comme tous loyaulx princes chresti ans et tous autres vrais ca- 
tholiques soient tenus extirper tous erreurs venans contre la foy, 
et les escandes qui s'ensuivent ou simple peuple chrestian; et de 
présent soit voix et commune renommée que, par certaine femme 
nommée Jehanne, que les adversaires de ce royaume appellent la 
Pucelle , aient esté et à l'occasion d'icelle, en plusieurs citez, bonnes 
villes et autres lieux de ce royaume , semez, dogmatisez, publiez et 
fais publier et dogmatizer pluseurs et divers erreurs, et ancores 
font de présent, dont s'en sont ensuiz et ensuyent pluseurs grans 
lésions et escandes contre l'onneur divin et nostre sainte foy, à la 
perdicion des âmes de pluseurs simples chrestians; lesquelles 
choses ne se pevenl, ne doivent dissimuler, ne passer sans bonne 
et convenable réparation; et il soit ainsi que, la mercy Dieu, la 
dicte Jehanne soil de présent en vostre puissance et subjeccion, ou 
de vos nobles et loyaulx vassaulx. 

« Pour ces causes, nous supplions de bonne affeccion à vous, 



(1) Philippe le Bon. 



40 PIÈGES PRÉLIMINAIRES [îtôî 

4rès puissant prince, et prions vos dis nobles vassaulx que ladicte 
Jehanne , par vous ou iceulx, nous soit envoiée seurement pardeçà 
etbriefment, et avons espérance que ainsi le ferez comme vrais 
protecteurs de la foy et défendeurs de l'onneur de Dieu., et à ce 
que aucunement on ne face empeschement ou délay sur ee (que 
Dieu ne vueille)! 

u Nous , en usant des drois de nostre office, de l'auctorité à nous 
commise du saint- siège de Romme, requérons instamment et en- 
joignons en faveur de la foy catholique y et Sur les peines de droit 
aux dessusdiz, et . à toutes autres personnes catholiques de quelque 
estât» condicion, prééminence ou auctorité qu'ilz soient, que, le 
plutost que seurement et convenablement faire se pourra, ilzet 
chacun d'eulx envoient et amènent toute prisonnière par devers 
nous (1), ladicte Jehanne, souspçonnée véhémentement de plu- 
seurs crimes sentens ( sentant) hérésie, pour ester à droit (compa- 
raître judiciairement) pardevant nous contre le procureur de la 
sainte Inquisition ; respondre et procéder comme raison devra au 
bon conseil, faveur et aide des bons docteurs et maistres de l'Uni- 
versité de Paris, et autres notables conseillers estans pardeça. 

« Donné à Paris soubz nostre scel de l'office de la sainte inquisicion, 
Tan mil ccccixx, le xxvi° jour de may. Lefoubbeur. — Hébert (2). »' 

1430. Juillet 14. — Sommation faite par nous évéque susdit au dtic 
de Bourgogne et à Jean de Luxembourg. 

« C'est ce que requiert l'évesque de Beauvais, à monseigneur le 
duc de Bourgoingne , à monseigneur Jehan de Luxera bourc, et au 
bastart de Vendone (3), de par le roi nostre sire, et de par lui 
comme évesque de Beauvais : 

<* Que celle femme que l'on nomme communément Jehanne la 



(i)A Paris. 

(2) Voyez ci-dessus, page 2, note 1. Lefourbeur était notaire ou greffier 
de l'inquisition; Hébert remplissait le même office auprès de l'Université. 
Cette lettre était donc officiellement collective, c'est-à-dire écrite au nom des 
deux institutions. 

(3) Le bâtard de Wandonne était un écuyer de la compagnie de Jean de 
Luxembourg. (Test entre ses mains que la Pucelle était tombée captive à 
Compiègne. Voy. Histoire de Charles VU, t. II, p. 155 et 158. 



janvier 9.] DE LA PRiQCÉDURE. il 

Pucelie, prisonnière, soit envoyée au fy>y pour la délivrer à l'É- 
glise, pour lui faire son procès, pource qu'elle est souspeçonnée et 
diffamée d'avoir commis pluseurs crimes», comme sortilèges, ydOr 
latries, invocacions d'ennemis (démons) et autres pluseurs cas tou- 
cbans nostre foy e.t contre icelle. Çt combien qu'elle ne doye point 
estre de prise de guerre, comme il semble, considéré ce que dit est; 
néanmoins > pour la rémunération de ceulx qui l'ont prinse et dé- 
tenue ,.le Roy veult libéralment leur bailler jusques à la somme de 
six mil frans, et pour ledit baçtart qui l'a prinse, lui donner et as- 
signer rente ; pour soustenir son estât , jusques à deux ou trois cens 
livres (1). , . , 

«Item. Ledit évesque requiert de par lui aux dessusdiz et à cha- 
cun d'eulx,, comme icelle femme ait esté prinse en son dyocèse et 
soubz sa jiirisdîçion ^spirituelle, qu'elle lui soit rendue pour lui 
faire son procès comme il appartient. A quoy il est tout prest d'en- 
tendre par l'assjstence de l'inquisiteur de la foy /se besoing est; par 
l'assistence de docteurs en théologie et en décret 7 et autres notables 
personnes expers en fait de judicacions, ainsi que la matière re- 
quiert, affin qu'il soit meurement, saintement et deuement fait, à 
Texaltacion de la foy et à l'instruction de pluseurs, qui ont esté en 
ceste matière déceus et abusez à l'occasion d'icelle femme. 

« Item. En la parfin, se (si) par la manière avant dicte, ne 
vueillent, ou soient aucuns d'eulx, estre contens, ou obtempérer en 
ce que dessus est dit (2); combien que la prise d'icelle femme ne 
soit pareille à la prise de Roy, princes et autres gens de grant 
estât (lesquels toutes voies se prins estoient ou aucun de tel estât, 
fustRoy, le daulphin ou autres princes, le Roy le pourroit avoir, se 
il vouloit, en baillant ou preneur dix mil frans, selon le droit, 
usaige et coustu me de France), ledit évesque somme et requiert 
les dessudiz ou nom (au nom) comme dessus, que ladite Pucelle, 
lui soit délivrée, en baillant seurté de ladite somme de dix mille 



(1) Si Ton veut se faire en gros une idée très-imparfaite de la valeur des 
sommes d'argent ou de finances alléguées dans cet ouvrage , on peut multi- 
plier par 40 la valeur nominale des espèces mentionnées. Ainsi un revenu de 
100 fr. ou cent livres en 1430 représentent à nos yeux (autant qu'une telle 
comparaison est possible) te bien-être que procurerait de nos jours une rente 
de 4 mille francs. 

(2) C'est-à-dire : S'ils ne veulent , ou quelques-uns d'entre les requis , 



obtempérer, etc. 



12 PIÈGES PRÉLIMINAIRES [i43i 

frans, pour toutes choses quelconques. Et ledit évesque de par lui, 
selon la forme et peines de droit, ce requiert à lui estre baillée et 
délivrée comme dessus. » 

Exploit de signification de la sommation qui précède (1). 

« L'an du Seigneur mil ccccxxx le 14° jour du mois de juillet, in- 
diction 8; Tan 13 du pontificat de notre très saint père le pape 
Martin Y, en la bastille de très illustre prince Monseigneur le duc 
de Bourgogne établie en son camp devant Compiéghe , présents 
nobles hommes messeigneurs Nicolas de Mailly, bailli de Ver mari - 
dois, et Jean de Pressy, chevaliers, et d'autres témoins en grand 
nombre, fut présentée, par R. P. en Dieu monseigneur Pierre par 
la grâce de Dieu évèque et comte de Beauvais, au dit très illustre 
prince monseigneur le duc de Bourgogne, une cédule en papier 
contenant de mot à mot les cinq (2) articles ci-dessus transcrits! 
Laquelle cédule mon dit seigneur le duc a réellement transmise à 
noble homme Nicolas Raulin , son chancelier, qui l'assistait, avec 
ordre de la transmettre par ledit chancellier à raessire Jean de 
Luxembourg, seigneur de Beaurevoir; et ledit seigneur Jean de 
Luxembourg étant survenu , ledit chancelier lui transmit la cédule 
que ledit seigneur lut, comme il m'a semblé. Ceci s'est passé moi 
présent. Signé : Triquellot, notaire apostolique. » 

1430. Novembre 21. — Lettre de l'Université à l'évêque de Beau- 
vais (3). 

« A notre R. P. en Dieu et seigneur, etc. 

« Monseigneur, nous voyons avec une extrême étonnement l'en- 
voi de cette femme, vulgairement appelée la Pucelle , se différer si 
longuement au préjudice de la foi et de la juridiction ecclésias- 
tique , attendu surtout qu'on la dit actuellement remise entre les 
mains du roi notre sire. 



(1) Traduit du latin. 

(2) Il n'y a que 3 articles ou item dans la sommation qui précède. Ce 
nombre cinq est donc une erreur qui peut-être indiquerait que le nombre 
des articles ou exigences aurait été réduit de cinq à trois. 

(3) Traduite du latin» 



r 



Janvier 9.] DIS là PROCÉDURE. 43 

« Les princes chrétiens en effet, dans leur zèle pour les intérêts 
de l'Église et de la foi, ont accoutumé, dès qu'une atteinte témé- 
raire est portée au dogme catholique, de livrer aussitôt le prévenu 
aux juges ecclésiastiques appelés à s'en saisir et à le punir. Et, 
peut-être, si votre paternité avait manifesté une exigence plus sé- 
vère, la cause de ladite femme , à l'heure qu'il est , s'agiterait déjà 
devant le tribunal de l'Église. Revêtu, comme vous l'êtes, d'une 
haute prélature, il ne saurait vous être indifférent de réprimer les 
scandales qui surviennent au sein de la religion, surtout lorsque le 
hasard a voulu que le cas se produisît dans votre diocèse. 

« Afin donc que l'autorité de l'Église ne souffre pas un plus long 
échec, daigne le zèle de votre paternité pourvoir, avec une extrême 
diligence, à ce que ladite femme soit promptement remise à votre 
pouvoir et au pouvoir de Monseigneur l'inquisiteur de la perversité 
hérétique ! ' 

« Cela fait, veuillez prendre peine pour que ladite femme soit 
sûrement conduite en cette ville de Paris, où se trouvent en grand 
nombre des doctes et savants , afin que ce procès puisse être mieux 
examiné et plus sûrement jugé; à la saine édification du peuple 
chrétien, et à l'honneur de Dieu, qui vous veuille, notre R. P., di- 
riger en toutes choses de sa grâce spéciale ! 

« Écrit à Paris dans notre assemblée générale solennellement 
réunie à S. Mathurin le... (la date ci-dessus). A vous, 

« Les Recteur et Université de l'étude parisienne. — Signé : Hé- 
bert, v 

1430. Novembre 21. — Lettre de f Université au roi & Angleterre. 

« A très excellent prince , le roy de France et d'Angleterre , 
nostre très redoubté et souverain seigneur et père (1). 

« Très, excellent prince , nostre très redoubté et souverain sei- 
gneur et père , nous avons de nouvel entendu que en vostre puis- 
sance est rendue à présent ceste femme dicte la Pucelle, dont nous 
sommes moult joyeulx, confians que par vostre bonne ordenance, 
sera ycelle femme mise en justice , pour réparer les grans ma- 
léfices et escandes advenus notoirement en ce royaume à l'occasion 
d'icelle, ou grant préjudice de l'onneur divin, de nostre sainte foy 
et de tout vostre bon peuple, 

(1) L'Université était la Fille aînée des rois de France. 



14 PliCES PRÉLIMINAIRES [l43i 

« Et pource qu'il .nous appartient singulièrement, selon nostre 
profession» extirper telle» iiuquitei mantf estes, mesmement quant 
nostre foy catholique, est en ,ce touchée , nous: ne povons ou (au) 
fait d'icelle femme dissimuler la longue retardacipn de justice, qui 
doit desplaire à chacun bon chrestian, et meamement à vostre 
royal, majesté plus que à nul autre, pour. la granl obligation que 
vous,devez àDieu, en cognoissant les haulx biens , honneurs et di- 
gnitez qu'il a ottroyez à vostre excellence. . 

o Et combien que sur ce nous ayons par plusieurs fois escript et 
ancores à présent, nostre très redoublé et souverain seigneur et 
père , en proposant toujours très humble et loyal recommendacion ; 
à ce que ne soions notez de négligence aucune en si favorable et 
nécessaire: matière; nous. supplions très humblement, et en l'on- 
neur de nostre -Sauveur Jhésucrist, déprions très acertes vostre 
haulte excellence , que icelle femme vous plaise ordener estre mise 
briefment es mains de la justice de l'Église , c'est à dire de révèrent 
père en Dieu nostre honoré seigneur l'évesque et conte de Beau* 
vais y et aussi l'inquisiteur ordjené-en France, auxquelz. la cognois- 
sancedesmeffaiz d'icelle appartient espécialement en ce qui touche 
nostre dicte foy, afin que, par voie de raison , soit faicte discucion 
convenable sur les charges d'icelle, et telle réparacion comme au 
cas appartendra> en gardant la sainte vérité de nostre foy, et met- 
tant toute erreur faulse et scandaleuse opinion hors des courages 
(des cœurs) de vos bons , loyaulx et chrestianssubgez. 

« Et nous semble moult convenable, se ce estoitle plaisir de 
vostre haultesce , que ladite femme fust amenée en ceste cité, pour 
faire sonproeès notablement et seurement; car par les maistres, 
docteurs et autres notables personnes estans pardeçà en grant 
nombre, seroit la discucion d'icelle de plus grant réputacion que 
en autre lieu ; et si est assez convenable que réparacion desdiz es- 
candes soit fait en ce lieu , ouquel les fais d'icelle ont esté divul- 
guez et notoires excessivement. 

« Et en ce faisant, gardera vostre royal majesté sa grant loyaulté 
envers la souveraine et divine majesté; laquelle vueille octroyer, à 
vostre excellence , prospérité continuehnent, félicité sans fin ! 

t< Escript à Paris, en nostre congrégacion .générale solennelment 
célébrée à Saint-Maturin , le (même date). Vostre très humble et 
dévote fille l'Université de Paris. — Hébert. » 



janvier 9.] DE LA PROCÉDURE. 15 

3 janvier 1 430/1 . — Ordre du roi dt Angleterre de nous livrer ladite 

femme. 

« Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, à 
tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut * 11 est assez notoire 
et eommun comment, depuis aucun temps ençà, une femme qui 
se fait appeler Jehanne la Puceile, laissant Tabbit et vesteure de 
sexe féminin , s'est, contre la loy divine, comme chose abhominable 
à Dieu, réprouvée et défendue de toute loy, vestue, habillée et ar- 
mée en estât et habit d'omme ; a fait et exercé cruel fait d'omicides, 
et comme l'en dit, a donné à entendre au simple peuple pour le 
séduire et abuser^ qu'elle estoit envoyée de par Dieu-, et âvoit cog- 
noissance de ses divins secrez; ensemble pluseurs autres dogmati- 
zatkfns.très périlleuses , et à hbStre sainte foy catholique nibult pré- 
judiciables et scandaleuses. En poursuivant > i>af elfe, lesquelles 
abusions et exerçant hostilité à rencontre de nous et tiostré peuple, 
a esté prinse armée devant Compiengfté , par aucuns de nos loyaulx 
sabgez, et depuis amenée* prisonnière pàïdevers nous. ' 

* Et pource que de supersticions, fauïses dogmatizacions et au- 
tres crimes de lèse-majesté divine, comme l'en dit, elle a esté de 
pluseurs réputée suspecte, notée et diffamée, avons esté requis 
très instamment par révèrent père en Dieu , nostre amé et féal 
conseiller révesque de Beau vais, juge ecclésiastique et ordinaire 
de ladite Jehanne, pource qu'elle a esté prinse et appréhendée es 
termes et limites de son diocèse : 

« Et pareillement exortés de par nostre très chière et très amée 
fille l'Université de Paris, que icelle Jehanne vueillons faire rendre, 
. bailler et délivrer audit révèrent père en Dieu, pour lainterroguer 
et examiner sur lesdiz cas, et procéder contre elle selon les ordo- 
nnances et disposions de droits divin et canonique; appeliez ceulx 
qui feront à appeller. 

« Pour ce est-il que nous, qui, pour révérence et honneur du 
nom de Dieu, défense et exaltacion de sadicte sainte Eglise et foy 
catholique, voulons dévotement obtempérer, comme vrais et hum- 
bles filz de Sainte Eglise, aux r^qùestes et instances dudit révèrent 
père en Dieu, et exort&cions des docteurs et maistres de nostre 
dite fille l'Université de Paris : ordenons et consentons que toutes 
et quantes fois que bon semblera audit révérend père en Dieu, 
icelle Jehanne lui soit baillée réaiment et de fait par noz gens et 



16 PIÈCES PRÉLIMINAIRES [i43i 

officiers, qui l'ont en leur garde, pour icelle inierroguer et exami- 
ner et faire son procès, selon Dieu , raison et les droiz divins et 
sains canons, par ledit révérend père en Dieu. 

« Si ( ainsi ) donnons en mandemant à noz dictes gens et officiers, 
qui icelle ont en garde, que audit révérend père en Dieu baillent 
et délivrent réaiment et de fait, sans refuz ou contredit aucun , la- 
dite Jehanne, toutes et quantesfois que par lui en seront requis ; 
mandons en oultre à tous nos justiciers, officiers et subgez tant 
François comme Anglois, que audit révérend père en Dieu et à 
tous autres, qui sont et seront ordenez pour assister, vacquer et 
entendre audit procès, ne donnentde fait ne autrement aucun em- 
peschement ou destourbier ; mais, se requis en sont par ledit révé- 
rend père en Dieu, leur donnent garde, aide et défense, protec- 
cion et confort, sur peine de griefve punicion. 

« Toutesvoies, c'est nostre entencion de ravoir et reprendre par- 
devers nous icelle Jehanne, se ainsi estoit qu'elle ne fust convain- 
cue ou actainte des cas dessusdiz, ou d'aucun d'eulx ou d'autre 
touchans ou regardans nostre dicte foy. 

« En tesmoing de ce, nous avons f^it mettre nostre scel ordenère 
(ordinaire) en l'abscence du grant à ces présentes. Donné à Rouen, 
le tiers jours de janvier l'an de grâce mil ccccxxx et de nostre règne 
le ix e . Ainsi signé : par le Roy, à la relacion de son grant conseil. 
J. de Rivel. » 

i430. Décembre 28. — Lettres de territoire à nous accordées par le 
vénérable chapitre de féglise de Mouen, pendant la vacance du 

siège (1). 

« A tous ceux qui ces présentes verront , le chapitre de Rouen , 
ayant l'administration, pendant la vacance du siège, de toute la 
juridiction spirituelle , salut. 

« De la part de R. P. en Dieu Monseigneur de Beauvais, il nous 
a été exposé que , d'après la juridiction ordinaire, il lui appartient 
d'informer contre une femme appelée vulgairement la Pucelle, sus- 
pecte et prévenue (etc., comme ci-dessus), que ledit évèque s'é- 
tait proposé et avait commencé de procéder contre ladite femme au 
moment où elle fut prise sur son diocèse et pendant qu'elle s'y 

(1) Traduit du latin. — Le latin, langue de l'Église , est employé dans tous 
les actes d'Église. Tous ces actes sont, par nous, traduits en français. 



janvier 9.] DE LA PROCEDURE. 17 

trouvait encore; mais que depuis, elle a été transférée en d'autres 
lieux. 

« Ce fait étant venu à la connoissance dudit évoque , celui-ci, 
tant de sa propre personne qu'autrement , s'est adressé au duc de 
Bourgogne et à M. de Luxembourg, pour les prier et requérir de 
lui livrer ladite femme. Ces seigneurs, ainsi requis, aussi bien 
que sur les instances communes du roi Henri, notre Seigneur, et de 
^Université, ont livré cette femme. Laquelle a été amenée à Rouen 
et confiée audit R. P. 

« Plusieurs considérations tirées des circonstances présentes et à 
prévoir induisent ledit R. P. à procéder en ce lieu de Rouen (4) 
contre ladite prévenue, comme d'informer, de l'interroger, de la 
détenir, s'il y a lieu , en prison et d'exercer en un mot les divers 
actes qui se rapportent à cette poursuite judiciaire. 

« Ledit R. P. n'entend pas toutefois jeter la faux dans la moisson 
d'autrui (2), sans notre permission; et, pour subvenir à son défaut 
de droit, il nous a requis de vouloir bien lui accorder territoire à 
l'effet d'exercer lesdits actes sur l'étendue de notre juridiction. 

« Cest pourquoi , considérant cette demande comme juste et 
conforme au droit, nous lui avons accordé lesdites lettres de terri- 
toire, pour en user par tout et tant qu'il le jugera nécessaire, tant 
en cette ville de Rouen , que dans tout le diocèse. Nous avertissons, 
en conséquence, les fidèles de l'un et de l'autre sexe, de quelque 
condition qu'ils soient, et leur enjoignons, en vertu de la sainte 
obédience, d'obtempérer à toute réquisition dudit R. P. tant pour 
porter témoignage , que pour donner consultation et autrement. 

« Nous accordons et consentons que tous actes de juridiction , 
ainsi accomplis sur notre territoire par ledit évêque, soit séparé- 
ment soit de concert avec l'inquisiteur, puissent et doivent sortir li- 
brement et juridiquement tout leur effet, aussi bien que si ces actes 
avaient été accomplis par ledit R. P. sur son propre diocèse. Nous 
lui en donnons par ces présentes, en tant que de besoin , l'autori- 
sation et faculté» sauf le droit de la dignité archiépiscopale du dio- 
cèse de Rouen en autres choses. Donné (la date ci-dessus). Ainsi 

:: R. GuÉROCLD.» 



(1) Le gouvernement laisse percer ici la crainte qu'il avait de laisser le pro- 
cès se débattre à Paris. Beauvais était français. 

(3) Mittere fakem m messem aliénant ; empiéter sur la juridiction d'au* 
trui. Cette figure était consacrée dans les textes de droit canonique. 

JBAKNG DARC 2 



18 * PRÉLIMINAIRES. [l43f 

1430/1 . Janvier 9. — Lettres d'institution du promoteur. 

« A tous ceux qui ces présentes lettres verront* Pierre * par la mi- 
séricorde divine* évêque de Beau vais, salut en Notre Seigneur. 

« Dans le cours de cette année (1), une femme. nommée laPueelle 
a été prise sur notre diocèse. Elle nous a été * de la part du roi* ex- 
pédiée comme à son juge ordinaire et comme, prévenue de sorti-, 
léges, enchantements, invocation et conversation de malins esprits* 
et autres matières touchant notre foi. Désirant procéder régulière- 
ment et avec maturité , dé Fa vis de nos assesseurs, nous avons jugé 
nécessaire d'instituer en cette cause un promoteur général de notre 
office, des conseillers notaires et scribes, ainsi qu'un huissier 
chargé d'exécuter les mandements et convocations, ou exploits. 

uNous faisons donc savoir que nous, étant informé de la fidélité* 
probité, intelligence, suffisance et aptitude personnelle de véné- 
rable homme M. Jean Estivet , prêtre , chanoine de Bayeux et de 
Beau vais, et plein de confiance suivant Dieu dans ladite personne, 
nous avons constitué , crée, nommé, etc., ledit M. Jean promoteur 
ou procureur de notre office en ladite .cause, lui donixanj par ces 
présentes "pouvoir et faculté d'ester et comparaître judiciairement 
et extrà-jùdiciàirement , de èe faire partie contre ladite Jeanne; 
de donner, bailler, produire et administrer articles, interroga- 
toires, témoins, lettres, instruments et autrçs genres de preuves; 
de l'accuser, dénoncer, de. la faire examiner et. interroger* de 
porter des conclusions dans la cause et de fafre eu un mot tout ce 
que Ton sait appartenir à l'office de procureur ou promoteur. 

u C'est pourquoi nous mandons à tous et chacun, en ce qui le con- 
cerne, d'obéir, déférer, prêter aide et assistance audit Jean pour 
l'exercice de cette fonction. En témoignage de quoi nous avons fait 
mettre notre scel à ces présentes. Fait et donné en la maison de 
maître Jean Rube, chanoine de Rouen , l^an, etc. Signé : E. de Ro- 
sières. » 

1430/1. Janvier 9. — Lettrés d'institution des notaires. , 

« A tous ceux... Pierre, etc. (comme dans l'acte précédent). Sa- 
voir faisons que nous, dûment informé de la fidélité, etc., de dis- 

(1) D'une pâque à l'autre. 



janvier », 13.] 2 e SÉANCE. J9 

crêtes personnes MM. Guillaume Colles, dit Bois-Guillaume, et de 
Guillaume Manchon , prêtres du diocèse de Rouen, notaires jurés, 
publics, apostoliques et impériaux, de la eour archiépiscopale de 
Rouen.... attendu qu'il en est besoin, du consentement des véné- 
rables vicaires de l'archevêché , le siège vacant, nous les avons re- 
tenus, choisis, nommés, etc., pour notaires et scribes en ladite cause. 
«Nous leur donnons pouvoir d'accéder auprès de ladite Jeanne, et 
ailleurs où besoin sera, de l'interroger et entendre interroger, rece- 
voir au serment les témoins, les examiner, recueillir les dire9 et 
confessions de ladite Jeanne et des témoins, les opinions des doc- 
teurs, de nous les rapporter mot à mot par écrit et de faire dûment 
tout ce qui appartient à l'office jdes notaires. En témoin, etc. » 

Même date. — Lettres d'institution cfun conseiller, commissaire et 
examinateur des témoins. 

« A tous ceux, etc. Nous Pierre, etc., dûment informé de la fidé- 
lité, etc., de vénérable et circonspecte personne maître Jean de la 
Fontaine, maître es arts, licencié en décret, nous l'avons nommé, etc., 
notre commissaire , conseiller et examinateur des témoins à pro- 
duire dans cette cause de la part de notre promoteur, avec licence... 
de les recevoir, examiner, absoudre ad cautelam, de prendre par 
écrit leurs dépositions, de faire en un mot comme commis- 
saire , etc., tout ce que nous pourrions faire si nous opérions per- 
sonnellement. En témoignage de ce, etc. » 

Même date. — Lettres d'institution de l'appariteur. 

« A tous ceux... nous,., suffisamment informé de la fidélité, etc., 
de discrète personne maître Jean Massieu, prêtre, doyen de la 
chrétienté (chapitre) de Rouen,., nous l'avons nommé exécuteur 
des mandements et convocations, dans la présente cause. En té- 
moignage, de ce... etc. » 

1430/1. Janvier 13. 2 e séance. —Lecture de» Information» 
prise» »ur la Pucelle. 

Item. Le lundi suivant, (13 janv. 1431), nous, évêque 
susdit, ayons fait rassembler dans la maison de notre ha- 
bitation à Rouen Messieurs et maîtres : 



20 3 e SÉANCE. [1431 janv. 23, 

Gilles, abbé de la Ste-Trinité de Fécamp , docteur en 

théologie, 

Nicolas de Venderès , licencié en droit canon , 

Guillaume Haiton, L , ,. ., . , . 

w . , „ / ] bacheliers en théologie. 

Nicolas Couppequène, ( ° ' 

Jean de la Fontaine, licencié en droit canon, 

Et Nicolas Loyseleur, chanoine de l'église de Rouen. 

En présence desquels nous avons exposé ce qui s'était 
fait dans la précédente séance, en leur demandant avis sur 
la marche ultérieure à suivre. 

Nous leur avons en outre fait donner lecture des infor- 
mations recueillies dans le pays natal de cette femme et 
ailleurs , ainsi que de diverses notes sur divers points, les 
uns stipulés dans ces informations et les autres allégués 
par la rumeur publique. Tout cela vu et entendu, lesdits 
maîtres ont délibéré qu'il serait dressé là-dessus des ar- 
ticles ou propositions en due forme, afin que la matière 
pût être distinguée d'une façon plus précise et que l'on 
pût mieux examiner ultérieurement s'il y a motif suffisant 
d'introduire citation et instance en affaire de foi. 

Conformément à cet avis, nous avons résolu de faire 
dresser de tels articles, et nous avons commis à cet effet 
certains docteurs notables dans l'un et l'autre droit, pour 
y pourvoir avec les notaires. Ceux-ci , nous obtempérant 
avec diligence, ont procédé les dimanche, lundi et mardi 
qui suivirent immédiatement. 

i 430/1. Janv. 23. 3 e séance. — Conclusion de faire enquête 
préparatoire. 

Item le mardi 23, au même lieu, comparurent les as- 
sesseurs dénommés en la précédente séance. 

Nous leur avons fait donner lecture des articles rédigés 
en leur demandant avis sur la suite. Ces assesseurs décla- 



février 13.] 4 e SÉANCE. 21 

rèrent alors que ces articles étaient rédigés en bonne 
forme et qu'il convenait de procéder aux interrogatoires 
correspondant à chacun des articles. Ils dirent ensuite 
que nous pouvions et devions procéder à l'enquête prépa- 
ratoire sur les faits et dits de la prisonnière. Accédant à 
cet avis et attendu que nous sommes occupé ailleurs, 
nous avons commis à cette enquête le commissaire ci-des- 
sus Jean de la Fontaine. 

1430/1. Févr. 13. 4 e séance. — lie» officiera de la cause 
prêtent serment 

Item. Le mardi 13 au même lieu, présents : 

Gilles, abbé , etc. 

Jean Beaupère. 

Jacques de Touraine. 

Nicolas Midi. 

Pierre Maurice. 

Gérard Feuillet. 

Nicolas de Venderès. 

Jean de la Fontaine. 

William Heton. 

Nicolas Couppequène. 

Thomas de Courcelles. 

Nicolas Loyseleur. 

Nous avons fait appeler les officiers de la cause/ sa- 
voir : Jean d'Estivet, promoteur; Jean de la Fontaine, 
commissaire; Guillaume Boisguillaume , Guillaume Man- 
chon, notaires; et J. Massieu, appariteur; lesquels, sur 
notre requête , ont prêté serment de bien et fidèlement 
remplir leurs offices. 



ENQUÊTE. 5 e [1431 fév. 14-16; 



1430/1. Février 14, 15, 16. — Enquête préparatoire. 

Les mercredi , jeudi , vendredi et samedi suivants, par 
le ministère de Jean de la Fontaine, commissaire , assisté 
des deux notaires, il a été procédé à ladite enquête. 

— — 19. 5 e séance. — Il est conclu que Ton Invo- 
quera le ministère de l'Inquisition. 

Item. Le lundi après les Brandons comparurent à envi- 
ron 8 heures du matin dans notre dite maison d'habitation : 

Gilles, abbé de Fécamp, ' 

J. Beaupère, 

Jacques de Touraine , !, _ A . , , . 

:J. ,. ^docteurs en théologie, 

Pierre Maurice, 

Gérard Feuillet, 

N. de Venderès, ),. .. , .„ 

. i t, a- [licenciés en droit canon. 
Jean de la Fontaine, ) 

G. Haiton, 

N. Coupequesne, bacheliers en théologie. 

Th. de Courcelles, 

Nie. Loiseleur, chanoine de Rouen. 

Nous, évèque susdit, nous avons exposé devant, eux 
qu'une instruction préalable avait été faite par nos soins 
contre cette femme , pour voir s'il y avait lieu à suivre 
Faction. Nous avons ensuite fait lire, séance tenante, de- 
vant lesdits présents , la teneur des articles et dépositions 
de témoins contenus dans cette information préalable. 

Lesquels conseillers , après l'audition de cette pièce en 
délibérèrent longuement ; et, sur leur avis , nous avons 



février 19.] ET 6 e SEANCES. 23 

prononcé qu'il y avait matière suffisante pour faire citer 
la prévenue en cause de foi. 

En outre, par égard pour le saint-siége apostolique, qui 
a spécialement institué MM. les inquisiteurs pour connaître 
des affaires de ce genre ., nous avons décidé , de l'avis des 
mêmes assesseurs, que M. l'inquisiteur du royaume serait 
appelé et requis, pour s'adjoindre, s'il lui plaisait, à 
nous , dans ce procès. Et comme ledit inquisiteur, pour 
lors , était absent de cette ville de Rouen , nous avons 
ordonné que son vicaire ', présent à Rouen, serait mandé 
en son lieu et place. 

1431. Février 19. 6 e séance. — Réquisition du vicaire de 
l'Inquisiteur. 

Item. Le même jour, vers k heures après midi, compa- 
rut audit lieu devant nous vénérable et discrète personne 
frère Jean Lemaltre, vicaire de M. l'inquisiteur du 
royaume de France , par lui député pour la métropole et 
diocèse de Rouen. 

Lequel nous avons sommé et requis de s'adjoindre à nous 
pour ledit procès, offrant de lui communiquer tout ce qui 
avait été déjà fait ou se ferait à l'avenir dans la cause. A 
cela , le vicaire répondit qu'il était prêt à nous montrer 
sa commission ou lettres de vicariat et que, vu la teneur 
de cette commission, il ferait volontiers, dans la cause, 
ce qu'il devrait faire pour l'office de la sainte Inquisition. 

11 objecta toutefois que son mandat s'appliquait uni- 
quement au ressort ou diocèse de Rouen. Or, attendu 
que, encore bien que le chapitre de Rouen nous eût prêté 
juridiction et territoire en ce diocèse , cependant le pré- 
sent procès avait été intenté à raison de notre juridiction, 
comme évèque de Beauvais , par ce motif, ledit vicaire a 
émis ce doute : si sa commission pouvait s'étendre à la 



24 V SEANCE. [U31 

poursuite du présent procès. Sur ce , nous lui avons ré- 
pondu qu'il se rendit de nouveau le lendemain par de- 
vers nous et que d'ici là nous aviserions sur ce point. 

1430/1. Février 20. 7 e séance. — Le vicaire me récuse dani 
la cause* 

Item. Le lendemain comparurent au même lieu Lemal- 
tre, Beaupère, Touraine, Midi, Venderès, Maurice, 
Feuillet, Courcelles, Loiseleur et frère Martin Lad venu, 
de Tordre des frères prêcheurs. 

Nous avons exposé en leur présence que nous avions 
vu la commission du vicaire et que, de l'avis des conseil- 
* 1ers à qui cette pièce avait été montrée, nous avions conclu 
que cette commission autorisait le vicaire à procéder con- 
jointement avec nous. 

Néanmoins, pour plus de sûreté en faveur de ce procès, 
nous avons décidé que nous adresserions personnellement 
à l'inquisiteur général une sommation et réquisition pour 
qu'il ait à venir lui-même en ce diocèse, afin de nous as- 
sister ou de se faire suppléer par un vicaire muni ad hoc 
( pour cela ) de pouvoirs plus spéciaux. 

En réponse à cet exposé, Frère Lemattre a dit que, tant 
pour rasséréner sa conscience que pour communiquer une 
marche plus sûre au procès, il ne consentirait aucunement 
à s'entremettre de la présente affaire , si ce n'est dans le 
cas où il recevrait un pouvoir spécial et dans la limite de 
ce pouvoir (1). Toutefois il a consenti, entant qu'il le 
pouvait et qu'il lui était permis, à ce que nous, évèque, 
procédassions plus outre , jusqu'à ce qu'il eût un avis plus 
éclairé sur la question de savoir si les termes de sa dite 
commission lui permettaient de s'adjoindre au procès. 

(1) Nisi si et in quantum super hoc haberel pôles tatem. 



février ao-22.] 7 e SÉANCE. 25 

Après lequel consentement, nous avons de nouveau 
offert au vicaire de lui communiquer les actes de notre 
procédure. Ensuite, après avoir recueilli les opinions des 
assistants, nous avons arrêté que ladite femme serait citée 
à comparaître devant nous le lendemain mercredi, 
21 février. 

Suit la teneur des lettres désignées ci-dessus. 
. Lettres de vicariat de Jean Lemattre. ' 

« Frère Jean Graverend, de Tordre des Frères prêcheurs, profes- 
seur de théologie sacrée, inquisiteur de la perversité hérétique au 
royaume de France, délégué par l'autorité apostolique, à son cher 
frère en J.-C. Fr. J. Lemaître, du même ordre, salut en l'auteur et 
confirmateur de la foi, N. S. J.-C. 

« L'hérésie est un mal qui rampe et chemine comme le cancer 
et tue les malades, à moins que le fer de l'Inquisition ne le coupe 
et le retranche avec vigilance. C'est pourquoi, confiant dans le 
zèle de votre foi, discrétion et probité, de par l'autorité apostolique 
dont nous jouissons en cette partie, nous vous avons fait, créé et 
constitué, faisons, créons et constituons notre vicaire dans le dio- 
cèse de Rouen ; vous donnant et concédant, en ladite ville et dio- 
cèse, plein pouvoir contre tous les hérétiques, suspects d'hérésie, 
leurs affidés, fauteurs, défenseurs et receleurs, d'enquérir, citer, 
convoquer, excommunier, arrêter, détenir, corriger et procéder 
contre eux autrement selon les cas, jusqu'à sentence définitive in- 
clusivement, ainsi que d'absoudre et d'enjoindre de salutaires pé- 
nitences, et généralement de faire et exercer tous et chacun des 
actes qui appartiennent à l'office d'inquisiteur, tant de droit que de 
coutume et de privilège spécial ; actes que nous pourrions faire si 
nous y vaquions nous-mème. 

« En témoignage de toutes ces choses nous avons fait opposer à 
ces lettres le sceau de notre office. Donné à Rouen, le 21 août 1424. » 

1430/1. Février 22. —Lettre de P. Cauchon à f Inquisiteur général. 

a Pierre, par la miséricorde divine évèque de Bauvais, à véné- 
rable père M. J. Graverend, docteur en théologie sacrée, inquisi- 
teur de la perversité hérétique, salut. 

« Le roi... nous ayant fait remettre une femme... diffamée, etc. 



26 8 e SÉANCE. . [uu 

Comme juge ordinaire, et |e... chapitre de Rouen nous ayant... 
donné territoire, afin qu'ainsi le peuplé chrétien, principalement 
dans notre diocèse (1) et aussi dans les autres parties de ce royaume 
très-chrétien, soit vivement édifié au salut par saine doctrine , nous 
avons entrepris le procès de cette femme, en y apportant tout le soin 
et le zèle de l'orthodoxie. . . . 

« Mais comme cette affaire concerne particulièrement votre of- 
fice d'inquisiteur, à qui il appartient d'éclaircir les causes d'héré- 
sie, nous prions votre vénérable Paternité, la sommons et requé- 
rons en faveur de la foi, afin que, pour la déduction ultérieure de 
ce procès, vous vous transportiez sans délai en cette ville, ainsi qu'il 
incombe à votre office, pour y vaqfuer selon la forme de droit et 
les décrets apostoliques, et afin que nous procédions à la cause uni- 
formément et d'un accord unanime. . • 

« Que si vos occupations ou autre excusa raisonnable vous re- 
tient légitimement, veuillez du moms accréditer F* 6 J. Lemâître, 
vice-inquisiteur en cette ville, ou tout autre commissaire pour vous 
remplacer, de telle sorte qu'après avertissement Votre absence pro- 
longée ne puisse vous être imputée, au préjudice de la foi et au 
scandale du peuple chrétien. Quelle que soit votre décision, veuillez 
sans retard me la faire connaître. 

« Donné à Rouen le,.., signé : G.< Boisguillauhe. G. Manchon. » 

1430/i. Février 21. 8 e séance. —Première séance publique 
ou Interrogatoire. 

Le mercredi à 8 heures environ du matin, nous, évo- 
que , nous sommée rendu à là chapelle royale du château 
Je Rouen où nous avions cité la prévenue. Là, nous avons 
pris séance en tribunal, assisté des RR, pères, seigneurs et 
maîtres : 

Gilles , fi^bbé de la Ste-Trinité de Féçamp, j , ' 
Pierre, prieur de Longueville-Giffard, . j , . . 
Jean de Chàtillon, ) 0gie * 

(1) 14 diocèse de Beau vais avait chassé Cauchon, et suivait le parti de la 
Pucelle. — - Nous abrégeons et représentons par des points les pures redon- 
dances de style. 



1 er INTERROGATOIRE. 



27 



février 2i.] 

i 
J. Beaupère, \ 

J. de Touraine , \ 

N. Midi, 

J. de Nibat, 

J. Guesdon, 

J. Lefèvre, ^ • ! docteurs en 

Maurice Du Quesnay, théologie. 

Guillaume Boucher, 

Pierre Houdene, 

Pierre Maurice, 

Richard Bu Pré et 

Gérard Feuillet, 

. Nicolas , abbé de Jumièges , 

Guillaume , abbé de Cormeilles,( docteurs en l'un et 

Jacques Guérin, chanoine, ( l'autre droit. 

Raoul Roussel , 

Guillaume Hetoii, 

Nie. Coppequesne , 

Jean Lemaltre , 

Richard de Grouchet, ^bacheliers en théologie 

Pierre Minier, . 

JeanPigàche, 

Raoul Sauvage , 

Robert Barbier, 

Denis Gastinel , 

Jean Ledoux, 

Nie. de Venderès, 

Jean Basset, 

J. de la Fontaine , 

Jean Brullot, 

Aubert Morel, , 

Jean Colombel , 

Laurent Dubust 

Raoul Augny, 



licenciés en droit canon. 



28 JEANNE COMPARAIT [i43i 

André Marguerie, 

Jeanàl'Épée, ,. .. , ., . .. 

„ ~ \ * * > licenciés en droit civil. 

Geoffroy de Crotay, 

Gilles Des Champs , 

En premier lieu, il a été, devant ces assesseurs, donné 
lecture des lettres du roi qui nous renvoient la prévenue 
et des lettres de territoire, ci-dessus. 

Après cette lecture, M. J. d'Estivet, promoteur, a rap- 
porté qu'il avait fait citer la prévenue à comparaître. 

Suit la teneur de l'ajournement et de l'exploit. 

1° Lettres de citation. 

« Pierre, etc., au doyen de la chrétienté ou archiprètre de Rouen 
et à tous prêtres de la ville et diocèse, curés et non curés, salut... 
Gomme une femme nommée la Pucelle aurait été prise, etc. Nous 
avons résolu de la faire comparaître... Nous vous mandons que 
l'un de vous étant requis n'attende pas l'autre, ni s'excuse sur 
l'autre (1); citez péremptoirement devant nous ladite Jeanne au 
mercredi 21 du présent mois, 8 heures du matin, dans la chapelle 
royale du château de Rouen, pour y répondre, etc., etc., sous peine 
d'excommunication contre elle. Rendez-nous compte de l'exécu- 
tion, etc. Donné le 20 février 1430. G. Boisguillàume. G. Manchon. » 

2° Exécution de l'exploit. 

« A R. P. en Dieu, Pierre, etc. Votre humble Jean Massieu, etc., 
prompte obéissance, etc. Sache votre révérende Paternité que j'ai 
cilé péremptoirement comme ci-dessus une femme nommée Jeanne 
la Pucelle, par moi appréhendée personnellement, dans l'enceinte 
dudit château, pour répondre, etc. Ladite Jeanne m'a en effet ré- 
pondu que volontiers elle comparaîtrait devant vous et répondrait 
la vérité aux interrogatoires qui seraient à lui faire; qu'elle dé- 



fi) Cette formule) collective et circulaire, s'appliquait sans doute au cas 
de contumace de la part du prévenu. 



féV. 2*.] DEVANT LES JUGES, 29 

mandait que, dans cette cause, vous voulussiez bien vous adjoindre 
des ecclésiastiques de ces parties de France (1); en outre, qu'elle 
suppliait votre Paternité de l'autoriser à entendre la messe demain 
avant de comparaître et que j'eusse à vous le signifier. Ce que j'ai 
fait et fais par les présentes. Donné, etc. (Le môme jour.) » 

Requête du promoteur. Il est statué sur la demande de Jeanne 
qu'elle n'assistera pas au service divin. 

A l'exhibition de ce rapport, le promoteur a requis 
qu'il fût procédé à la comparution. Et entretemps, ladite 
femme ayant demandé à ouïr messe, nous avons exposé 
aux assesseurs que, de l'avis de notables maîtres avec qui 
nous en avons conféré, attendu les crimes dont ladite 
prévenue est diffamée, notamment la difformité de son 
habillement dans laquelle elle persévère, nous avons cru 
devoir surseoir à lui accorder la licence par elle deman- 
dée d'entendre messe et d'assister aux divins offices. 

Jeanne est amenée en Jugement, 

Pendant que nous disions ce qui précède, la prévenue 
a été amenée par l'exécuteur des exploits. Nous avons 
alors rappelé qu'elle avait été prise sur notre diocèse de 
Beauvais, etc., à nous renvoyée par le roi, etc., et citée 
pour répondre en justice des faits criminels qui lui sont 
imputés etc. 

C'est pourquoi, désirant, dans cette affaire, remplir le 
devoir de notre office à la conservation et exaltation de 
la foi catholique, avec le favorable secours de Jésus-Christ, 
dont la cause est en jeu, nous avons d'abord averti et re- 



(1) Des pays d'où Tenait la prévenue, c'est-à-dire des docteurs du parti de 
Charles VII. 



30 . 8 e SÉANCE. [f43l 

quis charitablement ladite Jeanne, alors assise devant 
nous, que , pour accélérer le procès et pour la décharge 
de sa propre conscience, elle nous dit pleinement sur ce 
la vérité sans faux-fuyants ni subterfuges. 

Prestation de serment. 

Là-dessus nous avons requis l'accusée de prêter ser- 
ment, sur l'Évangile, qu'elle dira la vérité. 

Réponses de Jeanne (1). 

Je ne sais pas sur quoi vous voulez m'interroger. Il y 
a telles choses que peut-être vous me demanderez et que 
je ne dois pas vous dire. 

Demande. Vous jurerez de dire la vérité touchant les 
questions qui vous seront adressées sur des faits concer- 
nant la foi et que vous saurez. 

R. « Quant à mon père et à ma mère et à ce que j'ai fait 
depuis que je suis venue en France, je jurerai volQntiers. 
Mais quant aux révélations de Dieu , je ne les ai jamais 
dites et révélées à personne, si ce n'est au roi Charles; je 
ne les révélerai pas davantage ici, dût-on me couper la 
tête. Car je les ai eues par visions et par mon conseil se- 
cret pour ne les révéler à personne; et d'ici à huit jours, 
je saurai bien si je dois les révéler. » 

Et de rechef, à plusieurs reprises, nous avons averti et 
requis Jeanne de prêter serment. Jeanne alors s'agenouilla 
et, les deux mains posées sur le missel , elle jura de dire 



(1) La forme du discours employée dans l'original est au style indirect : la- 
quelle Jeanne à cela répondit en ces termes : Je ne sais, etc. Et comme nous 
lui dîmes : Vous jurerez , etc. Elle répondit de nouveau : Quant à mon 
père, etc. A cette forme nous avons substitué dès à présent le style constam- 
ment direct. Nous ne reproduirons que les incidents sous la forme de récit. 



fév. 21.] 8 e SÉANCE. 31 

la vérité sur les choses concernant la foi qu'on lui de- 
manderait et qu'elle saurait, en faisant la condition ou 
réserve ci-dessus exprimée relative à ses révélations. 

Premier interrogatoire après le serment. 

D. Quel est votre nom et surnom? 

R. Dans mon pays, on m'appelait Jeannette, et Jeanne 
en France, depuis que j'y suis venue. Quant à mon sur- 
nom, je n'en sais rien (1). 

D. Votre lieu de naissance? ' 

R. Je suis née au village de Donremi, qui est tout un 
avec Grus; c'est à Grus qu'est la principale église. 

D. Les noms de vos père et mère? 
• R. Mon père s'appelle Jacques Darc, et ma mère Isabelle. 

D. Où avez-vous été baptisée? 

R. Dans l'église de Donremi. 

D. Quels ont été vos parrains et marraines? 

R. L'une de mes marraines s'appelle Agnès ; une autre/ 
Sibylle. Le nom de l'un de mes parrains est Jean Lingue; 
un autre : Jean Barrey. J'ai encore eu d'autres marraines, 
ainsi que je l'ai entendu dire à ma mère. 

D. Quel prêtre vous a baptisée? 

R. Messire Jean Minet, à Ce que je crois. 

X). Vit-il encore ? 
. Jt. Oui, à ce que je crois. 

U. Xotre âge? 

R. Dix-neuf ans, je pense, environ, -r- Ma mère m'a 
appris Pater noster, Ave Maria, Credo ; aucun autre*qu'elle 
ne m'a instruite de ma créance. 



(1) Interrogata fuit de nomine et cognomine ejus. Ad quœ respondit quod in 
partibus suis vocabatur Johanneta , etc. . . Consequenter iuterrogata de loco 
originis.... 



32 8 6 SEANCE. [t43t 

1). Dites votre Pater nos ter. 

R. Si vous voulez m'entendre en confession, je vous le 
dirai volontiers. 

Pressée plusieurs fois de la même question, elle refuse 
de dire le Pater autrement qu'en confession. Nous lui 
dîmes alors que nous lui donnerions volontiers un ou 
deux notables hommes de la langue de France, afin 
qu'elle dit devant eux Pater noster. Jeanne répond qu'elle 
ne leur dira qu'en confession. 

Il est fait à Jeanne défense de se soustraire de sa captivité. 

Arrivé àce point, nous, évèque susdit, avons défendu à 
Jeanne de sortir des prisons à elle assignées au château 
de Rouen , sans notre permission , sous peine d'être assi- 
milée à un coupable convaincu d'hérésie. 

Elle nous a répondu qu'elle n'acceptait pas cette inhi- 
bition, ajoutant que, si elle s'échappait, nul ne pourrait 
lui reprocher d'avoir violé ou rompu sa foi, n'ayant en- 
gagé sa parole à personne. 

Enfin elle se plaignit qu'elle était enchaînée (dans sa 
prison) avec chaînes et entraves de fer. Nous lui dîmes 
alors qu'ailleurs elle avait tenté de s'évader plusieurs fois 
et que, par ce motif, elle avait été ainsi enchaînée. 

B. Il est vrai; je l'ai voulu et le voudrais encore, ainsi 
qu'il est permis à tout détenu ou prisonnier de s'échapper. 

Nous avons ensuite commis à la sûre garde de Jeanne 
noble homme Jean Gris (1), écuyer du corps de notre sei- 
gneur lrf roi, et avec lui Jean Berwoit (2) et Guillaume Tal- 
bot, en leur enjoignant de bien et fidèlement la garder, 



(1) Ou John Grey. 
(?) Ou Barou&t. 



février 22.] 9 e SEANCE. ♦ % 33 

sans permettre à aucun de conférer avec elle sans notre 
permission. Ce que les dits gardes ont juré, solennelle- 
ment, la main sur les saints Évangiles. 

Finalement nous avons assigné Jeanne pour compa- 
raître, le lendemain jeudi, huit heures du matin, dans la 
chambre de parement, au bout de la grande cour du châ- 
teau. 

i 430/1. Février 22. — X e Interrogatoire. 

En la chambre de parement. Présents : 

Gilles, abbé de Fécamp, \ 

Pierre, prieur de Longueville Giffard, 

Jean de Chàtillon, 

J. Beau père, 

J. de Touraine, 

N. Midi, 

J. de Nibat, . , t 

. ^ , \ docteurs en 

J. Guesdon, x ) , . . 

ï 1 r x / théologie. 
J. Lefèvre, 

M. du Quesnay, 

G. Boucher, 

P. Houdenc, 

P. Maurice, 

Rich. du Pré, ! 

Gérard Feuillet, / 

Nicolas, abbé de Jumiéges. 

Guillaume, id. de Sainte-Catherine. 

Guillaume, — Cormeilles. 

Jean Guérin> docteur en droit canon. 

R. Roussel, id. in utroque. 

H. Heton, \ 

G. Coppequesne, > bacheliers en théologie. 

J. Lemaltre, / 

JEÀNKE dàhc. * 3 



bacheliers en théologie. 



licenciés in utroque. 



licenciés en droit canon. 



34 9 e SÉANCE. f [liSl 

Richard de Grouchet, 
Pierre Minier, 
J. Pigache, 
R. Sauvage, 
Robert Barbier, 
Denis Gastinel, 
Jean Ledoux, 
J. Basset, 
J. de la Fontaine, 
J. Brullot, 
Aubert Morel, 
N. de Venderès, 
J. Pinchon, 
J. Colorabel, 
Laurent Dubust, 
R. Auguy, 
André Marguerie, 
J. à l'Épée, 
G. du Crotay* 
G. des Champs, 
L'abbé de Préaux (1). 
Frère Guillaume l'Ermite. 
Guillaume des Jardins, docteur en médecine. 
Robert Morellet et Jean Leroy, chanoines de l'église de 
Rouen. 

Nous avons d'abord, en leur présence, exposé que frère 
J. Lemaltre, vicaire de l'inquisition, présent à l'audience, 
avait été par nous sommé et requis de s'adjoindre au 
procès, lui offrant de lui communiquer tous les actes, et 
que ce vicaire avait répondu ne se reconnaître de pou* 



licenciés en droit civil. 



(1) JeanMoret, licencié endroit civil et canon, abbé de l'abbaye de Préaux, 
diocèse de Lisicux. 



février sa.] 9 e SÉANCE. 35 

voirs suffisants que pour le diocèse de Rouen , tandis que 
la cause se jugeait à raison de notre juridiction de Beau- 
vais et sur territoire prêté. 

C'est pourquoi, afin de ne pas invalider le procès et pour 
rasséréner su conscience , il avait différé de s'adjoindre à 
nous jusqu'à ce qu'il fût plus amplement avisé, ou qu'il 
eût reçu de Monsieur l'inquisiteur des pouvoirs plus éten- 
dus. Ledit vicaire, toutefois, a déclaré qu'il se prêtait 
volontiers à ce que nous continuassions la procédure sans 
désemparer... 

En entendant cet exposé, le dit vicaire prit la parole et 
dit : Ce que vous exposez est la vérité , J'ai approuvé et 
j'approuve, en tant que je puis et qu'il dépend de moi, 
que vous poursuiviez. • 

Ensuite, Jeanne ayant comparu, nous l'avons requise, 
sous les peines de droit, de répéter son serment de la veille 
et de jurer simplement et absolument de répondre avec 
vérité. A quoi elle répondit qu'elle avait juré hier, et que 
cela devait suffire. 

Item. Nous l'avons requise de jurer, attendu que toute 
personne, fût-ce un prince , requise en matière de foi, 
ne pouvait refuser le serment. 

R. Je vous ai fait serment hier. Cela doit bien vous suf- 
fire. Vous me surchargez (1). 

Finalement elle jura de dire la vérité touchant la foi. 

Ensuite l'illustre professeur en sacrée théologie, M. J. 
Beaupère, de notre ordre et commandement, interrogea, 
comme il suit, la prévenue. 

Et d'abord il l'exhorta à dire, comme elle l'avait pro- 
mis, la vérité. 

H. Vous pourriez me demander telle chose sur laquelle 



(1) Vos nimiuin oneratis me. 

a. 



36 9 e SÉANCE. [1431 

je vous répondrais la vérité et, de telle autre , je ne la ré- 
pondrais pas. Si vous étiez bien renseignés sur mon 
compte , vous devriez vouloir que je fusse hors de vos 
mains. Je n'ai rien fait que par révélation. 

D. Quel âge aviez- vous quand vous avez quitté la mai- 
son paternelle? 

R. Je ne sais. 

D. Avez-vous appris quelque art ou métier dans votre 
jeunesse? 

R. Oui, à coudre et à filer : là-dessus je ne crains au- 
cune femme de Rouen. Il est vrai, par la crainte des Bour- 
guignons, je suis partie de chez mon père et suis allée 
en la ville de Neuchâteau en Lorraine, chez une femme 
qu'on appelait la Rousse. J'y suis restée quinze jours. 
Chez mon père, je vaquais aux soins du ménage (1), sans 
aller aux champs avec les brebis et autres animaux. 

D. Vous confessiez- vous tous les ans? 

R. Oui, à mon propre curé, et quand M. le curé était 
empêché, je me confessais, de son aveu, à un autre prêtre. 
Deux ou trois fois aussi, je crois, à Neuchàteau, je me suis 
confessée à des religieux mendiants. Je communiais à la 
fête de Pâques. 

D. Et aux autres fêtes? 

R. Passez outre. À l'âge de treize ans, j'ai eu une voix 
de Dieu, pour m'aider à me gouverner. La première fois 
elle me fit grand peur. Cette voix vint, sur l'heure de 
midi, en été, dans le jardin de mon père : j'avais jeûné 
la vrille. J'ai entendu cette voix, à droite , du côté de l'é- 
glise, et rarement elle est venue à moi sans être accom- 
pagnée d'une grande clarté. Cette clarté vient du môme 
côté que la voix ; et il y a ordinairement grande clarté. 
Lorsque je vins en France, j ? enlendis souvent cette voix. 

(^C'est-à-dire, sans doute, lorsque je n'allais pas, etc. Voy. p. 48. 



février 22.] 9 e SEANCE. 37 

Interrogée comment elle voyait cette clarté , lorsque la 
clarté se produisait de côté, elle ne répond rien et passe 
à autre chose. y 

R. Si j'étais dans un bois, j'entendrais bien ces voix ve- 
nir. 11 me semble que cette voix est empreinte de dignité, 
et je crois qu'elle m'a été envoyée de la part de Dieu. 
Après l'avoir entendue trois fois, j'y ai reconnu la voix 
d'un ange. Cette voix m'a toujours bien gardée, et je la 
connais bien. 

D. Quel enseignement vous donnait cette voix pour le 
salut de votre âme? 

R. Elle m'enseignait à bien me conduire, à fréquenter 
les églises. Elle me dit qu'il était nécessaire que je vinsse 
en France. 

D. De quelle sorte était cette voix? 

R. Vous n'en aurez pas davantage aujourd'hui sur ce 
point. — Deux ou trois fois par semaine, cette voix m'exhor- 
tait à partir pour la France: Mon père ne sut rien de mon 
départ. La voix me pressait toujours, je ne pouvais plus 
durer; elle me dit que je ferais lever le siège d'Orléans. 
Elle me disait d'aller trouver Robert de Baudricourt, ca- 
pitaine, et qu'il me donnerait du monde pour venir avec 
moi ; car j'étais une pauvre fille, ne sachant ni chevau- 
cher, ni mener guerre. 

J'allai chez mon oncle, lui disant que je voulais rester 
quelque temps chez lui, et j'y demeurai une huitaine. Je 
lui dis alors qu'il fallait que j'allasse à Vaucouleurs, et mon 
oncle m'y conduisit. A Vaucouleurs, je reconnus le capi- 
taine sans l'avoir jamais vu ; et ce fut par le moyen de 
ma voix, qui me dit que c'était lui. 

Je dis alors au capitaine qu'il fallait que je vinsse en 
France. Deux fois, il me repoussa de ses refus; mais la 
troisième fois il m'accueillit et me donna des hommes. 
Ainsi s'accomplit ce que la voix m'avait annoncé. 



1 



38 9 e SÉANCE. [1431 

Le duc de Lorraine manda que l'on me conduisit vers 
lui ; je m'y rendis. Je lui dis que je voulais aller en France. 
Il me consulta pour le recouvrement de sa santé. Mais je 
lui répondis que je n'en savais rien. Je ne lui fis pas de 
grandes communications sur mon voyage. Je lui deman- 
dai toutefois qu'il me donnât son fils (1) , avec des gens, 
pour m'accompagner en France et que je prierais Dieu 
pour sa santé. J'étais allée auprès de lui sous un sauf- 
conduit. De là jef revins à Vaucouleurs. 

De Vaucouleurs , je partis habillée en homme , portant 
une épée que m'avait donnée le capitaine, sans autres 
armes. Accompagnée d'un chevalier, d'un écuyér et de 
quatre suivants, je me dirigeai vers Saint-Urbain, et nous 
primes notre gîte la nuit à cette abbaye. 

Dans ce voyage, je passai par la ville d'Auxerre , et j'y 
entendis la messe à la cathédrale. J'avais alors fréquem- 
ment mes voix. 

Item requise de déclarer par quel conseil elle avait pris 
Thabit d'homme , à cela elle refusa plusieurs fois de ré- 
pondre. Finalement elle dit que là-dessus elle ne donnait 
de charge à homme quelconque et varia plusieurs fois. 

R. Robert de Baudricourt fit jurer à mes compagnons 
de bien et sûrement me conduire. Il me dit au départ : 
« Va, et advienne que pourra! » 

Dieu aime le duc d'Orléans. J'ai eu plus de révélations à 
son sujet que touchant aucun homme qui vive, si ce n'est 
mon seigneur le roi. — Il m'a fallu changer de costume 
et m'habiller en homme. Je crois que mon conseil en cela 
m'a bien inspirée. J'ai écrit aux Anglais devant Orléans 
qu'ils eussent à se retirer; comme il est contenu en la co- 
pie des lettres, qui m'a été lue en cette ville de Kouen., à 



(1) C'est-à-dire l'époux de sa fille, René d'Anjou? 



février 22.] 9* SÉANCE. 39 

l'exception de deux ou trois mots qui sont dans la copie : 
par exemple, il est dit dans cette copie : Rendez à la Pu- 
celle ; il faut mettre : « Rendez au roi. » Il y a aussi ces 
mots : Corps pour corps eïthefde guerre , qui n'étaient pas 
dans l'original (1). 

J'arrivai auprès du roi sans empêchement. Étant à 
Sainte-Catherine de Fierbois, j'envoyai d'abord au châ- 
teau de Chinon, où était le roi. J'y fus à midi et me logeai 
d'abotd dans un hôtel. Après le dîner j'allai vers le roi, 
qui était au château. Quand j'entrai dans la chambre du 
roi, je le reconnus pa? le conseil et révélation de ma voix. 
Je lui dis que je voulais aller faire la guerre aux Anglais. 
D. Lorsque la voix vous désigna votre roi, y avait-il 
quelque lumière dans la place ? 
R. Passez outre: 

D. Y avtfit-il là quelque ange , au-dessus de votre roi? 
R. Pardonnez-moi : passez outré. — Plus d'une fois, 
avant que le toi me mit en deuvté, j'ai eu des révélations 
et de belles apparitions. 

Interrogée sur la question de savoir quelles apparitions 
et révélations a eues son roi, elle a répondu : « Ce n'est 
pas moi qui vous le dirai. Vous n'aurez pas encore de ré- 
ponse là-dessus; mais envoyez vers le roi lui-même et il 
vous le dira. » 

Item dit la dite Jeanne que sa voix lui avait promis 
que. assez tôt après sa venue auprès de son roi, elle 
(Jeanne) serait reçue de lui. Elle dit que ceux de son parti 
reconnurent bien que cette voix avait été envoyée à Jeanne 
de par Dieu, et qu'ils la virent (cette voix) et la recon- 
nurent; affirmant ladite Jeanne que, cela, elle le sait 
bien. Dit en outre que son roi et plusieurs autres virent 

(1) Sur cette particularité, voy. Quicherat , Procès, etc., 1. 1, p. 55, note 2. 



40 10 e SÉANCE. [i43i 

et entendirent ces voix venir à Jeanne; là était Charles 
de Bourbon avec deux ou trois autres. 

Item ladite Jeanne dit qu'il n'est pas de jour qu'elle 
n'entende cette voix, et aussi qu'elle en a bien besoin. 
Elle dit aussi qu'elle n'a jamais demandé à ladite voix 
d'autre prix final que le salut de son âme. En outre , la- 
dite Jeanne a confessé que sa voix lui avait dit qu'elle 
persistât devant Saint-Denis en France et qu'elle voulait 
y rester, mais que les seigneurs l'emmenèrent contre sa 
volonté; que si elle n'avait pas été blessée, ellene se se- 
rait pas retirée. Elle fût blessée dans les fossés de Paris, 
lorsqu'elle y vint de Saint-Denis, mais en cinq jours elle 
guérit. Elle a confessé en outre qu'elle fit faire une sortie, 
en français : escarmouche, devant la ville de Paris. 

El comme on lui demanda si c'était un jour de fête, 
elle dit qu'elle croit bien que oui. Interrogée si cela était 
bien fait, a répondu : passez outre. 

Ceci ayant eu lieu, estimant que c'en était assez pour 
ce jour, nous, évèque, avons remis l'affaire au lendemain 
samedi huit heures du matin. 

1431. 10 e séance Février 24. — 3 e séance de» débats. 

Au château de Rouen ; chambre de parement. Présents : 

Nous, Pierre Cauchon, évèque susdit. 

Gilles, abbé de Fécamp, 

P. prieur de Longueville, 

J. de Châtillon, 

Erard Emengard, 

J. Beaupère, 

J. de Touraine, 

N. Midi, 

J. de Nibàt, 

J. Guesdon, 



docteurs en théologie. 



février 24.] 10 e SÉANCE, 

M. du Quesnay, 
J. Lefèvre, 
Guill. Boucher, 
P. Houdenc, 
P. Maurice, 
Richard du Pré, 
J. Charpentier, 
G. Feuillet, 
D. de Sabreuvois, 
Nicolas, abbé de Jumiéges. 
Guillaume, abbé de Sainte-Catherine, 
Guillaume, id. de Corraeilles. 
Jean Guéri n, docteur en droit canon. 
R. Roussel, \ 

N. Coupeqnesne, 
G. Hetoh, 
Th. de Courcelles, 
Jean Lemaitre, 
N. Loiseleur, 
Raoul Sauvage, 
Guillaume de Baudre 

bois, 
Nicole Lemire, 
Richard Legagneur, 
J. Duval, 

Guillaame Lemaitre, 
Guillaume Lermite, 
L'abbé de Saint-Ouen, 
L'abbé de Saint-Geor- 
ges de Boscherville, 
L'abbé de Préaux, 
Robert Barbier, 
Denis Gastinel, 
J. Ledoux, 



41 



'docteurs en théologie. 



\ bacheliers en théologie. 



licenciés in utroque. 



42 



40 e SÉANCE. 



[i43i 



N. de Venderès, 
J. Pinchon, 
J. de la Fontaine, 
A. Morel, 
Jean Duchemin, 
J. Colombel, 
L. Dubut, 
Raoul Auguy, 
Richard de Saulx, 
André Marguerie, 
J. A l'épée, 
G. du Crotoy, 
Gilles des Champs, 
N. Maulin, 
Pierre Carreau, 
Bureau de Cormeilles, 
Robert Morelet, 
Jean Leroy, 
et Nicolas de Foville. 



licenciés en droit canon. 



licenciés en droit civil. 



chanoines de l'église de Rouen. 



Nous avons d'abord requis ladite Jeanne de dire abso- 
lument et simplement la vérité, sans réserve ni condi- 
tion, et nous lui avons trois fois adressé cet avis. Jeanne 
a répondu : Permettez-moi de parler, et alors elle a dit : 
Par ma foi, vous pourriez me demander telles choses que 
je ne vous dirai pas ; comme par exemple de ce qui touche 
mes révélations. Car vous pourriez m'amener ainsi à ré- 
véler telle chose que j'ai juré de tenir secrète. Je vous le 
dis : Prenez bien garde à ce que vous prétendez que vous 
êtes mon juge, car vous assumez un grand poids en me 
chargeant moi-même. Elle dit aussi qu'il lui semblait suf- 
fisant d'avoir deux fois juré en justice. 

Item. Interrogée si elle voulait jurer simplement et ab- 
solument, R. Vous pouvez bien passer par là-dessus; 



février 24.] 10 e SÉANCE. 43 

j'ai déjà juré deux fois. Elle ajouta que toute la clergie 
de Rouen et de Paris ne saurait la condamner sans en 
' avoir le droit. 

Item dit que de sa venue, elle dirait la vérité, mais 
qu'elle ne dirait pas tout, et que huit jours de temps ne 
suffiraient pas pour dire tout. 

Nous lui avons alors conseillé de prendre avis des as- 
sistants pour savoir si elle devait jurer, ou non. A cela, 
elle reprit que pour ce qui est de sa venue, elle dirait vo- 
lontiers la Vérité, mais non autrement, et qu'il ne fallait 
plus lui en parler. 

Nous lui dîmes ensuite que si elle ne voulait pas jurer 
de dire la vérité, elle se rendrait suspecte. Elle répondit 
comme auparavant. De rechef nous la requîmes de jurer 
précisément et absolument. Elle repartit alors qu'elle di- 
rait ce qu'elle savait, et encore incomplètement (1). Elle 
ajouta qu'elle venait de la part de Dieu, qu'elle n'a rien 
à faire ici , demandant qu'on la renvoyât à Dieu, de qui 
elle venait. 

Item, Requise et avertie de jurer, sous peine d'être 
chargée de ce qu'on lui imposait, a répondu : ce Passez 
outre. » - 

Finalement , nous l'avons encore requise de jurer, et 
d'abondant l'avons avertie de dire la vérité sur ce qui 
touche au procès, lui disant que son refus l'exposait à un 
grand péril. Alors elle répondit : Je suis prête à jurer de 
dire ce que je sais touchant le procès, et elle le jura. 

Ensuite, Jeanne fut, de notre ordre, interrogée par 
distingué docteur maître Jean Beaupère, ci-dessus nommé. 
Celui-ci lui demanda premièrement à quelle heure elle 
avait mangé ou bu en dernier lieu. Jeanne répondit 
qu'elle n'avait pas mangé depuis hier après midi. 

(1 ) Et encore pas tout ( « et adhuc non totum »). 



44 10 e SEANCE. [1431 

Il lui a demandé ensuite après quelle heure elle avait 
entendu sa voix qui venait à elle. R. Je l'ai entendue 
hier et aujourd'hui. 

Interrogée à quelle heure , hier, elle avait entendu sa 
voix, R. Qu'elle Ta entendue ce jour, trois fois : une fois 
le matin , une fois à vêpres , et la troisième fois au coup 
de Y Ave Maria *du soir. Et, souvent elle l'entend plus 
fréquemment encore. 

Interrogée sur ce qu'elle faisait hier à la venue de sa 
voix, R, Qu'elle dormait et qu'elle en a été éveillée. 

Interrogée si sa voix l'a éveillée en lui touchant les bras, 
R. Que sa voix l'a éveillée sans la toucher. 

Interrogée si cette voix était dans sa chambre, jR. Non, 
que je sache; mais elle était dans le château. 

Interrogée si elle a remercié sa voix et si elle a fléchi les 
genoux, jR. Qu'elle l'a remerciée, étant et séant danjs son 
lit, et joignit les mains, et ce fut après qu'elle avait invo- 
qué [ce] secours [céleste]. Sa voix lui dit de répondre 
hardiment. 

Interrogée sur ce que sa voix lui dit quand elle fut 
éveillée, R. Qu'elle demanda à cette voix conseil sur ce 
qu'elle devait répondre , disant à cette voix qu'elle de- 
mandât conseil à Dieu là-dessus. Sa voix lui dit qu'elle 
répondit hardiment et que Dieu l'aiderait. 

Interrogée si sa voix lui dit quelques paroles avant 
d'être invoquée, R. Que sa voix en dit quelques-unes, 
qu'elle ne les comprit pas toutes. Mais après le réveil, sa 
voix lui dit qu'elle répondit hardiment. 

Item, nous dit à nous évèque : a Vous dites que vous 
êtes mon juge , prenez garde à ce que vous faites, car en 
vérité je suis envoyée de la part de Dieu, et vous vous 
mettez en grant dan g 1er (danger) ». 

Interrogée si sa voix ne changea pas d'avis, R. Qu'elle 
ne lui a jamais trouvé deux langages. Elle ajoute que cette 



1 



février 24.] 10 e SEANCE. 45 

nuit elle Ta entendue dire à elle Jeanne qu'elle répondit 
hardiment. 

Interrogée si sa voix lui a défendu de tout dire, R. Je 
ne vous répondrai pas là-dessus. J'ai des révélations, tou- 
chant le roi, que je ne vous révélerai pas. 

Interrogée si sa voix lui a défendu ces révélations, 
R. Je ne suis pas éclairée sur ce point. Donnez-moi un 
délai de quinze jours et je vous en répondrai. Et après 
avoir de nouveau demandé ce délai, dit : « Si ma voix me 
le défend, qu'en voulez-vous dire? » 

Interrogée encore si cela lui est défendu, R. a Croyez 
bien que ce ne sont pas les hommes qui me l'ont dé- 
fendu. » 

Item dit qu'elle ne répondra pas aujourd'hui et qu'elle 
doit attendre, pour se décider, la révélation. 

Hem dit qu'elle croit fermement, comme elle croit sa 
foi chrétienne et comme Dieu nous a rachetés des peines 
de l'enfer, que cette voix lui vient de Dieu et de son or- 
donnance. 

Interrogée si cette voix qu'elle dit lui apparaître est un 
ange, ou de Dieu immédiatement, ou la voix, soit d'un 
saint, soit d'une sainte. jR. Cette voix vient de la part de 
Dieu, et je crois que je ne vous dis pas pleinement ce que 
je sais. J ai plus grand peur de manquer, en vous disant 
quelque chose qui déplaise à ces voix, que je n'ai souci 
de vous répondre. Et quant à cette question, je vous prie 
de me donner délai. 

Interrogée si elle croit que cela déplaise à Dieu que 
Ton dise la vérité, R. Les voix m'ont dit de révéler cer- 
taines choses au roi et non à vous. 

Ilem dit que cette nuit la voix lui dit beaucoup de choses 
pour le bien de son roi ( Charles VII ) , et qu'elle ne boirait 
pas de vin jusqu'à Pâques; de sorte que lui , comme elle 
disait, s'en trouverait plus joyeux à son dîner. 



46 10 e SÉANCE. [U3J 

Interrogée si elle ne pourrait pas tant faire que sa 
voix, lui obéissant, allât porter au roi le message, 
R. Qu'elle ne savait* si sa voix voudrait obéir, sinon que. 
ce fût la volonté de Dieu et que Dieu y consentit. Et s'il 
plaît à Dieu, dit-elle, il pourra bien le faire révéler au 
roi, et j'en serais bien contente. 

Interrogée pourquoi cette voix ne converse pas ainsi 
avec son roi, comme elle faisait quand Jeanne était en la 
présence de ce roi , R. Qu'elle ne sait si c'est la volonté 
de Dieu. Elle ajoute que, n'était la grâce de Dieu, elle ne 
saurait aucunement agir. 

Interrogée si son conseil lui a révélé qu'elle s'échappe- 
rait de prison , répond : J'omettrai de vous le dire (1). 

Interrogée si , cette nuit , sa voix ne lui a pas donné le 
conseil et avis de ce qu'elle devait répondre, a répondu 
que si sa voix lui a fait quelque révélation, elle ne Ta pas 
bien comprise. 

Interrogée si, ces deux derniers jours , qu'elle entendit 
ses voix, il se produisit au même lieu quelque lumière , 
R. Que au nom de sa voix, la clarté se manifeste. 

Interrogée si avec, ses voix quelque autre chose lui ap- 
paraît, R, Je ne vous dirai pas tout. Je n'en ai pas licence. 
Mon serment ne touche point cela. Ma voix est bonne et 
digne. Je ne suis pas tenue de vous répondre là-dessus. 

Item elle demanda qu'on lui donnât par écrit ces points, 
sur lesquels elle ne répondait pas présentement. 

Il lui fut alors demandé si sa voix à qui elle demandait 
conseil avait la vue et des yeux, R. Vous n'aurez pas 
encore cela. Elle ajoute que le dicton des enfants est que 
quelquefois les gçns sont pendus pour dire la vérité. 

Interrogée si elle sait qu'elle est en la grâce de Dieu , 



(1) Texte latin : «Ego vobis hoc habeo dicere. » (Ms. iat. 8838, fol. 11 
verso. ) Traduction du seizième siècle : « Je ne vous ay à dire. » (Buchon.) 



février 24.] . 10 e . SEANCE. 47 

Jt. «Si je n'y suis pas, Dteu m'y mette, et si j'y suis, 
Dieu m'y tienne! Je serais la plus dolente de feut le 
monde, si je savais ne pas être en la grâce de Dieu. » Elle 
ajoute que si elle était en état de péché, elle croit que sa 
voix ne viendrait pas à elle , ,et (1) voudrait que tout le 
monde Fentendît, comme elle l'entend. Elle lient qu'elle 
avait environ treize ans lors de ses premières apparitions. 

Interrogée si dans sa jeunesse elle allait se divertir aux 
champs avec les autres jeunes filles, R. Qu'elle y est bien 
allée quelquefois, mais ne sait à quel âge. 

Interrogée si ceux de Donremy tenaient le parti des 
Bourguignons , ou le parti adverse , R. Qu'elle t n'y con- 
naissait qu'un seul bourguignon, auquel elle aurait 
voulu qu'on eût coupé la tète; toutefois» s'il eût plu à 
Dieu. 

Interrogée si à Marcey (2) ils étaient Bourguignons ou 
adversaires des Bourguignons, jR. Qu'ils étaient Bourgui- 
gnons. ' 

Interrogée si sa voix lui a dit, quand elle était jeune , 
de haïr les Bourguignons, R. Que, depuis qu'elle eut en- 
tendu que ses voix étaient pour le ; roi de France , elle 
n'aima plus les Bourguignons. 

Item elle dit que les Bourguignons auront la guerre , 
s'ils ne font ce qu'ils doivent et qu'elle le sait par cette 
voix. 

Interrogée si dans sa jeunesse elle eut révélation t par 
sa voix, que les Anglais viendraient en France, R. Que 
les Anglais y étaient déjà, lorsqu'elle eût ses premières 
révélations. 

Interrogée si parfois elle fut avec les jeunes enfants qui 



(1) Elle Jeanne voudrait. 

(2) Aujourd'hui Maxey-sur-Meuse, près Donremy. 



48 10 e sjèaKcë. [i43i 

se battaient pour le parti qu'elle tenait , R. Qu'elle n'en 
a pas souvenir; mais elle a bien vu ceux de Donremy qui 
se battaient avec ceux de Marcey revenir bieo blessés et 
meurtris. 

Interrogée si dans sa jeunesse elle a eu un grand zèle 
à poursuivre les Bourguignons, R. Qu'elle avait grand 
zèle et affection à ce que son roi recouvrât son royaume. 

Interrogée si elle aurait bien voulu être un homme , 
quand elle devait venir en France, R. Qu'elle a déjà ré- 
pondu là-dessus. 

Interrogée si elle ne conduisait pas les animaux aux 
champs, dit qu'elle a déjà répondu là-dessus. 

Item que depuis qu'elle fut un peu grande , et qu'elle 
eut discrétion, elle ne gardait pas communément les 
bètes, mais qu'elle aidait bien à les mener au pré, ainsi 
qu'à un château nommé L'Ile, par crainte des gens d'ar- 
mes; quant à son jeune âge, elle ne se rappelle pas si elle 
les gardait ou non. ( Voy. ci-dessus p. 36, note 1.) 
. < Elle fut aussi interrogée au sujet de certain arbre qui 
existait près de son village. R. Qu'il y a assez près de Don- 
remy un arbre, appelé l'arbre des dames ou des fées (1); 
près de là est une fontaine; elle a entendu dire que les 
malades de la fièvre boivent de cette fontaine et qu'ils 
y vont chercher de l'eau pour se guérir. Etcela, elleTa vu; 
mais elle ignore s'ils guérissent ou non. Elle a entendu 
dire que les malades , une fois relevés, vont à cet arbre 
pour se divertir. Il y a un grand arbre appelé Le Fou(2) , 
d'où vient le mai (3), qui appartenait, d'après le commun 



(1) Gallicè (en français du XV e siècle) : « des faées. » 

(2) Ou le Fau; en latin : fagus, hêtre. 

(3) « Gallicè le beau may ; » l'arbre ou le rameau vert qu'on plantait au 
1 er mai devant les maisons. La fameuse Alison du mai, Lorraine et contem • 
poraine de Jeanne , paraît avoir tiré de là son nom. Voy. Biographie Didot, 
au mot Mai ( Alison du). 



février 24.] 10 e SÉANCE. 49 

dire, à monseigneur Pierre de Bourlemont, chevalier. 

Item, dit que parfois elle y allait se divertir avec d'autres 
filles et qu'elle faisait à l'arbre des guirlandes pour l'i- 
mage de N.-D. de Donremy. Elle a entendu dire par. des 
anciens, et non par ceux de sa génération (1), que les 
dames fées le hantaient (2). Elle a entendu aussi dire à 
une femme nommée Jeanne, mariée au maire (3) Aubery 
de son village , sa marraine, qu'elle y avait vu ces dames 
fées; mais elle, qui parle, ignore si cela était vrai ou non. 
Elle dit n'avoir jamais vu lesdites fées près de cet arbre, 
qu'elle sache ; quant à en avoir vu ailleurs , elle ignore 
si elle en a vu ou non. 

Item dit qu'elle a vu mettre des guirlandes aux bran- 
ches de l'arbre par les jeunes filles , et que parfois elle y 
en a mis avec ses compagnes. Tantôt, après les y avoir po- 
sées, elles les emportaient, et tantôt les y laissaient. 

Item dit que, quand elle sut qu'elle devait venir en 
France, elle prit peu de part à ces jeux et divertissements, 
le moins qu'elle put. Elle ignore si , depuis l'âge de dis- 
crétion, elle a dansé autour de cet arbre; mais autrefois 
elle a bien pu y danser avec les autres enfants ; et elle y a 
plus chanté que dansé. 

llem dit qu'il y a aussi un arbre qu'on nomme le Bois- 
Chesnu que l'on voit de sa porte paternelle, à moins d'une 
demi-lieue. Elle ignore et n'a pas entendu dire que ces 
dames fées hantent le Bois-Chesnu. Mais elle a entendu 
dire à son frère que, dans le pays, on disait qu'elle, 
Jeanne , avait pris son fait (4) auprès de l'arbre des dames 

(1) Progenie ; le traducteur du seizième siècle a traduit , et peut être avec 
raison, lignage. 

(2) Illuc conversabanlur. 

(3) Ce titre de maire, emprunté probablement & des fonctions d'adminis- 
tration privée, ne nous parait pas être celui d'un magistrat municipal. 

(4) Co^.çu son dessein. 

JEASKE DAHC. * 



60 îf B SÉANCE. [ [l43! 

fées. Maïs elle le démentit (1) et lui dit le contraire 
Item dit que, quand die vint vers son roi, quelques-uns 
lui demandaient si dans son pays il y avait quelque 
arbre qui s'appelât en français le Boi$*Chesnu f parce qu'il 
y avait des prophéties disant que vers ce bois devenait 
venir une pucelle qui ferait des merveilles. Mais elle dit 
qu'elle, Jeanne, n'a jamais mis sa foi en cela. 

Interrogée si elle voudrait recevoir l'habit de fera me, 
R. Donnez m'en un ; je le prendrai et m'en irai ; autre- 
ment, non. Je me contente de celui que j'ai , puisqu'il 
plaît à Dieu que je le porte. 
Séance levée et prorogée au mardi suivant. 

1431. Févr. 27. 11 e séance. — 4 e «éance dea déliai»* 



Chambre de parement. Présents : 

P. Cauchon. 

G., abbé de Fécamp. 

P., p. de Longue ville. 



J. Beaupère, 
J. de Touraine, 
N. Midi, 
P. Maurice, 
G. Feuillet, 
J. de Nibat, 
J. Guesdon, 
M. du Quesnoy, 
J. Lefèvre, 
G. Boucher, 
P. Houdenc, 
J. de Castillon, 



\ 



docteurs en théologie. 



(f) Dicitquod non feccrat. 



11 e SEANCE.; 



février 27.] 

E. Emengart, 

J. du Fou, 

D. de Sabeuvras, 

N. Le Mire, 

J. Carpentier, 

N. abbé de Jumièges, 

G. » de Ste-Catherine, 

G. » de Cormeilles, 

J. Guérin, 

R. Roussel , docteur in utroque 

G. Haiton, 

N. Couppequesne, 

G. de Baudribois , 

R. de Grouchet, 

P. de Minier, 

Th. de Courcelîes, 

J. Lemaltre, 

i. le Vaûtier, 

L'abbé de Préaux, 

G. des Jardins , docteur err médecine 



«1- 



> docteurs eh théologie. 



docteurs en droit canon. 



^bacheliers en théologie. 



R. Barbier, 

D. Gastinel > ; « 

J. Ledouc, 

N. de Venderès* 

J. Pinchon, 

J. Basset , 

A. Morel, ; 

J. du Chemin , 

J. de la Fontaine, 

J. Colombel, 

J. Brullot, 

R. Auguy, 

J. A. TÉpée, 

G. du Crotoy, 



\ 



licenciés en droit canon. 



| licenciés en droit civil. 



1 



52 ii e SEANCE. [l43t 

Gilles des Champs/ 

' _ / licenciés en droit civil. 

P. Carrel, 

N. Maulin , 

N. Lôiseleur, et R.- Morel, chanoines de Rouen. 

Nous avons d'abord requis ladite Jeanne de j urer qu'elle 
dirait la vérité en ce qui touche le procès. A quoi elle 
répondit que volontiers elle jurerait de dire la vérité de 
ce qui touche au procès, mais non de tout ce qu'elle sau- 
rait. 

Item l'avons requise de jurer qu'elle dirait la vérité 
sur tout ce qui lui serait demandé, R. Vous devez vous 
contenter : j'ai assez juré. 

Alors J. Beaupère l'a interrogée comme ci-dessus. Et 
d'abord il lui demanda comment elle s'était tenue (1) de- 
puis le samedi précédent. 

R. « Vous voyez bien comme je suis; je me suis tenue 
le mieux que j'ai pu. » . 

Interrogée si elle jeûnerait chaque jour du carême, 
R. En demandant : Est-ce que cela est de votre procès? Et 
comme on lui dit que oui, elle répondit : « Oui vraiment; 
eh bien, j'ai chaque jour jeûné ce carême. » 

Interrogée si depuis samedi elle a entendu sa voix, 
R. Oui, vraiment, plusieurs fois. 

Interrogée si samedi, à l'audience, elle l'avait entendue, 
R. « Ceci n'est pas de votre procès. » Elle a dit, depuis', 
qu'elle l'avait entendue . 

Interrogée sur ce que la voix, ce samedi , lui avait dit, 
R. « Je ne l'entendais pas bien , ni rien que je pusse vous 
répéter, jusqu'à mon retour dans ma chambre. 
* Interrogée sur ce que sa voix lui dit après son retour, 

■ ■ ■ ■ ■"" ■ ■ ■ — n i i i ■ ■ i m ■ 

(1) Se habuisset. 



février 27.] II e SÉANCE. 53 

R. « Elle m'a dit de vous répondre hardiment. » Et dit 
qu'elle demandait conseil à cette voix sur les questions 
qu'on lui faisait. Dit outre qu'elle dirait volontiers ce que 
Dieu lui permettrait de révéler ; mais en ce qui touche 
les révélations relatives au roi de France , elle ne les dira 
pas sans la permission de sa voix. 

Interrogée si sa voix lui a défendu de tout dire, 
R. Qu'elle ne l'a pas bien entendu. 

Interrogée sur ce que sa voix lui a dit en demie* lieu, 
JI. Qu'elle lui a demandé conseil relativement à quelques 
points sur lesquels elle avait été interrogée. 

Interrogée si sa voix l'avait conseillée sur ces points , 
R. Que, sur quelques points, elle a eu conseil et que sur 
quelques autres il pourrait lui être demandé des réponses 
qu'elle ne pourrait faire saus autorisation de sa voix. Que 
si elle répondait sans cette autorisation , peut être n'au- 
rait-elle pas ses voix en garant; mais lorsqu'elle aura l'au- 
torisation divine, elle ne craindra pas d^ répondre, parce 
qu'elle aura bon garant. 

Interrogée si c'était la voix d'un ange qui lui parlait , 
ou la voix d'un saint , ou d'une sainte , ou celle de Dieu 
directement, ff.Que cette voix était celle de sainte Catherine 
et de sainte Marguerite, a Et leurs figures sont couronnées 
de belles couronnes très-riches et très-précieuses. » Et de 
ce, dit-elle, j'ai licence deNotre-Seigneur. a Que si vous en 
doutez, envoyez à Poitiers, où j'ai autrefois été interro- 
gée. » 

Interrogée comment elle sait que ce sont ces deux 
saintes et si elle distingue bien l'une de l'autre, R. Qu'elle 
sait bien que ce sont elles, et qu'elle distingue bien l'une 
de l'autre. 

Interrogée comment elle les distingue , R. Par la salu- 
tation qu'elles lui font. Dit en outre qu'il y a bien sept 
ans de passés depuis que ces voix ont pris à la gouver- 



1 



54 llf SÉANCE. [1431 

ner, et qu'elle les reconnaît à ce signe : qu'elles se nom- 
ment à elle. 

Interrogée si cesdites saintes sont vêtues de même 
étoffe, jR. Je ne vous en dirai pas davantage à cette heure , 
et je n'ai pas autorisation de révéler. Si vous ne mè croyez 
pas, allez à Poitiers. Dit en outre que ces révélations re- 
gardent le roi de France et non ceux qui l'interrogent. 

Interrogée si elles sont du même âge, R. Qu'elle n'est 
pas autorisée à le dire. 

Interrogée si ces saintes parlent à la fois, ou Tune après 
l'autre, R. Je n'ai pas autorisation de le dire. Cependant 
j'ai toujours eu conseil de toutes deux. 

Interrogée laquelle des deux lui apparut la première , 
R. Je ne les ai pas distinguées de sitôt. Autrefois je les 
ai d'abord bien reconnues , puis j'ai oublié leur figure 
individuelle; si j'y suis autorisée , je vous le dirai volon- 
tiers : cela d'ailleurs est inscrit au registre à Poitiers (i). 

Item dit qu'elle a été réconfortée par saint Michel. 

Interrogée laquelle de ses apparitions vint à elle la pre- 
mière, R. Que c'est saint Michel. 

Interrogée s'il y a longtemps qu'elle a eu la voir de saint 
Michel , R. Je ne vous nomme pas la voix de saint Michel ; 
mais je vous parle du grand réconfort que f ai reçu de lui. 

Interrogée quelle fut la première voix qui vint à elle 
quand elle avait treize ans ou environ, jR. Que ce fut 
saint Michel qu'elle vit devant ses yeux et qu'il n'était pas 
seul, mais bien accompagné d'anges du ciel. Elle dit aussi 
n'être venue en France que dû commandement de Dieu. 

Interrogée si elle vit saint Michel et les anges corpo- 
rellement et réellement, R. Je les ai vus de mes yeux cor- 



(1) Ce registre ou procès verbal de l'enquête faite à Poitiers paraît avoir 
été anéanti volontairement, dès l'époque à laquelle se réfère cet interroga- 
toire, c'est-à-dire lors du procès de Rouen . 



février 27.] Ji e SÉANCE. 55 

porels aussi bien que je vous vois, et lorsqu'ils s'éloi- 
gnaient de mai , je pleurais, et j'aurais bien voulu qu'ils 
m'emportassent avec eux. 

Interrogée dans quelle forme ou figure était saint Mi- 
chel, R. Je ne vous ai pas encore répondu là-dessus et 
n'ai pas encore l'autorisation de répondre. 

Interrogée sur ce que lui dit cette première fois saint 
Michel, Jfc. Vous n'aurez pas encore aujourd'hui cette ré- 
ponse. 

Item dit que ses voix lui avaient dit qu'elle répondit 
hardiment. 

Item dit qu'elle avait confié en une fois au roi , parce 
qu'elle allait à lui, tout ce qui lui avait été. révélé. Elle 
ajoute que toutefois, actuellement, elle n'a pas encore 
l'autorisation de révéler ce que saint Michel lui a dit. Dit 
en outre qu'elle voudrait bien que son interrogateur eût 
copie 4e ce livre qui est à Poitiers, pourvu qu'il plût à Dieu. 
Interrogée si ces voix lui dirent qu'elle ne divulgue pas 
ses révélations sans leur congé, R. Je ne vous en répon- 
drai point non plus ; et de ce que je serai autorisée à ré- 
véler, j'en répondrai volontiers. Que si mes voix me l'ont 
défendu, je ne m'en suis pas bien rendu compte. 

Interrogée quel signe elle donne que sa révélation vient 
de Dieu et que ce sont bien sainte Catherine et sainte 
Marguerite qui lui parlent, R. Je vous ai assez dit que ce 
sont elles , et croyez-moi si vous voulez. 

Interrogée s'il lui est défendu de le dire , R. Je n'ai pas 
encore bien entendu si cela m'est permis ou non. 

Interrogée comment elle sait faire la distinction, dans 
ses réponses, touchant certains points par rapport à, 
d'autres, R. Que sur certains points elle a demandé l'au- 
torisation et qu'elle l'a sur d'autres. Dit aussi qu'elle au- 
rait mieux aimé être écartelée que de venir en France 
sans le congé de Dieu. 



56 H? SÉANCE. [1431 

Interrogées! Dieu lui a prescrit de s'habiller en homme,» 
R. Que l'habit est peu de chose et des moindres; qu'elle 
n'a pris cet habit par le conseil d'aucun homme qui soit 
au monde; qu'elle n'a pris cet habit ni fait quoi que ce 
soit, si ce n'est du commandement de Dieu et des anges. 

Interrogée si elle pense que ce commandement à elle 
fait de s'habiller en homme soit licite, R. Tout ce que j'ai 
fait est par le commandement de Dieu, et s'il m'ordonnait 
d'en prendre un autre, je le prendrais, puisque ce serait 
par le commandement de Dieu. 

Interrogée si elle a pris cet habit par ordre de Robert 
de Baudricourt (1) , R. Que non. 

Interrogée si elle croit avoir bien fait de prendre l'habit 
d'homme, R. Qu'en tout ce qu'elle a fait par commande- 
ment de Dieu , elle croit avoir bien fait , et qu'elle en 
attend bon garant et bon secours. 

Interrogée si, dans ce cas particulier, en prenant l'habit 
d'homme, elle croit avoir bien fait, R. Que rien au monde 
de ce qu'elle a fait n'a été que du commandement de Dieu. 

Interrogée, quand elle vit la voix qui venait à elle , s'il 
y avait de la lumière, R. Qu'il y avait beaucoup de lu- 
mière de toute part et que cela devait bien être ainsi. 
Elle dit aussi à l'interrogateur que toute la lumière ne 
venait pas à elle. 

Interrogée s'il y avait un ange sur la tête de son roi , 
lorsqu'elle le vit pour la première fois, R. Par Notre- 
Dame! s'il y était, je n'en sais rien; je ne l'ai pas vu. 

Interrogée s'il y avait de la lumière, R. Il y avait plus 
de trois cents hommes d'armes et cinquante flambeaux 
ou torches , sans compter la lumière spirituelle , et j'ai ra- 
rement des révélations qu'il n'y ait de la lumière. 



(1) Capitaine de Vaucouleurs. 



février 27.] 11* SÉANCE. 57 

Interrogée comment son roi a cru à ses dires, R. Qu'il 
avait bonnes enseignes, et par le clergé (1). 

Interrogée quelles révélations son roi a eues, R. Vous 
ne les aurez pas de moi cette année. 

Item dit que, pendant trois semaines, elle fut interrogée 
par le clergé à Chinon et à Poitiers , et que son roi eut 
signe (ou preuve) de ses faits avant d'avoir créance en 
elle. Et les clercs de son parti furent d'avis que, dans son 
fait, il n'y avait rien que de bon. 

Interrogée si elle a été à Sainte-Catherine de Fierbois, 
R. Que oui et qu'elle y entendit trois messes en un jour, et 
qu'elle alla ensuite à la ville de Chinon. 

Item dit qu'elle envoya lettres au roi pour savoir si-elle 
entrerait dans la ville où il était ; qu'elle avait bien fait 
cent cinquante lieues pour venir vers lui, à son secours, 
et qu'elle savait beaucoup de bonnes choses pour lui. 
Il lui semble que dans ces lettres elle disait qu'elle le re- 
connaîtrait entre tous autres. 

Item dit qu'elle avait une épée qu'elle prit à Vaucou- 
leurs. 

Dit aussi, que durant qu'elle était à Tours ou à Chinon, 
elle envoya chercher une épée qui était dans l'église de 
Sainte-Catherine de Fierbois, derrière l'autel, et que cette 
épée fut trouvée aussitôt, toute rouillée. 

Interrogée comment elle savait que cette épée y était, 
B. Que cette épée était rouillée dans la terre, et qu'il y 
avait dessus cinq croix, et le sut par ses voix, ni oncques 
n'avait vu l'homme qui alla chercher cette épée. Elle 
écrivit seulement au clergé de Sainte-Catherine d'avoir 
pour agréable qu'elle eût cette épée, et les clercs la lui 



(1) Allusion aux expertises des clercs, ordonnées par le roi à Chinon et à 
Poitiers. 



58 11 e SÉANCE. [1431 

envoyèrent. Cette ëpée n'était pas profondément sous 
terre derrière l'autel, comme il lui semble. Cependant 
elle ne sait pas bien au juste si l'épée était devant l'autel 
ou derrière ; mais elle estime avoir écrit alors que l'épée 
était derrière. Dit aussi que aussitôt qu'ils eurent trouvé 
cette arme, les ecclésiastiques du lieu la frottèrent , et la 
rouille tomba, sans qu'il fût nécessaire de l'enlever de 
force (t). Ce fut un marchand d'armes de Tours qui Falla 
chercher. Les ecclésiastiques du lieu donnèrent à Jeanne 
une gaine. Ceux de Tours, avec eux, firent faire en même 
temps deux gaines, l'une de velours vermeil (2), et l'autre 
de drap d'or. Quant à elle, Jeanne , en fit faire encore*uné 
autre de cuir bien fort. Elle ajouta que lorsqu'elle fut 
prise, elle n'avait pas cette épée. Elle dit aussi qu'elle la 
porta constamment jusqu'à sa retraite de Sairit-Denis , 
après l'assaut de Paris. 

Interrogée quelle bénédiction elle fit ou fit faire sur 
cette épée, R. Qu'elle n'en fit, ni fit faire aucune, et 
qu'elle n'eût su eh faire. 

Item dit qu'elle aimait bien cette épée parce qu'elle 
aimait bien sainte Catherine, dans l'église dé laquelle on 
l'avait trouvée. 

Interrogée si elle fut à Coulange -la-Vineuse (3), R. 
Qu'elle ne sait. 

Interrogée si elle posa quelquefois son épée sur l'autel 
pour la rendre plus fortunée, R. Non, que je sache. 

Interrogée si elle fit jamais quelque déprécation pour 
que son épée fût mieux fortunée , R. Il est bon à savoir 
que j'aurais voulu voir tout mon harnois bien fortuné. 



(1) Sine violentia. 

(2) Velours rouge. 

(3) Lieu où Jeanne aurait brise répée de sainte Catherine, sur le dos d'une 
tille de joie. 



février 27.] 11 e SÉANCE. 59 

Interrogée si elle avait son épêe quand elle fut prise, 
R. Que non, mais qu'elle en avait une prise sur un Bour- 
guignon. 

Interrogée où demeura cette ^pée et dans quelle ville, 
/?. Qu'elle offrit à saint Denis une épée et ses armes; mais 
que ce ne fut pas la même épée. 

Item dit qu'elle avait cette même épée à Lagny, et de 
Lagny porta l'épée de ce Bourguignon à Compiègne. C'é- 
tait en effet, dit-elle, une bonne épée de guerre et propre 
à donner de bonnes buffes et de bons torchons. Quant à 
dire où elle a perdu [l'autre], cela ne touche pas au pro- 
cès, et elle nô répondra pas là- dessus, quanta présent. 

Dit outre que ses frères ont ses biens , chevaux, épée, etc. , 
à ce qu'elle croit, montant à plus de douze mille' écus. 

Interrogée si , en allant à Orléans, elle avait un éten- 
dard ou bannière, et de quelle couleur il était, R. Qu'elle 
avait une bannière dont le champ était semé de lis. Là 
était figuré le monde (1) et deux anges à ses côtés. Il était 
de toile ou boucassin blanc. Il y avait écrit dessus ces 
noms, comme il lui semble : Jésus Maria, et il était frangé 
de soie. 

Interrogée si ces noms : Jésus Maria, étaient écrits en 
haut, ou en bas, ou sur le côté, R. Sur le côté, comme 
il lui semble. 

Interrogée si elle préférait son étendard ou son épée, 
R. J'aimais quarante fois mieux la bannière que l'épée. 

Interrogée qui lui fit faire cette peinture sur sa ban- 
nière, R. Je vous ai assez dit que je n'ai rien fait que du 
commandement de Dieu. Dit aussi qu'elle portait elle- 
même sa bannière, lorsqu'elle marchait à l'attaque , pour 
éviter de tuer quelqu'un , et qu'elle n'a jamais tué un 
homme. 

{\y C'est-à-dire le Père éternel portant le monde. 



60 11 e SÉANCE. [1431 

- Interrogée quelle compagnie lui donna son roi lors- 
qu'il la mit en œuvre, R. Qu'il lui donna dix ou douze 
mille hommes, et que d'abord elle alla dans Orléans à la 
bastille Saint-Loup, puis à la bastille du Pont. 

Interrogée à quelle bastille ce fut qu'elle fit retirer ses 
hommes, R. Qu'elle ne s'en souvient pas. Dit aussi qu'elle 
était bien sûre de faire lever le siège d'Orléans, par la 
révélation qu'elle avait eue , et qu'elle l'avait dit à son roi 
avant que d'y venir. 

Interrogée si , lorsque l'assaut dut avoir lieu , elle ne 
dit pas à ses gens qu'elle recevrait des flèches , vire- 
tons et pierres des machines ou canons, R. Que non ; il y 
eut plus de cent blessés; mais elle dit bien à ses gens 
qu'ils n'eussent point de crainte et qu'ils lèveraient le 
siège. 

Dit outre que, dans un assaut contre la bastille du Pont, 
elle fut blessée d'une flèche ou vireton au cou ; mais qu'elle 
eut grand réconfort de sainte Catherine et fut guérie en 
quinze jours; mais elle ne cessa pas de chevaucher et 
d'agir. 

Interrogée si elle savait qu'elle serait blessée, R. Qu'elle 
le savait bien et qu'elle l'avait dit à son roi, mais .que, 
nonobstant ce, elle ne laisserait pas d'opérer. Et cela lui fut 
révélé par les voix des deux saintes, c'est-à-dire sainte 
Catherine et sainte Marguerite. Elle ajoute que ce fut elle 
qui la première posa une échelle en haut, à ladite bas- 
tille du Pont , et en levant ladite échelle elle fut blessée, 
comme il a été dit, au cou, d'un vireton. 

Interrogée pourquoi elle n'accepta pas de traité avec 
le capitaine de Gergeau, il. Que les seigneurs de son parti 
répondirent aux Anglais qu'ils n'auraient pas le terme 
de quinze jours, qu'ils demandaient, mais qu'ils se reti- 
rassent eux et leurs chevaux, sur l'heure. Dit aussi que, 
quant à elle, elle dit que ceux de Gergeau se retirassent 



mars 



.] 12 e SÉANCE. 61 

avec leurs gippons et huques (1), la vie sauve, s'ils vou- 
laient ; autrement qu'ils seraient pris d'assaut. 

Interrogée si elle eut alors conseil avec ses voix sur ce 
délai, R. Qu'elle ne s'en souvient pas. 

L'audience est levée, et remise au jeudi suivant. 



4431. Mars, 1. 12 e séance. — 5 e «éancc de» débat». 



Chambre de parement. Présents : 

P. Cauchon. 

Gilles, abbé de Fécamp. 

Pierre, prieur de Longueville-Giffard. 

J. de Cbàtillon, 

E. Ermengard, \ 

J. Beaupère, 

J. de Touraine, 

N. Midi, 

D. de Sabeuvras, 

P. Maurice, 

G. Feuillet, 

M. "du Quesnoy, 

G. Boucher, 

P. Hoûdenc, 

J. de Nibat, 

J. Lefèvre, 

J. Guesdon, 

N. abbé de Jumièges, 

G. id. de Sainte-Catherine, 

G. id. de Corrneilles, 

J. Guéri n, 



\ docteurs en théologie. 



docteurs in ulroque. 



(1) C'est-à-dire avec leurs habits, mais sans armes ni armures. Le gippon 
était le justaucorps (aujourd'hui gilet ), et la nuque, un petit habit court et 
juponné tout autour de la ceinture. 



a* 



12 e SÉANCE. 



[ï43f: 



R. Roussel, 

Les abbés de St-Ouen, 
et de Préau, 
Le prieur de St-Lô, 
G. Heton , 
N. Coupequène, 
Th. de Courcelles, 
G. de Baudrebois, 
J. Pigache, 
R. Sauvage, 
R. de Grouchet, 
P. Minier, 

J. Lemaître, I 

J. Le Yautier, J 

N. de Venderès, \ 

J- Bruliot, 
J. Pinchon, 
J. Basset, 
J. de la Fontaine, 
R. Auguy, 
J. Colombel, 
R. de Saux, 
A. Morel, 
Jean du Chemin, 
L. Dubut, 
P. Maréchal, 
D. Gastinel, 
J. Ledoux, 
R. Barbier, 
A. Marguerie, 
Jean Alépée, 
Gilles des Champs, 
G. du Crotoy, 
P. Cave, 
N. Maulin, 



> bacheliers en théologie. 



licenciés en droit canon. 



licenciés in utroque. 



licenciés en droit civil. 



mars t.] 12 e «séance; 63 

R. Morel et'Niç. Loiseleur, chanoines de Rouen, 

Requise de prêter serment. Môme colloque qu'à la' 
séance du 24 février, voy. ci-dessus, p. 42. Elle jura enfin 
sur les saints Évangiles. Puis elle dit : «De ce que je sais 
touchant ce procès, je vous dirai volontiers la vérité. Je 
vous en dirai autant que si j'étais devant le pape de 
Rome (1). » 

Interrogée sur ce qu'elle dit touchant N. S. le pape, et 
sur ce point : à savoir lequel elle croit être le vrai pape , 
elle répond en demandant s'il y en a deux. 

Interrogée si elle ne reçut pas des lettres du comte 
d'Armagnac pour savoir auquel des trois souverains pon- 
tifes (2) il devait obéir, Jl. Que ce comte lui a en effet 
écrit à ce sujet ; elle lui a répondu entre autres choses que, 
lorsqu'elle serait à Paris ou ailleurs, en repos, qu'elle lui 
en écrirait. Elle allait monter à cheval lorsqu'elle donna 
cette réponse. 

Interrogée si les lettres du comte et de Jeanne, que nous 
fîmes lire à l'audience, contenaient bien sa réponse, 
R. Qu'elle peut être l'auteur de cette réponse en partie , 
mais non pour le tout. 

Interrogée si elle a dit savoir par le conseil du Roi des 
rois ce que ledit comte devait faire en cette circonstance, 
R. Qu'elle n'en sait rien. 

Interrogée si elle faisait doute à qui le comte devait 
obéir, Jl. Qu'elle ne savait quoi lui mander sur cette obé- 
dience ; car le comte demandait à savoir à qui Dieu vou- 



(1) Cette allusion à l'autorité du pape mérite d'être remarquée. Voy.' His- 
toire de Charles Vil, t. II, p. 221. 

(2) Allusion au schisme pontifical. Indépendamment du pape de Rome, deux 
autres compétiteurs, ou antipapes, avaient été respectivement élus par des 
prélats dissidents , et ces trois élus sa partageaient l'obédience de la chré- 
tienté. 



} 



64 12 e SÉANCE. [l43t 

lait qu'il obéit. Hais quant à ellç, Jeanne, elle tient et croit 
. que nous devons obéir à N. S. le pape qui est à Rome. 

Dit aussi qu'elle dit au messager du comte autre chose 
que ce qui est contenu dans cette copie des lettres; et que 
si ce messager ne s'était pas retiré au plus tôt, il aurait 
été jeté à l'eau ; non toutefois par la volonté de Jeanne. 

Item dit que quant à la question d'obédience, elle ré- 
pondit qu'elle ne savait pas; mais elle lui manda plu- 
sieurs choses qui ne furent point couchées par écrit. 
Quant à elle, elle croit au pape qui est à Rome. 

Interrogée pourquoi elle écrivait qu'elle répondrait 
ailleurs, puisqu'elle croyait à celui de Rome, R. Que sa 
réponse avait trait* à autre chose qu'au fait des.trois pon- 
tifes. 

Interrogée si elle avait dit que sur le fait des trois pon- 
tifes, elle aurait conseil, R. Qu'elle n'a jamais écrit ni fait 
écrire sur le fait des trois pontifes. 

Interrogée si elle a coutume de mettre dans ses lettres 
les noms Jhésus Maria , avec une croix, R. Que tantôt elle 
le faisait, et tantôt non. Quelquefois elle mettait une croix, 
afin que son correspondant ne fit pas ce qu'elle lui écri- 
vait, 

La teneur des lettres que Jeanne et le comte s'écrivirent 
l'un à l'autre est insérée ci-dessous parmi les articles du 
promoteur. 

Il est ensuite donné, à Jeanne, lecture des lettres 
qu'elle a adressées au roi notre seigneur, au duc de Bed- 
ford et autres. 

La teneur de ces lettres est insérée ci-dessous parmi les 
articles du promoteur. 

Interrogée ensuite si elle reconnaissait ces lettres, elle 
répond que oui , excepté ces mots rendez à la pucelle, 
où il faut rendez au roi; excepté aussi qu'il y est dit chef 
de guerre, et 3° qu'on y met corps pour corps; ces exprès- 



mars 1.] 12 e SÉANCE. 65 

sions n'étaient pas dans les lettres qu'elle a envoyées (1). 
Dit en outre que jamais aucun seigneur de France ne dicta 
les lettres qu'elle fit écrire; mais qu'elle les dicta elle- 
même avant de les envoyer. Ces lettres toutefois furent 
montrées à quelques-uns de son parti. 

Item dit que avant qu'il soit sept. ans les Anglais per- 
dront un plus grand gage qu'ils ne firent devant Orléans, 
et qu'ils perdraient tout en France; et cela par la grande 
victoire que Dieu enverra aux Français. 
- Interrogée comment elle le sait , R. Je le sais bien par 
révélation : cela arrivera avant sept ans, et je serais bien 
marrie que cela fût seulement différé. Dit aussi quelle sait 
cela par révélation , aussi sûrement qu'elle sait que nous 
sommes présentementldevant elle. 

Interrogée quand cela arrivera,- JR. Qu'elle ne sait le 
jour ni l'heure. 

Interrogée quelle année , R. Vous ne l'aurez pas en- 
core; mais je voudrais bien que ce fût avant la Saint-Jean 
(24 juin). 

Interrogée si elle a dit que d'ici à la Saint-Martin d'hi- 
ver (11 novembre) cela arrivera, R. J'ai dit qu'avant la 
Saint-Martin on verra beaucoup de choses, peut-être 
sera-ce que les Anglais seront couchés à terre. 

Interrogée sur ce qu'elle dit à John Grey ou Jean Gris , 
son garde, touchant cette fête de Saint-Martin, JR. Je vous 
l'ai dit. 

Interrogée par qui elle sait l'avenir, R. Par sainte Ca- 
therine et sainte Marguerite. 

Interrogée si saint Gabriel accompagnait saint Michel, 
lorsqu'il vint à elle, jR. Qu'elle ne s'en souvient pas. 
Interrogée si depuis mardi dernier elle a parlé à 



(i)Voy. ci-dessus, p. 39, note 1. 

JEANNE DARG. 



66 12 e SÉANCE. [1431 

sainte Catherine et sainte Marguerite, R. Que oui, mais 
ne sait l'heure. D. Quel jour ? R. Hier et aujourd'hui ; il 
n'y a de jour qu'elle ne les entende; 

Interrogée si elle les a toujours vues dans le même 
costume, R. Qu'elles ont toujours la même apparence et 
qu'elles sont couronnées très-richement. 

De leurs autres vêtements , elle n'en parle pas. 

Item dit qu'elle ne sait rien de leurs robes. 

Interrogée comment elle sait que l'apparition est homme 
ou femme-, jR. Qu'elle le sait bien et le reconnaît à leur 
voix et qu'elles le lui ont révélé- Elle ne sait rien qui ne 
soit par révélation et commandement de Dieu. 

Interrogée quelle figure elle y voit, jR. Qu'elle voit la 
face. 

D. Ont-elles des cheveux? R\ Il est bon à savoir qu'elles 
en ont. 

Interrogée si ces cheveux sont longs et pendants , R. Je 
n'en sais rien. Dit aussi qu'elle ne sait s'il y a des bras 
ou d'autres membres figurés. 

Item dit qu'elles parlent en bon et beau langage et 
qu'elle les entendait parfaitement. 

Interrogée comment elles parlaient puisqu'elles n'a- 
vaient pas de membres , jR. Je m'en rapporte à Dieu. 

Item dit que cette voix est belle , douce et humble et 
qu'elle parle la langue française. 

Interrogée si sainte Marguerite parle anglais, R. Com- 
ment parlerait : elle anglais, puisqu'elle n'es tpas du parti 
des Anglais ? 

Interrogée si, sur leurs têtes ainsi couronnées, lesdites 
saintes ou figures portaient des anneaux aux oreilles ou 
ailleurs, R. Je n'en sais rien. 

Interrogée si elle-même avait des anneaux , R. (Parlant 
à moi évèque, P. Cauchon ) : Vous en avez un qui vient de 
moi, rendez-le-moi. 



mars i.J 12 e SÉAHCE. 67 

Item dit que les Bourguignons ont entre les mains un 
autre anneau (1) . Et elle demanda que si nous avions ledit 
anneau nous le lui montrassions. 

Interrogée qui lui donna l'anneau qu'ont les Bourgui- 
gnons^ R. Que c'est son père ou sa mère, et qu'il y 
avait écrit ces noms : Jhesus Maria. Elle ne sçait qui fit 
faire ces inscriptions ; il n'y avait pas de pierre , ce lui 
semble; et cet anneau lui fut donné à Donrémi. 

Item dit que son frère lui avait donné l'autre anneau 
que nous avions , et qu'il nous chargeait de le donner à 
l'église. 

Item dit qu'elle ne guérit jamais aucune personne en 
la touchant de l'un de ses anneaux. 

Interrogée si saintes Catherine et Marguerite lui ont 
parlé sous l'arbre dont il a été fait mention ci-dessus, 
jR. Je ne sais rien (2). 

Interrogée si elles lui ont parlé à la Fontaine proche 
cet arbre, jR. Que oui et qu'elle les a entendues là, mais 
pour ce qu'elles lui ont dit , elle ne sait. 

Interrogée quelles promesses lui firent les saintes , là 
ou ailleurs , R. Qu'elles ne lui firent aucune promesse, si 
ce n'est par le congé ou autorisation de Dieu. 

Interrogée quelles promesses elles lui avaient faites, 
R. Cela n'est pas du tout de votre procès. Et (3) entre au- 
tres choses elles lui dirent que son roi serait restauré ; que 
ses adversaires le voulussent ou non. Elle dit aussi qu'elles 
lui promirent de la conduire en paradis et qu'elle le leur 
avait demandé. 
Interrogée si elles lui avaient promis autre chose, 



(1) Qui probablement lui avait été également enlevé. 

(2) Cette formule parait être celle que Jeanne avait adoptée pour répondre 
aux questions qui lui semblaient être des pièges que lui tendaient les juges. 

(3) Ce qui suit parait être un complément de réponse extorqué par les juges. 

5. 



1 



68 12 e SÉANCE. " [1431 

R. Que oui, mais qu'elle ne dira pas quoi, et que cela ne 
touche pas au procès. Et dit qu'elle le dira dans trois 
mois(l). 

Interrogée si ses voix lui dirent qu'avant trois mois elle 
sera délivrée de prison , R. Cela n'est pas de votre procès; 
cependant j'ignore quand je serai délivrée. Elle ajouta 
que ceux qui voudraient l'ôter de ce monde pourraient 
bien s'en aller devant. 

Interrogée si son conseil lui a dit qu'elle serait délivrée 
de sa prison actuelle, R. Reparlez-m'en dans trois mois, 
je vous répondrai. Elle dit de plus : Demandez aux assis- 
tants, sur leur serment , si cela touche à mon procès! 

Là- dessus il y eut délibération des assistants : ceux-ci 
conclurent que cela était du procès. Alors elle répondit : Je 
vous ai toujours bien dit que vous ne sauriez pas tout. Il 
faudra bien un jour que je le sois (délivrée) ! Mais je veux 
être autorisée, pour vous le dire. C'est pourquoi je vous 
demande délai. 

Interrogée si ses voix lui ont défendu de dire la vérité, 
R. Voulez- vous que je vous dise ce qui concerne le roi de 
France? Il y a beaucoup de choses qui ne sont pas du 
procès. Elle dit encore qu'elle sait bien que son roi gagnera 
le royaume de France ; et cela elle le sait aussi bien qu'elle 
sait que nous sommes là en jugement. Elle ajoute qu'elle 
serait morte , si ce n'eût été la révélation qui la récon- 
forte chaque jour. 



(1) Jeanne ici faisait sans doute allusion aux secours militaires qu'elle es- 
pérait, et aux succès que les Français devaient , dans sa conviction, remporter 
en reprenant l'offensive. — La guerre de Charles VII était une véritable 
guerre de partisans L'essor individuel y prenait une très-grande part. Jeanne 
Darc comptait un certain nombre de capitaines résolus parmi ses alliés. 
Indépendamment de la Justice; éternelle et de la raison d'État, elle avait sans 
doute des intelligences particulières, sur lesquelles elle se fiait. 



mars i.] 12 e SÉANCE 69 

Interrogée ce qu'elle fit de sa mandragore (1), R. Qu'elle 
n'a pas de mandragore , et n'en a jamais eu , mais qu'elle 
a entendu dire qu'il y en a une près de son village et 
qu'elle ne l'a jamais vue. Elle dit aussi avoir ouï dire que 
c'était une chose périlleuse et mauvaise à garder; mais 
qu'elle ne sait pas à quoi cela sert. 

Interrogée où est cette mandragore, dont elle a entendu 
parler, R. Qu'elle a ouï dire qu'elle est en terre près de 
l'arbre ci-dessus mentionné , mais elle ne sait le lieu pré- 
cis. Elle a aussi entendu dire que sur cette mandragore 
s'élève un coudrier. 

Interrogée à quoi elle a entendu dire que sert cette 
mandragore, jR. A faire venir de l'argent; mais elle n'y 
croit aucunement, et dit que ses voix ne lui en ont jamais 
parlé. 

Interrogée quelle figure avait saint Michel lorsqu'il lui 
apparut, jR. Qu'elle ne lui a pas vu de couronne; et de 
ses vêtements , ne sait rien. 

Interrogée s'il avait ses cheveux, R. Pourquoi les lui 
aurait-on coupés? Elle dit aussi n'avoir pas vu saint Mi- 
chel depuis qu'elle a quitté le Crotoy (2) , et qu'elle ne le 
voit pas souvent. Elle dit enfin qu'elle ignore s'il a ses che- 
veux (3). 
Interrogée s'il avait sa balance (4), R. Je ne sais. 
Item dit qu'elle a grande joie à le voir, et il lui semble 
alors qu'elle n'est pas en péché mortel. 



' (1) Espèce de fétiche, formée le phis souvent d'une racine d'arbre, objet de 
superstition populaire, réprouvé par les prédicateurs. 

(2) Vers le 21 novembre précédent. 

(3) En 1430 la mode dès gentilshommes était de porter les cheveux courts 
et en sébille, comme les portait Jeanne elle-même. Tandis que les saints du 
ciel et les anges étaient, de tradition, figurés avec des cheveux longs. 

(4) Saint Michel , peseur d'âmes , était représenté avec une balance. 



70 12 e séance^ !" t [tisr 

Item que saintes Catherine et Marguerite la font de 
temps à autre confesser à tour de rôle. ~ 

Item que si elle est en péché mortel, elle ne le sait. 

Interrogée si en se confessant elle croit être en péché 
mortel, R. Qu'elle ne sait si elle y a été ( en péché mortel), 
et qu'elle ne croit pas en avoir fait les œuvres. Plaise à 
Dieu, ajoute-t-elle, que je n'y tombe jamais! A Dieu ne 
plaise que je fasse ou aie fait œuvres à la charge de mon 
âme! ' . \ 

Interrogée quel signe elle donna à son roi qu'elle vei- 
nait de la part de Dieu, R. Quant à ce, je vous ai toujours 
dit que vous ne me le tireriez jamais de la bouche... Allez 
lé lui (au roi) demander. 

Interrogée si elle a juré de ne pas révéler ce qu'on lui 
demanderait touchant ce procès, R. Je vous ai déjà dit 
que je ne vous dirais rien touchant ce qui regarde notre 
roi, et je ne vous en parlerai pas. 

Interrogée si elle ne sait pas le signe qu'elle a donné 
audit roi, R. Vous n'en saurez rien de moi. On lui observe 
que cela touche au procès, R. De ce que j'ai promis déte- 
nir bien secret? Je ne vous le dirai pas. Elle ajoute : a Le 
lieu où j'ai promis est tel que je ne puis révéler ces choses 
sans me parjurer. 

Interrogée à qui elle a promis, R. A saintes Catherine 
et Marguerite, et le signe fut montré au roi. 

Item qu'elle a fait cette promesse aux deux saintes, sans 
en être requise, mais de sa propre requête parce que trop 
de gens l'auraient importunée de la même question, si 
elle n'avait fait cette promesse aux saintes* 

Interrogée si le roi était seul quand elle lui montra ce 
signe, R. J'estime qu'il n'y avait nul autre que lui, quoique 
à peu de distance de lui il y eût beaucoup de monde. 

Interrogée si elle vit alors une couronne sur la tète de 
son roi, JR. Je ne puis vous le dire sans parjure. 



mars 3.] 13 e SÉANCE. 71 

Interrogée si son roi avait une couronne à Reims, R. Que 

suivant ce qu'elle estime, le roi prit volontiers celle qu'il 

trouva à Reims, maisune autre, bien riche, lui fut apportée 

plus tard. H agit ainsi pour faire hâte, à la requête des 

Rémois, qui voulaient s'épargner la charge des gens 

d'armes; s'il avait attendu, il en aurait eu une mille fois 

plus riche. 

Interrogée si elle vit cette couronne plus riche, jR. Je 

ne puis le dire sans parjure (1), et si jç ne l'ai pas vue je 

sais par ouï-dire qu'elle est riche et somptueuse à ce 

degré ( aussi belle que je l'ai dit ). 

Cela fait, nous avons terminé pour ce jour et nous avons 

assigné pour procéder ultérieurement samedi, huit heures 

du matin, requérant les assistants de s'y rendre. 

1431. Mars 3. 13 e séance. — 6 e séance des débats. 

Item^ samedi 3 mars suivant comparut ladite Jeanne 
devant nous, assisté des pères, seigneurs et maîtres : 

Gilles, abbé de la Ste-\ 
Trinité de Fécamp, 

Pierre, prieur de Lon 
gueville, 

Jean de Chàtillon, 

Erard Ermengart, 

Jean Reaupère, 

J. de Toùraine, 

N. Midi, 

Denis de Sabeuvras, 

N. Lami, 

G.Evrard, 

P. Maurice, 



docteurs en théologie ; 



(1) On sans mentir ? 



docteurs en théologie. 



docteurs en médecine; 



[bacheliers en théologie; 



72 13 e SÉANCE. [1431 

6. Feuillet, 
M. du Quesnoy, 
P. Houdenc, 
J. de Nibat, 
J. Guesdon, 

Guillaume, abbé de N. D. de Cormeilles, docteur en droit 
canon, 
Guillaume des Jardins, 
Gilles Quenivet, 
Rolland l'Écrivain, et 
Guill. de la Chambre, 
L'abbé de Saint- Georges, 
L'abbé de Préaux , 
Le prieur de Saint Lô , 
M. Coppequesne , 
Th. de Courcelles, 
Guillaume Lemaltre , 
G. de Baudribois , 
J. Pigache, 
Raoul Silvestre, 
R. de Grouchet, 
P. Minier, 

J. Ledoux, licencié en Fun et l'autre droit; 
Jean du Chemin , 
Jean Colombel , 
R. Auguy, 
Aubert Morel , 
Geoffroy du Crotay , J 

Bureau de Cormeilles , J licenciés en droit civil ; et 
Nicolas Maulin, ) 

Nicolas Loyseleur, chanoine de l'Église de Rouen. 

En leur présence , nous avons requis Jeanne de jurer 
qu'elle dirait simplement et absolument la vérité de ce 



bacheliers en théologie; 



licenciés en droit canon; 



jnars 3.] 13 e SÉANCE. 73 

qu'on lui demanderait. R. Ainsi que j'ai déjà fait, je suis 
prête à jurer. Et elle a juré en touchant les sacrosaints 
évangiles. 

Ensuite donc, comme elle avait dit que saint Michel était 
ailé y et comme elle ne s'était pas expliquée de même sur 
les corps et membres de sainte Catherine et de sainte 
Marguerite, il lui a été demandé ce qu'elle voulait dire 
là-dessus. R. Je vous ai dit ce que je sais; je ne vous ré- 
pondrai pas autre chose. Elle dit qu'elle a aussi bien vu ces 
trois saint et saintes, qu'elle sait de science certaine qu'ils 
sont du paradis. 

Interrogée si elle vit d'eux autre chose que la face, R. Je 
vous ai dit tout ce que fen sais ; mais pour ce qui est de vous 
dire tout ce que je sais, je préférerais que vous me fissiez 
couper le cou. Item que tout ce qu'elle saura touchant le 
procès , elle le dira volontiers. 

Interrogée si elle croit que SS. Michel et Gabriel aient 
des tètes naturelles , R. Je les ai vues de mes yeux, et 
je crois que ce sont eux aussi fermement qu'il y a un 
Dieu. 

Interrogée si elle croit que Dieu les a formés dans les 
mode et forme qu'elle les y a vus , R. Que oui. 

Interrogée si elle croit que Dieu, dans le principe, 
les a créés dans ces mode et forme , R. Vous n'en aurez 
autre chose pour le présent, outre ce que je vous ai ré- 
pondu. 

Interrogée si elle savait par révélation qu'elle s'échap- 
perait, R. Cela ne touche pas votre procès. 

Interrogée si ses voix lui en ont rien dit, R. Cela n'est 
pas de votre procès. Je me reporte au procès, et si tout 
vous regardait , je vous dirais tout. Elle ajoute que par 
sa foi elle ignore le jour et l'heure où elle s'échappera. 

Interrogée si ses voix lui en ont rien dit en général, 
jR. Oui, vraiment; elles m'ont dit que je serais délivrée, 



74 13 e .SÉANCE. |i43i 

mais ne sais le jour et l'heure , et que je fasse hardiment 
chère lie (bonne contenance ) (1). 

Interrogée si lorsqu'elle arriva près de son roi il lui de- 
manda si sa révélation lui avait mandé de changer de 
costume, R. Je vous en ai répondu, cependant je ne me 
souviens pas de cette question ; au surplus cela est en écrit 
à Poitiers. 

Interrogée si elle se rappelle que les maîtres qui l'exa- 
minèrent, dans l'autre parti , les uns un mois, les autres 
trois semaines, l'ont interrogée sur son changementd'ha- 
bit , R. Je ne me le rappelle pas, mais ils m'ont demandé 
où j'avais pris l'habit d'homme, et je leur ai dit que je l'a- 
vais pris à Vaucouleurs. 

Interrogée s'ils lui demandèrent si cela avait été par le 
conseil de ses voix , R. Je ne m'en souviens pas. 

Interrogée si sa reine (2) lui en parla, lors de sa pre- 
mière visite à cette princesse, R. Je ne m'en souviens pas. 

Interrogée si son roi , sa reine et autres de son parti 
ne l'ont pas requise de déposer l'habit d'homme , R. Cela 
n'est pas de votre procès. 

Interrogée si au château de Beaurevoir elle n'en fut pas 
requise, R. Oui vraiment, et j'ai répondu que je ne le 
déposerais pas sans la permission de Dieu. 

Ce qui suit est emprunté au texte original de la minute française. . 

Item dit que la damoiselle de-Luxambourg et la dame de 
Beaurevoir luy offrirent abit de femme ou drap à le. faire, et lui 
requirent qu'elle le portast, et elle répondi qu'elle n'en avoit pas le 
congié de Nostre Seigneur, et qu'il n'estoit pas encore temps. 

lnterroguée se messire Jehan de Pressy et autres, à Arras, lui of- 



. (1) Et quod audacter faciam laetum vultum. 
(2) Marie d'Anjou , femme de Charles VII. 



mars 3.] 13* séance. 75 

frirent point d'abit de femme , resporid : « Luy et plusieurs autres 
le m'ont plusieurs fois demandé: » 

; lnterroguée s'elle croist qu'elle eust délinqué ou faitpéchié mor- 
tel de prendre habit de femme : respond qu'elle fait mieulx d'obéir 
et servir son souverain seigneur, c'est assavoir Dieu. Item dit 
que s'elle le deust avoir fait, elle Feust plustost fait à la requeste de 
ces deux dames que-d'autres dames qui soient en France, exceptée 
sa royne. 

lnterroguée se, quant Dieu luy révéla qu'elle muast son abit, se 
-ce fust par la voix de saint Michel, de saincte Katherine ou saincte 
Marguerite, R. « Vous n'en aurés maintenant autre chose. » 

lnterroguée, quant sonroy la mit premier (1) en œuvre etclle-fret 
faire son estaindart , se les gens-d'armes et autres gens de guerre 
firent faire pennonceauix à la manière du sien, R. a II est bon à 
savoir que les seigneurs maintenoient leurs armés (2). Item, R. Les 
aucuns compaignons de guerre en firent faire à leur plaisir, et les 
autres non. » 

lnterroguée de quelle matière ilzles firent faire, se ce fut de toille 
ou de drap, R. « C'estoit de blanssatins, et y en avoit en aucuns les 
fleurs de liz » , et n'avOit que deux ou trois lances de sa compai- 
gnie; (3) mais les compaignons de guerre aucunes fois en faisoient 



(1) D'abord, en premier lieu. 
' (2) Les seigneurs bannerets maintenaient leurs armes. Chaque banneret 
groupait sous sa bannière les gentilshommes qu'il amenait. Au temps de la Pu- 
celle, beaucoup d'hommes d'armes portaient leur propre blason sur leurs ban- 
nières. 

(3) Elle n'avait que deux ou trois lances de sa compagnie , qui en eus- 
sent. Sur le sens du mot" lance ', voyez la note suivante. 

Cette déposition de Jeanne peut servir d'éclaircissement au fragment 
^qu'on va lire. Ce fragment, qui, je crois , est inédit, se trouve dans le manus- 
crit français 1969 de la Bibliothèque impériale , intitulé : Traité de là No- 
blesse et àomportement des Nobles. L'auteur, anonyme, parait avoir écrit 
vers 1450, dans les États de Bourgogne. Au seizième siècle, ce manuscrit ap- 
partenait à la famille Lalain. L'auteur traite la question de savoir si les 
dames peuvent porter leur blason en écu comme lés hommes. Il résout ainsi 
la question : lorsque des femmes, dit- il, ont combattu et commandé des 
armées, alors elles peuvent porter leurs armes en écu et isolées, comme le 
font les hommes. Autrement, elles le» portent parties quand elles sont 
mariées , ou en losange quand elles sont filles. 

A l'appui de sa thèse, il cite l'exemple de Jeanne de Flandres ; l'héroïne 



76 13 e SÉANCE. [i43i 

faire à la semblance des siens, et ne faisoient cela fors pour con- 
gnoistre les siens des autres. 

Interroguée s'ilz estoient guères souvent renouvelles, R. « Je ne 
sçay ; quant les lances (1) estoient rompues, Ton en faisoit de nou- 
veaulz. » 

Interroguée s'elle dist point que les pennonceaulx qui estoient en 
semblance des siens estoient eureux, A. Elle leur disoit bien à la 
fois : « Entrez hardiment parmy les Anglois », et elle mesme y en- 
troit. 

Interroguée s'elle leur dist qu'ilz les portassent hardiment, etqu'ilz 



de Hennebon au quatorzième siècle, qui « en corps de femme », dit il, « por- 
tait cœur de lyon «. Puis il ajoute : 

« .... Item et depuis n'a pas longtemps a on veu en France Dame Jehanne 
la Pucelle , la quelle , combien qu'elle venist de bas estoc et de petite extrac- 
tion , toutesvoies par sa hardiesse en armes et vaillantes entreprises , elle- 
mesmes condui[si]t le roy de France Charles , septiesme de ce nom, sacrer à 
Bains ; lequel estoit alors comme expulsé du royalme. Et fut en partie des 
principales combatante en armes pour ledit roy ressourdre et mectre en pos- 
session dudit royalme, lors possessé par les anglois; et pour ces vaillans fais 
d'armes, ledit roy le (la) anobly et luy donna armes qu'elle porta en escu et 
fist porter par son poursievant (poursuivant , jeune officier d'armes ), nommé 
Fleur-de-Lys; les quelles armes estoient d'asur à deux fleurs de lys d'or et 
au millieu une espée d'argent ; la pointe en hault, enmanchié de gheulles , es- 
toffée d'or; ladite pointe passant parmy une couronne de mesmesen chief; 
comme il appert en signifiant qu'à la pointe de l'espée elle avoit sou s tenu la 
couronne de France et esté cause de la remettre en son droit et premier 
chief, » c'est-à-dire sur la tête légitime et à laquelle cette couronne apparte- 
nait primitivement. (Ms. cité, fol. 19.) Conférez, -sur ce point, Histoire de 
Charles VII, t. H, p. 127, et ci-après, page 85, note 3. 

Extrait des comptes de la ville d'Orléans pour Van 1436, d'après le 
registre conservé à la bibliothèque d'Orléans : 

« A Pierre Baratin et Jehan Bombachelier, pour bailler à Fleur-de>lilz 
le jeudi, veille Saint-Lorens, 11 e jour du moys d'aoust, pour ce qu'il avoit 
aportées lectres à la ville, de par Jeanne la Pucelle]; pour ce 48 sous pari- 
sis.» (Quicherat, Procès, etc., t. V, p. 326. ) 

Jl s'agit ici de Claude, la fausse Pucelle. Fleur de lis, d'après les deux 
textes qui viennent d'être cités, aurait passé successivement du service de 
Jeanne à celui de la fausse Pucelle. 

(l) Le mot lance y en langage militaire du XV e siècle, s'entend de deux 
manières : au figuré et au propre. Le porteur de lance était le chevalier : il 



mars 3.] 3 e séance. m 77 

airoienl bon eur (1), R. Elle leur dist bien ce qui estoit venu et qui 
ad vî endroit encore. 

Interroguée s'elle mectoit ou faisoit point mectre de eaue benoitte 
sur les pennonceaulx, quant on les prenoit de nouvel, R. « Je n'en 
sçay rien ; » et s'il a esté fait, ce n'a pas esté de son commandement. 
Interroguée s'elle y en a point veu gecter, R. « Cela n'est point de 
vostre procès » ; et s'elle y en a veu gecter, elle n'est pas advisée 
maintenant de en respondre. 

Interroguée se les conipaignons de guerre faisoient point mectre 
en leur pennonceaulx : Jhesus-Maria, R. « Par ma foy,je n'en sçay 
rien. » 

Interroguée s'elle a point tournié ( tourner, tournoyer ) ou fait 
tôurnier toilles par manière de procession autour d'un cbastei ou 
d'église, pour faire pennonceaulx, R. Que non, et n'en a rien veu 
faire. 

Interroguée, quant elle fut devant Jargeau , que c'estoit qu'elle 
portoit derrière son heaulme, et s'il y avoit aucune cbose ront, 
« Par ma foy, il n'y avoit rien. » 

Interroguée s'elle congnust oncques frère Ricard : respond : « Je 
ne l'avoys oncques Veu quant je vins devant Troyes. » 

Interroguée quelle chière (2) frère Ricard lui feist, R. Que ceulx 
de la ville de Troyes, comme elle pense , l'envoièrent devers elle, 
disans que ilz doubtoient que ce ne feust pas chose de par Dieu ; 
et quant il vint devers elle, en approuchant, il faisoit signe de la 
croix, et gectoit eaue benoicte, et elle lui dist : « Approchez hardie- 
ment, je ne m'envouleray pas. » 

Interroguée s'elle avoit point veu, ou fait faire aucuns ymaiges ou 
painctures d'elle et à sa semblance , /?. Qu'elle vit à Arras une painc- 
ture en la main d'un Escot (3), et y avoit la semblance d'elle toute 
armée, et présentoit unes lectres à son roy, et estoit agenoullée 
d'un genoul. Et dit que oncques ne vit ou fist faire autre ymaige 
ou paincture à la semblance d'elle. 



avait avec lui un ou plusieurs écuyers et autres subalternes , pour l'assister. 
Ce groupe de combattants , composé parfois de cinq et six personnes , s'ap- 
pelait lance au figuré. La lance au propre recevait souvent , près du fer, à 
l'extrémité de la hampe, un étendard , flamme, ou pannonceau armorié. 

(1) Eur, fortune; de augurium. 

(2) Figure. 

(3) Écossais. 



78 , .13 e SÉANCE. [1431 

lnterroguée d'un tablel chieur son hoste, où il avoit trois femmes 
painctes, et escript : « Justice, Paix, Union » (1), R. Qu'elle n'en 
sçaitrien. 

lnterroguée s'elle sçait point que ceulxde son party aient fait ser- 
vice, messe, oroîson pour elle, 8. Qu'elle n'.en sçaitrien, et s'ilz en 
font service, né l'ont point fait par son commandement ; et s'ilz 
ont prié pour elle, il luy est advis qu'ilz ne font point de mal. • 

lnterroguée se ceulx de son party croient fermement qu'elle soit 
envoyée de par Dieu, R. « Ne sçay s'ilz le croient, et m'en actend à 
leur couraige (2) ; mais si ne le croient, si suis-je (3) envoiée de par 
Dieu. » 

lnterroguée s'elle cuide (4) pas que en créant (5) qu'elle soit en- 
voyée de par Dieu, qu'ilz aient bonne créance , R. S'ils croient 
qu'elle soit envoyée de par Dieu, ils n'en sont point abusez. 

lnterroguée s'elle sçavoit point bien; le couraige de ceulx de son 
party, quant ilz luy baisoient les piez et les mains, et les vestemens 
d'elle, R. Beaucoup de gens la véoient ( voyaient) voulentiers; et 

(aussi) dit qu'ilz baisoient le mains (moins) ses vestemens 
qu'elle pouvoit. Mais venoient les pouvres gens voulentiers à elle, 
pour ce qu'elle ne leur faisoit point de dessaisir, mais les sup- 
portoit (soutenait) à 3on povoir, 

lnterroguée quelle révérence luy firent ceulx de Troies à l'entrée, 
R. « Hz ne m'en firent point » ; et dit oultre que, à son advis, frère 
Ricard entra quant ( en même temps qu') eulx à Troies ; mais n'est 
point souvenante s'elle le vit à l'entrée. 

lnterroguée s'il fist point de sermon à l'entrée de la venue d'elle, 
R. Qu'elle n'y arresta guères, et n'y jeust oncques (4) ; et quant au 
sermon, elle n'en sçaU rien. 

lnterroguée s'elle fut guères de jours à Rains, R. « Je crois que 
nous y fusmes quatre ou cinq jours. » 

lnterroguée s'elle y leva point d'enfant, R. Que à Troyes en leva ung ; 



(1) Jusïitia etPaxse osculatx sunt; ce thème religieux fut souvent traité 
au quinzième siècle, en sermon, en mystère par personnages, en tapisserie , 
et enfin, comme chez l'hôte de la Pucelle , en tableau. 

(2) Cœur, conscience. 

(3) Oui, je suis envoyée, etc. < 

(4) Si elle ne pense. 

(5) Croyant, croyance. 

(6) N'y coucha jamais. 



mars 3.] 13 e SÉANCE. 79 

mais dé Rains n'a point de mémoire , ne de Chasteau-Tierry, et 
aussi deux en leva à Saint-Denis. Et voulentiers mectoit nom aux 
filz Charles, pour i'ouneur de son roy, et aux filles Jehanne; et 
aucunes fois, selon ce que les mères vouloient. 

Interroguée se les bonnes femmes de la ville touchoient point leurs 
àgneaulx (anneaux) à l'anel qu'elle portoit, R. Maintes femmes 
ont touché à ses mains et à ses àgneaulx; mais ne sçait point leur 
couraige ou intention. 

Interrogée qu'ilz furent ceulx de sa compaignie qui prindrent 
papillons devantChasteau-Tierry en son estaindart, R. Qu'il ne fust 
oncques fait ou dist de leur party, mais ce ont fait ceulx du party 
de deçà, qui l'ont controuvé (imaginé). 

Interroguée qu'elle fist à Rains des gans où son roy fut sacré, 
/?.« 11 y ouït (eut) une livrée de gans pour bailler aux chevaliers et^ 
nobles qui là estoient. Et en y ouït ung qui perdit ses gans » ; mais 
ne dist point qu'elle les feroit retrouver. Item dit que son esr 
tain d art fut en l'église de Rains ; et luy semble que son estaindart 
fut assés près de l'autel ; et elle mesmes luy (le) tint ung poy, (un 
peu) et ne sçait point que frère Richard le tenist. 

Interroguée, quant elle aloit par le pais, s'elle recepvoit souvens 
sacrement de confession et de l'autel (communion), quant elle ve- 
noit es bonnes villes, R. Que ouil, à la fois. . 

Interroguée s'elle recepvoit lesdiz sacremens en abit d'omme, 
R. Que ouil; mais ne a point mémoire de le avoir reçeu en armes. 

Interroguée pourquoy elle prinst la haquenée de l'évesque de 
Senlis, /?. Elle fut achetée deux cents salus; si les eust ou non, 
elle ne sçait; mais en ouït assignation (1), où il en fust payé; 
et si (de plus) lui rescrist (récrivit) que il la reairoit (recouvre- 
rait) s'il vouloit, et qu'elle ne la vouloit point rien, et qu'elle ne 
valoit rien (2) pour souffrir paine. 

Interroguée quelle aaigeavoit l'enfanta Laigny qu'elle ala visiter, 
R. L'enfant avoit trois jours; etfut apporté à Laigny à Nostre-Dame, 
et luy fut dit que les pucelles delà ville estoient devant Nostre- 
Dame, et qu'elle y voulsist aler prier Dieu et Nostre-Dame qu'il 
lui voulsist (voulût) donner vie; et elle y ala, et pria avec les au- 
tres. Et finablement il y apparut vie, et bailla ( respira ) trois fois ; et 



(1) Mais il en eut un mandat de payement. 

(2) Comme bête de fatigue. 



80 13 e SÉANCE. [1431 

puis fut baptizé, et tantost mourut, et fut enterré en terre saincte (i). 
Et y avoit trois jours, comme l'on di soit, que en Tan fan t n'y es- 
toit apparu vie, et estoit noir comme sa coste (2) ; mais quant il 
baisla, la couleur lui commença à revenir. Et estoit avec les pu- 
celles à genoulz devant Nostre-Dame à faire sa prière. 

Interroguée s'il fut point dit par la ville que ce avoit elle fait 
faire et que ce estoit à sa prière, R. « Je ne m'en enquéroye ( occu- 
pais) point. » 

Interroguée s'elle congneust point de Katherine de la Rochelle, 
ou s'elle l'avoit veu, R. Que ôuil, à Jargeau et à Montfaucon en Berry. 

Interroguée s'elle luy monstra point une dame vestue de blanc, 
qu'elle disoit qui luy apparoissoit aucunes fois, R. Que non. 

Interroguée qu'elle lui dist, R. Que cette Katherine lui dist qui 
(qu'il) venoit à elle une dame blanche vestue de drap d'or, qui luy 
disoit qu'elle alast par les bonnes villes, et que le roy lui baillast 
des béraulx et trompectes, pour faire crier quiconques airoit( au- 
rait) or, argent ou trésor mucié ( caché ), qu'il apportast tantoust 
( aussitôt ), et que ceulz qui ne le feroient, et qui en aroient de 
muciez, qu'elle les congnoistroit bien, et sçaroit trouver lesdiz 
trésors ; et que ce seroit pour paier les gens d'armes d'icelle Je- 
hanne. A quoy ladite Jehanne respondit que elle retournast à son 
mary, faire son mesnaige et nourrir ses enfans. Et pour en savoir 
la certaineté, elle parla à saincte Marguerite ou saincte Katherine , 
qui luy dirent que du fait de icelle Katherine n'estoit que folie, 
et estoit tout nient ( néant ). Et escript (écrivit) à son roy qu'elle 
luy diroit ce qu'il en devoit faire ; et quant elle vint à luy, elle luy 
dist quec'estoit folie et tout nient du fait de ladite Katherine; toutes 
voies frère Richart vouloit que on la mist en œuvre ; et en ont esté 
très mal [contens] d'elle, lesdits frère Richart et ladicte Katherine. 

Interroguée s'elle parla point à Katherine de la Rochelle du fait 
d'alerà La Charité, R. Que ladicte Katherine ne luy conseilloit point 
qu'elle y alast, et que il faisoit trop froit, qu'elle n'yroit point. 



(1) Terre bénie; en cimetière consacré. 

(2) Cotle ; jupon noir. — La cotte était un vêtement de femme. Le discours 
de Jeanne, traduit au style indirect par le rédacteur, doit être pris au sens 
proverbial. Jeanne, au moment où elle parlait, était en habit d'homme et 
depuis 1429 elle ne portait plus de cotte. Mais une femme dirait encore au- 
jourd'hui, par exemple, en parlant d'un petit enfant : il est haut comme 
ma botte ,* quoique cependant la botte soit une chaussure d'homme. 



mars 3.] 13 e SÉANCE. 81 

Item dit à ladicte Katherine, qui vouloit aler devers le duc de 
Bourgogne pour faire paix, qui (qu'il) iuysembloit que on n'y trou- 
verait point de paix, se ce n'estoit par le bout de la lance ( à force 
d'armes). 

Item dit qu'elle demanda à celle Katherine se celle dame venoit 
toutes les nuys ; et pour ce, coucheroit avec eHe. Et y concha, et 
veilla jusques à mynuit, et ne vit rien ; et puis s'endormit. Et quand ' 
vint au matin, elle demanda s'elle estoit venue; et luy respondit 
qu'elle estoit venue ; et lors dormoit ladicte Jehanne et ne l'avoit 
peu esveiller. Et lors luy demande s'elle vendroit point l'ande- 
main (1), et ladicte Katherine luy respondit que ouil. Pour laquelle 
chose dormit icelle Jehanne de jour , afin qu'elle peust veiller la 
nuit. Et coucha la nuit ensuivant avec la dicte Katherine, et veilla 
toute la nuit; mais ne vit rien, combien que souvent lui deman- 
dast : « Vendra elle point ? » Et ladicte Katherine luy respondit : 
« Ouil, tantost. » 

Interroguée [sur ce] qu'elle fist sur les fossés de La Charité, 
R. Qu'elle y fist faire ung assault; et dit qu'elle n'y gecta (jeta) 
ou fist gecter eaue par manière de aspersion. 

Interroguée pour quoy elle n'y entra, puisqu'elle avoit comman- 
dement de Dieu, R. Qui vous a dit que je avois commandement 
de y entrer? 

Interroguée s'elle ouït point de conseil de sa voix, fl, Qu'elle s'en 
vouloit venir en France ; mais les gens d'armes luy disrent que 
c'estoit le mieulx d'aler devant La Charité premièrement. 

Interroguée s'elle fut longuement en celle tour de Beaurevoir, 
/*. Qu'elle y fut quatre mois ou environ , et dist, quant elle sceut 
les Anglois venir, elle fut moult courroucée, toutes voies ses 
ses voix lui défendirent plusieurs fois qu'elle nesaillist (sautast ); 
et enfin pour la doubte des Anglois, sailli et se commanda à Dieu 
et à Nostre-Dame, et fut blécée. Et quant elle eust sailli, la voix 
saincte Katherine luy dist qu'elle fist bonne chière (2), et qu'elle ga- 
riroit, et que ceulx de Compiègne airoient secours. 

Item dit qu'elle prioit tousjours pour ceulx de Compiègne, avec 
son conseil. 

Interroguée qu'elle dist , quant elle eust sailly , R. Que aucuns 



(l)Le lendemain. 

(2) Qu'elle se rassurât. 

JEANNE DABC. 



82 13 e SÉANCE. [l43i 

disoient que elle estoit morte, et tantoust qu'il apparut aux Bour- 
guegnons qu'elle estoit en vie, ilz lui dirent qu'elle estoit saillie. 

Interroguée s'elle dist point qu'elle ai m as t mieulx à mourir que 
d'estre en la main des Angloys, R. Qu'elle aymeroit mieylx rendre 
l'âme à Dieu que d'estre en la main des Angloia. 

Interroguée s'elle se courouça point, et s'elle blasphéma point le 
nom de Dieu, R. qu'elle n'en maugréa oncques ne sainctne saincte, 
et qu'elle n'a point accoustumé à jurer. 

Interroguée du fait de Suessons ( Soissons ), pour ce que le cap- 
pitaine avoit rendu la ville, et que elle avoit regnoié ( et qu'elle avait 
dit en reniant) Dieu, que s'elle le tenoit, elle le feroit tranchier en 
quatre pièces, 'R. Qu'elle ne regnoia oncques sainct ne ( ni ) saincte, 
et que ceulx qui l'ont dit, ou raporté, ont malentendu. 

Après tout ce qui précède, Jeanne fut remmenée dans 
le lieu qui lui avait été assigné pour prison. Puis ensuite 
nous, évêque susdit, nous dîmes que, continuant le procès 
et sans l'interrompre, nous appellerions quelques doc- 
teurs et gens habiles en l'un et l'autre droit, divin et hu- 
main, qui recueilleraient ce qui est à recueillir dans les 
choses confessées par ladite Jeanne; et, après les avoir vi- 
sitées et recueillies, s'il y avait quelques points sur les- 
quels il semblât convenable d'interroger à nouveau la dite 
Jeanne, elle serait interrogée par quelques commissaires 
par nous députés , sans incommoder pour cela tout l'en- 
semble de assistans. Nous avons ordonné que le tout serait 
rédigé par écrit, afin que, chaque fois qu'il y aurait lieu, les- 
dits docteurs et jurisconsultes puissent en délibérer et 
émettre leurs opinions et conseils. Nous leur dîmes qu'ils 
eussent dès maintenant à étudier et voir, chez eux , tou- 
chant le sujet et ce qu'ils avaient déjà entendu du procès, 
ce qui leur semblerait à faire; en les priant d'en référer à 
nos commissaires présents et futurs, ou de conserver devers 
eux ces notions, pour en délibérer plus mûrement et uti- 
lement, en temps et lieux convenables, et d'en rendre 
leur sentiment. Nous avons enfin défendu à tous et chacun 



mats 4 à 10.] 14 e SÉANCE ET SUIV. 83 

des assesseurs de s'éloigner de Rouen sans notre permis- 
sion avant la fin de ce procès. 

Fin de la première session au série des séances publiques. 



Mars 4, 5, 6, 7, 8, 9. Séances 44 e à 19% — Bans la maison oe 
l'eveque ae Béanvals* 11 est arrêté que Jeanne 
sera Interrogée de nouveau* 

Item le dimanche 4 et les lundi , mardi , mercredi 
jeudi et vendredi suivants, nousévèque susdit, convoquâ- 
mes, dans notre maison d'habitation, à Rouen, plusieurs 
solennels docteurs et maîtres, et autres habiles en droit 
humain et divin. Ceux-ci, ayant ^recueilli par nos ordres 
les confessions et réponses de la dite Jeanne, firent égale- 
ment un extrait des points sur lesquels ces réponses pa- 
raissaient insuffisantes et sur lesquels on estimait qu'elle 
devait être interrogée de nouveau. Sur ces recueil et extrait, 
du conseil et avis des subits, nous avons conclu qu'il se- 
rait procédé à cet interrogatoire ultérieur. Et comme, at- 
tendu nos diverses occupations, nous ne pouvions pas tou- 
jours y vaquer en personne, nous avons délégué vénérable 
et discrète personne M e Jean de la Fontaine , maître et li- 
cencié, etc., ci-dessus nommé, pour interroger judiciaire- 
ment ladite Jeanne en notre nom. Nous l'avons commis à 
ce titre le vendredi 9 susdit, présents les docteurs et maî- 
tres : Jean Beaupère , J. de Touraine. N. Midi, P. Mau- 
rice, Th. deCoùrcelles, N. Loyseleur et G. Manchon, ci- 
dessus nommés. 

Mars 40. 20 e séance. — Première séance dans la prison* 

Item le samedi suivant, 10 mars, nous, évêque, nous 
sommes rendu à une chambre du château de Rouen qui 

6. 



84 20 e SÉANCE. . |u«* 

avait été assignée à ladite Jeanne pour prison. Là, en pré- 
sence et assisté de : 

M. [ Jean de la Fontaine ] , notre commissaire député, 

N. Midi, 

G. Feuillet, 
etde: 

Jean Fécard avocat, et maître Jean Mathieu, prêtre, 
témoins appelés, nous avons requis la dite Jeanne de faire 
et prêter serment qu'elle dirait la vérité sur ce qu'on lui 
demanderait. 

Ici reprend la minute en français du temps. Jeanne répond : 

Je vous promet que je diray vérité de ce qui touchera vostre pro- 
cès; et plus me contraindrés jurer, et plus tart vous le diray. 

Interroguée par Jean delà Fontaine, commissaire, en ces ternies : 
« Par le serement que vous avez fait, quant vous venistes (vintes) 
derrenièrement à Compiègne, de quel lieu estiés-vous partie? » 
R. Que (elle venait) de Crespy en Valoys. 

Interroguée, quant elle fut venue à Compiègne; s'elle fut plusieurs 
journées avant qu'elle feist aucune saillie (sortie) , R. Qu'elle vint 
à heure secrète du matin , et entra en^a ville , sans ce que ses an- 
nemis le sceussent guières , comme elle pense; et ce jour mesmes, 
sur le soir, feist la saillie dont elle fut prinse (prise). 

Interroguée se (si) à la saillie l'en souna les cloches, R. Se on les 
souna, ce ne fut point à son commandement ou par son seu ; et 
n'y pensoit point; et si , (ainsi, aussi bien,) ne lui souvient s'elle 
avoit dit que on les sounast. 

Interroguée s'elle fist celle saillie du commandement de sa voix, 
R. Que en la sepmaine de Pasques derrenièrement passé, elle es- 
tant sur les fossés de Meleun , luy fut dit par ses vois , c'est assa- 
voir, saincte Katherine et saincte Marguerite , qu'elle seroit prinse 
avant qu'il fust là Saint Jehan, et que ainsi failloit qui (qu'il) fust 
fait , et qu'elle ne s'esbahit , et print ( prît) tout en gré, et que Dieu 
lui aideroit. 

Interroguée se, depuis ce lieu de Meleun, luy fut point dit par se» 
dictes vois qu'elle seroit prinse, R. Que ouil, par plusieurs fois, et 
comme (pour ainsi dire) tous les jours. Et à ses voix requeroit, 
quant elle seroit prinse, qu'elle fust morte tantoust, sans long 



mars 10.] 30 e SÉANCE. 85 

travail de prison (1), et ilz luy disrent qu'elle prinst ( prît) tout en gré, 
et que ainsi le falloit faire; mais ne luy disrent point l'eure; et si 
elle l'eust sceu, elle n'y fust pas alée; et avoit plusieurs fois demandé 
sçavoir Teur (heure), et ilz ne lui dirent point. 

lnterroguée se ses voix, lui eussent commandé qu'elle ifust saillie 
(sortie) et signifié qu'elle eust esté prinse, s'elle y fust alée, 
R. S'elle eust sceu l'eure, et qu'elle deust estre prinse, elle n'y 
fust point alée voulentiers ; toutes voies elle eust fait leur com- 
mandement en la fin , quelque chose qui luy dust estre venue. 

lnterroguée se (si ), quant elle fit celle saillie, s'elle avoit eu voix 
de partir et faire celle ( cette) saillie, R. Que ce jour ne sceut point 
( par avance) sa prinse, et n'eust (Veut) autre commandement de 
yssir (sortir) ; mais toujours (2) luy avoit esté dit qu'il falloit qu'elle 
•feust prisonnière. 

lnterroguée se, à faire celle saillie, s'elle passa par le pont, res- 
pond qu'elle passa par le pont et par le houlevart, et ala avec la 
compaignie des gens de son party sur les gens de Monseigneur de 
Luxambourg, et les rebouta par deux fois jusques au logeis des 
Bourguegnons, et à la tierce (troisième) fois jusques à my le chemin; 
et alors les Anglois, qui là estoient, coupèrent les chemins à elle et 
ses gens, entre elle et le boulevart ; et pour ce se retraïrentses 
gens ; et elle en se retraiant es champs en coslé , devers Picardie 
près du boulevart, fut prinse; et estoit la rivière entre Compiègne 
et le lieu où elle fut prinse; et n'y avoit seullement, entre le lieu 
où elle fut prinse et Compiègne , que la rivière , le boulevert et le 
fossé dudit boulevert. 

lnterroguée se en icelluy estaindart, le monde est painct , et les 
deux angles (anges), etc. R. Que ouil et n'en eust ( eut) oncques 
(jamais) que ung (3). 

lnterroguée quelle signifiance c'estoit que prendre -Dieu tenant le 
monde et ses deux angles, R. Que saincte Katherine et saincte Mar- 
guerite luy disrent qu'elle prinst hardiement, et le portast hardie- 
ment, et qu'elle fist mectre en paincture là le Roy du ciel. Et ce 



(1) Qu'elle mourût promptement sans long séjour ou peine de prison. 

(2) De tout temps antérieurement. 

(3) On voit ici que le principal étendard de Jeanne était peint de symboles 
moraux et religieux , mais non nobiliaires ou héraldiques. Cf ci-dessus , 
p. 76, fin du deuxième alinéa de note. 



86 20 e SÉANCE. [i43i 

dist à son roy , mais très envis (i); et de la signifiance ne sçait au- 
trement. 

Interroguée s'elle avoit point escu et armes, Respond qu'elle n'en 
eust oncqnes point; mais son roy donna à ses frères armes, c'est 
assavoir, ung escu d'asur, deux fleurs de liz d'or et une espée par- 
my; et en ceste ville à devisé à ung painctre celles armes, pour ce 
qui luy avoit demandé quelles armes elle avoit. Item, dit que ce fut 
donné par son roy à ses frères, à la plaisance d'eulz , sans la re- 
queste d'elle, et sans révélacion. 

Interroguée s'elle avoit ung cheval, quand elle fut prinse, coursier 
ou haquenée, R. Qu'elle estoit à cheval, et estoit ungdemi coursier 
celluy sur qui elle estoit, quand elle fut prinse. 

Interroguée qui luy avoit donné cellui cheval, R. Que son roy -, ou 
ses gens luy donnèrent de l'argent du roy; et en avoit cinq cour-" 
siers de l'argent du roy, sans les trotiers (2) où il en avoit plus de 
sept. 

Interroguée s'elle eust oncques autres richesses de son roy que ces 
chevaulx, R. Qu'elle ne demandoit rien à son roy, fors bonnes ar- 
mes , bons chevaulx et de l'argent à paier les gens de son hostel. 

Interroguée s'elle n'avoit point de trésor, R. Que 10 ou 12 mille (3) 
qu'elle a vaillant, n'est pas grand trésor à mener la guerre, et que 
c'est pou de chose, et lesquelles choses ont ses frères, comme elle 
pense , et dit que ce qu'elle a, c'est de l'argent propre de son roy. 

Interroguée quel est le signe qui vint à son Roy, R. Que il est bel 
et honnouré, et bien créable, et est bon, et le plus riche qui soit. 

Interroguée pourquoy elle ne voult aussi bien dire et monstrer le 
signe dessus dit, comme elle vouit (voulut) avoir le signe de Ka- 
therine de la Rochelle , R. Que, — se le signe de Katherine eust esté 
aussi bien monstre devant notables gens d'Église et autres, arce- 



(1) A contre-cœur : de invitus. L'opposition ou la répugnance que ce mot 
exprime doit sans doute être entendue de la part du roi. 

Rogier, grenier de Reims au 16 e siècle, nous a conservé deux lettres de 
Jeanne datées Tune du 16, l'autre du 28 mars 1430. Il ajoute : « Et sont 
les dites deux lettres originales, scellées de cire rouge ; en l'une des quelles 
le scel est rompu , et en l'autre est encore entier ; mais il est difficile de voir 
quelle figure y est imprimée. » Ms. f. 8835, f° 87. Les lettres de Jeanne pa- 
raissent été avoir arbitrairement scellées par ses secrétaires. 

(2) Trotteurs , dont elle avait plus de sept. 

(3) Supléez •. livres, ou francs. 



mars io.] 20 e SÉANCE. 87 

vesques et évesques, c'est assavoir devant l'arcevesque de Rains 
et autres évesques dont elle ne sçait le nom, ( et mesmes y estoit 
Charles de Bourbon , le sire de la Trimoulle , le duc d'Alençon et 
plusieurs autres chevaliers a qui le veirent et oïrent aussi bien 
coin me elle voit ceulx qui parloient à ;elle aujourd'hui) comme 
celluy dessus dit estre monstre, — elle n'eust point demandé sçavoir 
le signe de ladicte Katherine (4). Et toutesvoies elle sçavoit au de- 
vant (antérieurement) par saincte Katherine et saincte Marguerite 
que , du fait de la dicte Katherine de la Rochelle , ce estoit tout 
néant. . 

Interroguée se le dit signe dure encore, R. « Il est bon à sçavoir, 
et qu'il durera jusques à mil ans, et oultre. » Item que ledit signe 
est en trésor du roy. 

Interroguée ce ( si ) c'est or, argent ou pierre précieuse, ou cou- 
ronne. R. « Je ne vous en diray autre chose; et ne searoit homme 
deviser aussi riche chose comme est le signe; et toutes voies le si- 
gne qui vous fault, c'est que Dieu me délivre de vos mains, et est 
le plus certain qu'il vous sçache envoyer (2). » 

Item dit que , quant elle deust partir à aller à son roy, luy fut 
dit par ses voix : « Va hardiment; quant tu seras devers le roy, il 
aura bon signe de te recepvoir et croire. » 

Interroguée quant le signe vint à son roy, quelle révérence elle y 
fist, ets'jl vint de par Dieu : respond qu'elle mercia Nostre Seigneur 
de ce qui (qu'il) la délivra de la paine des clercs (3) de par delà 
qui argûoient contre elle , et se agenoulla plusieurs fois. 
- Item dit que ung angle de par Dieu, et non de par autre, bailla 
le signe à son roy; étoile en mercia moult de fois Nostre Seigneur. 

Item dit que les clercs de par delà cessèrent à la arguer, quant 
ilz eurent sceu le dit signe. 

Interroguée se (si) les gens d'église de par delà veirent le signe- 



(1) C'est-à-dire si les signes de la mission de Catherine avaient été aussi 
évidents que ceux, par moi donnés , de la mienne.. 

(2) Nous ne saurions trop répéter qu'à nos yeux le procès de condamnation 
est un texte suspect , évidemment partial et rédigé par des juges iniques et 
hostiles. — Le sentiment qui dominait Jeanne et qui nous semble transpirer 
dans cette partie , c'est qu'elle espérait leur échapper par quelque aventure 
dont nous ignorons le secret; c'est qu'elle bravait ces juges, et qu'à leurs 
pièges d'interrogatoire elle répondait souvent en se moquant d'eux. 

(3) Ennui , fatigue que lui causaient les clercs , etc. 



88 21 e SÉANCE. : [i43J 

dessus dit, R. Que quant son roy et ceulx qui estoient avec luy 
eurent veu ledit signe, et mesmes l'angle qui le bailla, elle de- 
manda à son roy s'il estoit content ; et il respondit que ouil. Et 
alors elle party et s'en ala en une petite chappelle assés près , et 
ouyt lors dire que après son partement, plus de trois cens personnes 
veirent ledit signe (1). 

Dit oultre que par l'amour d'elle , et qù'ilz la laissassent à inter- 
roguer, Dieu vouloit permeictre que ceulx de son party qui veirent: 
ledit signe , le veissent. 

Interrogée se son roy et elle firent point de révérence à Pangle, 
quant il apporta le signe, respond que ouil , d'elle ; et se agenoulla 
et oulta (ôta) son chaperon. (2) 

Mars 12. 21 e séance. — IjC vicaire chez Féveque est re- 
quis conformément a sa nouvelle commission. 

Item, le lundi 12, comparut en notre maison d'habitation, 
à Rouen, religieuse et discrète personne 

Frère Jean Lemaltre, de Tordre des F. F. prêcheurs, 
ci-dessus nommé, vicaire du dit inquisiteur en France. 

Présents : vénérables et discrètes personnes maîtres 

Thomas Fiefvet, et 

Pasquier de Vaux, docteurs en décret ; 

Nicolas de Hubent, notaire apostolique ; et 

Frère Isambard de la Pierre , de Tordre des Frères 
prêcheurs. 
% Nous, évèque, avons exposé au dit vicaire que, au com- 



(1) Toute cette histoire de signe, d'ange , etc., parait être quelque paro- 
die , dénaturée par la mauvaise foi , des réponses que put faire la prévenue. 
Ou bien H y eut de la part de celle-ci une exagération-ironique et volontaire. 
On n'a*pour s'en convaincre qu'à comparer ce texte avec les chroniques du 
parti français, notamment celle de Cousinot, dite de la Pucelle. Là, le mer- 
veilleux se déploie sans contrainte : eh bien, dans tous les récits français, 
il n'y a rien de semblable à ce que le rédacteur du procès met ici dans la bou- 
che de Jeanne. 

(2) Coiffure d'homme. Le texte latin dit seulement : discoperuit caput suum. 



F 



mats 12.] 21 e SÉANCE. 89 

mencement de ce procès, nous l'avions sommé de s'ad- 
joindre à la cause, lui offrant de, lui communiquer les 
actes, etc., qui s'y rapportaient. Le dit vicaire s'y était 
refusé par les motifs relatés ci-dessus. 

C'est pourquoi, pour plus de sûreté, etc., nous décidâmes 
d'écrire à l'inquisiteur lui-même, etc. Lors donc que le 
dit inquisiteur eut reçu nos lettres, déférant avec bienveil- 
lance à notre requête , pour l'honneur et l'exaltation de 
la foi orthodoxe, il commit et députa le dit J. Lemaltre à 
déduire et terminer cette cause, par lettres patentes scel- 
lées de son sceau, lettres dont la teneur est ci-après re- 
produite. # 

C'est pourquoi nous sommions et requérions ledit Le- 
maltre de s'adjoindre au procès suivant la teneur de sa 
commission. 

Le dit frère nous a répondu qu'il verrait volontiers la 
'dite commission à lui adressée, ensemble le procès signé 
des notaires et les autres communications que nous vou- 
drions lui faire; puis que, tout vu et considéré,' il nous 
rendrait réponse et qu'il ferait son devoir pour la sainte 
Inquisition. Nous lui dîmes alors que déjà il avait assisté à 
une bonne partie du procès, qu'il avait pu entendre beau- 
coup de réponses de Jeanne, que d'ailleurs nous étions 
consentants de lui communiquer le procès et tout ce qui 
s'était fait en cette matière, afin qu'il les vit et en prit 
connaissance. 

Suit la teneur des lettres de commission, envoyées par M. l'inqui- 
siteur, dont il est fait mention ci-dessus. 

A Notre cher fils en Jésus-Christ frère J. Lemaître, de l'ordre des 
FF. prêcheurs, E. J. Gravèrent, du même ordre, humble professeur 
de théologie et inquisiteur de la dépravation hérétique, commis par 
l'autorité apostolique pour le royaume de France, salut en l'auteur 
et consommateur de la foi le Seigneur Jésus-Chris . Comme ainsi 



90 '22 e SÉANCE. [1431 

soitque notre révérend père en Dieu et seigneur, mon seigneur Té- 
vèque de Beau vais nous aitécrit, etc. Pierre, etc. (1). Et comme nous, 
légitimement empêché ne pouvons à cette heure nous rendre com- 
modément à Rouen, par ces motifs et nous confiant dans votre zèle 
et discrétion, nous vous avons commis et commettons spécialement 
par la teneur des présentes, pour ce qui concerne notre office ainsi 
que le fait et affaire de la femme susdite, jusqu'à la sentence défini- 
tive inclusivement, dans l'espoir que vous y procéderez justement 
et saintement pour la louange de Dieu, l'exaltation de la foi et l'é- 
dification du peuple. En témoignage de ce le sceau dons nous usons 
pour notre office a été mis à ces présentes. Donné à Coutances (2), 
l'an du Seigneur 1430 (1431 nouveau style), le quatrième jour de 
mars. Ainsi signé N. Ogier. 

Mars 12. 22 e séance. — Interrogatoire dann la prison. 

Le même jour, lundi 12 mars , après le dimanche de 
Lœtare Jérusalem , nous, évêque susdit, nous sommes 
rendu dans la chambre assignée pour prison à la dite 
Jeanne, dans le château de Rouen. Là, nous fusmes assisté 
de : 

Jean de la Fontaine, délégué, 

Nicolas Midi, ) . t t . . . . 

GerardFeuillet, j «^eurs en théologie. 

Furent présents : 

Thomas Fiefvet, 

Pasquier de Vaux, 

Nicolas deHubent, notaire apostolique. 



docteurs en droit canon et 



Requise par Monseigneur l'évêque de dire la vérité, R. « De ce 
qui touchera vostre procès, comme autrefois vous ay dit, je diray 



(1) Voy. ci-dessus, p. 25 et s. 

(2) En Normandie ; bien près de Rouen, par conséquent. 



mars 12.] 22 e SÉANCE. 91 

voulentiers mérité. » Elle jura ainsi présents maîtres Thomas Fievé 
et Nicolas de Hubent ainsi que J. Carbonnier. 

lnterroguée ensuite par M e J. de la Fontaine, délégué, 1° se l'ange 
qui apporta le signe parla point, R. Que ouil ; et que il dist à son 
roy que on la mist en besoingne, et que le païs seroit tantoust' al- 
légié. 

lnterroguée se l'angle qui apporta ledit signe fut l'angle qui pre- 
mièrement apparu à elle, ou se ce fut ung autre, R. C'est tousjours 
tout ung, et oncques ne luy faillit. 

lnterroguée se l'angle luy a point failli, de ce qu'elle a esté prinse, 
aux biens de fortune : respond qu'elle croist, puisqu'il plaist à 
Nostre Seigneur, c'est le mieulx qu'elle soit prinse. 

lnterroguée se, es biens de grâce, l'angle luy a point failli, R. : « Et 
comme me faudrait-il, quand il me conforte tous les jours ? » Et 
enctend cest confort, que c'est de saincte Katherine et saincte Mar- 
guerite (1). 

lnterroguée s'elle ( si elle ) les appelle ou s'ilz viennent sans appeler 
( sans qu'on les appelle ), R. Hz viennent souvent sans appeller , et 
autre fois (d'autres fois) s'ilz ne venoient bien tost, elle requerroit 
Nostre Seigneur qu'il les envoyast. 

lnterroguée s'elle les a aucunes fois appellées, et ilz (elles) n'es- 
toient point venues, R. Qu'elle n'en ouït oncques besoing pour 
qu'elle ne les ait (2). 

lnterroguée se saint Denis apparut oncques à elle, R. Que non, 
qu'elle saiche. 

lnterroguée se, quant elle promist à Nostre Seigneur de garder sa 
virginité; s'elle parloit à luy, R. Il debvoit bien suffire de le pro- 
mettre à ceulx qui étoient envoyés de par luy ; c'est assavoir, saincte 
Katherine et saincte Marguerite. 

lnterroguée qui la meut(mut)de faire citer ung homme à Toul(3), 
en cause de mariage, R. « Je ne le feis ( fis) pas citer ; mais ce fut 
il (lui ) qui me fist citer » ; et là jura devant le juge dire vérité ; et 



(1) On lui demande si l'ange ne lui a pas fait défaut, quant aux biens de 
grâce. R. Comment me manquerait-il quand je suis réconfortée tous les jours ! 
Et elle entend que cette assistance surnaturelle, ce réconfort lui vient de 
saintes Catherine et Marguerite. 

(2) Jamais elle n'en eut quelque peu besoin sans qu'ils vinssent. 

(3) L'official de Toul. C'était ce genre d'officiers, juges ecclésiastiques, qui 
connaissaient des litiges en matière matrimoniale. 



92 22 e SÉANCE. [1431 

enfin qu'elle ne luy avoit point fait de promesse. Item dit que la 
première fois qu'elle oy (ouit) sa voix, elle voa ( voua) sa virgi- 
nité, tant qu'il plairoit à Dieu. Et estoit en l'aage de xui ans ou 
environ. Item dit que ses voix laasseur^rentde gaigner son procès - 

Interroguée se (si) de ces visions elle a point parlé à son curé, ou 
autre homme d'église, R, Que non : mais seulement à Robert de 
Baudricourt et à son roy, Et dit oultre qu'elle ne fust point 
contraincte de ses voix à le celer (cacher) ; mais doubtoit ( crai- 
gnait ) moult le révéler, pour do ubte (crainte) des Bourguegnons, 
qu'ilz ne la empeschassent de son voyage; et parespécial doubtoit 
moult son père, qu'il ne la empeschast de son véage faire. 

Interroguée s'ellecuidoit (croyait) bien faire de partir sans le eon- 
gié de père ou mère, comme il soit ainsi que on doithonnourer père 
et mère, R. Que en toutes autres choses elle' a bien obéy à eulx, 
excepté de ce partement, mais depuis leur en a escript, et luy ont 
pardonné. 

Interroguée se, quant elle partit de ses père et mère elle cuidoit 
point péchier, R. « Puis que Dieu le commandoit, il le convenoit 
faire. » Et dit oultre, puisque Dieu le commandoit, s'elle eust 
cent pères et cent mères, et s'il eust (si elle eut) été fille de roy, 
si (4) fust-elle partie. 

Interroguée s'elle demanda à ses voix qu'elle deist (dît ) à son père 
et à sa mère son partement, R. Que, quant est de père et de mère, 
iiz estoient assés contens qu'elle leur dist, se n'eust esté la paine 
qu'ilz luy eussent fait, s'elle leur eust dit ; et quant est d'elle, elle 
ne leur eust dit pour chose quelconque. 

Item dit que ses voix se raportoient à fille de le dire à père ou 
mère, ou de s'en taire. 

Interroguée se, quant elle vit saint Michiel et les angles, s'elle leur 
faisoit révérence, R. Que ouil ; et baisoit la terre après le partement, 
où ilz avoient repposé, en leur faisant révérence. 

Interroguée se ilz estoient longuement avec elle, R. Hz viegnent 
beaucoup de fois entre les chrestiens, que on ne les voit pas ; et les 
a beaucoup de fois veuz ( c'est-à-dire : sçvœ) entre les chrestiens. 

Interroguée se de saint Michel ou de ses voix, elle a point eu de 
lectres, R. « Je n'en ay point de congié de le yous dire ; et entrecy et 
huit jours, je en respondray volentiers ce que je sçauray. » ' 



(1) Si, ainsi , alors même , elle serait partie. 



mars 12.] â3 e SEANCE. 93 

lnterroguée se ses voix l'ont point appellée fille de Dieu, fille de 
l'Eglise 9 la fille au grand cuer, R. Que au devant du siège d'Orléans 
levé y et depuis, tous les jours , quant ilz parlent à elle, l'ont plu- 
sieurs fois appelée Jehanne la Pucelle, fille de Dieu (1). 

lnterroguée, puisqu'elle se dit fille de Dieu, pourquoy elle ne dist 
voulentiers Pater noster, R, Elle le dist voulentiers ; «et autrefois , 
quant elle refusa le dire, c'estoit en intencio n que Monseigneur de 
Beauvès la confessast (2) . 

12 Mars. 23 e séance. — Séance de relevée* 

Mêmes assesseurs; P. Cauchon, absent. 

lnterroguée des songes de son père , R. Que quant elle estoit 
encore avec ses père et mère, luy fut dit par plusieurs fois par sa 
mère, que son père disoit qu'il avoit songé que avec les gens d'armes 
s'en iroit la dicte Jehanne sa fille ; et en avoient grant cure ( souci) 
ses père et mère de la bien garder, et la tenoient en grant sub- 
jection ; et elle obéissoit à tout, si non au procès de Toul, au cas 
de mariage (3). 

Item dit qu'elle a ouy dire à sa mère que son père disoitàses 
ses frères : «Se jecuidoye que la chose advensist ( advînt) que j'ay 
songié (songée) d'elle, je vouldroye que la noyessiés (noyassiez), 
et se vous ne le faisiés, je la noieroye moy mesmes. » Et a bien peu 



(1) Une chronique bourguignonne inédite dit en parlant de Jeanne : « Un 
carme nommé Rigault prêchoit que c'estoit la Pucelle envoyée de Dieu , et 
l'appelloient parmi France les folles et simples gens : Vangélique et d'elle 
faisoient chansons » ( chants populaires. ) Ms. de La Haye, cité par M. K. de 
Lettenhove , dans son édition des Œuvres de Chastellain , t. II, page 40. 
Ces mots : « un carme nommé Rigault » , s'appliquent probablement au 
célèbre frère Richard, principal appui de la Pucelle parmi les prédicateurs. 

(2) On devine par cette révélation indirecte et tronquée que Jeanne met- 
tait en demeure ses juges , en manifestant sa foi bien connue par la pra- 
tique des sacrements, et que Pévéque lui en déniait la participation. 

(3) Un jeune homme de Toul avait va Jeanne et l'aima. H commença de la 
rechercher, et argua d'une prétendue promesse que lui aurait faite Jeanne. 
Les parents de celle-ci , voyant par là un moyen de la détourner de sa mission, 
encouragèrent les poursuites judiciaires du jeune homme et se mirent avec 
lui de connivence. 



\ 



94 23 e SÉANCE. [1431 

qu'ilz'ne perdirent le sens, quant elle fut partie à aler à Vaucou- 
leur (1). 

lnterroguée se (si) ces pensées ou songes venoient à son père puis 
(depuis) qu'elle eust ses visions, R. Que ouil, plus de deux ans 
puis qu'elle ouït les premières voix. 

lnterroguée se ce fust à la requeste de Robert ou d'elle , qu'elle 
prinst abit d'omme, R. Que ce fut par elle, et non à la requeste 
d'omme du monde. 

lnterroguée se la voix lui commanda qu'elle prinst abit d'homme, 
R. « Tout ce que j'ay fait de bien, je l'ay fait par le commande- 
ment des voix. » Et dit oultre, quant à cest habit, en respondra au- 
tre fois, que de présent n'en est point advisée ; mais demain en 
respondra. 

lnterroguée se en prenant habit d'omme, elle pensoit mal faire, 
R: Que non ; et encore de présent, s'elle estoit en l'autre party, et 
et en cest habit d'omme, luy semble que ce seroit ung des grans 
biens de France, de faire comme elle faisoit au devant de sa prinse. 

lnterroguée comme (comment ) elle eust délivré le duc d'Orléans^ 
R. Qu'elle eustassés prins de sa prinse des Angloys pour le ra- 
voir (2) et se elle n'eust prins assés prinse de çà, elle eust passé la 
mer pour le aler quérir à puissance en Angleterre. 

lnterroguée se saincte Marguerite et saincte Katherine luy avoient 
dit, sans condition et absolument, qu'elle prendroit gens suffisans 
pour avoir le duc d'Orléans qui estoit en Angleterre, ou autrement 
qu'elle passeroit la mer pour le aler quérir et ad mener dedans 
trois ans, R. Que ouil; et qu'elle dit à son roy, qu'il lalaissast faire 
des prisonniers (3). Dit oultre d'elle que s'elle eust duré trois ans 
sans empeschement, elle l'eust délivré. 

Item Ail qu'il y avoit plus bref terme que de trois ans, et plus 
long que d'un an, mais n'en a pas de présent mémoire. 

lnterroguée du signe baillé à son roy, R. Qu'elle en aura conseil 
à saincte Katherine. 



(1) Peu s'en fallut que ses parente ne perdissent l'esprit : lorsque Jeanne, etc. 
(2-3) Par voie de rançon, ou échange. Conférer, sur ce point , Histoire de 
Charles VII, t. II, p. 174. 



mars 13.] 24 e SÉANCE. 95 

Mars 13. 24 e séance. — Le vicaire 'de l'Inquisition 
se Joint A la cause. 

Jfem ce jour de mardi 13 mars, nous, évêque, nous ren- 
dîmes à la dite prison. Là, aussitôt, comparut 

Frère Jean Lemaltre, susdit, en présence de : MM. 

J. de la Fontaine, 

N. Midi, 

G. Feuillet, 

N. de Hubent et 

Is. de la Pierre, de l'O. des FF. prêcheurs. 

Le dit F. J. Lemaltre, vu les lettres à lui adressées par 
M. l'inquisiteur, ensemble les autres choses à considérer, 
s'est adjoint au dit procès, étant prêt à procéder selon droite 
raison à la décision ultérieure de l'affaire. Ce que nous 
avons exposé charitablement à la dite Jeanne, l'exhortant 
et avertissant, pour le salut de son âme, à dire la vérité 
dans cette cause, sur tout ce qui lui serait demandé. Et 
dès lors ledit vicaire, voulant procéder plus outre, or- 
donna M. Jean d'Estivet, chanoine des églises de Bayeux 
et Beauvais, pour promoteur de la sainte Inquisition; 
noble homme Jean Gris,écuyer du corps du roi notre sire 
(Henri VI), et Jean Bar oust, gardes de la prison; et M. J. 
Massieu, prêtre exécuteur des citations et convocations ; 
lesquels, ci-dessus nommés, ont déjà été par nous délé- 
gués et commis à ces offices, etc. 

Lettres du vicaire qui instituent ees mandataires. 

A tous ceux qui ces présentes lettres verront, frère Jean Lemaître, 
de Tordre des FF. prêcheurs, vicaire général de Révérend Père, 
seigneur et maître Jean Gravèrent, etc., inquisiteur, etc., salut, etc., 
[Le dispositif se compose de formules déjà reproduites. ] Donné et 



96 24 e SÉANCE. [1431 

fait à Rouen, Tan du Seigneur 1430(1431 n. s.), le mardi 13 6 jour 
de mars. Ainsi signé : Bois-Guillaume et Manchon. 

Cela fait, comme il a été dit, dans le lieu ci-dessus 
désigné, nousévéque susdit et Frère Jean Lemaltre, vicaire 
de l'Inquisiteur, nous avons désormais procédé d'un com- 
mun accord à interroger et faire interroger ladite Jeanne, 
comme il avait été commencé précédemment (1). 

Mardi 13 mars 1431. Suite de r audience. 

Interroguée premièrement du signe baillié à son roy, quel (il ) fut, 
/*. « Estes-vous content que je me parjurasse ? » 

Interroguée, par monseigneur le vicaire de l'Inquisiteur, s'elle avoit 
juré et promis à saincte Katherine non dire ce signe, R. « J'ay juré et 
promis non dire ce signe, et de moy mesme, pour ce que on m'en 
chargeoit trop de le dire. * Et adonc dist elle mesmes : « Je promect 
que je n'en parleray plus à homme. » 

Item dit que le signe, ce fut que l'angle certifioit à son roy en 
luy apportant la couronne, et luy disant que il aroit tout le 
royaume de France entièrement à l'aide de Dieu, et moyennant son 
labour ( travail ) ; et qu'il la meist en besoingne, c'est assavoir que 
il luy baillast des gens d'armes, autrement il ne seroit mye si tpst 
couronné et sacré. 

Interroguée se depuis hier ladicte Jehanne a parlé à saincte Kathe- 
therine, R. Que depuis elle l'a ouye; et toutes voies (toutefois) luy 
a dit plusieurs fois qu'elle responde hardiment aux juges de ce qu'ils 
demanderont à elle, touchant son procès. 

Interroguée en quelle manière l'angle apporta la couronne, et s'il 
lamist sur la teste de son roy,./?. Elle fut baillée à ung arceves- 
que, c'est assavoir celui de Rains, comme il lui semble, en la pré- 
sence du roy ; et le dit arcevesque la receust et la bailla au roy ; et 
estoit elle mesmes présente ; et est mise en trésor du roy. 

Interroguée du lieu où elle fut apportée , R. « Ce fut en la cham- 
bre du roy, en chastel de Chinon. » 



(1) Ce qui précède est traduit du latin; ce qui suit est la reprise de la mi- 
nute originale. 



r 



mars îa.J 24 e SÉANCE. 97 

Interroguée du jour et de l'eure, « Du jour, je ne sçay, et de 
Teiire, il estoit haulte heure » ; autrement n'a mémoire de l'eure; 
«t du moys, en moys d'avril ou de mars, comme il luy semble, en 
moys d'avril prouchain ou en cest présent moys, a deux ans, et 
estoit après Pasques (1). . 

Interroguée se la première journée qu'elle vit le signe, se son roy 
le vit, R. Que ouil ; et. que il le eust luy mesmes. 

Interroguée de quelle matière estoit ladicte couronne, R. « C'est 
bon* assavoir quelle estoit de fin or ; et estoit si riche que je ne 
sçaroye nombrer la richesse » ; et que la couronne signifioit qu'il 
tendroit ( tiendrait, obtiendrait) le royaume de France. 

Interroguée s'il y avoit pierrerie, R. « Je vous ay dit ce que j'en 
sçay. » 

Interroguée s'elle la mania ou baisa, R. Que non. 

Interroguée se l'angle qui l'apporta venoit de hault, ou s'il venoit 
par terre, R. <c II vint de hault » ; et entend, il venoit par le com- 
mandement de Nostre Seigneur ; et entra par l'uys de la chambre. 

Interroguée se l'angle venoit par terre et erroit ( marchait ) de- 
puis l'uys- (2) de la chambre, R. Quant il vint devant le roy, il fit 
révérence au roy, en se inclinant devant lui, et prononçant les 
parolles qu'elle a dictes du signe; et avec ce luy ramentevoit ( sou- 
venait) la belle pacience qu'il avoit eu, selon les grandes tribula- 
cions qui luy estoient venues ; et depuis l'uys il marchoit et erroit 
sur la terre, en venant au roy. 

Interroguée quelle espace (y) avoit de l'uys jusques au roy, 
R. « Comme elle pense, il y avoit bien espacé de la longueur d'une 
lance ; et par où il estoit venu, s'en retourna. » 

Item dit que quant l'angle vint, elle l'accompaigna,et ala avec luy 
par les degrés à la chambre du roy , et entra l'ange le premier ; 
et puis elle mesmes dit au roy ; « Sire, velà vostre signe, prenez 
lay(3). ». 

Interroguée en quel lieu il apparut à elle , R. « J'estoie presque 
toujours en prière, afin que Dieu envoyast le signe du roy; et es- 
toie en mon lougeis (logis), qui est chieux (chez) une bonne 



(1) La date précise de la réception est le 10 mars 1429, avant Pâque. 
Voy. Hist. de Charles Vil, t. II, p. 57. 

(2) Huis , porte. 

(3) Voilà votre signe : prenez-le. 

JEANNE DARC. 7 



98 24° SÉANCE. [1431, 

femme (1) près du chastelde Chinon, quant il vint; et puis nous en 
alasmes ensemble au roy; etestoit bien accompaigné d'autres an- 
gles avec luy, que chacun ne véoit pas. » Et dist oultre , ce n'eust 
esté pour l'amour d'elle, et de la oster hors de paine des gens que 
Ja argûoient, elle croit bien plusieurs gens veirent l'ange dessus 
dit, qui ne l'eussent pas veu. 

Interroguée se tousceulx qui là estoient avec le roy, veirent l'an- 
gle, R. Qu'elle pense que l'arcevesque de Raïns, les seigneurs d'A- 
lençon et de la Trimoulle et Charles de Bourbon le veirent. Et, 
quant est de la couronne , plusieurs gens d'église et autres la vei- 
rent, qui ne virent pas l'angle. 

Interroguée de quelle figure, et quel grant (2) estoitle dit angle, 
/?. Qu'elle n'en a point congié ; et demain en respondra. 

Interroguée de ceulx qui estoient en la compaignie de l'angle, 
tous d'une mesme figure, R. « Ils se entre-ressembloient vou- 
lentiers les aucuns » et les autres non, en la manière qu'elle 
les véoit ( voyait) ; et les aucuns avoient elles ( ailes ) ; et si en avoit 
de couronnés, et les autres non; et y estoient en la compaignie 
sainctes Katherine et Marguerite , et furent avec l'angle dessus dit, 
et les autres angles aussi, jusque dedans la chambre du roy. 

Interroguée comme celluy angle se départit d'elle, R. Il départit 
d'elle en celle petite chappelle ; et fut bien courroucée de son parle- 
ment ; et pleuroit ; et s'en f ust voulentiers allée avec luy, c'est as- 
savoir son âme. 

Interroguée se au partement elle demeura joyeuse, ou effréée 
( effrayée ) et en grand paour ( peur), R. « Il ne me laissa point 
en paour ne effrée ( effroi) ; mais estoie courroucée (chagrinée) de 
son partement. » 

Interroguée se ce fut par le mérite d'elle que Dieu envoya son 
angle, R. Il venoit pour grande chose; et fut en espérance que le 
roy creust le signe, et qu'on laissast à la arguer ( 3), et pour don- 
ner secours aux bonnes gens d'Orléans, et aussi pour le mérite du 
roy et du bon duc d'Orléans. 

Interroguée pourquoy elle, plus tost que ung autre, /?.«11 pleust 
à Dieu ainsi faire par une simple pucelle, pour rebouter les adver- 
saires du roy. » 

(1) Bonne femme signifie ici positivement : une femme de bien. 

(2) De quelle grandeur. 

(3) Cessât de la questionner. 



mare 13.] 24 e SÉANCE. 99 

Interroguée se il a esté dit àelle où l'angle avoit prins celle (cette) 
couronne, R. Qu'elle a esté apportée de par Dieu ; et qu'il n'a or- 
faivre en monde qui la sceust faire si belle ou si riche ; et où il la 
prinst, elle s'en raporte à Dieu , et ne sçait point autrement où 
elle fut prinse. 

Interroguée se celle ( si cette) couronne fleuroit (flairait) point 
bon et avoit bon odeur, et s'elle estoit point reluisant, R. Elle n'a 
point mémoire de ce; et s'en advisera. Et après dit: elle sent bon, 
et sentira ; mais qu'elle soit bien gardée, ainsi qu'il apartient; et 
estoit en manière de couronne. 
Interroguée se l'angle luy avoit escript lectres, R. Que non. 
Interroguée quel signe eurent le roy, les gens qui estoient avec luy, 
et elle, de croire que c'estoit ung angle, R. Que le roy le creust par 
Y anseignement des gens d'église qui là estoient, et par le signe de 
la couronne (1). 

Interroguée comme (comment) les gens d'église sceurent que 
c'estoit ung angle,/?. « Par leur séance, et parce qu'ilz estoient 
clercs. » 

Interroguée d'un prestre concubinaire, etc., et d'une tasse per- 
due (2), respond : « De tout ce je n'en sçay rien, ne oncques n'en 
ouy parler. » . 

Interroguée se, quant elle ala devant Paris, se elle l'eust par ré- 
vélacion de ses voix de y aller, R. Que non ; mais à la requeste des 
gentilzhommes, qui vouloient faire une escarmouche ou une 
vaillance d'armes, et avoit bien entencion d'aleroultre et passer les 



Interroguée aussi d'aler devant La Charité s'elle eust révélacion, 
/?. Que non; mais par la requeste des gens d'armes, ainsi comme 
autresfois elle a dit. 

Interroguée du Pont-1'Evesque, s'elle eust point de révéfacion, 



(1) Toute cette histoire de couronne est absente des textes autres que ce 
prtoès. On sait seulement qu'une couronne avait été préparée pour le sacre, 
comme il a été dit ci- dessus, page 7 1 . 

(2) Il s'agit sans doute ici de quelque épisode miraculeux imputé à Jeanne 
et semblable à ceux qu'on rencontre si fréquemment dans es histoires <fe 
saints de l'époque. Prêtre concubinaire ( ramené au devoir f ) tasse ( d'or ou 
d'argent ? ) perdue ( et retrouvée ? ) Sur les concubinaires, consulter la pièce 
intitulée le Concile de Basle (tenu en 1431 )T Cette pièce a été insérée dans 
l&œuvres de Chastellain, Bruxelles, 1864, in-8°, tome VI; Voy. àla page ai. 

7. 



100 • 25 e SÉANCE. [!♦«, 

R. Que puis ce qu' ( depuis qu') elle ouït révélation à Melun qu'elle 
seroit prinse (prise ), elle se raporta le plugdu fait de la guerre (1) 
à la voulenté des cappitaines ; et toutes voies (toutefois) ne leur 
disoit point qu'elle avoit révélacion d'estre prinse. 

ïnterroguée se (si) ce fut bien fait, au jour de la Nativité de 
Nostre-Dame qu'il estoit feste, de aller assaillir Paris, R. C'est bien 
fait de garder les festes de Notre-Dame ; et en sa conscience luy 
semble que c'esioitet seroitbien fait de garder les festes de Nostre- 
Dame, depuis ung bout jusques à l'autre. 

Ïnterroguée s'elle dist point devant la ville de Paris : « Rendez 
la ville, de par Jeshus », R. Que non; mais dist : « Rendez-la au 
roy de France. »' 

Mars 14. 25 e séance. — Momlnatlon d'un notaire pour la 
part de l'Inquisition. 

Item le mercredi suivant 14 mars, nous Fr. J. Lemal- 
tre, etc., avons nommé, etc., comme il est plus amplement 
contenu dans les lettres ci-dessous. Et le lendemain ledit 
nommé a prêté serment devant nous dans le lieu de la 
prison delà dite Jeanne, où nous nous étions rendu, d'exer- 
cer fidèlement son office, ainsi que nous l'en avons requis. 
Présents : M" J. de la Fontaine, N, Midi, G. Feuillet, Guil- 
laume Manchon, et plusieurs autres. 

Suit la teneur des dites lettres. 

A tous ceux qui ces présentes lettres verront F. J. Lemaître, etc. 
Portant pleine confiance en la probité, intelligence, suffisance et 
aptitude de discrète personne M. Nicolas Taquel, prêtre du dio- 
cèse de Rouen, notaire impérial et notaire juré de la cour archiépis- 
copale de Rouen , nous avons retenu , élu et nommé le même 
M e Nicolas notaire juré de l'Inquisiteur et le nôtre ; nous le rete- 
nons, élisons et nommons notaire et scribe en cette cause et af- 



(1) Elle s'en remit principalement, touchant la conduite de la guerre, à la 
yolonté des capitaines. 



mars 14.] 26 e SÉANCE, 101 

faire ; lui donnant licence, faculté et autorisation de s'approcher 
de la présence de la dite Jeanne, et des autres lieux où, quand et 
quantes fois elle y sera; de l'interroger ou entendre interroger; 
de faire jurer et d'examiner les témoins à produire, de recueillir à 
l'audition ou de nous rapporter par écrit les dires et confessions de 
ladite Jeanne et des témoins, ainsi que les opinions des docteurs 
et maîtres, comme aussi de coucher par écrit tous et chacun des 
actes faits et à faire en cette cause ; de faire et de rédiger tout le 
procès en due forme et de faire tout ce qui appartient de droit à 
l'office de notaire partout et chaque fois qu'il y aura lieu. En ter 
moignage de q uoi nous avons fait apposer notre sceau à ces pré- 
sentes lettres. Donné et fait à Rouen, l'an du Seigneur 1430/1, le 
16 e jour du mois de mars. Ainsi signé, Bois Guillaume, G. Man- 
chon. 

26 e séance. — Même Jour. Dans la prison. 

Présents : 

J. de la Fontaine, délégué ; 

Lemaltre, 

N. Midi, 

G. Feuillet : 

N. de Hubant, 

Is. de la Pierre. 

Interroguée premièrement quelle fut la cause pour quoy elle sail- 
lit de la tour de. Beaurevoir, R. Qu'elle avoit ouy dire que ceulx de 
Compiègne, tous jusques à l'aage de sept ans, dévoient estre mis à 
feu et à sanc, et qu'elle àymoit mieulx mourir que vivre après une 
telle destruction de bonnes gens ; et fut l'une des causes. L'autre 
qu'elle sceust qu'elle estoit vendue aux Angloys, et eust eu plus 
cher mourir que d'estre en la main des Angloys, ses adversaires. 

Interroguée se ( si ) ce sault , ce fut du conseil de ses voix , 
R. Saincte Katherine luy disoit presque tous les jours qu'elle ne sait- 
list point, et que Dieu luy aideroit, et mesmes à ceulx de Compiè- 
gne; et ladicte Jehanne dist à saincte Katherine, puisque Dieu aide- 
roit à ceulx de Compiègne, elle y vouloit estre. Et saincte Kathe- 
rine luy dist : « Sans faulte, il fault que prenés en gré, et ne sériés 



102 26 f * SÉANCE. [1431, 

point délivrée, tant que aies veu leroydes Anglois.;» Et la dicte 
Jehanne respondoit ï « Vrayement ! je ne le voulsisse (voudrais) 
point veoir : j'aymasse (j'aimerais) raieulx mourir que d'estre mise 
en la main des Angloys. » 

Interroguée s'elle avoit dit à saincte Katherine et saincte Mar- 
guerite : « Laira Dieu (Dieu laissera-t-il ) mourir si mauvaisement 
ces bonnes gens de Compiègne, etc. ? » R. Qu'elle n'a point dit si 
mauvaisement ; mais leurdist en celle manière : « Comme (com- 
ment) laira Dieu mourir" ces bonnes gens de Compiègne, qui ont 
esté et sont si loyaulz à leur seigneur ! » 

Item dit que, puis qu'elle, fut cheue (1), elle fut deux ou trois 
jours qu'elle ne vouloit mengier; et mesmes aussi pour ce sault fut 
grevée (blessée ) tant, qu'elle ne povoit ne boire ne mangier; et 
toutes voies fut reconfortée de saincte Katherine, qui luy dit qu'elle 
se confessast, et requérist (requît) mercy à Dieu de ce qu'elle avoit 
sailli (sauté); et que sans faulte ceux de Compiègne aroient se- 
cours (2) dedans la saint-Martin d'yver. Et adoncque se prinst à re- 
venir, et à commencier à manger; et fut tanstoust(promptement) 
guérie. 

Interroguée, quant elle saillit, s'elle se cuidoittuer, R. Que 
non; mais en saillant» se recommanda à Dieu, et cuidoit, par 
le moyen de ce sault, eschaper et évader qu'elle ne fust livrée aux 
Angloy (3). 

Interroguée se, quant la parolle luy fut revenue elle regnoia et 
raalgréa (renia et maugréa) Dieu et ses sains, pour ce que ce est 
trouvé par l'information, comme disoit l'interrogant, R. Qu'elle n'a 
point de mémoire ou qu'elle soit souvenant, elle ne regnoia ou 
malgréa oncques Dieu ou ses sains, en ce lieu ou ailleurs; et ne 
s'en est point confessée, quar elle n'a point de mémoire qu'elle 
l'ait dit ou fait. 

Interroguée s'elle s'en veult raporter à l'informacion faicte ou à 



(1) Depuis qu'elle fut tombée. 

(2) De Ur( octobre 20 environ ), à la Saint-Martin (11 novembre ). 

(3) Un texte nouvellement connu fait voir que Jeanne essaya de fuir, en 
attachant à sa fenêtre un lien formé de ses draps , ou autre étoffe et qui 
communiquait extérieurement vers le sol. Hist. de Charles Vil ', t. II, p. 176, 
note 3. On pensait auparavant qu'elle s'était , du haut de la tour, élancée 
dans le libre espace. Voyez ci-après p. 105, note 4. 



1 



mars 14.] 2p c SÉANCE. 103 

faire, R. « Je m'en raporte à Dieu et non à aullre, et à bonne con- 
fession. » 

Interroguée se ses voix Luy demandent dilacion (4) de respondre, 
/?. Que saincte Katherine luy respond à la fois , et aucunes fois 
fault ladicte Jebanne à entendre, pour la turbacion des personnes 
et par les noises de ses gardes (2) ; et quant elle fait requeste à 
saincte Katherine et tantoust elle et saincte Marguerite font 
requeste à Nostre Seigneur, et puis du commandement de Nostre 
Seigneur donnent responce à ladicte Jehanne. 

Interroguée, quant elles viennent, s'il y a lumière avec elles, et 
s'elle vit point de lumière, quant elle oyt en chastel la voix, et ne 
sçavoit s'elle estoit en la chambre,/?. Qu'il n'est jour (3) qu'ilz (elles) 
ne viennent en ce chastel; et si ( ainsi) ne viennent point sans lu- 
mière ; et de celle ( pour cette ) fois oyt la voix, mais n'a point mé- 
moire s'elle vit lumière, et aussi s'elle vit saincte Katherine. 

Item dît qu'elle a demandé à ses voix trois choses : Tune son 
expédicion ; l'autre que Dieu aide aux François, et garde bien les 
villes de leur obéissance ; et l'autre le salut de son âme. 

Item requist, se ainsi est, qu'elle soit. menée à Paris, qu'elle ait 
le double de ses interrogatoires et responces, afin qu'elle le baille 
à ceulx de Paris, et leur puisse dire : « Vécy comme j'ay esté inter- 
roguée à Rouen, et mes responces » et qu'elle ne soit plus travaillée 
de tant de demandes. 

Interroguée, pour ce qu'elle avoit dit que Monseigneur de Beau- 
vezce mectoit (se mettait) en danger de la meictre en cause, 
et quel danger, et tant de Monseigneur de Beauvais que des autres, 
fl.Quar (que) c'estoit, et est, qu'elle dist àMonseigneurdeBeauvez, 
« Vous dictes que vous estes mon juge, je ne scay se vous Testes; 
mais advisez bien que ne jugés (jugiez) mal, [attendu] que vous 
vous mectriés en grant danger; et vous en advertis, afin que se 
Nostre Seigneur vous en chastie, que je fais mon debvoir dé le vous 
dire. » (4)»» 



(1) Délai pour répondre. 

(2) Que sainte Catherine lui répond immédiatement; et par fois ladite 
Jeanne manque de l'entendre à cause du trouble que lui causent les personnes 
(présentes dans sa prison ) et les colloques bruyants ou disputes de ses gardes. 

(3) H ne se passe pas de jour. 

(4) Cette parole , juste et ferme , doit être vraie. Elle est un exemple remar- 
quable de la grande lucidité d'esprit que déploya la prévenue. 



104 27 e SÉANCE. [i431 r 

Interroguée quel est ce péril ou danger, R. Que sairicte Katherine 
luy a dit qu'elle auroit secours, et qu'elle ne sçait se ce sera à estre 
délivrée de la prison, ou quant elle seroit au jugement (1), s'il y ven- 
drait aucun trouble, par quel moien elle pourroit estre délivrée ; et 
pense que ce soit ou l'un ou l'autre. Et le plus luy dient ses voix : 
. qu'elle sera délivrée par grand victoire ; et après luy dient ses- 
voix : Pran (prends) tout en gré, ne te chaille (2) de ton martire*; 
tu t'en vendras en fin en royaulme de paradis. » Et ce luy dient ses 
voix simplement et absoluemnt, c'est assavoir sans faillir ; et appelle 
ce, martire, pour la paine et adversité qu'elle souffre en la prison,. 
e{ ne sçait se plus grand souffrera, mais s'en actent (rapporte) à 
Nostre Seigneur. 

Interroguée se (si), depuis que ses voix luy ont dit qu'elle ira en 
la fin en royaume de paradis, s'elle se tient asseurée d'estre sauvée, 
et qu'elle ne sera point dampnée (damnée ) en enfer, R. Qu'elle 
croist ce que ses voix luy ont dit qu'elle sera saulvée, aussi ferme- 
ment que s'elle y fust jà (3). Et quant on luy disoit que ceste res- 
ponse estoit de grant pois : aussi respond-elle qu'elle le tient pour 
ung grant trésor. 

Interroguée se, après ceste révélation, elle croist qu'elle ne 
puisse faire pécbié mortel, R. « Je n'en sçay rien, mais m'en actend 
du tout à Nostre Seigneur. » 

Et quant àcest article, par ainsi qu'elle tiègne le sérement et pro- 
messe qu'elle a fait à Nostre Seigneur, c'est assavoir qu'elle gar- 
dast bien sa virginité de corps et de âme. 

27 e séance. Du mercredi la relevée. . 

Présents : Lafontaine, Lemaitre, Midi , Feuillet, La 
Pierre, Jean Manchon. 

Interroguée se il est besoing'de se confesser, puis qu'elle croist 
à la relacion de ses voix qu'elle sera sauvée, R. «Qu'elle ne sçait 

(1) Au jugement peut s'entendre de deux manières : 1° à l'audience, 2° et 
mieux : en place publique, lors de l'exécution. Il est bon de rappeler que la 
guerre du temps n'était en effet qu'une série de coups de main. 

(2) (Ne te soucie); littéralement : qu'il ne te chaille (qu'il ne t'importe); 
du verbe chaloir, d'où chaland (acheteur) et nonchalance. 

(3) Que si elle y était déjà. 



mars 14.] 27 e SÉANCE. 105 

point qu'elle ait péchié mortellement; mais s'elle estoit en péchié 
mortel, elle pense que saincte Katherine et saincte Marguerite la 
délesseroient tantost Etcroist, en respondant à l'article précédant : 
on ne sçait trop nectoyer la conscience (1). 

Interroguée se, depuis qu'elle est en ceste prison, a pointregnoyé 
ou malgréé Dieu, R. Que non; et que aucunes fois, quant elle dit : 
« Bon gré Dieu » ou « saint Jehan » ou a Nostre-Dame » ceulx qui 
pevent avoir rapporté, ont mal actendu (entendu ). 

Interroguée se de prendre ungj homme à rançon , et le faire 
mourir prisonnier, ce n'est point péchié mortel ; R. Qu'elle ne l'a 
point fait. 

Et pour ce que on lui parloit d'un nommé Franquet d'Arras, que 
on fit mourir à Laigny, R. Quelle fut consentante de luy de le faire 
mourir, se iM'avoit déservi ( mérité ), pour ce que il confessa estre 
murdrier ( meurtrier ), larron et traictre. Et dit que son procès 
dura quinze jours, et en fut juge le baillif de Senlis, et ceùlx de la 
justice de Laigny. Et dit qu'elle requéroit avoir Franquet pour ung 
homme de Paris, seigneur de l'Ours (2); et quant elle sceut que le 
seigneur fut mort, et que le baillif luy dist qu'elle vouloit faire 
grant tort à la justice, de délivrer celluy Franquet, lors dit elle au 
baillif : «Puis que mon homme est mort, que je vouloye avoir, 
faictes de icelluy ce que debvroyés ( devriez) faire par justice. » 
Interroguée s'elle bailla l'argent ou fit bailler pour celluy qui avoit 
prins ledit Franquet, R. Qu'elle n'est pas monnoyer ou trésorier 
de France, pour bailler argent. 

Et quant on lui a ramentue (rappelé ) qu'elle avoit assailli Paris 
à jour de feste ; qu'elle avoit eu le cheval de monseigneur (3) de 
Senlis ; qu'elle s'estoit laissée cheoir (4) de la tour de Beaurevoir; 
qu'elle porte abit d'homme ; qu'elle estoit consentante de la mort 
de Franquet d'Arras, s'elle cuide point avoir péchié mortel, R. Au 
premier, de Paris : « Je n'en cuide point estre en péchié mortel , et 
se je Tay fait, c'est à Dieu d'en congnoistre , et en confession à 
Dieu et au presbtre. » 
Au second, du cheval de Senliz, R. qu'elle croist fermement 



(1) On ne saurait trop purifier sa conscience. 

(2) Et dit qu'elle demandait à échanger Franquet contre un parisien , maître 
de l'hôtel à l'enseigne de l'Ours ( rue Saint Antoine ). 

(3) L'évoque. — (4) Le texte, ici, ne dit plus, saillir, sauter; mais laissée 
cheoir. Voyez ci-dessus, page 102, note 3. 



106 27 e SÉANCE. [ii3i, 

qu'elle n'en a point de péchié mortel envers nostre sire, pour ce 
qu'il (4) se estime à deux cens salus d'or, dont il en ouït assigna- 
tion; et toutes voies il fut renvoyé au seigneur de la Tremoulle (2) 
pour la rendre à monseigneur de Senliz ; et ne valoit rien ledit 
cheval à chevaucher pour elle. Et si ( de même) dit qu'elle ne le 
osta (3) pas de l'évesque ; et si dist aussi qu'elle n'estoit point con- 
tente, d'autre part, de le retenir, pour ce qu'elle oyt que l'évesque 
en estoit mal content que on avoit prins son cheval, et aussi pour 
ce qu'il ne valoit rien pour gens d'armes. Et en conclusion, s'il fut 
paie de l'assignacion qui luy fust faicte, ne sçait, ne aussi s'il 
eust restitution de son cheval, et pense que non. 

Au tieis (3 e point), de la tour de Beaurevoir, R. « Je le faisoye 
non pas en espérance de moy désespérer (4), mais en espérance de 
sauver mon corps, et de aler secourir plusieurs bonnes gens qui 
estoient en nécessité. » Et après le sault s'en est confessée, et en a 
requis mercy à Notre Seigneur, et en a pardon de Nostre Seigneur. 
Et croist que ce n'estoit pas bien fait de faire ce sault; mais fust 
mal fait. Item dit qu'elle sçait qu'elle en a pardon par la relaction 
de saincte Katherine après qu'elle en fut confessée ; et que, du con- 
seil de saincte Katherine, elle s'en confessa. 

Interrogiiée s'elle en ouït grande pénitance, R. Qu'elle en porta 
une grant partie, du mal qu'elle se fist en chéant. 

Interroguée se, ce mal fait qu'elle fist de saillir, s'elle croist que 
ce fust péchié mortel, R. « Je n'en sçay rien, mais m'en actend à 
Nostre seigneur. >> 

Au quart (4 e point), elle porte habit d'omme, R. « Puis que je le 
fais par le commandement de nostre sire, et en son service, je ne 
cuide (crois) point mal faire ; et quant il lui plaira à commander, 
il sera tantoust mis jus » (5). 



(1) La valeur du cheval. 

(2) Georges de la Trimouiile , premier ministre ou favori du roi. 

(3) Oter, dérober. 

(4) En vue de suicide. 

(5) Et quand il plaira à Dieu de me le commander, aussitôt je déposreai 
cet habit. 



mars 15.J 28 e SÉANCE. 107 

Jeudi matin i5 Mars, 28 e séance. 
Présents : les mêmes 1 ; moins Jean Manchon. 

Après les monicions faictes à elle, et réquisitions que, s'elle a fait 
quelque chose qui soit contre nostre foy, qu'elle s'en doit rapporter 
à la détermination de l'Église, R. Que ses response s soient veues 
et examinées par les clercs ; et puis que on luy die s'il y a quelque 
chose qui soit contre la foy chrestienne , elle sçara bien à dire par 
son conseil qu'il en sera, et puis en dira ce que en aura trouvé par 
son conseil. Et toutesvoies, s'il y a rien de mal contre la foy chres- 
tienne que nostre sire (Dieu) a commandée, elle ne vouldroit [le] 
soustenir, et seroit bien courroucée d'aler encontre. 

Item luy fut déclairé l'Église triumphant et l'Église militant, que 
c'estoit de l'un [et] de l'autre. Item requise que de présent elle se 
meist en la détermination de l'Église de ce qu'elle a fait ou dit, soit 
bien ou mal, R. « Je ne vous en regpondray autre chose pour le pré- 
sent. » 

Ladite Jeanne fut requise et interrogée sous serment, et d'abord 
qu'elle distla manière comme elle cuida (pensa) eschaper du chas- 
tel de Beaulieu^ entre deux pièces de boys, R, Qu'elle ne fut onc- 
ques prisonnière en lieu qu'elle ne se eschappast voulentiers ; et 
elle estant en icelluy chastel, eust confermé ( enfermé) ses gardes 
dedans la tour, n'eust été le portier <Jui la ad visa et la recontra. 
( l'aperçut et la rencontra ) 

Item dit, ad ce que il luy semble, que il ne plaisoit pas à Dieu 
qu'elle eschappast, pour celle (cette) fois, et qu'il falloit qu'elle 
veist le roy des Angloys, comme ses voix luy avoient dit, et comme 
dessus [ est | escript. 

Interroguée s'elle a congié de Dieu ou de ses voix de partir de 
prison toutes fois qu'il plaira à elle, R. « Je l'ay demandé plusieurs 
fois, mais je ne l'ay pas encore. » 

Interroguée se de présent elle partiroit, s'elle véoit son point de 
partir, R, S'elle véoit l'uis ouvert, elle s'en iroit, et se ( si) luy se- 
roit le congié de Nostre Seigneur. Et croist fermement, s'elle véoit 
l'uys ouvert, et ses gardes et' les autres Angloys n'y sceussent résis- 
ter, elle entendroit que ce seroit le congié, et que Nostre Seigneur 
luy erivoyeroit secours ; mais, sans congié ne s'en iroit pas, se ce 



i08 28 e SÉANCE. . [1431, 

n'estoit s'elle faisoit une entreprise pour s'en aler, pour sçavoir 
si nostre Sire ( Dieu ) en seroit content. Elle allègue : « aide toy, 
Dieu te aidera ». Et le dit pour ce que, s'elle s'en aloit, que on ne 
deist pas qu'elle s'en fust allée sans congié. 

Interroguée, puis qu'elle demande à oïr messe, que il semble que 
ce seroit le plus honneste qu'elle fust en abit de femme ; et pour 
ce fut interroguée lequel elle aymeroit [ mieulx], prendre abit de 
femme et ouyr messe , que demourer en abit d'homme et non 
oyr messe, R. « Certiffiés-moy de oïr messe, si je suys en abit de 
femme; et sur ce je vous respondray. » 

A quoy luy fut dit par Pinterrôgant : « Et je vous certiffie que 
vous orrez (entendrez) messe, mais (à condition) que soyés en 
abit de femme, » R. « Et que dictes- vous, se je ay juré et promis 
à nostre roy non meictre jus cest abit(i)?Toutesvoiesje vousres- 
pond : Faictes-moy faire une robe longue jusquesà terre, sans 
queue, et m« la baillez à alerà la messe $ et puis au retour, je re- 
prandray l'abit que j'ay (2). » 

Et interroguée de prandre du tout l'abit de femme pour aler ouyr 
messe, respond : « Je me conseilleray sur ce, et puis vous respon- 
dray. » Et oultre requist, en l'onneur de Dieu et Nostre-Dame, 
qu'elle puisse ouyr messe en ceste bonne ville. 

Et ad ce luy fut dit qu'elle prenge habit de femme simplement 
et absolument. Et elle repond : « Baillez-moy abit comme une fille 
de bourgoys,. c'est assavoir houppelande longue, et je le prendray, 
et mesmes le chaperon de femme, pour aler ouyr messe (3). » Et 



(1) Si j'ai juré de ne pas quitter cet habit. 

(2) Au quinzième siècle , l'habit des jeunes gens de condition ( hommes ) 
était la nuque (habit court), que portait Jeanne dans sa prison. L'habit de 
cérémonie, ou habit habillé, pour les hommes, était une robe, longue et 
descendant vers la cheville. La robe longue sur les talons (talaris) était la 
robe des clercs et des magistrats. Les femmes portaient toutes la robe , mais 
plus ou moins longue, suivant leur condition. La jupe des paysannes était 
courte. Les bourgeoises et dames du monde avaient des robes qui descen- 
daient jusqu'à terre.'Les grandes dames et les élégantes portaient des robes 
à queue traînante ou portée à la main soit par des pages, soit par des sui- 
vantes. Jeanne demande une robe simple et décente , de femme , pour aller 
à l'église. Elle entend conserver dans sa prison son vêtement masculin, et par 
des raisons également de décence et antres, mais toutes fort sensées. 

(3) Jeanne était noble légalement , ayant été anoblie par Charles VII. De 



mars 15.] ?8 e SÉANCE. 109 

aussi le plus instamment qu'elle peust, requiert que on luy lesse cest 
habit qu'elle porte, et que on la laisse oyr messe sans le changier. 

Interroguée se de ce qu'elle a dit et faict,' elle Veult [se] sub- 
meictre et rapporter en la déterminacion de l'Église, respond : 
«Toutes mes œuvres et mes fais sont tous en la main de Dieu, et m'en 
actend à luy ; et vous certiffîe que je ne vouldroie rien faire ou dire 
contre la foy chrestienne ; et se je avoye rien fait on dit qui fust sur 
le corps de moy, que les clers sceussënt dire que ce fûst contre la 
foy chrestienne que nostre Sire ait establie, je ne [le] vouldroie 
soustenir; mais le bouteroye hors (je le désavouerais). » 

Interroguée s'elle s'en vouldroit point submectre ou ( soumettre à) 
l'ordonnance de l'Église, R. « Je ne vous en respondray mainte- 
nant autre chose ; mais samedi envoyés-moy le clerc, se n'y voulés 
venir, et je luy respondray de ce à l'aide de Dieu , et sera mis en 
escript. » 

Interroguée se, quant ses voix viennent, s'elle leur fait révérence 
absoluement comme à ung sainct ou saincte, R. Que ouil. Et s'elle 
ne l'a fait aucunes fois, leur en a crié mercy et pardon depuis. Et 
lie leur sçait faire si grande révérence comme à elles appartient ; 
car elle croist fermement que ce soient sainctes Katherine et Mar- 
guerite. Et semblablement dit de saint Michel. • 

Interroguée pour ce que es saincts de paradis on fait voulentiers 
oblacion de chandelles, etc., se à ces saincts ou sainctes qui viennent 
à elle, elle a point fait oblacion de chandelles ardans ou d'autres 
choses, à l'église ou ailleurs, ou faire dire des messes, R. Que non, 
se ce n'est en offrant à la messe en la main du presbtre, et en 
l'onncur de saincte Katherine; et croist que c'est l'une de celles 
qui se apparust à elle ; et n^en a point tant alumé comme elle fe- 
roit voulentiers à sainctes Katherine et Marguerite , qui sont en 
paradis, qu'elle croist fermement que ce sont celles qui viennent à 
elle. 

Interroguée se , quant elle meict (mit) ces chandelles devant 
l'ymaige saincte Katherine, elle les meict, ces chandelles, en l'on- 
neur de celle qui se apparut à elle, R. « Je le fais en l'onneur de 



fait , elle avait tenu à l'armée ou à la cour l'état d'une comtesse , ou mieux 
d'un comte. Vêtue en femme , elle se serait coiffée , dans le monde , d'un 
truffeau, coiffure des grandes dames, ou d'un hennin, mais non d'un cha- 
peron de bourgeoise. Elle fait donc acte, dans celte offre , de modestie et 
de simplicité. 



110 28 e SÉANCE. [1431, 

Dieu, de Nostre-Dame et de saincte Katherine, qui est au ciel ; et 
ne fais point de différence de saincte Katherine qui est en ciel et 
de celle qui se appert ( apparaît) à moy. » 

Interroguée s'elle le meict en l'onneur de celle qui se apparut à 
elle, R. Que ouil ; car elle ne met point de différence entre celle 
qui se apparut à elle et celle qui est en ciel. 

Interroguée s'elle fait et accomplist tousjours ce que ses voix lui 
commandent, R. Que de tout son povoir elle accomplit le com- 
mandement de Nostre Seigneur à elle fait par ses voix, de ce qu'elle 
en sçait entendre ; et ne luy commandent rien sans le bon plaisir 
de Nostre Seigneur. 

* Interroguée se en fait de la guerre elle a rien [ fait ] sans le 
congié de ses voix, R. « Vous en estes tous respondus. ( Vous en 
avez la réponse ). Et lises bien vostre livre (1), et vous le trouvè- 
res. » Et toutesvoies dit que à la requeste des gens d'armes fut 
fait une vaillance d'armes devant Paris, et aussi ala devant La 
Charité (2) à la requeste de son roy; et ne fut contre ne par le 
commandement de ses voix. 

Interroguée se elle fîst oncques aucunes choses contre leur com- 
mandement et voulenté, R. Que ce. qu'elle a peu et sceu faire, elle 
Ta fait et accoraply'à son povoir ; et quant est du sault du dongon, 
( donjon ) de Beaurevoir, qu'elle fi3t contre leur commandement, 
elle- ne s'en peust tenir ; et quant elles veirent sa nécessité, et qu'elle 
ne s'en sçavoit et povoit tenir, elles luy secourirentsa vie et la gar- 
dèrent de se tuer. Et dit oultre que* quelque chose qu'elle feist 
oncques en ses grans afaires, elles l'ont tousjours secourue; et ce 
est signe que ce soient bons esperis. 

Interroguée s'elle a point d'autre signe que ce soient bons es- 
peris, R. « Saint Michiel le me certiffia avant que les voix me ve- 
nissent. » 

Interroguée comme elle congneust que c'estoit saint Michiel , 
R. «Par le parler et le langaige des angles »; et le croist ferme- 
ment que c'estoient angles. 

Interroguée comme elle congneust que c'estoit langaige d'angles, 
R. Que elle le crèust assés tôt ; et eust ceste voulenté de te croire. 
Et dit oultre que saint Michiel, quand il vint à elle, luy dist que 



(1) Le procès. 

(2) Les épisodes auxquels Jeanne fait allusion (à Paris et à La Charité) 
furent marqués par deux insuccès. 



mars 15.] 28 e SÉANCE. -114 

^ sainctes Katherine et Marguerite vendroient ( viendraient ) à elle, et 
qu'elle feist (fit, agît ), par leur conseil, et estoient ordonnées pour 
la conduire et conseiller en ce qu'elleavoit à faire ; et qu'elle les 
creustde ce qu'elles luy diroient, et que c'estoit par le. commande- 
ment de Nostre Seigneur. 

Interroguée se l'Annemy ( si le diable ) se mectoit en fourme 
(forme) ou signe d'angle (ange), comme (comment) elle con- 
gnoistroit que ce fust bon angle ou mauvais angle, R. Qu'elle con- 
gnoistroit bien se (si) ce seroit saint Michiel, ou une chose contre- 
faicte comme luy (imitée d'après lui. ) 

Item respont que à la première fois elle fist grant doujrte se 
c'estoit saint Michiel, et à la première fois ouït (eut) grand paour 
(peur) ; et si le vist maintes fois, avant qu'elle sceust que ce fust 
saint Michiel . 

Interroguée pourquoy elle congneust plus tost que c'estoit saint 
Michiel à la fois que elle creust que c'estoit il, que à la fois pre- 
mière, R. Que à la première fois elle estoit jeune enfant, et ouït 
paour de ce ; depuis lui enseigna et monstra tant, qu'elle creust 
fermement que c'estoit il. 

Interroguée quelle doctrine il luy enseigna, /?. « Sur toutes cho- 
ses il Inydisôit qu'elle fust bon enfant, et que Dieu luy aideroit; 
et entre les autres choses qu'elle venist au. secours du roy de France. 
Et une plus grande partie de ce que l'angle luy enseigna est en 
ce livre ; et luy racontet l'ange la pitié (l)qui estoit en royaume de 
France. 

Interroguée de la grandeur et estature de celluy angle , dit que 
samedi elle en respondra avec l'autre chose dont elle doit respon- 
dre , c'est assavoir ce qu'il en plaira à Dieu. Interroguée s'élle 
croist point grant péchié de courroucer saincte Katherine et saincte 
Marguerite qui se appairent ( apparaissent ) à elle, et de faire (agir) 
contre leur commandement : dit que ouil, qui le sçait amender (2); 
et que le plus qu'elle les courrouçast oncques, à son advis, ce fut 
du sault de Beaurevoir et dont elle leur a crié mercy, et ( ainsi que) 
des autres offenses qu'elle peust avoir faictes envers elle. 

Interroguée se saincte Katherine et saincte Marguerite pren- 



(l)La situation digne de pitié. 

(2) (Lorsqu'on sait l'amender.) Il y a une ellipse dans cette phrase. Traduc- 
tion libre : oui, il faut craindre d'offenser le ciel ; mais on peut s'amender, se 
le faire pardonner. 



112 29 e SÉANCE. [1431, 

droient vengence corporelle pour l'offence, R. Qu'elle ne sçait, et 
qu'elle ne leur a point demandé. 

lnterroguée, pour ce qu'elle a" dit que, pour dire vérité, aucunes 
fois l'en est pendu ; et pour ce, s'elle ( se ) sçait en elle quelque 
crime ou faulte, pour quoy elle peust ou deust mourir, s'elle le 
confesseroit, R. Que non. 

Samedi 17 mars, 20 e séance. Dan» la prison. 

Présents : la Fontaine , Lemaltre , Midi , Feuillet , la 
Pierre, Massieu. 

lnterroguée sous serment de donner response en quelle fourme et 
espèce, grandeur et habit, vient sainct Michiel, R. « 11 estoit en la 
feurme d'un très-vray preudomme » ; et de l'abit et d'autres cho- 
ses, elle n'en dira plus autre chose. Quant aux angles , elle les a 
veus à ses yeux, et n'en aura Ton plus autre chose d'elle. 

Item dit qu'elle croist aussi fermement les ditz et les fais de saint 
Michiel, qui s*est apparu à elle, comme elle croist que Nostre Sei- 
gneur Jeshu-Crist souffrit mort et passion pour nous ; et ce qui la 
meust à le croire, c'est le bon conseil, confort et bonne doctrine 
qu'il luy a fais et donnés. 

lnterroguée s'elle se veult meictre (soumettre) de tous ses diz 
et fais, soit de bien ou mal, à la déterminacion de nostre mère 
saincte Église, R. Que quant à l'Eglise, elle l'aime et la vouldroit 
soustenir de tout son povoir pour nostre foy chrestienne, et n'est 
pas elle que on doive destourber ou empescher d'aler à l'église, 
ne de ouyr messe. Quant aux bonnes œuvres qu'elle a faictes et 
de son advénement, il fault qu'elle s'en actende ( qu'elle s'en rap- 
porte) au Roy du ciel, qui l'a envoyée à Charles, filz de Charles, roy 
de France, qui sera roy de France ; « et verres que les Françoys 
gaigneront bien tost une grande besoigne que Dieu envoyeroit aux 
François; et tant que il branlera presque tout le royaume de 
France. » Et dit qu'elle le dit afin que, quant ce sera advenu, que 
on ait mémoire qu'elle l'a dit. (1). 



(1) Jeanne Darc avait été personnellement (pendant sa carrière de deux 
ans) Pâme et le centre de toutes les actions ou entreprises militaires du parti 
français. 



mars 17. | 29 e SÉANCE. 113 

Et requise de dire le terme, dit : « Je m'en actend à Nostre Sei- 
gneur. » % 

Interroguée de dire s'elle se rapportera à la détermination de 
l'Eglise , R. « Je m'en rapporte à Nostre Seigneur, qui m'a envoyée, 
à Nostre Dame, et à tous les benoits saints et sainctes de paradis. » 
Et luy est advis que c'est tout ung de Nostre Seigneur et de l'Église, 
et que on n'en doit point faire de difficulté, en demandant pour 
quoy on fait difficulté que ce ne soit tout ung. 

Adonc luy fut dit que il y a l'Eglise triomphant, où est Dieu, les 
saincts, les angles et les âmes saulvées. L'Eglise militant c'est nos- 
tre saint père le Pape, vicaire de Dieu en terre, les cardinaulx, les 
préias de l'Eglise et clergié, et tous bons chrestiens et catholiques ; 
laquelle Eglise bien assemblée ne peut errer, et est gouvernée du 
saint Esperit. Et pour ce, interroguée s'elle se veult raporter à l'E- 
glise militant , c'est assavoir c'est celle qui est ainsi déclairée , 
R. Q'elle est venue au roy de France de par Dieu, de par la vierge 
Marie et tous les benoitz sains et sainctes de paradis, et l'Eglise vic- 
torieuse de là hault, et de leur commandement; et à celle Eglise-là 
elle submeict tous ses bons fais, et tout ce qu'elle a fait ou à faire. 
Et de respondre s'elle se submeictra à l'Eglise militant, dit qu'elle 
n'en respondra maintenant autre chose. 

Interroguée qu'elle dit à cel (cet) habit de femme que on luy 
offre, affin qu'elle puisse aler ouyr messe , R. Quant à l'abit de 
femme, elle ne le prendra pas encore, tant qu'il plaira à Nostre Sei- 
geur. Et se ainsi est qu'il la faille mener jusques en jugement, 
qu'il la faille desvestir en jugement, elle requiert aux seigneurs de 
l'Eglise, qu'il luy donnent la grâce de avoir une chemise de femme, 
et un queuvrechief (1) en sa teste ; qu'elle ayme mieulx mourir que 
de révoquer ce que Nostre Seigneur luy a fait faire, et qu'elle croist 
ferméement que Nostre Seigneur ne laira jà advenir de la meictre 
si bas, par chose, qu'elle n'ait secours bien tost de Dieu et par mi- 
racle. 

Interroguée, pour ce qu'elle dit qu'elle porte habit d'omme par le 
commandement de Dieu, pourquoy elle demande chemise de 
femme en article de mort (2) , R. 11 luy suffist qu'elle soit longue. 

(0 Le couvrechef était la coiffure qui se porte à l'intérieur de l'habitation 
ou du lit. 

(2) Jeanne marchant au supplice portait en effet une robe longue et un 
couvrechef de femme. Voy. HisU de Charles VII t t. II, p. 229. 

JEANNE DARC. ' 8 



||4 29« SÉANCE. [1431, 

Interroguée se sa marraine qui a. veu les] fées , s'elle est réputée 
saige femme (i), R. Qu'elle est tenue et réputée bonne prude 
femme, non pas devine ou sorcière. 

Interroguée, pour ce qu'elle a dit qu'elle prendroit habit de 
femme, mais que on la laissast aler, (si) se ce plairoit à Dieu (2), 
R. Se on luy donnoit congié en abit de femme, elle se meictroit 
tantoust en abit d'omme, et feroit ce qui luy est commandé par 
Nostre Seigneur ; et Ta autresfois ainsi respondu, et ne feroit pour 
rien le sèrement qu'elle ne se armast et meist en abit d'omme, pour 
faire le plaisir de Nostre Seigneur. 

Interroguée de l'aage et des vestemens de sainctes Katherine et 
Marguerite, R. « Vous estes respondus de ce que vous en aurez 
de moy ; et n'en aires (aurez ) aultre chose ; et vous en ay respondu 
tout au plus certain que je sçay. » 

Interroguée s'elle croièt point au devant de aujourd'huy que les 
fées feussent maulvais esperis, R. Qu'elle n'en sçavoit rien. 

Interroguée s'elle sçait point que sainctes Katherine et Margue- 
rite haient les Angloys : respond : « Elles ayment ce que Nostre 
Seigneur ayme, et haient ce que Dieu hait. » 

Interroguée se Dieu hait les Angloys, R. Que de l'amour ou haine 
que Dieu a aux Angloys, ou que Dieu leur feit à leurs âmes, ne 
sçait rien; mais sçait bien que ilz seront boutez hors de France, 
excepté ceulx qui y mourront; et que Dieu envoyera victoire aux 
Françoys, et contre les Angloys. 

Interroguée se Dieu estoit pour les Angloys, quant ilz estaient en 
prospérité en France, R. Qu'elle ne sçait se Dieu hayèt ( haïssait) 
les Françoys ; mais croist qu'il vouloit permeictre de les laisser 
batre pour leurs péchiez, s'ilz y estoient (3). 

Interroguée quel garand et quel secours elle se actend avoir de 
Nostre Seigneur, de ce qu'elle porte abit d'homme, R. Que, tant de 



(1) Femme savante, instruite, qui a étudié. Sage femme est demeuré, dans 
l'acception spéciale la plus usuelle de nos mœurs , pour dénommer une 
accoucheuse. Les mots bon, prude et sage, ont ici une nuance d'application 
qui diffère de leur signification moderne et actuelle. 

(2) On lui demande, sur ce qu'elle a dit qu'elle reprendrait l'habit de femme 
à condition qu'on la laissât partir, si cela plairait à Dieu. 

(3) Cette doctrine était universellement admise, au .XV • siècle, par les 
moralistes des divers partis. 



mars n.] 30 e séance, i!5 

l'abit que d'autres choses qu'elle a fais, elle n'en a voulu avoir 
autre loyer ( récompense ), sinon la salvacion de son ame. 

loterroguée quelz armes elle offry à saint Denis, R. Que (elle of- 
frit) ung blanc harnas entier à ung homme d'armes, avec une es- 
pée; et lagaigna devant Paris (i). 

Interroguée à quelle fin elle les offry, R. Que ce fut par dévo- 
tion, ainsi que il est accoustumc par les gens d'armes quant ilz 
sont bléciés : et pour ce qu'elle avoit esté blécée devant Paris, les 
offrit à saint Denis, pour ce que c'est le cry de France (2). 

Interroguée se c'estoit pour ce que on les armast (qu'on s'en 
armât),/?. Que non. 

Interroguée de quoy servoient ces cinq croix qui estoient en l'es- 
pée qu'elle trouva à Saincte-Katherine de Fierboys, R. Qu'elle n'en 
sçait rien. 

Interroguée qui la meust de faire paindre angles, avecques bras, 

pies, jambes, vestemens, respond : « Vous y estes respondus. » 

Interroguée s'elle les a fait paindre tielz qu'ilz viennent à elle, 

R. Que elle les a fait paindre tielz en la manière qu'ilz sont pains es 

églises. 

Interroguée se oncques elles les vit en la manière que ilz furent 
pains, R. « Je ne vous en diray autre chose. » 

Interroguée pourquoy elle n'y fist paindre la clarté qui venoit à 
elle avec les angles ou les voix, R. Que il ne luy fust point com- 
mandé. 

Le samedi xvn e jour de mars, 30 e séance. — Après dlsner. 

Présents : Cauchon , Lemaltre , Beaupère , Touraine , 
Midi, P. Maurice, G. Feuillet, Gourcelles, La Fontaine, La 
Pierre, J. Grey. 

Interroguée se ces deux angles qui estoient pains en son estain- 
dart représentoient saint Michel et saint Gabriel, R. Qu'ilz n'y 
estoient fors seullement pour l'onneur de Nostre Seigneur, quies- 
tottpainct en l'estaindart ; et dit qu'elle ne fist faire celle repre- 



(1) Cet usage, de déposer, à titre d'offrande ou d'hommage , des armes ou 
trophées dans les églises remontait à l'antiquité païenne. 

(2) Le cri d'armes des rois de France était : Montjoie, Saint Denis! 

8. 



116 30 8 SÉANCE. [i«i, 

sentacion des deux angles, fors seullement pour l'onneur de 
Nostre Seigneur, qui y estoit figuré tenant le monde. 

lnterroguée se ces deux angles qui estoient figurés en l'éstain- 
dart estoient les deux angles qui gardent le monde, et pourquoy 
il n'y en avoit plus (1), veu qu'il luy estoit commandé par Nostre Sei- 
gneur qu'elle praiiîst cel estai ndart, R. Tout l'estaindart estoit com- 
mandé par Nostre Seigneur, par les voix de sainctes Katherine et 
Marguerite, qui luy dirent : « Pren l'estaindart de par le roy du 
ciel. » Et pour ce qu'ilz luy dirent : « Pren estaindart de par le roy 
du ciel », elle y fist faire celle figure de Nostre Seigneur et de deux 
angles, et de couleur, et tout le fist par leur commandement. 

lnterroguée se alors elle leur demanda se en vertu de celluy es- 
taindart elle gaigneroit toutes les batailles où elle se bouteroit ( met- 
trait), et qu'elle auroit victoire, R. Qu'ilz luy dirent qu'elle le prinst 
hardietfient, et que Dieu luy aideroit. 

lnterroguée qui aidoit plus, elle à l'estaindart, ou l'estaindart à 
elle (2), R. Que de la victoire de l'estaindart ou d'elle, c'estoit tout 
à Nostre Seigneur. 

lnterroguée se l'espérance d'avoir victoire estoit fondée en son 
estaindart ou d'elle, R. « Il estoit fondé en Nostre Seigneur, et 
non ailleurs. » 

lnterroguée se ung autre l'eust porté qu'elle se il eust eu aussi 
bonne fortune comme elle de le porter, R. « Je n'en sçay rien, 
je m'en actend à Nostre Seigneur. » 

lnterroguée se ung des gens de son party luy eust baillé son 
estaindart à porter ; s'elle l'eust porté, s'elle y eust eu aussi bonne 
espérance comme en celluy d'elle, qui luy estoit disposé de par 
Dieu; et mesmementceluy de son roy, R. « Jeportoye plus voulen- 
tiers celluy qui m'estoit ordonné de par Nostre Seigneur ; et toutes 
voies du tout je m'en actendoye à Nostre Seigneur. » 

Ipterroguée de quoy servoit le signe qu'elle mectoit en ses lec- 
tres, Jeshus Maria, R. Que les clercs escripvans ses lectres luy 



(1) Plus signifie ici davantage : (et pourquoi il n'y en avait pas d'avan- 
tage ). En blason, les armes de France avaient deux anges pour supports; 
tandis que les anges, qui, du ciel, veillaient à la garde du monde, étaient 
innombrables. L'accusation faisait à Jeanne un grief d'avoir usurpé le blason 
royal. 

(2) Cette niaise question est tout à fait dans la tradition des subtilités 
scolastiques. 



I 



mars 17.J 30 e SÉANCE. 117 

mectoient ; et disoient les aucuns qui (qu'il) luy appartenoit mec- 
tre ces deux mots, J es h us Maria. 

lnterroguée se il luy a point esté révélé , s'elle perdoit sa vir- 
ginité, qu'elle perdoit son eur(l), et que ses voix ne luy vendroient 
(viendroient) plus, R. « Cela ne m'a point esté révélé.» 

lnterroguée, s'elle estoit mariée, s'elle croist point que ses voix 
luy venissent, R. « Je ne sçay ; et m'en actend à Nostre Seigneur ». 

lnterroguée s'elle pense et croist ferméement que son roy feist bien 
de tuer ou faire tuer monseigneur de Bourgongne (2), R. Que ce fust 
grand dommaige pour le royaume de France ; et quelque chose 
qu'il y eust entr'eulx, Dieu l'a envoyée au secours du roy de 
France. 

lnterroguée, pour ce qu'elle a dit à monseigneur de Beauvez 
qu'elle respondroit autant à monseigneur et à ses commis, comme 
elle feroit devant nostre saint père le Pape, et toutesfois il y a plu- 
sieurs interrogatoires à quoy elle ne veult respondre , se elle res- 
pondroit point plus plainement qu'elle ne fait devant monseigneur 
de Beauvaiz, R. Qu'elle a respondu tout le plus vray qu'elle a sceu ; 
et s'elle sçavoit aucune chose qui luy vensist à mémoire qu'elle 
n'ait dit, elle ( le) diroit voulentiers. 

lnterroguée de l'ange qui apporta le signe à son roy, de quel 
aaige, grandeur etvestement... (3). 

lnterroguée se il luy semble qu'elle soit tenue respondre plaine- 
ment vérité au Pape, vicaire de Dieu, de tout ce que on luy de- 
manderoit touchapt la foy et le fait de sa conscience, R. Qu'elle 
requiert qu'elle soit menée devant luy ; et puis respondra devant 
luy tout ce qu'elle devra respondre. 

lnterroguée de l'un de ses agneaulx (anneaux) où il estoit es- 
cript Jeshus Maria, de quellejmatière il estoit, R. Elle ne sçait pro- 
prement; et s'il est d'or, il n'est pas de fin or; et si ne sçait se 
c'estoit or ou lecton (4) ; et pense qu'il y avoit trois croix, et non 
autre signe qu'elle saiche, excepté Jeshus Maria. 



(1) Fortune. 

(2) Allusion an meurtre de Jean sans peur ( 1419 ). C'était là le grand grief 
reproché au parti armagnac. 

(3) Il parait y avoir ici une lacune, ou peut-être oubli de transcription, 
dans le manuscrit unique n° 8838 latin , fol. 25 verso. On lit en marge de 
cet article ; vac et une abréviation (peut-être vacat; ou vacvum?). 

(4) Laiton , l'auricalque des anciens. 



118 30 e SÉANCE. [1431, 

- Interroguée pour quoy c'estoit qu'elle regardoit vonlentiers cel 
anel, quant elle aloit en fait de guerre, R. Que par plaisance et par 
i'onneur de son père et de sa mère ; et elle, ayant son anel en sa 
main et en son doy, a touché à saincte Katherine qui luy appa- 
reist. 

Interroguée en quelle partie de ladicte saincte Katherine, 
R. « Vous n'en aurés autre chose. » 

Interroguée s'elle baisa ou accola oncques sainctes Katherine 
et Marguerite, R. Elle les a accolez toutes deulx. 

Interroguée se ilz fleuroient ( flairaient) bon, R. « 11 est bon à 
savoir (certainement) et sentoient bon. » 

Interroguée se, en accolant, elle y sentoit point de chaleur ou 
autre chose, R. Qu'elle ne les povoit point accoller sans les sentir 
et toucher. 

Interroguée par quelle partie elle les accoloit, ou par hault, ou 
par bas, R. « H affiert (convient) mieulx à les accoler par le bas 
que par hault. » 

Interroguée s'elle leur a point donné de chappeaulx (couron- 
nes de fleurs ), R. Que en l'onneur d'elles, à leurs ymaiges ou re- 
membrances (monuments) es (aux) églises,. en a plusieurs fois 
donné; et quanta celles qui.se appairent( apparaissent) à elle, n'en 
a point baillé dont elle ait mémoire {!). 

Interroguée, quant elle mectoit chappeaulx en l'arbre, s'elle les 
meictoit en l'onneur de celles qui luy appairoient, R. Que non. 

Interroguée se quant ces sainctes venoient à elle s'elle, leur fai- 
soit point révérence, comme de se agenoullier ou incliner, R. Que 
ou il, et le plus qu'elle povoit leur faire de révérence, elle leur fai- 
soit; que elle sçait que ce sont qui sont celles, en royaume de pa- 
radis. 

Interroguée s'elle sçait rien de ceulx qui vont en l'eure (2) avec 
les fées, R. Quelle n'en fist oncques, ou sceust quelque chose , 
mais a bien ouy parler, et que on y aloit le jeudi ; mais n'y crois 
point, et croist que ce soit sorcerie. 

Interroguée se on fist point floter ou tournier son estaindart au 
tour de la teste ( tète ) de son roy, R. Que non qu'elle saiche. 

(1) Il n'est pas sans intérêt de remarquer que d'après cette déposition Jeanne 
assimile ses voix, ses apparitions , non plus à la personne réelle des saints, 
mais à leurs images ou remembrances. 

(2) L'air (erre eteure, de -.aura). < 



mars 18.] 31* SEANCE. 119 

Lnterroguée pourquoy il fut plus (plutôt) porté en l'église de 
RainS; au sacre, que ceulx des autres cappitaines, R. « 11 avoit esté 
à la paine, c'estoit bien raison que il fût à l'onneur ! » 

Mars 18, 31 e séance. — Les écriture» «oui communi- 
quée» aux ameMenrs» 

te dimanche de la Passion 18, etc., sous notre présidence 
et celle dudit J. Lemaltre, en notre maison d'habitation, 
présents : 

G. abbé de Fécamp, 

P. prieur de Longueville , 

J, Beaupère, 

Touraine, 

Midi, 

Maurice Feuillet , 

Roussel , 

Venderès , 

La Fontaine , 

Coppequesne et 

Courcelles. 

Nous, évêque, avons exposé que Jeanne avait subi 
plusieurs interrogatoires, et que l'on avait en écrit de 
, nombreuses réponses et confessions. Nous fîmes aussi lire 
devant eux (les susdits assesseurs), diverses assertions de 
ladite Jeanne, que divers maîtres avaient extraites, par nos 
ordres, de ses réponses, pour mieux se vendre compte de 
la cause et pour délibérer plus sûrement de ce qu'il y avait 
à faire. 

Les assistants, sur cette invitation, en délibérèrent solen- 
nellement et mûrement. Après avoir entendu les opinions, 
de chacun, nous avons conclu et ordonné, que les conseil- 
lers étudieraient et examineraient avec soin ces assertions, 
en consultant les avis des docteurs contenus dans les livres 



/■ 



Ufr X e SAIX ItM 




liateelîn le 

Lanaitre, 

Jean deCastiifM, 

Erard Fntrarard, 

G. Boucher, 

P. prieur de Loograille» 

Beaupère, 

Tomaine, 

Midi, 

Maurice du Quesooy, 

P. Boudent, 

J. de Mbat, 

J. Leftvre ;F*éri;, 

P. Maurice, 

J. Guesdon, 

G. Feuillet ( les précédents, docteurs en théologie) ; 

R. Roussel, trésorier de l'église de Rouen, 

N. de Yenderès, archidiacre d'Eu en l'église de Rouen , 

J. de la Fontaine, 

G. Haiton, 

N, Coppequesne, 

Th. de Courcelles, 

N. Loyseleur, . 

Is. de la Pierre. 



mars 24.] 33 e SEANCE. 121 

Le rapport ci-dessus ayant été fait, plusieurs articles, 
offrant un résumé des réponses, ont été communiqués aux 
conseillers pour éclairer leurs délibérations. Quant aux 
autres articles, nous procéderons de telle sorte, dans nos 
interrogatoires ultérieurs , que , Dieu aidant , l'affaire se 
déduira à la louange de Dieu et à l'exaltation de la foi , 
tellement que notre procès ne puisse présenter aucune 
défectuosité (1). 

Mars 24, 33 e séance. — Lecture de» Interrogatoire» en 
présence «le l'accusée. 

Le samedi 24, dans la prison de Jeanne. Par de- 
vant : 

Lafontaine, délégué, 

Nous , vicaire de l'Inquisition, furent présents : 
J. Beaupère, 
N. Midi, 

P.Maurice, * 

Feuillet, 
Courcelles, et 

Maître Enguerrand de Champrond, officiai de Cou- 
tances. 

Le registre des interrogatoires et réponses de la dite 
Jeanne fut lu devant elle en français par G. Manchon., 
notaire soussigné. Avant de commencer cette lecture , le 
délégué s'offrit à prouver la vérité des faits et dits contenus 
dans cette lecture , au cas où ils seraient déniés par l'ac- 
cusée. Jeanne jura ensuite de ne rien' ajouter que de vrai 
à ses réponses. 

Puis, pendant la lecture, elle dit que son surnom était 

(1) Pierre Cauchon, à plusieurs reprises, se yanta de faire un beau 
procès. 



J22 34 e SEANCE. [1431 , 

Darc ou Rommée et que dans son pays les filles portaient 
le nom de leur mère. Elle ajouta qu'on lût tout à la suite 
les demandes et les réponses, et que ce qui serait lu sans 
contradiction de sa part elle le tenait pour vrai et con- 



Sur Farticle de prendre l'habit de femme , elle dit : 
c< Donnez-moi une robe de femme pour aller chez ma 
mère, et je m'en habillerai.» Elle dit cela pour être mise 
dehors, et qu'une fois dehors elle aviserait à ce qu'elle 
aurait à faire. 

Finalement, après lecture elle confessa qu'elle croyait 
bien avoir dit tout ce qui venait d'être lu, sans y contre- 
dire. 

Mars 2s, 34 e séance. —Jeanne demande a entendre Ja 



Le dimanche des Rameaux 25. Dans la prison, au 
château de Rouen. Présents : Nous, évèque, Beaupère, 
Midi , Maurice , Courcelles, nous dîmes à Jeanne que sou- 
vent, et notamment la veille, elle nous avait demandé , 
attendu la solennité, qu'il lui fût permis d'entendre la 
messe en ce dimanche des Rameaux. Nous lui avons , en 
réponse , demandé si elle voulait , dans le cas où nous lui 
accorderions cette permission, quitter son habit d'homme 
et prendre celui de femme, comme elle avait coutume 
au lieu de sa naissance, et comme les femmes dudit lieu 
avaient coutume de le porter (1). 



(l) Jeanne, dans son village, avait porté jusqu'à son départ de grossiers 
vêtements de paysanne. Depuis lors , an contraire , la mise masculine de 
Jeanne pendant le cours de sa mission avait été de plus en plus élégante, 
somptueuse et recherchée; sans toutefois qu'aucune convenance sérieuse 
eût jamais été méconnue d'elle. En lui prescrivant de reprendre ses anciens 
habits de femme, les juges entendaient bien la ramener à sa condition de* 



mais 25.] 34 e séance. 123 

R. En demandant qu'il lui soit permis d'entendre la 
messe dans l'habit où elle était, et qu'il lui soit également 
permis de recevoir l'eucharistie au jour de Pâques. 
• Nous lui renouvelâmes notre question, R. Qu'elle n'en 
était pas arrivée là, et qu'elle ne pouvait pas encore re- 
prendre l'habit de femme. 

Interroguée si elle voulait prendre conseil de ses voix 
là-dessus , R. que l'on pouvait lui permettre d'entendre 
la messe en cet état, ce qu'elle désirait souverainement; 
mais qu'elle ne pouvait pas changer d'habit , et que cela 
ne dépendait pas d'elle (1). 

Les maîtres lui dirent que, pour le bien et pour la dé- 
votion dont elle témoignait, elle devait reprendre l'habit 
de son sexe, R. Que encore une fois cela n'est pas en son 
pouvoir, et que s'il en était ainsi , cela serait bientôt fait. 
11 lui fut dit qu'elle se consultât avec ses voix pour se 
remettre en femme, afin de pouvoir communier à Pâques, 
R. Qu'elle ne communiera pas à cette condition. Elle prie 
qu'on la laisse entendre la messe dans l'habit qu'elle porte, 
cet habit ne changeant pas son âme et n'ayant rien de 
contraire à l'Église. 

De tout quoi ledit Jean d'Estivet, promoteur, a demandé 
acte, présents messieurs et maîtres : Adam Milet, secré- 
taire du roi, Guillaume Brolbster (2) et Pierre Orient, des 
diocèses de Rouen , Londres et Châlons-sur-Marne. 



simple fille des champs. C'était donc à la fois blesser chez Jeanne un sen- 
timent essentiellement féminin, que j'appellerai par abrégé le sentiment de 
Ifl toilette; c'était, en second lieu, l'humilier publiquement et obtenir par 
cet acte une sorte d'aveu , tacite mais évident , de son usurpation et de 
sa culpabilité. 

' (l) Nec etiam hoc erat in ipsa. 
(2) Anglais : Brewster? 



124 PREMIER JUGEMENT. [l43l, 

PROCÈS ORDINAIRES. 

Mars 26, 35 e séance. — Ouverture «lu prece* ordinaire 
ou 1 er Jugement* 

Item, le lundi suivant, dans notre maison, en présence de 

Nous, évèque, et 
J. Lemaltre, — comparurent : 
J.Chatillon, 
' Beaupère , 
Touraine, 
Midi , 
Maurice, 
Feuillet, 
Roussel, 

André Marguerie, archidiacre du Petit-Caux, licencié 
en droit , 

Venderès, v 

La Fontaine , 
Courcelles , 
Loyseleur. 

En leur présence nous avons fait lire certains articles 
concluant ce que le promoteur se proposait de mettre à 
la charge de Jeanne. 

Il fut alors délibéré qu'au procès préparatoire devait 
succéder, devant nous, le procès ordinaire; que ces ar- 
ticles étaient bien composés ; que là-dessus Jeanne serait 
interrogée et entendue; que ces articles seraient proposés, 
de la part du promoteur, par lui-même, ou par quelque 
solennel avocat, et que si Jeanne refuse d'y répondre , 
monition canonique à elle faite préalablement, ces articles 
seront considérés comme avoués et confessés par elle. 



r 



mars 27. J 36 e SEANCE. 125 

Et finalement nous avons conclu que cette proposition 
aurait lieu le lendemain. 

Mars 27, 36 e séance. — Requête du promoteur, Lec- 
ture de» article». 

Item, le mardi 27, dans la chambre près la grande salle 
du château de Rouen, nous, juges, présidant, furent pré- 
sents : 

Gilles, abbédeFécamp, 

P. prieur de Longueville, 

Beaupère , 

Tour aine, 

Midi, 

Maurice, 

Gérard Feuillet, 

Emengart, 

Guillaume Boucher, \ 

Quesnoy, 

Nibat, 

Fabri, 

Guesdon , 

Chatillon , 

Roussel, 

Jean Guérin , docteur en droit canon, 

Robert Barbier, 

Denis Gastinel, 

Jean Ledoux, 

Venderès , 

Jean Pinchon, 

Jean Basset, 

La Fontaine , 

Colombel , 



J26 PREMIER JUGEMENT. [l43i, 

Morel, 
Duchemin , 
Marguerie , 
J. Alépée, 
N. Caval, 

Geoffroy du Crotoy, 
G. des Jardins, 

J. Tiphaine, docteur en médecine, 
G. Haiton , 

Guillaume de la Chambre, licencié en médecine , 
Frères Jean Valée et 
IsambarcJ de la Pierre dominicains; 
William Brolbster et 
John deHampton, prêtres (anglais). 
Jean d'Estivet, promoteur, a proposé contre Jeanne 
comme il suit : 



Messieurs, mon révérend père en Dieu (Cauchon), et vous, vicaire 
(Lemaître), commis, etc., moi, promoteur, commis de par vous et or- 
donné en cette cause, après certaines informations et interrogatoires 
faits par vous et de votre part, je dis, affirme et propose que Jeanne 
est ici présente et amenée pour répondre à ce que j'entends propo- 
ser contre elle touchant la foi. J'entends prouver, s'il est besoin, 
par et sous protestations, et aux fins et conclusions contenues 
dans le cahier ou réquisitoire que je remets et livre à vous, juges, 
contre ladite Jeanne, les faits, droits, et raisons contenus es ar- 
ticles écrits et spécifiés audit cahier. Je vous supplie et requiers 
de faire affirmer et jurer ladite Jeanne qu'elle répondra aux 
dits articles, et à chacun d'eux particulièrement, par ce qu'elle croit 
ou ne croit pas; et que si elle refuse, ou diffère outre mesure, elle 
soit réputée , après sommation, défaillante et contumace, quoique 
présente et déclarée excommuniée pour offense manifeste; 

Qu'il lui soit assigné par vous prochainement jour certain pour 
répondre, en lui intimant que les articles non répondus seront re- 
connus confessés, comme les droits, procédure, et commune obser- 
vance le veulent et requièrent. 



mars 27. J 36 e SÉANCE. 127 

Après ce réquisitoire, ledit promoteur a remisau tribunal 
Pacte d'accusation contre Jeanne, dont la teneur suivra. 
Aussitôt, nous, juges, nous avons mis cette requête en 
délibération. Jeanne amenée par devant nous, les asses- 
seurs ont délibéré et opiné comme il suit : 

M c N. de Venderez dit 1° que Jeanne doit être contrainte 
à jurer; 2° que la requête du promoteur est juste et que 
Jeanne, si elle refuse de jurer, doit être déclarée contu- 
mace ; 3° qu'elle doit être excommuniée, et si elle se laisse 
excommunier, qu'il soit procédé contre elle selon le droit. 
M* J. Pinchon : que les articles soient lus avant de déli- 
bérer. 

M* J. Basset : qu'on lise les articles avant de prononcer 
l'excommunication. 

M e J. Guarin : qu'on lise les articles. * 

M* J. de la Fontaine opine comme Venderez. 
M* G. de Crotoy. Il lui semble que Jeanne doit avoir au 
moins trois délais avant d'être excommuniée; attendu sur* 
tout qu'en matière écrite il est donné trois délais pour 
répondre aux contredits. 

II e J. Ledoux : comme le préopinant. 
H e G. des Champs : qu'on lise les articles et que compé- 
tent jour soit donné à la prévenue avisée pour répondre. 
H e R. Barbier opine de même. 

H r l'abbé de Fécamp : La prévenue est tenue de dire la 
vérité. Du reste, comme le précédent. 

M e J. de Chatillon. Elle est tenue de répondre la vérité, 
attendu surtout qu'il s'agit de son propre fait. 
M e Emengart : Comme H. de Fécamp. 
M* G. Le Bouchier : idem. 

H r le prieur de Longueville : Dans les choses que Jeanne 

ne saurait répondre, il semble à l'opinant qu'elle ne doit 

pas être contrainte de répondre par croit ou ne croit pas. 

M* J. Beaupère: Dans les choses dont elle est certaine et 



128 PREMIER JUGEMENT. [l431, 

qui sont de son fait, elle doit répondre la vérité. Mais 
dans les choses sur lesquelles elle ne saurait répondre la 
vérité, ou qui sont juridiques, si elle demande délai, 
délai lui doit être accordé. 

H e J. de Touraine : Gomme le préopinant. 

M d N. Midi. De même II ajoute : sur la question desa- 
voir si dès maintenant elle doit être contrainte de jurer 
précisément , s'en rapporte aux juristes. 

M e du Quesnoy : comme M. de Fécamp. 

M* J. deNibat : pour les articles, je m'en rapporte aux ju- 
ristes; pour le serment, elle doit la vérité sur ce qui touche 
le procès et la foi ; sur le reste , si elle fait difficulté et 
demande délai, qu'on le lui accorde. 

M* J. Fabri s'en réfère aux juristes. 

M e P. Maurice : Qu'elle réponde sur ce qu'elle sait. 

M e Gérard. Elle est tenue de répondre par serinent. 

M* J. Guesdon. Idem. 

M* Th. de Courcelles : Elle est tenue de répondre. 
Qu'on lise les articles, et qu'elle réponde. Et quant au 
délai, si elle en demande qu'on le lui donne. 

M § D. Gatinel. Elle doit jurer; le réquisitoire est fondé 
quant au serment. Quant à procéder plus outre si elle 
refuse de jurer, il demande à revoir les auteurs (en com- 
pulsant ses livres). 

M" Morel et Du Chemin : Elle doit jurer, etc. {sic.) 

Le promoteur ensuite s'offrit à protester de la part de . 
l'accusation, et jura que les propositions contenues dans le 
réquisitoire n'ont été inspirées ni par faveur, ni par hos- 
tilité , crainte ou haine, mais par le zèle de la foi. 

Nous dîmes ensuite à ladite Jeanne que tous les assis- 
tants étaient gens d'église, de science, experts en droit 
divin et humain, qui voulaient et entendaient procéder 
avec elle en toute piété et mansuétude, comme ils y 
avaient toujours été disposés; en cherchant vis-à-vis d'elle 



n»rt ».] 36 e seancIe. I2d 

non pas la vindicte et la punition corporelle, mais son 
instruction et son retour à !a voie de vérité ainsi que de 
salut. Or, comme elle n'était pas assez docte et instruite 
en lettres et en ces matières ardues pour se conseiller ou 
consulter de ce qu'elle aurait à faire et répondre, nous lui 
offrions de choisir celui ou ceux qu'elle voudrait des as- 
sistants, ou, si elle ne savait choisir, que nous lui en dési- 
gnerions et attribuerions àcet effet, pourvu que, en ce qui 
touche les choses de son fait, elle en dit la vérité, et lui 
requîmes serment à cet égard (1). , 

A quoi la dite Jeanne respondit : Premièrement de ce que 
[vous m'] admonnestez [pour ] mon bien et de nostre foy, je vous 
mercye et à toute la compaignie aussi. Quant au conseil que me 
offres, aussi je vous mercye, mais je n'ay point de intencion de me 
départir du conseil de Nostre Seigneur. Quant au sèrement (ser- 
ment ) que voulés que je face, je suis preste de jurer dire vérité de 
tout ce qui touchera vostre procès. Et elle jura en touchant les 
saints évangiles. 

Ensuite M° Thomas de Courcelles commença l'exposé 
des articles ou lecture de l'acte d'accusation. Cet acte fut 
luet signifiéen français le mardi et partie le mercredi sui- 
vant (2). 



(1) Tout ce patelinage ne contient que mensonge et hypocrisie. Parmi ces 
juges présents , juges proprement dits , c'est-à-dire Cauchon et ses asses- 
seurs, tous étaient hostiles; tous étaient du parti anglais ; tous , si ce n'est 
vendus, du moins payés et dominés par le roi anglais. Les docteurs consultés 
et qui n'avaient pas manifesté cette hostilité avaient été écartés. Les domi- 
nicains, ou l'Inquisition, étaient beaucoup moins dépendants : ils étaient plutôt 
favorables à Jeanne que contraires; mais Cauchon les avait incorporés dans 
les rangs de ses satellites, et les faisait marcher. Jeanne , à proprement 
parler, n'eut ni avocat ni conseil. 

(2) Voyez ci-après, page 130, note 1. 



JEANNE DAQC 



9 



130 



PREMIER JUGEMENT. 



Mars 28, ZV séance. — Suite de la lecture ou slgnlflea- 
tion du réquisitoire A la prévenue* 

Ce dit jour ( mercredi 28 mars) présents : 



Gilles, abbé de Fécamp, 
Pierre, prieur de Longue- 
ville , 

J. Beaupère, 

J. de Touraine, 

Emengard, 

Quesnoy, 

Midi, 

Maurice, 

Boucher/ 

Nibat, 

J. Lefèvre, 

Châtillon, 

Guesdpn, 

Feuillet, , 

Roussel , . 

Barbier, 

Uaiton, 



Coupequène , 
Guérin, 
Gatinel, 
Ledoux, 
Pinchon, 
Basset, 
La Fontaine , 
Colombel , 
Duchemin, 
Marguerie , 
Alépée, 
Caval , 
Crotoy, 
Desjardins, 
Tjphaiaç, 
De la Chambre, 
Brolbster, 
s Hampton. 



Teneur de fade d'accusation suivie des réponses de Jeanne {i)- 

Pai* devant vous, très R. P. en Dieu monseigneur Pierre, par la 
miséricorde divine évêque de Beauvaïs , faisant fonction d'ordi- 



(l)Le rédacteur du procès annonce ( Voy. ci dessus, p. 129, noie 2 ) que les 
articles ou acte d'accusation ont été lus en audience, partie le mardi 27 mars 
et partie le mercredi 28. Cependant la séance 36 e , du mardi 27, ne contient 
aucune partie de cette lecture. Le rédacteur du procès en a sans doute agi 
ainsi pour ne pas scinder, ou le moins possible , la série de ces articles. Dans 



a».] . 37« sbancb, 131 

naire, par lettres de territoire, en ce diocèse de Rouen , et vous J. 
Lemaître, vicaire, etc., etc;, juges compétents, etc., Jeanne a été tra- 
duite comme justiciable, corrigible, Véhémentement suspecte, at- 
teinte et diffamée; notoirementauprès de personnes graves, et digne 
des divers griefs, ci-après spécifiés. Que ladite Jeanne soit par vous 
prononcée et déclarée sorcière et sortilège, devineresse, fausse 
prophétesse, invocatrice çt çonjuratrice des malins esprits, su- 
perstitieuse, impliquée et adonnée aux arts magiques , malsen- 
tant dans et de notre foi. catholique, schismatique en l'article [ du 
droit canon] Unam Sanctam (1 } et plusieurs autres ; douteuse, déviée, 
sacrilège, idolâtre, apostate de la foi; maldisante et malfaisante, 
blasphématrice envers Dieu et ses saints ; séditieuse ; perturbatrice 
et impéditive de la paix, excitatrice aux guerres, cruellement avide 
de sang humain et incitatrice à le répandre ; abandonnant sans 
vergogne toute décence et convenance de son sexe, usurpant im- 
pudemment un habit difforme et l'état d'homme d'armes; par 
ces motifs et autres, abominable à Dieu et aux hommes ; prévari- 
catrice des lois divine , naturelle, et de la discipline [ou prescrip- 
tions ] de l'Église; séductrice de princes et de populaire^, en per- 
mettant et consentant, au mépris et dédain de Dieu, qu'elle fût 
vener.ee et adorée ; en. donnant ses mains et ses vêtements à baiser ; 
usurpatrice du cHilié et des honneurs divins; hérétique ou du 
moins véhémentement suspecté d'hérésie ; et que sur et pour ces 
faits, conformément aux sanctions divines canoniques, elle soit pu- 
nie et corrigée, etc. Dit, propose et entend prouver et informer vos 
esprits; J. d'Estivet, promoteur... ce qui suit. Proteste toutefois 
ledit promoteur qu'il n'entend pas s'astreindre à prouver aussi le 



la 37 e séaflce , attribuée au mercredi 28 , Jeanne interrogée , article XIII, dit 
à plusieurs reprises : « Donnez-moi dilacion , et je vous répondray » ( voy. 
ci-après, p. 140) ; et, deux alinéas plus loin, « dit que dedans demain elle en 
envoyera responce »; puis encore: « Demain, vous en serez respondus; » et 
enfin (sur l'tfrt XIV), « dit ensuite qu'elle eri répondra demain ».OrIa réponse 
promise arrive ea effet dans une séance suivante , mais toujours attribuée au 
mercredi 28. ( Voy. ci après p. 149 , note 2. ) On voit donc que l'article XIV de 
l'accusation fut lu le mardi 27 et peut-être aussi tous les autres, soit de I à 
XV» soit même jusqu'à l'article XXX. Les articles XXXI à LXX auraient 
rempli l'audience ou les audiences ( matin et relevée) du mercredi 28. 
(1) Voy. ci-après, page 177 , note 1 . 

9. 



132 PREMIER JUGEMENT. ... , Jwf 

superflu, mais seulement ce qui suffira, peu! et doit suffire pour 
atteindre son but ; en toutou en partie; avec les autres protesta- 
tions qu'il est accoutumé de faire en tels actes, et ailleurs j atissi le 
droit d'ajouter, corriger, changer, interpréter et tout autre de droit 

et de fait, etc. 

i • ■ ■- .*•(.. , " x 

I er Article de Cacte d'accusation. V ' " ' A 

• • . f . ... i- .» i 

Et d'abord vous êtes préposés à repousser tOtite hérésie et jdges 
compétents de toute personne, de quelque sexe, condition ou dignWé 
qu'elle soit, etc. (1). ' '" "' "' " ' '. 

Réponse de Jeanne. Respond au premier qu'elle èik>ist bien que 
nostre saint père le Pape de Rotnme, et les évesquesVët; , autres gens 
d'église sont pour garder' la' foy cnféstiemiè et jittgnîr'ceirjt qtoi'dé-' 
faillent; mais, quant à elle, dé ses fais, elle? tré se sùfcmfe'ctrk , fors , 
seulement à l'Église du ciel, c'est assâvbir, à Dieu, lia vïèrgériàrle 
et saincts et sainctes de paradis. Et Croist fermement quelle Valt 
point défailly en nostre fôy chréstiènne, et 'n'y vdul&oit "^éVaS-J 
lir, et requiert.. '•''• ' : "" ,î :<r ' l » | -" î "'- : "< ] "" ;, " ! ' 

. • ■ • -.»•-. I .i { ..xO îi» 

., . • !>:•-- •/ • " •■* ; - 'M \ y' 

[ Ici parait exister une lacune dans 1 unigqe e&enjjptyirs 
ou copie de la minute française) quîaoïjSGst .ietfê«.]*(8)u:* 

-, r • ••!•- .'■■if i.»iJ ••.'mi lu 

II. Sortilèges, œuvres super sticie uses et divinatoire^ [" 

R. Elle nie. Et quant à l'adoration dit : se aucuns' o^Vb'âisïé' se£ 
mains ou vestements, ce n'est point par elle ou frê sa voulentè'j 
et s'en est fait garder et comme en sdn povoir'( autant qu*èl|e lé 1 
pouvait). Et le résidu de l'article [quant au reste]/ elle ij^ (nïè).| 

Et ailleurs le samedi 3 mars de ladite année,' fnterW&e'suV te* 
contenu de ce 2 e article et si elle savait quelle était la Debsée de 
ses partisans, lorsqu'ils baisaient ses 'mains,' ses pieds et ■fcés.vé-' 
tements (3), R. Que beaucoup de gens la' voyaient vQioniiérs. Elle 
ajoute qu'ils baisaient ses vêtements le th'oins qù'èiïe r |>ouv&$; 



(1) Nous abrégeons ici des redondances de styïe. * •" ' ' ^ >s n *'° ' 

(2) Ms. 8838, fol. 27, verso. ' 

(3) Voy. ci-dessus, p. 78 et suiv. 



(2) Ms.8838, fol. 27, verso. •■ " >■ : vr JÎ 3 ~" : '- > ' Vi h -° a 



mais ».] 37* séance*. 133 

maik que les pauvres vert aient à elle volontiers, attendu qu'elle 
aelçw .feiaaiit. point rdéplai^ance. et, d'avaatag^ les soutenait du 
mieux qu^Jç.powait,. - 

: Itevi lesawditiO-inars, interrogée si quand elle fit la saillie 
ou s»i*ie4s.Awtè&irçb «* c * elle. en eut révélation (i), R. Que ce 
jour- là elle ne prévit pas qu'elle serait prise et qu'elle n'eut aucun 
commandement de sortir ; mais qu'il lui avait toujours été dit qu'il 
fallait qu'elle fût prjsqnnièçe. ■ ,. \ 

Interrogée si en faisant cette sortie elle passa par le pont de 
la^Up yille <lp : Çomni&gmej.^pçnd quelle y passa. et par le bois 
^$vj$rs^en, français ^ hofaart($ ; qu'elle &lla avec une compagnie 
de ses gens contre ceux de M. de Luxembourg; que deux fois elle 
les repoussa jusqu'aux Jogemçivts des Bourguignons, et la troi- 
sième fçisju^qu'ànivçhemjn; et alors les Anglais qui étaient là lui 
çpupèrentje <&çmjn ain$i. qu'à ses gens entre elle et ledit bolovart. 
C'est ppujr^oi ses. genèse retirèrent, et elle-même, en se retirant 
^an^lçà .çlpf m,ps survie coté vers la Picardie, près le boulevard, 
elje, fut, prise, J^rivière ét^it entre Çampiègne et le lieu où elle 
f^t prise. Entre, dçux , il n'y avait absolument que la rivière, le 
boulevard et le fossé du dit boulevard. 

III. Item que ladite prévenue est tombée en plusieurs, diverses 
et des pires erreurs sentant jia perversité hérétique ; qu'elle a dit, 
vdclfépéy proféré, affirmé^ publié et infiché dans les cœurs de 
simulés; gen&des propositions fkusses/erronnées, sentant l'hérésie, 
et même hérétiques, outre, en deçà et à rencontre de notre foi 
catholique* des articles cïe cette foi, des dit? évangéliques, des sta- 
tuts faits et approuvés dans les conciles généraux ; à rencontre, en- 
fin^ dejj prescriptions duçlroit, non-seulement divin, mais aussi cano- 
nîaue /et civil; des propositions scandale» ses, sa(îriléges,<;ontraires 
£ux bonnes mœurs, offensantes pour les oreilles pieuses; et qu'elle 
a, prêté conseil, aide et faveur à ceux qui ont dit, dogmatisé, af- 
^rmé et jpromulgué ces propositions. 

.Sur ce troisième article elle nie et affirme au contraire qu'à son 
pouvoir elle a soutenu l'Eglise. 

,IY. Et pour vous mieux informer, messeigneurs, sur lesdits faits 
TçmjDlchés, fl i^pçcapion ^ il est vrai que la prévenue fut et est origi- 



(1) Voy. ci-dessus, p. 84, etc., ,;.,.,. r k 

(2) Boulevard. Ouvrage de fortification fait en bpis. 



J3 i PREMIER JUGEMENT. > <£fUl 

naire du village de Greux, ayant pour père Jacques Darc et pour 
mère Ysabelle, sa femme, nourrie ou élevée en sa jeunesse, jusqu'à 
l'âge de dix-huit ans ou environ, au village de Donremi sur Je fleuve 
de Meuse , diocèse de Toul, bailliage de C h au mont en Bassigny , pré- 
voté de Monteclèreet Andelot(l). Ladite Jeanne, en sa jeunesse, ne 
fut pas instruite, ni élevée dans les principes et croyance de la foi, 
mais habituée et dressée par quelques vieilles à user de sortilèges, 
divinations et autres œuvres superstitieuses ou arts magiques ; des- 
quels deux villages (Greux et Donremy) plusieurs habitants 'sont 
notoires* d'antiquité, comme usant desdits maléfices. De' plusieurs 
et notamment à sa marraine, ladite Jeanne a dit avoir ouï parler 
beaucoup d'apparitions de fées 1 ou esprits folets. Elle a été par 
d'autres encore imbue de ces superstitions, au point que devant 
vous, en jugement, elle a confessé que jusqu'à ce moment eDe a 
ignoré si ces fées étaient de malins esprits. 

A cet article, elle répond : pour la première partie, cela est vrai, 
en -ce qui concerne ses père, mère et lieu de naissance. Pour la 
seconde, elle nie. Quant aux fées, elle ne sait ce que c'est. «Et 
quant à son instruction, elle a prins sa créance ( appris sa religion^ 
et esté enseignée bien et dûment comme un bon enfant dort faire, 
et de ce qui touche à sa marraine s'en rapporte à ce qu'elle en à dit 
antérieurement. 

Requise de dire le Credo, R. De m a ri delà mon confesseur, à qui je 
Taidit. ■ . ' ' 

V. Item près ledit village de Donremi est un grand ? gros et an- 
tique arbre appelé vulgairement t arbre char mine Jhée (2) deBour- 
lemont: près de cet arbre, il y à une fontaine. Là se rassemblent 
et conversent les mauvais esprits, et les gens qui usent de sortilè- 
ges s'y rendent, ef y dansent de nuit autour desdits arbre et fontaine. 



(1) Une controverse a été soulevée de nos jours sur cette thèse Y Jeanne 
itait- elle t lorraine ; était-elle française? Pour employer des termes plus 
sérieux et qui ressemblent moins au paradoxe : Était-elle née en Champagne? 
Il y a ici une réponse précise et péremptoire à cette demande. Le bailliage 
de Chaumont en 1412 (naissance de Jeanne), de même qu'en 1431, était de 
Champagne, et par conséquent de France. La même qualité lui est donnée dans 
les lettres d'anoblissement*. Pour Henri- VV^omme pour Charles Vfly Jeanne 
était légalement et positivement française. — Comment des Français peu- 
vent-ils aujourd'hui agiter une pareille qnestV» ! ■>. .%..-« ><> ■*> 

(2) Arbre ( d'après le latin ) était, au quinzième siècle, féminin et masculin. 



mars m.] 37 e séàtïce. 135 

/*. Pour l'arbre et la fontaine, s'en rapporte à ses réponses pré- 
cédentes ; pour le reste, nie. 

Le 24 février interrogée sur l'arbre, etc., a répondu : Près de Don- 
rem i il y a un arbre appelé l'arbre des Dames et par d'autres 
l'arbre des faées (fées), et près de l'arbre une fontaine (1). Elle a 
entendu dire que les fiévreux vont y boire et que l'on y va puiser 
de l'eau pour se guérir; mais si on en guérit ou non, elle l'ignore. 
/ternie jeudi 1 er mars, interrogée sisainte Catherine et sainte 
Marguerite lui ont parlé sou» cet arbre (2), H. Qu'elle n'en sait rien. 
Interrogée une seconde fois, si lesdites saintes lui ont parlé à la 
fontaine, /i« Que oui et les a entendues; mais quant à ce qu'elles 
lui dirent, elle l'ignore (3). 

Interrpguée de nouveau, ce même joury si elles lui promirent 
quelque cbose, H. Qu'elles ne lui ont rien promis qu'avec l'autori- 
sation de Noire Seigneur. * 

Itfmle samedi 17 mars, interrogée si sa marra ne qui a vu les 
féespasse pour une femme sage (4), if. Qu'elle est tenue et réputée 
pour une bonne et probe femme et non devineresse, ni sorcière. In- 
terrogée de nouveau si jusqu'à ce jour elle croyait que les fées 
fussent malins esprits a répondu qu'elle n'en savait rien (5). 

Item le même jour, 17, interrogée si elle sait quelque cbose 
de ceux qui vont en terre avec les fées (6), R. Qu'elle n'en a jamais 
rien su ni fait. Elle a bien entendu dire qu'on y allait le jeudi ; 
mais elle n'y croit pas et'pense que cela est sorcellerie. 

Yl. Item ladite Jeanne avait coutume de fréquenter lesdits ar- 
bre et fontaine et souvent de nuit y quelquefois de jour, principa- 
lement aux heures des offices, afin d'y être seule ; elle a pris part 
à des rondes qui s'opéraient en dansant à l'entour ; ensuite elle 
appendait aux branches de , l'arbre des guirlandes formées de di- 
verses herbes et fleurs, en disant et chantant auparavant, ainsi qu'a- 
près, certains poèmes et chansons, accompagnés d'invocations, sor- 



(1) Ci-dessus, p. 48 et suivantes. 

(2) Ci-dessus, p. 67. , 

(3) Ces 'mots je ne sais, je Vignore, paraissent être la formule que Jeanne 
employait pour répondre aux demandes qu'elle considérait comme captieuses 
ou auxquelles elle ne voulait pas répondre. 

(4) Ci-dessus, p. 114. 

(5) P. 114. 
/ (•) P. 118. 



436 nnm jugement. [un 

tUeges et maléfice» ; desquelles guirlandes le lendemain matin il ne 
se retrouvait plus rien (1). 

A cet article, le dit jour 27 mais, il. Qu'elle s'en réfère à sa ré- 
ponse précédente; quant au reste de ce qui est contenu au dit ar- 
ticle, nie. 

Le 24 février, interrogée de Y arbre, iJ. avoir entendu dire que 
les malades, etc. (2). 

VII. /tonladicte Jeanne a eu coutume de porter sur sa poitrine 
une mandragore, espérant par ce moyen obtenir un sort prospère 
en richesses et choses temporelles ; et affirmant que cette mandra- 
gore avait un tel effet et vertu. 

Sur cet article, nie complètement. Interrogée le jeudi. I er mars sur 
ce qu'elle a fait de sa mandragore (3). 

VIJI. item ladite Jeanne, vers sa vingtième année, de sa propre vo- 
lonté, et sans le Gongé de ses père et mère, se rendit à Neuchâteao en 
Lorraine (4) : là elle servit quelque temps chez une hôtesse nommée 
la Rousse où demeuraient continuellement de jeunes allés sans 
conduite et où logeaient pour la plupart des gens de guerre; Dans 
cet hôtel, Jeanne demeurait quelquefois avec les dites filles, quel- 
quefois menait les brebis au champ, quelquefois conduisait les 
chevaux soit à l'abreuvoir, soit aux prés et pâtures ; et là elle apprit 
l'art de l'équitation et eut connaissance du métier des armes. 

Sur cet article R. Qu'elle s'en rapporte à des précédentes ré- 
ponses ; et nie Je reste. , 

Le jeudi 22 février a répondu que par suite de l'invasion bourgui- 
gnonne elle a quitté la maison paternelle» et s'est réfugiée à.Neuchâ- 
teau, chez la Rousse; qu'elle y a resté quinze jours, vacant aux soins 
de la maison, sans aller aux champs (5). 



(1) Ici les juges (en matière de foi), sous-entendent évidemment qqe 
si le matin on ne retrouvait plus rien, c'est que le diable ( complice de Jeanne ) 
avait tout emporté! Voy. ci- après p. 157, note 1. 

(2) Voy. ci-dessus , p. 48 et suiv jusqu'à ces mots ; « N'a jamais^ mis sa 
foi en cela (p. 50). »' 

' (3)Voy . ci-dessus, p. 69 : V Qu'elle n'a pas de mandragore', etc., » jusqu'à : 
« Ne lui en ont jamais parlé. » 

(4) En Lorraine. Ces mots, pris pans leur acception la plus logique, mon- 
trent bien que Jeanne «Était de Champagne, comme on l'a vu ci-dessus 
p. 134, note 1. ». , i 

(5) Ci-dessus , p. 36, , , . -• - 



r 



mars 28.] 37 e séance. 137 

Jfetnle samedi 24 suivant, interrogée si elle conduisait les trou- 
peaux aux champs (i). 

IX. Item ladite Jeanne, du temps de ce service , cita devant l'of- 
ficial de Tout*, en matière matrimoniale, un jeune homme; et 
pour exercer cette poursuite elle exposa ou dépensa presque tout 
son avoir. Ce jeune homme , apprenant que Jeanne avait fait 
société avec lesdites filles, refusa le mariage et s'enfuit durant le 
procès. Ifim patience, Jeanne voyant cette issue se retira dudit 
service. 

Surcet article, Jeanne s'en réfère à ses précédentes réponses et 
nie le surplus. 
-Le lundi *2 mars, interrogée qui la mut.. . (2). 

X. Après sa sortie de chez la Rousse, Jeanne disait avoir eu con- 
tinuellement depuis cinq ans des visions et apparitions de saint Mi- 
chel, sainte Catherine, sainte Marguerite, et qu'ils lui avaient no- 
tamment- révélé de par -Dieu 'qu'elle lèverait le siège (F Orléans et 
ferait couronner Chartes, qu'elle dit son roi, et chasserait tous ses ad- 
versaires du royaume de France. Malgré son père et sa mère, qui la 
contredisaient, elle les «quitta de ses propres mouvement et volonté, 
alla trouver Robert de Baudrieourt, capitaine de Vaucouleurs, pour 
lui faire part de ses visions et lui requérir son concours. Deux fois 
repoussée et retournée à sa maison, elle y alla une troisième fois, et 

- fut enfin* admise et reçue par ledit Robert. 

Là-dessus, s'en réfère à ses précédentes réponses. 

Le 22 février^ a confessé qu'étant âgée de treize ans, elle eut une 
voix du révélation de Notre Seigneur pour l'aider à se gouverner ; 
la première fois elle eut grand crainte. ( Voy. ci-dessus page 36. ) 

Le 24 février, interrogée à, quelle heure elle a entendu sa voix, 
/?. (Voy. ci-dessus p. 44). 

Item le mardi 27 dudit mois, dit que ses premières apparitions 
remontent' à environ sept ans, etc. (Ci-dessus, p. 53 et suiv. ) . 
' Lé jeudi Y* mars >, interrogée si depuis mardi dernier, /*., etc. 
(Voy. ci-dessus p. 65 et suiv.) 

Le 12 mars, interrogée si elle demanda à ses voix de notiGer à 
ses père et mère son départ, /?. (yoy. cUdessu*, p. 92 ), « que quant est 



(l) Ci-dessus, p. 48 : « Qu'elle a déjà répondu là-dessus .... si elle les 
gardait ou non. » 
(2) Ci-dessus , p. 91 jusqu'à : « gaigner son procès » (p. 92). 



138 PREMIER JUGEMENT. [t431 

de père, etc. jusqu'à.. « de s'en taire. » {Ibidem} : «Interrogée des son- 
ges de son père, » (page 93), jusqu'à « les premières voix, » (p. 94). 

XI. Item ladite Jeanne, ayant eu l'accès dudit Robert, lui dit en 
se vantant que après avoir accompli tout ce qui lui était prescrit 
par révélation, elle aurait trois fils, dont l'un serait pape, le deuxiènje 
empereur etle troisième roi. A quoi le capitaine répondit : Or donc je 
voudrais bien t'en faire un, qui procréast de si grands personnages, 
afin- d'en mieux valoir [ dans mon état ], et Jeanne lui répondit : 
Gentil Robert nennil, nennit, il nest pas temps ; le saint Esprit y ou- 
vrera ( opérera) ! ainsi que ledit Robert l'a rapporté, affirmé et 
publié en divers lieux en présence de prélats, de grande seigneurs 
et de personnes potables. 

Sur xet article R. Qu'elle s'en rapporte à ce qu'elle a déjà ré- 
pondu ailleurs là-dessus (1). Et quant aux trois enfants, elle dit qu'elle 
ne s'est jamais vantée de cela. 

Le 12 mars, interrogée si ses voix l'appelèrent fille de Dieu, ou fille 
de? Église, ou fille au grantcuer ( au grand cœur), A. Qu'avant la 
levée du siège d'Orléans et depuis, tous les jours que ses voix loi 
parlèrent, elles l'appelèrent Jeanne la Pucelle, fille de Dieu. . 

XII. Item et pour mieux et plus apertement entreprendre son fait, 
elle requit dudit capitaine de la faire habiller en homme avec une 
armure d'uniforme (2). Ce que fit ledit capitaine en acquiesçant à sa 
demande, quoique contre son gré et avec grande répugnance (3). 
Ces vêtements et armes étant fabriqués, confectionnas et ajustés, 
Jeanne rejeta et dépouilla tout costume féminin. Lqs cheveux taillés 
en rond à la manière des jeunes gens (4) , elle mit une chemise, des 
braies (caleçon >, un <gi ppon ( pourpoint } et de» chausse» joignant en- 
semble, longues et liées audit gippon par vingt aiguillettes;. des 
souliers hauts lacés en dehors, une robe courte (hnqaie) allant jus- 
qu'au genou ou environ, chaperon découpé {5}, guêtres ou hou- 



(i) Noos ne connaissons pas cette précédente réponse, qui parait avoir été 
supprimée. Cette charge est en effet une des plus absurdes et des plus gros- 
sières de l'accusation. Les juges se; seront ainsi attiré de la part de Jeanne 
quelque réponse propre à les confondre et qu'ils ont voulu par conséquent 
supprimer. 

(2) ... « Vestes viriles, cumarmis conformibus. » . » 

(3) « Magna abominatione. » ... \ 

(4) « Ad modum roangoaum. » 

(5) Voir la tapisserie d'Àzeg}k> ( Musée de Jeanne Darck Orléans); 



înars *j.] f 37 e séance. i39 

seaux (de cavalier) serrés; éperons longs, épéé, dague, haubert, 
lance et autres armures à l'usage des gens d'armes ; et s'exerça 
ainsi au fait de guerre ; affirmant en cela accomplir la mission 
qui lui avait été donnée de par Dieu et agir ainsi de la part de Dieu. 
Sur cet article s'en réfère à ses précédentes réponses. 
Le 22 février, elle a confessé que sa voix lui disait d'aller trouver 
R. de'BaudricOurt, etc. Voy. ci-dessus page 37 jusqu'à (p. 39) : 
« Étant & Sainte-Catherine de Fiérbols, f envoyai d'abord au châ- 
teau de.Chinoii, où était lé roi. » 

Le 27 février, interrogée si sa voix lui a ordonné de prendre l'ha- 
bit d'homme, B. que l'habit est peu de chose. Voy. ci-dessus, p. 56 
et suivantes ; 42 et i7 mars : réponses analogues. 

XI II. Item ladite Jeanne attribue à Dieu, à ses anges et à ses saints, 
des prescriptions qui sont contraires à l'honnêteté féminine, pro- 
hibées dans la loi divine, abominables à Dieu et aux hommes, et in- 
terdites par les sanctions ecclésiastiques sous peine d'excommunica- 
tion : comme de revêtir des habits d'homme courts, brefs et dissolus, 
tant en vêtement de dessous (1) et chausses, que autres. D'après le 
même précepte, elle a mis quelquefois des vêtements somptueux et 
Rompent, d'étoffes préfcieuses et draps d'oiy de fourrures, et non- 
seulement elle s'est habillée dé robes courtes ( huques ), mais aussi 
de tabafds (paletots flottants), et de robes fendues de chaque côté, 
Il est notoire qu'elle fut prise portant 4 uttë huque de drap d'or ou- 
verte de chaque côté (2) ; coiffée de chapeaux ou bonnets d'homme ; 
les cheveux tondus en fond à la manière des hommes; générale- 
ment et au mépris de la vergogne de son sexe, non-seulement elle 
s'est habillée ti'une manière qui blessait toute pudeur féminine, mais 
même celle qui convient à des hommes bien morigénés; elle a usé 
dé tous les affublemehts et vêtements par lesquels se distinguent 
les hommes les plus dissolus; et cela en portant aussi des armes 
invasives. Laquelle attribution de précepte à. Dieu , à ses saints 
anges et à ses saintes vierges, constitue un blasphème envers Dieu, 
stibversîon'de la loi divine, violatiori des droits canoniques, scan- 
dale du sexe féminin et de son honnêteté, perversion de toute dé- 



(1) Subtunicalibus (vêtements de dessous): braïe, chemise d'homme. 
Subtunicalibus équivaut iei à Vinexpretsibie -do cent anglais. ■ ■•• 

(2) A l'Italienne. Voir les tableaux dé cette école et du temps ,'et ci-dessus, 
p. 122, note 1. Voyez aussi Histoire de Charles VII t t. II, >. 153. 



1 



140 PREMIER JUGEMENT (.1431 

cence, approbation et séduetion'arf mauvais exemple pour touille 
genre humain, , . ,. ,, i. . t ..r» t." v - ' 

Sur le ,13 e article, respofld : ^ Je ^ayjila^émç .Rieu **ei<&ep 
sainçts. » ...,.,; . .'. • .*-r ■■• ■ m..«* ;.--v t-\» m» 

Et quant il luy fut exposé que les. saints caaon^ekîle^: s^ineteft 
cscriptures meUeqt^geles feiftme,» qui pr,en#e#t attM'pmjoie* ou 
les hommes habit de femme, est chose abbomiftable .à .Di#ii * eft 
demandant s'çtye, a ( prii?5.e^3,JaalHs. 4« cAmjnaji4emeo$ 4<T ^>ieu, 
respond : « Vous en estes a^é'6 Bespoj^Lus^ ci, se WQulfls, que .tous 
responçje pju^ava^t, ^QWies-moy, 4HaA* on .> çtflMflw en-respsn- 
4™*.» t .< ,.,-., ., i w * il •'!••■ '- " <s.-ïi'.'i 1-jf • «: 

/te»i dit, japrfes ce .qu'elle (u{./interrogiiée se ellfty^drQitîPTan- 
dre abit de femme ; pour ce^elle, peust (1) re^epyoir so. n-a^acilv^ar. 
à ceste Pasque , jesprçpd qu'elle, op. lassera, joint acabit çncprev 
pour qpelqye '^bos^ne.pQutife^ et 

dit q^elle M nefa 7 it l poJipt.4e> diff^reoqede.^hU d*pmn&&iOUrdfl'fefiW«e* 
pour reçepvoir son sauyev»r;,e| {l quje k pQU|rfCftst abâtyoj^fltf.foy doit 
point refuser., , . , ,., . :i .;,.,,., ... ,, * u \ Mm * /• f j,,„ j. v >\> (f . ;t iî 

Çt ipterrpçuée, par upg,.qi^ parloijt 9 .li|x 4ej»w<toM «telle .Kjwwft 
point par révélaciqn, oq d^vpojnm^de,meipt^,de. po^ter^ ee^t JiaJwt > 
responc(,qu'ell^ ea f a ; j;e^pop44i,:à quqysjeraporAç. JÇJ, après^^U^ue 
dedans demain^ e}Je. en e^y.oyer^ ^ésp^nic^ ./tendit, §u^)j6,fieai^ 
bien tyui luy £ fajt pran^re l'a^it ; in^is^ne^^UrppintCKwpft^^ePe 
le.doit.réyçiç^ j[^ v . >ti> <( , 4i|f .,, . ,..., ., iis , : ,.. » i(! ;, .- : !lli%|1 , # , v 

il Y* V/e/ft J^flne ( aJ^rm^ ( fj^e.|le l fai f t $>i$» 4p po^efl.tfçjtqlsMMs* 
qg'eUe ye#f, Jbe$ .çQps^Ryer^^U^t^q^^jlJe. n€t,^.quittejfy %\$e JsiMle 
ep a, l'expresse, .liceqce, <fy? Di^, ,par. j^lpgw,, fe^M^ #^4 ww** 
Dieu, ses anges et ses saints. > • ^» 

.£ çet.arti^e 7* T f Jç neffaifrpoiftt jpaV4ç,Pje^î6QrMBi>et,;d^w^in 
vouSje^s^rez^pQndg^jjH, , |Ml .,»... «../>, »j..» .>./ino i: -. f : « - 

Et ce jo^jpl^frQ^^.pçir.un ^r^^!^^^^^^»^^^*! 
commandement / par gépétaJÂwi. (Jç.pr^ndfecethaibU d'home, 
A. Qu'elle s'en réfère à s^ diçes* jyéçMef*teJ Dft^ftsuit^^eUe.en- 
répçpolra demajn; r ^ten,putre s dit qn'^Ue ,^itj)ieïi,q\ii; iui ft-fait 
prendre frabit.^kqwqiR, jnate qij'slle ne ^aiV.^mment relie pe^ 
le révéler! .{ ; i * .«i 

(1) Afin qu'elle pût recevoir la communion pascale. 



~(2yMnute française. Le texte latin renvoie aux séances des 27 février. 
Vpy. c>da*fl*s,.p* $ç,; i^imidhiF^^Wf* ^wi ^n ( ;>i ..n hr t - ï i • ; • 



/. IJ'J. 



Le 24 février interrogée, sur ce point, R. Si vous 1 voulez : me 
donner cerigé, deftnez-hiôï tiri'babit de' femme, je le prendrai et 
m'en irai; autrement, non : je me contente de celui-ci, du moment 
q*'tt plaît 3f : Dlètr que je le porte.' : '"' ••'•'•»■• 
•Le IS'tnarâ;'^ interrogée Se en prenant » (ëi-ttëssùs p. 94) jus-' 
cpfk* « de'sàprinsëN' * '•" " .;»••. 

Le 47 toaàfs « internée pbûr ce qu'elle' ditqif'elïe porte » (p. 143} 
j«sq4i*à^ « qu'ëllesoit kriigtte * [ibidem). * 

■1V;'iW«i îààW Jeanne àyaltit à^îu^ïetrrs' reprises detrikndé qu'il 1 
lui fût permis d'entendre la messe, elle a été avertie de quitter 
l'hàblt'â'ftexmiie; seé'jugeslûio'h't ddtiirè TeSpoïr quelle serait* ad- 
iftfs&àfaudftioïr de teiriésse ët'à la participation des feacrèménts, si 
elle* voulait 1 quitter* totalement l'hkbifc d*hommë' et pr'ëWdre celui 
de soir stexeVmafrèllfe ifa-pas votiîtf y'aequlèscëri'Èrie 'a *préieré ne 
pétera èbttlttuttiët 4 deà tecteritentà et : në pâs^rtitrper aux divins 
otfice^'jpkitôt'qtièîdeqtfitte^'cef habit, ettfeîgnârifq^u'e'cë change- 5 
ment déplaisait à Dieu. En quoi apparaît l'opiniâtreté (le ladite' 
Jteâtfftè, so4i éri^ordisëèment aufoàl,* sott taahqtfé de dharitë, sa dé- 
^béi^nceràPÉglise , 'et , fé ,l ttiêprls tfëé èacreriiènfe. ; ' ' ' ' ' '"' '» 
'Artlèlë W; #. Od-ëU^ayniëp'life cbiëf ttfoûrlr^cjuë 'révoquer" ce 
cfo^e^féfïfc dtr c»tii\handUmeril ffè'NoWrfe Seigneur. ' M ' 

''tateitfbgàée *VfU&' veult lateser Habit àVtiomiWe pour ouyr messe, , 
/*. Quant à l'abit qu'elle porte, elle ne le laissera point encore , et 
qu'Huit pAnt'eh èHe 4 du -ternie dedans quint elle le laissera. 1 fi) 
JtemMîâ quelles juges luy tëfôsetrt dé faire ouyf tnëssè, ïï etit 
l^teiïNo^e^Sëigftèufrdéluyfàîrêiottyr^ quatitfil luy'pîâirâ; sans 3 
eulx. J ' "•' ' ' ""' ' '* ' 

^/fô^âtf/qftWIfttf-r^sttltr ; de farlicîè de ! là' séquelle : respotid 
qu'elle confesse bien avoir esté amonnëstée l dé ; prendre abit de 
tmm^àWMftttèïêreritétf antre» séquelles; fe^ityë.'" 
v hltt?fr0gttéè , , 'le'iS martylé '^ute* afymerôit Meulx C voyl ci-dessus 
pi^OÉi jildqtf'à i tf sârià krehkngiet' rf (p. ltW): ' ' s '" '" ' " ! 
^iifem M ! 17 i «ra?rs;irilérTOgée futile ctitàcêt habit 'etc. (ci-des- ! 
sà^^'p. ^i»j 'jUgqu'a ? * pbuï'fkirfe \& plaisir de Notre Sé\griénr» 
pili4). ! ' 

-X¥l>-fl«»4 adito J eanne , ei-devant et depuis sa capture, auxhâ-/ 

. ■ , , j ■■ 

13il •' *î c • .' fe.».'»'i»jUt. /»«i •' '»'*« H ,r '• • -' ^ Ki ' " ' -* - '» • / 

(1) Et qu'il ne dépend pas dVHe-dé fii«rv te ternte ou eHe quittera cet 
tabit. 



1 



142 PREMIER JUGBMWT. [|«l 

teau de Beaurevoir et à Arras, a été plusieurs fois avertie, charitable- 
ment, par de nobles et notables personnages des deux sexes, de 
quitter l'habit masculin et de reprendre des vêtements décents et 
convenables à son sexe (1). Jeanne s'y refusa et s'y refuse encore 
persévéramment : elle refuse également de se livrer aux autres œu-, 
vres de femme, en tout se comportant plutôt comme un homme 
que comme une femme. 

Article 16 , H. Que, à Arraset Beaurevoir, a bien esté amonnestée 
de prandre habit de femme, et l'a refusé et refuse encore. Et quant 
aux autres œuvres de femme, dit que il y a assés autres femmes pour 
ce faire. " , • 

Le 3 mars, interrogée si elle se rappelle, etc. (ci-dessus, p. 74, jus- 
qu'à : « vous n'en aurés maintenant autre chose » p, 75). 

XVII. Item lorsque ladite Jeanne, ainsi vêtue et armée, vint en 
présence dudit Charles, comme il est dit, elle lui promit, entr'au- 
très, trois choses : 1° de lever le siège d'Orléans ;2° de le faire cou- 
ronner à Reims, 3° de le venger de ses adversaire*, et que par son 
art elle les tuerait tous ou les chasserait de ce royaume, tant Bour- 
guignons qu'Anglais. Et de ces promesses elle s'est plusieurs fois et 
publiquement vantée. Pour assurer le crédit de ses paroles, alors et 
depuis, elle a fréquemment usé de divination, dévoilant les «îœurs* 
la vie et les faits cachés de plusieurs, qui subvenaient en $a présence 
et qu'elle n'avait jamais vus, se vantant de connaître ces choses 
par révélation. ,...,. 

Article 17 , H. Qu'elle confesse qu'elle porta les nouvelles de par 
Dieu à son roy, que «ostre sire lui rendrait son royaume, le feroit 
couronner à Rains, et meclre hors ses adversaires. Et de ce eu fut 
messagier de par Dieu; et qu'il la meisi hardiement en œuvre; et 
qu'elle lèveroit le siège de Orléans. - 

Item, dit qu'elle disoit : tout le royaume, et que, se monseigneur 
de Bourgogne et les autres subgectz du royaume ne venoient en 
obéissance, que le roy les y feroit venir par force. Item dit, <juant 
à la fin de l'article, de congnoistre Robert et son roy : respond : 
« Je m'en tien ad ce que autrefois j'en ay respondu. » 

Le 22 février, R. « à Vaucouleurs »,etc. ci-dessus, p. 37, jusqu'à: 
j< que c'était lui. » Item dit qu'elle trouva son roi à Chinon, p. 39 , 
jusqu'à : « faire la guerre aux Anglais ». 



(1) Voy. Ilist. de Charles VII, t. II, p. i73, 174. 



F 



mua as.] 37* séance. 143 

Le 1 3 inars, interrogée d'un prêtre concubinaire et d'une tasse d'ar- 
getit perdue, R. qu'elle n'en sait rien et n'a jamais entendu parler 
de cela. (Ci-dessus, p. 99, noie 2.) 

Xyitl. Item ladite Jeanne, tant qu'elle resta près dudit Charles, 
s'efforça toujours de le dissuader, lui et les siens, de faire aucun 
traité de paix en appointements avec ses adversaires; l'excitant au 
meurtre et à l'effusion du sang humain ; affirmant qull we pouvait 
y avoir de paix qu'au bout de la lance et de l'épée;que cela était 
ainsi ordonné de Dieu, parce que les adversaires ne quitteraient 
pas autrement ce qu'ils occupaient dans le royaume, et que leur faire 
la guerre était ainsi, disait-elle, un des grands biens qui pussent 
arriver à toute la chrétienté. 

Article 48 : quant à la paix, dit, quant au duc de Bourgongne, elle 
a requis le duc de Bourgogne, par lectres et à ses ambassadeurs, 
que ily eust paix. Quant aux Àngtoys, la paix qu'il y fault, c'est 
qui s'en voysenten leurs f>ays, en Angleterre. Et du résidu, qu'elle 
a respondu ; à quoy elle se rapporte. 

Le 27 février, interrogée pourquoi elle n'accepta pas ( ci-dessus 
p. 60-1 jusqii'à : « ne S'en souvient pas (1) »). 

XIX. /to» ladite Jeanne, en consultant tes démons et usant de 
divinations, a envoyé chercher une épée cachée 1 dans l'église de 
Sainte-Catherine de Fierbois» ou qu'elle cacha, ou fit cacher ma- 
licieusement, frauduleusement et dolosivement dans ladite église, 
afin que séduisant ainsi les princes, nobles, clercs et le peuple, elle 
les induisit plus facilement à croire qu'elle savait par révélation 
que cette êpée y était, et afin que parla et autres moyens sembla- 
bles,* une tdi' assurée fûtajoutée plus aisément à ses paroles. 

SurceTarticle, s*ew référé à ées précédentes réponses; leTeste, nie. 

te 27 février, interrogée si elle a été à Sainte Catherine, été. (ci- 
dessus, p. 57, jusqu'à: «la ville dêChinon; » et un peu plus 
loin f « dit aussi » jusqu'à : « on Tavâit trouvée » cp. 58). 

Le47 mars, interrogée de. quoi servaient les cinq croix qui étaient 
sur l'épée, R. qu'elle n'en sàitrieh (p. 115). 

XX. Item ladite Jeanne à mis un sort dans son anneau, dans sa 

(1) ÇeJ article 1,8 trahit un des côtés faibles et secrets de la politique an- 
glaise, ou anglo-bourguignone. Bedford voulait traiter; R* de Chartres le 
voulait aussi : Jeanne ne le voulait pas; et elle avait miliè fois -raison, fcct 
article est Tan des points qui fait éclater la supériorité intellectuelle de la 
prévenue sur ses juges. 



1M WLEimSft JTJBEHÈtfr. • *ft4&T S:,T 

bannière, dan» certaine* pièces detoite«t^anfcbi*éeàu^ (prtlfe'pôT^ ^ 
tait et faisait porter par les siens ; aussi dans réjtéè ^telfetfiftfrorF * 
trouvée à Sainte «Catherine de Fierbois, disant que &s objets : éfcâerk 
bien fortunés. Elle a- fait dessus beaucoup d'exécrtftioi*s et eonjtf- {i 
rations en plusieurs et divers* Uertij afôrrtant «que^aîr le tnbyeh ai 
ces objets elle ferait grandes choses &<*>1kMtiÀtvtcioiïè'dé à* 3 
adversaires; que ses gens en ayant ces pannonceaux ne pouvaient 
éprouver de revers, ni d'infortune, danseur» agressions et faits de 
guerre. Elle a notamment proclamé et justifié ces faits devant tous 
à Compiègne, layeiUe dujour.oij, étanM<*tie 4ejCfltta/vHl^ayec 
des forces, eltafit un t e irruption. co/>^ monseigneur ^ feidnedeèwir-»^! 
gogne, dans laquelle beaucoup ,dea siens ûarent Mea6(te>t**rsjet3b 
captifs, et elle-même pri$e et anpré^endée.EUe.^n^wtagiidemôœ^îp 
à Saint-Denis, lorsqu'elle. excita les ennemis à assiège* Pfitâfc, u • » «-À 
Article 20, se réfère à ce. qu/eljei 'a dçjà.jdit. lEuWjoiUa t^uebde.:; 
chQse qu'elle ?it fait, il.n'y ^yo,U pfi çoçceri^ ne auir* $nmivs*Sufc. * ; 
Et du bon eur de son estainxlarV disque de i^r, M j^m isapwte à M 
l'eur que Nostre Seigneur y a env.oyfo. , ., ,. .,., r n , „ , n .,.; rT ., 1llit 
Le 27 février, interrogée si elle avait son épéç^uandtflie fut, prisée 
R. Que non* mais en ay^it une prise sur.un- BpgqgHjgwp* j . »a .. 

Le 1 er mars, interrogée .qui lui dpnirç l'anneau itîr&&si&tV(~W>:'£ 

jusqu'à: «de, l'un de ses anneaux »,(.*tyc& ]...,, >:; <„. t , ^ i} ir ., ^ 

Le 3 mars, « interrogée quano* ,§an,jroy k » (^dœsHS*pp.i*35,ï. i 

jusque ; u etn'en $ rien yçu.faire^ %.Jl)u ,,„ \, ,, K *, ^sm^huK b 

Le il mars, « interrogée, dfc l'un, t de.;Sefc.anae*u** («îHdeaaiisur. 

p. 117,jusqufà: a vous n'e.n ^urés^utrÊjcho^e^^sp^i^:.. ,,,- ■ t ^\ s 

XXI. Item ladite Jeanne, mue,;<te ^ présQn^WvOiij^ctéflp^ri^ïioj 

fit faire et transmettre ^ ^ 

précède des nomade., Jésus M^i^g^du^igpôd^ila^ro^^rfti^, 
sée au roi notre $ire !>; à inpnsejgneur^e, ^fa^„fi\m<my& 4* . ,- 
royaume de France et aux.seigneurs et^Ditain^s^ fcn^&fc)$$ le,,; j 
siège devant Orléans, contenant .beaucoup de,phosça mauvaises* per>\ ; . 
nicieuses et peu conformes à la, fo} cpthoUaiie> .,..., ,{ ..„<;,» >u f l; . \^ w 

Article 2i : quant aux lectres, qu'elle ne les a point faictes 
par orgueil ou présomption, mais par Is-ooran andomont de ffostre - 
Seigneur; et confesse bien le contenu en çe? t fe!ps^ «^p^Dtj^qys ^ 
mots. Item, M. que 3e lèsjlngiois euss^cr^u $$ l^rjef ^z^u^ l ti , 
sent fait que saiges (i); et.quç *vanfr#i^soit^UB^ 

■ ■ ' ' ' , û u i' U j i iJ"i ii i - i n uo fm 1 m r » • I fc 

(1) Ils eussent agi en sages.» •» • ^ ••» •-*>)/ '»»;• «viiiM" •>»u/ » «. :*i&-r*\ 



JMIS 28.] 3?'£J£AflCE< 148 

percevront bien de ce qu'elle leur escripvoit. Et là-dessus se réfère 
à ses précédentes réponses. 

Le 22 février, dit : « l'ai écrit aux Anglais .» (\oy. ci-dessus, 
p. 38 , jusqu'à : «qui n'étaient pas dans l'original » p. 39"). 

Le 3 mars, interrogée « seceulz de son party », etc. (ci-dessus, 
p. 78) jusqu'à « n'en .sont point abusez » (ibidem): 

XXIL «t Jnàsoa Maria, 'f ' •" ' 



«Roy d'Angleterre, et vous, due de Bedford, qui vous dictes 
régent le royaume de France; vous, Guillaume de la Poule, comté 
de Sufford ; Jehan 1 , sire de Talebot* et vous, Thomas, sire d'Escales, 
qui vous dictes ticotenans dudit duc de Bedfort, Faictes raison au 
Roy du ciel; rendez à* la Pucelle, qui ëstcy envoies de par Dieu, lé 
Roy du ciel, les clefs de toutes les bondés villes que vous avez prises 
et violées' en France. Ette* est ci venue de pir Dieu pour réclamer 
le sanc royal. : 'fille -esUoute ptesfe de faire paix, se vous lui voulez 
faire raison, par ainsi que France vous mectrés jus (l), et pàiere 
ce que vodà l'avez tenu. : 

« Et entre vous, arehiers, compagnons de'gtièrre, gentilz et autres 
iqui estes devant la* ville d'Orléans, alez vous- en en vostre païs, 
de par Dieu; et se ainsi né lé faictes, attendez les nouvelles de ta 
Pucelle, -qui vous ira voir briefment àtoz gràns dommaiges. Roy 
d'Angleterre, se ainsi ne le faictes, je suis chîéf dé guerre, et en 
quelque lieu que je actaindray vôzgens en France, je l'es en feray 
aler, vueillentotf non vueftlerit ; et si rie vuellent obéir, je les feray 
tous ôceîre. Je sui cy ettvôiée de par Dieu, le Roy du ciel, corps pour 
corps, pour vous bouter hors de toute France. ' 

« Et éif vtfelient obéir, 'je les pràndray'à méfcy.'Et ti'aiez poihtèii 
vostre oppinion, quar votas né tendrez point le royaume de France. 
Dieu , lé Roy du ciel, filz sainte Marié ; ainz le tendra ïe roy Charles, 
vray Héritier; car Dieu, le Roy dû ciel, le veult, et lui est révélé 
par la Pucelle; lequel entrera a ; Paris à bonne compagnie (2). Se ne 



(1) C'est-à-dire à condition que vous quitterez la France et payerez une 
indemnité pour votre occupation injuste. Mettre jus n'a pas ordinairement ce 
sens. Comparer une autre version i rfist dé Charles VIT, t. II, p. 70, note 1 . 

(a)-Une autre version du uaéine^ocumentest conçue en cette forme : « Ne 
prenez mie votre opinion que vous ne tenrez mie France? du roi du ciel f le 

JEANNE DARC. 10 



146 PREMIER JUGEMENT. |f«* 

a voulez croire les nouvelles de par Dieu et la Pucelle, eir quelque 
lieu que vous trouverons, nous ferrons ( frapperons) dedens et y 
ferons ung si grant babay , que encore a-il mil ans, que en France 
ne fu si grant, se vous ne faictes raison. 

« Et croyez fermement que le roy du ciel envoiera plus de force à 
ia Pucelle, que vous ne lui sariez mener de tous assaulx , à elle et 
à ses bonnes gens d'armes; et aux horions verra-on qui ara meilleur 
droit de Dieu du ciel. Vous, duc de Bedford* la Pucelle vous prie 
et vous requiert jque vous ne vous faictes mie destruire. Se vous lui 
faictes raison, encore pourrez venir en sa compaignie, l'on que les 
Franchois feront le plus bel fait que oncques fut fait pour la chres* 
tienté. Et faictes responsese vous voulez faire paix en la cité d'Or- 
léans ; et se ainsi ne le faictes, de vos bien grans dommages vous 
souviengne brie f ment. Escript ce mardi sepmaine saincte » (i). 

A cet article, qui est la teneur des lettres susdites, rt; Que si les 
Anglais avaient cru à ses lettres^ ils n'auraient fait que* sages 
et que avant sept ans (2), ils s'en apercevron^bien d'après ce qu'elle : 
leur a écrit, et là-dessus se réfère à ses précédentes réponses. . 

XX11L De la teneur de ces lettres, il résulte clairement que ladite 
Jeanne a été jouée (illusam) par les malins esprits, et qu'elle les 
a fréquemment consultés dans sa conduite à tenir ; ou qu'elle invente 
pernicieusement et mensongèrement ces fictions pour séduire les 
peuples. 

Sur les malins, esprits, nie. •• . * 

Le 27 février, dit qu'elle aimerait mieux être tirée à quatre che- 
vaux (écartelée) que d'être venue en France sans la permission 
de Dieu. 

XXIV. Item elle a abusé de ces noms Jhesus Maria accompagnés 
du signe de la croix, en donnant pour, marque conventionnelle à 
quelques-uns des siens que lorsqu'ils verraient ces noms avec la 



filz Sainte Marie ( Jeanne a voulu dire : Ne vous mettez pas dans l'esprit que 
vous obtiendrez, ou conquerrez la France du roi du ciel, etc.,' etc.) « Mais le 
tendra le roy Charles,... qui entrera a Paris, etc. » ( Chronique de CousiMt 
de Montrent!, dite delà Pucelle, 1859-in, 12, p. 282). Cette lettre» pleine 
d'une verve juvénile, originale et rustique, trahit au plus haut degré le style 
et Tiniliative de l'héroïne à ses premiers débuts. 

(1) 22 mars 1429. Jeanne était alors à Poitiers. HiU. de Charles 4'//, 
t. II, p. 69. » ♦ 

(2) Paris retourna sous l'autorité de Charles Yll en 1436. 



màrt 28. J 37 e séanck. 14? 

croix^ ils devraient croire le contraire de ce qu'elle écrivait et qu'en 
effet ils fissent le coritraire. 
Sur cet article, s'en réfère à ses précédentes réponses. 
Le 17 mars, interrogée « de quoy servoit » etc. (p. 116) jusqu'à 
Jéskus Maria. (P. 117.) 

XXV.- Item ladite Jeanne, usurpant l'office des anges, a dit et 
affirmé qu'elle était envoyée de la part de Dieu même pour les faits 
tendant à 'Voie de fait et effusion de sang humain; ce qui est tout 
àlâit étranger à là sainteté et qui pour tout esprit pieux est hor- 
rible et abom inable. 

• ft. Que premièrement elle requéroit que un feist paix, et que ou cas 

que on i*e «voudroit faire paix, elle estoit toute preste de combatre. 

Le 1k 'février, a confessé qu'elle était venue de la part de Dieu et 

qu'elle n'avait rien à faire ni à négocier au présent jugement, et 

q&'êlle fui rtavoyée à EKeu de qui elle était venue (1). 

item le"*7 mars, dit que Dieu l'a envoyée au secours du roi de 
France, r • ' 

XXVI; Item ladite Jeanne/ étant à Compiègne (août 1429), a 
reçu du comte d'Armagnac la lettre dont la teneur sera ci-dessous 
transc#iteV * 
/?. S'en réfère à ses précédentes réponses. 
Le 1 er marsj «interrogée si elle ne reçut pas » etc. (ci-dessus, 
p. 63> jusqu'à : « sur le fait des trois pontifes » p. 64 ). 

XXVil. — <c Ma trèschière dame, je me recommande humble- 
merit à* Vous et vous supplie pour' Dieu que, actendu la division qui 
en présent est en sainte Eglise un iversal, sur le fait des papes; car 
il a trois conten dans au papal : l'un demeure à Romme, qui se fait 
appefter Martin guïnt (2), auquel tous les rois chrestiens obéissent; 
l'autre* demeure à Paniseole , au royaume de Valence, lequel se fait 
appeliez pape Clément VII e ; le tiers en ne scetoù il demeure, se 
non (sinon) seulement le cardinal de St-Estienne et peu de gens avec 
lui," lequel se fait nommer, pape Benoist XIlll e . Le premier, qui se 
dît paçe Martin, Tut esleu à Constance, par le consentement de 
toutes lès nàcions dès chrestiens: celui qui se fait appeller Clément 



(1) Voy. ci -dessus à la date. Nous n'y retrouvons pas le texte exact et 
préçndft eette réponse, mais seulement ces mots : Je suis envoyée de par 
Dieu (p. 4i et 45). 

(2) Martin V. Nous disons aujourd'hui Martin cinq. 

10. 



>1SfL 



148 PJREMÎËK JÇGEtfEglV ^ , y y £i«i 

fu eslu à Paniscole, après la twortdu pape Benoist Xl&fypav totale 
sescardinaulx; le tiers, «pii se nomme pape fléwHst XHUVy à-Patùf- 
colefueslcu secrètement, marnes par le cardinal de Saîto-f&ti&nafc. 

« Veuillez supplier à Nostre Seigneur Jhééitâtrit que,: par«a miséri- 
corde infinité, nous veulte par tous déclariez <f»i esfcdeitrois^de&- 
susdiz vray pape, et auquel piaifa que on obéisse desi !enaTat*t, 
ou à cellui qui se dit Martin , où à celhiiqoi se di!> €iéiïtent/ûu à 
cellui qui se dit Benoist ; et auquel nous devons croire, si secrète- 
ment eu. par aucune diesLamlacipji, ou publique n^aijifes^ll^car 
nous serons tous pceptz <Je faije l£MMjtçi& et plaisir de Nostre Sei- 
gneur Jhesucrist (2 —Le touf rostre conte d'Armigxac ». 

XXVH1. — Auquel comte ladite Jeanne .çépon^jt par^ettr^ si- 
gnées de sa main, dont la teneur S|iit; i:il f ., „ , . UJ ;1 . )l(M;i0 . J;ir . 



XXIX.- ànÉsus \ Maria. ' ,iM ^ * ,af ^ 



« Conte d'Armignac, mon très-cher et bon' &mï\ kfta*«#il8: <Pb- 
celle vous fait savoir que voétre message {tyestVeriti fftfldtëVeiB'ttoy, 
lequel m'a dit que l'aviés efivôïé 'pâ'r'âëçà' potfrskv^t d#tnc$ an- 
quel des trois papès% 'qne mandez p£f l ïàêhtfÀré' , > 'ivdu0>idte¥T*âs 
croire. De laquelle chose ne vous puis bonnementtftoei&voJriau 
vray pour le présent, jdsqtï es a"*cè : qatf '}% 'séffë k>ttx\É é&ait&urs, 
à requoy (4); car je suis pour le présent tro*^ éïÂ^ésfehiée fcuïfait^e 
la guerre j mes quant vous sarez que je seray à Paris , envoiez ung 
message pardevers moy, et je vous feray savoir toûTau vraylîïï- 
quel voiis devrez croiréf M^ue^fcn aray 8cète^àri& tôitoeibtfaïaiiip 
droiturier et ëouVèrain Séigneur,Ie ! Royd^UôlJt WttMtrift; et^cpie 
en aurez à faire ; à tout mon jpôvbih J A r 0lWY^ 
soit garde de yous. Escript à Compiengn^lï^Xf^ôMF^'aWs^ 
1 1429.1 (ôï. -! ., ' " ' '"." '"" '' '" ^ ' i ' ,fïl " f;T **'* iiU "'^ 0V{ * >lM 

__ i_j — _ — ,.„■.; . b k »|, jii ,'-,|i--|[Q'i j |;y/ jj atfMabiiiâ <oyu¥>- 

' '■ ' ' : "<"' '■ ' •>/;■. ^'1) Muîo» -A iO .<i,.(<H, triera ttb 

(1) Au quel âevoi&nou» croii* ?,Cioeiiâ-lft iàd&&mmr>") deyqç^^iis 
le recoBtiattue secrôteiaemVou 'parji^ftiei^ ï;o 

(2) La date non rapportée f-de cetlpAetti* 4w*âtrçiv#*p j<i*y*fo W$> ^ih 
(3)- Message pohrmèssâ9èi'(*Mm*Éêà!piv0 jfttéià Keatt^y^.jffrditg^ 

p. 64 J: Noiis essayerons d?in*iqtfe* pouïtqimi.lV^y^ibapfèSyjpot^^^l^j^i. 

(4) Ad regutom mwqtnrtmnï-enirtvttMoimï V&m ftÔAifoStyStlfa 
rcinive*&ité p : Jeanne ji Rw»,; .e»t:p*rtiten*ttt^ 

combien elle comptait, à cette dateyi.matthar Wftta<cajâWte 9 q aST X01dé n5 

(5) La correspondance qui exisla entre le comte et la Pucelle fut, comme on 
voit, bien innocente. Celte correspondance ne prouve que deux choses :1a 



f 



38.] 38 e SÉANCE. 149 

1 ' àXX. — Et ainsi reo;b1s^ r nW- J sWlënient elle douta qui est le 
>h*tpapeyt4*titeJqu?il>tfy * qu'un pape indubitable ; .mais encore, 
^wteâmaiitld^Llevniètteiuyiectexoès, tenant de peu de poids l'auto- 
rité? dà l'Église uftiywieikey et roulant préférer, le verdict de son au- 
toité. à-celul de, toute ( V%Jree*^e aafûmé qu'elle en déciderait 
-datas- «m terme» fw^jy .selon qu'elle » trouverait par conseil divin., 
.comme; il résèlte>plu4<jplmnenieot, die, ses lettres* 
i: iJÀcfj * 4WI à BÛ- S'en Eèfèità à se* précédantes • vé ponsea. 

"^^''«na^^ le dl- 

•i*t Dt* •<,>; -n -».*,>•'•; «^^ttëlie des Rameani 

^ ïfè^tifeë^^toàvéMéV répond qu'elle le' fera voloniters en ce- 

qui touche le procès, et jure' (i).' ' * 

Quant à l'article relatif à l'habit, etc., respond que l'abit et les 

armes qu'elle a portés, c est par le congie de Dieu ; et tant de l'abit 

d^omim^w^ ^a^mea^ .-, :-,.i 

,tMfêetm>mK£q quelle îujinterxoguée. oie Jessier son ahit , B. Qu'elle 

m taxteçftt f*©jin£sans, l£ ca.ngié de Nostre Seigneur, et luy deust 
Jtën trenoher ja« teste;, mais s'il plaist àNostre Seigneur, il sera 
itaiïfous* mis jus fc; .,-:..,.'-..,. 
t 'ié&nz dit encore, s'^lle n'avait coogié de Nostre Seigneur, elle ne 

•prandroit point habit de femme. , 

-i f £ 7jS')/ lit' Un ' ; .' . r. ■ i -,.-. * • : . 

^Vrainiérë' iMÉto considération qu'inspirait Jeanne ; à ce point même qu'un 
rppooft s'adressait,} eljeponr flairer touchant une question de théologie et 
t^^aul^ j^tyque j,la> second? est que Jeanne, à cette égprd eut le bon sens 

Mais à propos de ces mêmes pièces nous observons que les Anglais , néces- 
sairement, les avaient recueilles, ainsi que la lettre à Bedford par exemple 

'{"ftyitT "8-d^«if §yvn) 'fflmmf p^OT à conviction et par conséquent 
de mains amies. Or le comte d'Armagnac ( Jean IV ) était un allié de Char- 

-%&' Tfl i i\ l'on** ja^gè ainsi' ào moins par des traités publics et sa parole 
ou sermefnvWpriiïee^'itéï^tiveïneot engagés. Comment ces lettres furent- 
elles doité livrées pwr le 'cointè aux' Anglais? Jean IV, on le sait, politique 

-*tafei'ioi, Servait en ftiéit* temp* Garnies VU et H*nri VI» N'y a-t-il pas là 
'fc'la^ébargë' du grand vassal un nouvel aote de -félonie (et Ton peut ajoute 

^'mgratînide}; dirigé cette fois. ô« : exploité contre notre héroïne ? 

' i0 '(iyCeM4ut*tât efetl^ réponse annoncée ci-dessus, p. 140 : « Demain, vous 
en serez responttnk' »>tn**Êp. tSOynote i. 

»»'»*» â ;«i!:«.-i ,Ju> • P-. i.j'l ,< ; » 'fi; ... -m .-,. , , .\j . „ . . 

fil <Oéu.i ► fU'tU ••!;;» '».. .i|.i , .»f.. ..:..■ ., . 



1 



J50 PREMIER JUGEMENT. - {*4M 



Suite de la lecture des articles. 

XXXI. •— Item ladite Jeanne, du temps de sa jeunesse et depuis, 
s'est vantée et de jour en jour elle se vante d'avoir eu tles révélations 
et visions; or, quoiqu'elle ait été formellement et juridiquement 
requise de le prouver, elle n'en a pas' justifié ni fait foi; elle se re- 
fuse à le déclarer suffisamment par parole ou par signe ; elle a 
différé, contredit et refusé, diffère, contredit *t refuse de* te faire. 
Elle a dit et affirmé plusieurs fois en jugement et hors jugement 
qu'elle ne vous révélerait pas lesdites visions et révélations*;! kl ût- 
on lui couper la tète ou lui déchirer les membres ; qu-'on ne lui ar- 
racherait pas delà bouche le signe, que Dieu, lui' <a révélé et par 
quoi elle s'est reconnue venir de Dieu ^ , '. • 'i. t ..\ 

li. Quant à icelluy article t que à révéler le signe -ou autres choses 
contenues en l'article, elle peust bien avoir dit qu'elle ne le>'ré^é- 
leroit point; et adjouste que, en sa confession autrefois faicte^doit 
avoir que sans congié de Nostre Seigneur ne le uévéieBatt^ .. : 

Le 22 février, dit qu'il n'y a pas de jour ^'elle rfentejide ses 
voix et aussi qu'elle en a bien besoin. • v ,> 4 . - :>• 

Le 24 février dit que « cette nuit » (ci-dessus p. 4$)* jufeqw'à : 
« plus joyeux à son dîner » (ibidem). ' . . / v. ■* 

Le 27 février, « dit qu'elle avait confié en une fois.'»,etc*.(ei- 
dessus), p. 55 jusqu'à : « lui avait été révélé ». Ikm A if i< qu'elle 
envoya lettres», etc., jusqu'à «entre tous autres*,» (P.. 57.) •, .4* 

Le 1 er mars, «interrogée quelle figure avait saint JMiehel,»> ./**ifxi- 
dessus, p. 69). Interrogée si saint Michel est nu, R. croyez-ymiâ que 
N. S. Jhésus n'ait pas de quoi le vêtir, ;< ■■,.. >. - -...m- . \,J 

Le 15 mars, « fut requise, etc. (p:* 107 y évasion de Beau Keu^ jus- 
qu'à : « comme dessus est escript.) » Interrogées de >la grandeur et 
estature (p. 141, etc. jusqu'à: « plaira à Dieu » }. interrogée « pour 
ce qu'elle dit», etc. (p. 112) « Que nom »J . -- «> ; . I : -»V{, 

Le 17 mars, interrogée « de Page et des vestements», etc. (p. 114) 
jusqu'à: «quejesçay. » - ■ - — 

XXX1Ï. —Item par là vous pouvez et de^e^yéhém^ep^çnt, présu- 
mer que ces révélations et visions., si Jeanne .en. a eu, SQjnt-ptytôt le 
fait d'esprits menteurs et malins que des bons; ceja d^t.ȏUe> tenu 
de tous pour certain, attendu surtout ht sévérité^ Fo*gue%le-geste, 
les faits, les mensonges , les coittradietions < signalés eni*pitts4e«n« et 



«iiaans 28. J 38 e SÉANCE. 151 

4iver$ articles, qui sont, et doivent être dits des présomptions ju- 
diciaires et de droit (1). 

* B. Qu'elle nye ; mais Ta fait par révélation des sainctes Katherine 
et Marguerite, et le soustendra jusques à lamort item dit qu'elle 
f»t conseillée par aucuns de? son party qtfeUe meistJeskus Maria : 
et es aucunes de ses lectres mèctoit b\en\Je$hus Maria et es autres 
jion. Item dit, quant ad «e point où il a escript : « tout ce qu'elle 
a fait, c'est par le conseille Nostre Seigneur, » que il y doit avoir : 
« tout ce que j'ay fait de bien, » 

Interrogée se* de aler devant' La Charité, elle fist bien ou mal, /?. 
,S'elle a mal fait, on s'en confessera. 

Interrogée s'elle faisoit bien d'aler devant Paris , A. Que les gen- 
tilx hommes de France (2) voulurentaler devant Parts; et dece faire, 
luy semble qu'ilz firent leur devoir, à aler contre leurs adversaires. 
• XXX1U.- — Item? que ladite Jeanne, présomptueusement et témé- 
rairement, s'est vantée et se vante de savoir l'avenir, d'avoir prévu 
4e passé et de savoir les choses présentes occultes et cachées ; s'at- 
tribuant à elle, simple et ignorante créature humaine, ce qui ap- 
partient à la divinité. 

R* Que il est à Nostre Seigneur de révéler à qui qu'il luy plaist ; 
et que l'espée et autres choses à venir qu'elle a dictes, c'est par 
révélation. 

Item le 24 février, dit que les a Bourguignons auront guerre s'ils ne 
font ce qu'ils doivent et qu'elle lésait par révélation. 

Le 07. février, « interrogée si lorsque l'assaut », etc. (p. 60 , jus- 
qu'à : « le siège », ibld.)* « Interrogée à quelle bastille »,etc. ( ibi- 
dem) » d'y venir » (ib.). Dit outre » jusqu'à : « d'un vireton » 

Le l fr mars_« dit que avant qu'il soit sept ans» etc. (p. 65), 
jusqu'à : «par sainte Catherine et sainte Marguerite». Interrogée 
« quelles promesses » etc. (p. 68) ; — « voulussent ou non. » (Ibid.) 
Elle ajoute [qu'elle sait bien que son roi gagnera son royaume, et 
qu'elle le sait aussi bien qu'elle sait que nous voilà (p. 67, 68 ). 



(1) Pathos peu intelligible. 

(2) France est pris sans doute ici, selon l'ancien style, pour l'Ile de France, 
le circuit de Paris. En effet, le sire de Montmorency et d'autres barons chré- 
tiens, ou vassaux de la crosse de Paris, étaient favorablement disposés pour 
ta cause nationale. Voy, Hist. de Chéries F//, t. II, p. 118, etc. 



45fi PREtftôfc ItfGÎ&HiNT. " {Hëft 

U3 marey u inierro^ée sr ëUe*avato J par î^étofflouY W (P.M73). 
w« chère lib'*tp; '74)*. •"•■ "*«'••;•;< ■*. - v» < --"*« •• »« ■ -^ 

«Le 40y uintën^gée «'elle flstcéste safliié , V«ter.fp. M), 4 ef ïli 
ne lui disent point » (p. 85). ■ j: : ! fJï 

Le 42, interrogée « 6001006" elle' eu&t déhv¥é *> -etcv'fcWte&us 
^ §4);»_4i r ^e présent tttfmfcfre V (Mid:):\> 1 j - -' • ■ ' - ' J 

Le 14, « interrogée pour ce qu'Ole àvôit tfftV etc. : (\ci^deàsôi», 
pu 103) jfuttjà'à: « «fcte chaillêrfe tèti' martyre * fp; 104 ^ ' ' ' : 

- ïXXXIV-u- tomiqiteia dite Jfeanney persévérant dans Se* tétfté- 
tlté-et présomptiotaj d ditiet^ë^iê; éte.^^elleèéhnaissaiit'eft re- 
connaissait tes voix dès a*dk*ngcs; ; â<igés,'*&iirtâ et featnteg'dfe Métf, 
affirmant qu^ile 6&U1efe dtttiïigtrt* des\ai* hitaâinèâ. ' " l,lM ,î? 

- Ji :Qu'eAleè'eii f tient àbe^n'elièridiç el quelle s'ëtf rapporte Stir 
*ef article au jugieMerit de'Diw. ^w^^"^' ? *•• <■•.! .".->-, q r»; 

'Mfe<«9 tëvrtsrç irtlërrotgèe <i si tfétafttla vofr/ké. ('pi &*)'»j«wflr% 
^lifta dd'FaUttiPfJftlityJ-' - ^'« * ;,; il,|V -' - 1 b • 7,M ! d ' ;i ' nîi,£ * 
' lîe^l^iinar^i'ilrtertfogéa^ cfcmmetttielte skit/jipp.^'jô^tfl 
^leitô^ïfmppm^'àeiéu^CiÔftfc)]^^""' -^ - 1 -» ''l'-diii o'i'-îjî ùi lus 

jusqu'à : « la pitié qui estoit en royautt&dfe* France»»' "(pI'MJf)!'? 
• ' $XWV l nm'\# nrêfflfeiJtea*nS ï Vést i ''itaftt<fe^ iàvkâr'dlhhigW 
l^u*i^bietfl^«r*^cèiiX'qa f iÇfe«atl ; ':.^ ,,: -■• l -6< t *n»'>} 
R. « Je m'en tien ad ce que jen ay autresfoiâ réspondW^^rby; 
«tdu dtttf d'grlèaiis -»q '^- de^ aiitireâ j^tts, ! n>en sçait '/A^t :i dit 
qtfettq^ftbUHiquWiettàyn*^ 

quitte] pburo^irfâ«!(te«ènièi>^)s(l)Y i etldi«qU^lid tenait <p*p*êvfr 
iacion. .tu:-m .,-.< /»t>.'»; «; r., *i , K r,-"* »ib 

iLe' 22i févrw/^it'îqi^ DieO airâe te due (TOrtéaifë le* (j^elfe a4eu 
plus de révélation touchant ce duc que touchant homme qtuV vpv4Si 
. lejHy iifléifrogjBje •*• si elle* ne pourrait pas *> «tc. v t p; 40) jà&qpi'à : 
« la volonté de Dieu » (ibid). '■ ji.nv/ »irs i^.^nj; <» 

r"Lé 47 '«w^iiittbÉTOgëe *• «folie sc«S^J«)ïttt »ye«U»{p. 'Itiyjhs- 
qif>lt:"«gife;^$ttâetit sk(t6tâ.) { .' • -q' •-• ^mîn! A\V>, «: ïi'U'ib 
XXXVI. — Jfewi ladite Jeanne a dit, s'est vantéey-èt seyante 'de 
j«er^n ( joWr r ^elte a s« etnsait«véPitàble«ebt, f e^que bôn'sèole- 

' " ( l ? MB ' »: VFtfHM; 1^4» VètttfJ iriMt-tiré' r «' feu^' i*)f>fc4l J y i' dkbs le 



ipen^ell,9-i)]èî¥A^ ^^4'a^^hofnm^,p^ son intermédiaire, ont 
reconnu une voix qu'elle appelait sa voix et jqui venait à elle ; quoi* 
: quq, de sç.jia^ure, -cette vpix stitjrçyisifcJLe pour toute créature, hu- 
maine. ' 
; A S'eurent à,ses précédentes réponses,. 

Le 22 février, a dit que v c#Dx de çon» : parti (ci-dessus p. 39) jus- 
qu'à ;. «,ou tjrçis autre* » ;(p.. 40 ^ 

XXXVl^,*-,/^ que ( la. (JiU Jeanne avoue, avoir fait fréquem- 
ment Je^conigaifa de, .ce ,qui lui .-ai été* prescrit par les révélations 
dqqt, ejjg $e, ^ajtfe ji coinme, i par, . fixejpple, quand . elle, se retira de 
$aint Bep^apjrè^ l'assaut xtoflaps^quandi elle, sauta de la tour de 
Beaurevoir^etr^Hp^u/pesiDircw^taf^?). J£n,quoiil est manifeste* 
ftue-; ; 9M el& n>; pa&eq de je vexations, .de* Dieu., ou elle .a méprisé 
les préceptes et révélations par lesquelles eMç4U ce régir et gpuveiv 
p^p.e^toput. fljle a dit 4H$si.qu# quand $Ue eut coipmajideme&tde 
sauter de la tour, elle voulait faire lé contraire .«t qu>'elk| ne pou- 
^^fftire aiMrtvm^ Ce en qa^i iU a ^pparen^d'opinion suspecte 
sur le libre arbitre et de tomber dajfp U^rwwde.^uK,qpi avancent 
(|ue> ç^ litpre ai;f>itr£ ,e^af*sujej# K&&> dispositions fatales- ou à 
queVloe. < fboge i 4e^wnWa*te.; / .» in »i .,!<•< ; « • «..■...,.,; 

tesvoies adjouste que, à son.part^tppnt'de.SainctnDe^tô >: elleen^ust 
cpngw4f;Sî^ a^r* .t---*i-- ; •/„ * ::i \ nj. ,.<•», ., ., .....i ■ • .. > 
t Jn^rroguée-se, f^re (eoutreile,. eoi*ina*idep»ent de ses voix , . elle 
c^4e. point, pgehrie* WQrjMleinwrtii/** « a. J'en «ay au tnesfoïs f respondu, 
#,nyw,actettdt* {adiatevesponseu »,Çtdft. la conclusion de l'article 
elle s'en actend à Nostre Seigneur. 
; i*I# &Mtifà***MnhtâlP* «ft w>i*,» P*M*>* 40) jusquîà : « elle 

. ^Minjirs^ * injer^ft^ se? -vois'* j«tc.-{ *"'»*&)• jusqu'à : 

« luydust estre venue. » \ ,.'/»; « «■ *n- . j> :>' •/ 

^M* i4»»« .iajerjogée ^ellejfistonoques * (4)-. 1 M) jusqu'à : * bons 
esperis » [ibidX Interrogée (p. 111) «tfejle <?w£stpoiM » r- « en- 
yersueJle n>(ibj4*)u*i »-<* .M> *.•>.<:>■ d ■ 1 ••- -» % 
01XHVJU. jr^/^^^a^teijleaftne^eiiçarç .bien que.dès.le temps 
de sa jeunesse, elle a dit, fait et perpétré nombre de crimes, 
péctié^etdétits, mauvais, honteuxjcTuels^scandaleux, déshonorants, 
çf^pnv^pante pou^n.se^.njS^ a dit 

e^afifeiiaè ,m9WïM ioifS-qe qu^lle^ .* foitvdM* *art d* Dieu et de 
^«i^^i^.ii»^^^^^^^^^^^, fcù* J?uen,qui ne >p*ovienue 



154 PREMIER JUGEMENT. . |l43i 

de Dieu, et par les révélations des saints anges et des saintes vierges 
Catherine et Marguerite. , • ■ , 

S'en réfère comme ci-dessus. 

Le 24 février, elle dit que « n'était la grâce de Dieu, elle ne sau* 
rait aucunement agir » (p. 4$). 

Interrogée (p» 47)- « si ceux de Donremy * etc. — à Dieu ». 
Interrogée « si sa voix ^ — « Bourguignons » {ibid.).. 

Le 15 mars, « interrogée se en fait de guerre, » (p. 410), — 
<i : à son povoir» ( ibid» ). , 

XXXIX. Item quoique le juste pèche sept fois par jour r cepen- 
dant Jeanne a dit et publié qu'elle n'a jamais fait ou du moins 
n'a jamais cru faire œuvres de péché mortel* nonobstant qu'elle a 
commis tous les actes accoutumés aux gens de guerre et de. pirçsj 
comme il résulte de divers articles qui précèdent et suivront. . 

S'en réfère etc. . . ; , 

; Le 24 février, interrogée « si «lie sait » etc. (p. 46), -~ « l'en- 
tend » (p. 47). ■ , , 

Le 1 er mars, ,dit «.qu'elle a grande joie » etc. (p. @9 ) ~ ; , « mon 
aine »(p, 70). . 

Le 14, interrogée,. « sede prendre unghômme, » ,etc. ( p..l<$) jus- 
qu'à : « il sera tantost, rais jus » (p. 106). -..«'.; ; 

XL Item ladite Jeanne, au mépris de son .sçdut, et à l'instiga- 
tion du diable, n'a pas rougi, à plusieurs reprises, en. plusieurs et 
divers lieux, de recevoir le eorps du Christ, en habit masculin et 
, dissolu, et à ejlç interdit et défendu par comn\apdenqept dq Dieu et 
de l'Eglise. ' <■•.•..■**.•, 

#iJ S'en, jéfèrecçjftnje ci-dessus et à Dieu. ... . . v ._ , - : j 

',.. M 3. mars;, intç^^Qgée sa quant ellealoit par le pais », .— <jen 
armes » (p.,7 } ?) f ioi .. ; t . t , : ,, , ..,.;,, ,\ : 

XLl. — Item ladite Jeanne, comme désespérée (1), p#r haine et 
mépris des Anglais, et $u&si accuse, de la destruction annoncée 
de Compiègne : > tenta de se précipiter 4** haut d'u&e Jour.. -A. l'ins- 
tigation du c[ialrte, elle se fipljaen tète ce dessein, s'y appliqua et, fit 
tout ce qu'elle put pour l'accomplir. Elle se précipita ainsi, induite 
par le démon à rechercher plutôt le salut de ,spn corps et , des sieps 
qqedes âjnes; ae^antant de youlpir mourir plutôt que jde se laisser 
livrer entre le§,m^ns4es Anglais* 



(1) Ce mot, au quinzième siècle , désignait les suicides. 



mars 28. J v 38 e 'séance. r ' 155 

- S'en réfère à ses précédentes réponses. 

Le 3 mars, interrogée « s'elle fut longuement », etc. (p. 81) — 
« Se commanda à Dieu et à Notre-Dame » {ibid.}. Interrogée « s'elle 
dit point quelle aimàst' inieulx » etc.— : « angtois » (p.'$2). 

Le 14, interrogée « quelle fut la cause » — « (les Àngloiâ ^ 

(p. îoi). t /.'■'/ ' \* - • * . /: 

/temdit(p. 102) «que puis qu'elle fut cheue »,etc. — :\< guérie*»* 

Interrogée (ibid) « se quant la parblle » etc. — « Dléu ouf ses 
saincts. Interrogée ,« s'elle veut s'en rapporter » —, Qp.102) « con- 
fession » (p. 103). v ' x ' ■ ■' 

XL1Ï. — Item ladite Jeanne a dit et publié que sainte Catherine, 
sainte Marguerite et saint Michel ont des membres corporels^ tels 
• que'tèlë; yeux, vjsâge, l cheveux,' etc. ; ajoutant qu'elle a palpé lesdites 
saintes éîi ses mains et qu'elle les a embrassée^ et baiseés. 

S'en réfère comme dessus. 
' Lé 17 mars, interrogée « ^efle baisa oiï accola » l — « que par 

hault» (p. 118). : ' [■ 5 

' J XLHI, —-Item ladite Jeanne à dit et publié 1 que les saints et 
saintes, anges et archanges parlent français et non anglais; etc v af- 
firmant ainsi que ces saints 'et éaYntesj Çûisont; dans la gloire', bnt, 
à leur honte, en haine capitale, un rbyàlinie cathodique et une na- 
tirin adonnée à la vénération de tous les saints, suivant les prescrip- 
tions de rÉTglise. ' : ^ ••;.!.-:,- h. ;? 

' S'en réfère aux précédèritèsréponses et à Diéù. ' '' } ' ' 

té 1* mats dit :'« que ceWe'voîx »,ètc. (ji. '66Ji — « du pslrti 
des Anglais » ( ibid. ) . 
XLIV. — item ladite Jearfnë s'est vantée, Vante; â ^û'bliîé et pu- 
'' bliê que saintes Catherine et Marguerite lui ont promisse la con- 
duire en paradis, et lui ont certifié qu'elle acquerrait la 1 béatitude 
: si feWe^coriserve sa* virginité ,' eV'qu'eltë % èn 'est sûrel* ' :A * u ' 
' ' 'S'en référé 'à' î&ieu et à'ses ^érédéh^sVépônèë?/ 7%h : " : - ' v: 
' Le* 2$ février, dit f « qu'elle n'a jairiâis » etc. 1 (p'. 40),'— « son 
■kme'iï (ibià.)i Interrogée (ï) « se 'depuis que ses ! voix y ( p. 1Ô4) 

— : « du tout 'en Nôtetre Seigneur». Interrogée (£. 104 jVWil est 
besoin*»,—"* la conscience » ( [ p: 10$). ' '" ,: ! '' j J 

"jfem a { drtle r 1 èr mars que ses' 'saintes ïui ont promis de ta con- 
duire en paradis ainsi qu'elle lès ehavait requises. 1 k * r ' 



(1) Le 14 mars. 



156 PREMIER JUGEMENT. fl431 

XLV. — Item quoique led Jugements de Dieu soient iibftënétrô- 
Wjçs^ p^mcrins ladUfljJejuimr a 4\\*iW*i*b>*wm§il& *>»Wié 
<ju,'ejlç a. , connu, £t <»np^t.qjuels«se»f, W.pajnfô,, saiitfœ* ^cton- 
^es, anges, etc-^lus,^ Djeu et oX^ej^t^^iisiuigjuifir 43a xœtte 
qualité. . , ■* ;:■ • » ,m./j , i ; m», ii-<hi • ii »Vj5'<u o-i ;t ~r» 1« 

j^'en ^ffcre ^se^préoçrfqntesriépoiM^ j>»i : .. : ;,,.,ï\ f , Vi .. ,a 

^e47,févriç^ îf inte^o«^ l u.çan^(ift|4t 4rtte>sait .^.-^ «,4'mvMe 

Vautre f ^p^k . . • ,.-, ,. , i ^.i^.^j.it l'A ,:r«a l'. ■■>■•; «js-\ï 

•..•;W.l" W^iW^ogée.ip.,,^) <Mi,,eVe>>taj|l ,toujo»r&. ; ^rrr 

XLV1. -r itou ^IKaroXt , jprqfc neq^* to£*faf fe^«e»^A|^. gaiftle 
Ca#ierine jet sainte -Marguç^ilp pour î^quii nlej AqwvÂè9P^.4v<mk de 
§au to,4p»E dis^p^pap inaqjére. dg jpfànle, : & ^wmvmlï lessetyi 
Dieu mourir rçaayaj^ment i.fiftufr i$ jpPinpj^Bgae , .$uj 9opff 91 

n;S , Qn-J5l^^^f^spi^d©^ l r^0n$^* < i^ ]ii.,m.< s. Bnii ,rJn» ! 

« son conseil » (ibid.). r'Ii^'ioj 

__ Xl4y^~M^jW^JiWpe> nul contante d«Mb!wsuHBsqui\ lui 
advint par suite de son saut ou chute de Beaçrovojnçtfc œqujf lie 
t nfa$aÉt r pas u^isé swd^^ei%^^Wnja ( ï>wu, tes<sainta et sainies, 
les renia ignominieusement, et les méprjsar $iwie fl^anière ter- 
<ri$e.jet ^ l^omfiaiit,f jju^qu^iQtai^nt )Présep^i^|^§sif fl^puis 
qu'elle fut à Rouen, en plusieurs et divers jours, elle a bl.asjtbém)é 
^ites&Bieu*,la ^^ Jle% gaityb$ «fcç&inies, /protes- 

tant jfl^aj^w^ 45êtr$ mmeh tjmWe^Btijpgçf^nt 

/;*S'*n réfère à,Pteuffti^s^Sipçfi(f^*t^jç^n^fe,f i »• j.ïbîvi'.iiwi 
* I fcô ,a*maw, ;ifltàipflg&lofi SÎ&lUljS? tfiQH^*IW|ftft>1g0A{ Stf ii8R) 

37 Ji«j>M 9 *iUi^H?*^«L «v. §e; députe ^u^Ue.;^^ ^ ^lont^flw^eji- 
tendu * (p. 105). ^., -»j»j;m>ij : .->î ;/•■/*; îilvxwj nu ij<uitu 

~ j XLYUI. !T //«»j ladite Jamu^dît^ 

alors que cependant elle (*$ /^ai)po^e ^^, QUj^^p .^^^«qui 
puisse êlre suffisant pour le faire reconnaître ; qu'elle n'a consulté 

"aucun ^vèqwe, curé nrprélat de-HSgUse pour savo i r si elle -devait 
y ajouter foi ; bien plus, elle disait qu'il lui était interdit de révéler 

*^PWJW9»f a «H^ 



WwJ'î ïn-.jo- i u'.i -»jv #ftr $£&£«*»' .. ...rihi» wort ~- .7*157 
at*' dit iDhârtfes «et à^è^liï^iès taftfUtft: '• En' Hfàol ëllë^VoHife efoïre 
1é«fétâifettwttf/ mal pensée âesàrlîétes'd'é'lâ fbi'fetWlëbif'fênùéfe 
et a«vé*r d^^vélétïoksfe^SpMîte^ {tféttfc'cadfë aur prélats et ^éî» 
d'église, pour s'en ouvrir de préférence aux séculiers. "'* ' ! ''■*" 
/?. « J'en ay respondu, ét'Il^tt'Më^M'eëiqu^ésf éscrl^SEt 
^u#tft»dux signes^ cràfc^^^ 

n'en peust mais. Et plusieurs fois en a esté en prière, 4 * affih 7 Wir*ft 

TrteiusWineti ^îlUé'Tëvéfasi â^rfis^»''^'^^** ÎU ôtrttre 

que, de croire en ses révélacions, elle n'en demandé pbiût^dnsell 

à^v«&qu# Wilutë, ^naalfrés.' /Miilr^lt^M'À^^tfeW^oii 

Sâîîifr »*<a^^ . lV - ' 

; ;- fMtirftogë^M^â^ ^'rllèf'sértS^afttt Michielil 

my r»J'fett-' ay ' >àulreïok - r&]MtiUtf »' ' Et* 'qù" ahï< lk j là ÛridltisiM ' de 

tfaHRAe j*W. «TOmWkctetf* hftm&Be^ëkrJW ilu '^ u * M] 

SMftmWH ^^t^^i^i^mÈi^rMé)^^ qàNtMbt tf st^eflotftfe 

Seigneur Jeshu Crisl a souffert mort pour ffê^^è4i&ér J tfè^àîtfe* 

d'enfer, que ce soient satAdtB- v M^hll$I^Gllto48il - Mliî<ft3Niî>ÎCbiBëÀne 

-et Margueftta'^I^reJfelgn^ ltfiafltôrtè* et 

conseiller. <t k*m ) « lignai .!<»?, » 

■>il'deft^n nh&wmwi&Mft ^ ^< l"»«'o u*z no* >>U <*jîl« *^<j ms/1>a 
• * -• *» '» mftrgj tofcrf t ègétëe** àtf **W ^Rëtt'Çwi» SSr Mi^^eP fef €toriél<» 

3pï0ft>i*Wd * *>Jk ^'hjoj >r.i/it» io ï'ïO'.'i^niq no t ir»uoH iî «ii1 ; j.'r/up 
-^XfifiX^WT* <*fc ladite JeinnS} *écte#l> à^ifo&i&Mey wtioà^#ctes 
^^WjLbais^tl^^Pe là ^30 ils ttVâ^rit'ipa^(lj^^l¥4trtlftàtit f ^- 

vanteux, les embrassant et baisant , faisant autres 5 ^fcér^n75©£rflès 

remerciant à maî^ïféamès/^tràêtfetttt^ftiniiliaîfté *WeCi*^sa- 
(éfiaiit iotttefdisïqWtts^ôW^èHt %&9'Më bom^^tfïi; -ft/d^rès les 

circonstances, ces esprits paraissant pl&i(&étte*lfa&âVKis ifm bons, 
-feès^èts^ttl^ et f éitératlMi'^rdi^e^ et 

accuser un pacte avec les démons (1). •( ^>i aj ) s' n-jj 

. ^^Dù'ëtraïm^^ ^ c |\ de tt-cohèlu- 

'Sfba^è^'Hct^ intbn-j.jw *i;. ivif, 

•*î!(«*no'> b'iî oîl'.^nji * oi. tT riiî;w »«ï i vnV! :». r iihk] inivnifihir yno >c!jn 
j iûvob f j 1 1 ■ * i f i i « jvn i L iMOq .^il^TI il» niuij in jiuj . ' MH ' ^^j jh.jIji» 

(0 ILne faut pas perdre de vue que clans la sc^iétê qui ^servait de milieuà 
universelles, et que cette idée préoccupait quotidiennement l'opinion publique. 



158 PREMl&ft JUÇEMUiT. - (l43i 

Le 24 février, interrogée ( p. 44 h « si elle * remercié/ -r* secours 
céleste». * . . 

Le 40 mars, interrogée (p. 87 ) « quant le signe, ^plusieurs 
fois ». Interrogée (p. 88) « se son roy et elle, — chaperon ». 

Le 12, interrogée « se quant, — saincte Marguerite» ( .p.JM }. 

« Item dit que la première fois (p. 92)' — environ » (iôirf.J. In- 
terrogée « se quant elle vit —en. leur faisant révérence.*) (p. 92). 

Le 45, interrogée (p. 409) .«, se quant ses,yoix,, *-qui se ap- 
pert à raoy,* ,( p. 440 ). Interrogée* (/é»)\« s'elle.faik-r^Nostre Sei-v 
gneur » ( fôfrf.) , , .... ,■' 

Le 47, interrogée (p„ 418) « s'elle leur a point ,,— para- 
dis. » 'm... ':,:.•,,. 

L. — ./tem Jeanne invoque fréquemment et quoti4iennenxent.ce6 
esprits, les consultant sur ce qu'elle a. à faire particulièrement,, 
comme de répondre en jugement, etc. Ce qui parait constituer et 
constitue Tinvocation de démons. 

R. « J'en ay respondu, » ; et les appellera en son aide t&nt qu'elle 
vivra. .'...,:».•'«,!•» ...- ' , - 

Interroguée par quelle maniées elle tes requiert, ./*> <* Je ré" 
clame Nostre Seigneur, et Rostre Dame qu'il me envoyent conseil «3t 
confort; et puis le me envoyent. » • •.. i , 

Interroguée par quelles parolles ,elle requiert, il. Qu'elle re- 
quiert par ceste manière : « Très doulx Dieu, en l'onneur de vostre 
saincte passion, je vous requier, : se ypus>me aimés, que vous, me - t 
révélez que je doy, responcjre à ces, gens d'église., Je, {$a^ bien, ; 
quant à l'abit, le commandement corn me je l'ay prins ;,mais ( je ne 
sçay point .par quelle manière ;je le,4py laisser,. Pour ce glaise vous , 
à jnpy l'anseigner.)? Ettantoqsjt ilz. viennent. Hem jdit qu'elle a^qu-., 
vent nouvelles, par ses w>jx, de monseigneur deBeauy^. , .. s ... 

Interroguée qu'ilz dient de luy, respond : « Je le dirayà vous^à,, 
part.» It,emi\t qu'ilz sont aujqurd'Jiuy venus troys foi*. • , . 

interroguée se ilz estaient en sa chambçe, respond :m Je vous en 
ày respondu y toutes voies je les oys bien, » Item dit que ^aincte . 
Katherine et saincte; Marguerite luy ont dit la manière qu'elle doit 
respondrede icelUiy habjt. : t . . () , ;-) .,,,.. 

Le 24 février, dit ( p. 44 ) « qu£ sa_ voix lui dit de répondre, etc. » 
— lui dit qu'elle répondit hardiment {laid- ). ..,,... 

Le 27, interrogée ( p. 53) f , sur ce. que . sa voix ? r-.qu'on -lui % 
faisait » (ibid:)* « Injeiftogée ^i sa yoix, . — ,bon garant » . 
( ibid. ). « Interrogée comment,.—, l'a sur d'-autres » (p, 55 ). t \ 



r 



mars ss.] 38* SÉAN6B. 459 

Le 42 mars, interrogée se l'angle lui a point failli, — « qu'elle 
ne lésait» (p. 91 ). 

Le 43, interrogée (p. 96) «se depuis hier, ~ touchant son 
procès » ( ibid. ); ...,-•. 

Le 14, interrogée (p. 103 )•« se ses voix, — son âme » 
(ibid.). 

LI. — Item elle ne craint pas de se vanter que saint Michel> 
archange de Dieu , vint à elle avec une grande multitude d'anges 
an château de Chinon , chez une femme, et s'était promené avec 
elle ( Jeanne ) la tenant par la main, montant pareillement les de- 
grés, allant pat la chambre du roi; que cet archange fit révérence 
au roi, s'inclinant devant lui ; accompagné d'anges, comme il est 
dit, les tins couronnés, les autres ailés. Lequel dire est présomp- 
tueux, téméraire et doit être tenu pour simulé, attendu surtout 
qu'on ne lit pas que de pareils hommages aient été faits et tant de 
révérences, par les anges et archanges, non-seulement à un homme 
siÉaple quelqu'il soit, mais mèrae-à la bienheureuse vierge, mère, de 
Dieu. Et souvent elle a dit être venus à elle saint Gabriel, ar- 
change, avec le bienheureux Michel, et, par moments, mille milliers 
d'anges. Ladite Jeanne se vante aussi que à sa prière ledit ange 
a apporté avec lui, dans cette compagnie d'anges, une couronna 
très-précieuse à son roi pour mettre sur sa tète, laquelle est à pré* 
sent au trésor dudit roi j de laquelle, dit-elle^ il aurait été cou- 
ronné à Reims, s'il avait attendu quelques jours; mais attendu la 
hâte apportée auxcérémonies du saére, il en prit une autre. Or tout 
cela est plutôt imaginé par Jeanne, à l'instigation du dénlon, ou 
exhibé par ce démon à Jeanne dans dès apparitions prestigieuses, ' 
propres à Tillûsion de sa curiosité, lorsqu'elle cherche à toucher 
des choses plus hautes et qui sont supérieures à la portée de sa la? 
pacité, — que révélé par Dieu. 

R. Qu'elle à respondu de l'angle qui apporte le signe. Et quant ad ' 
ce que k promoteur propose de mille milions d'angles : respond 
qu'elle a'est<itointrecolente< ne se souvient paô)de l'avoir dit, c'est 
assavoir du ttoftibre ; tnâis dit bten qu'elle rie fut oneqùes blécée, 
qu'elle ne eust grant confort et'grant aide de'par 1 Nostre Seigneur^ 
et de * sainctes Katherine et Marguerite. 

Item, de la couronne , dit qu'elle en a respondu. Et de la con- 
clusion de l'article, que le promoteur meict contre ses fais, s'en 
actend à Dieu Nostre Seigneur. Et où la couronne fut faicte et 
forgée, s'en raporte à Nostre Seigneur. 



I6Û PREMIER JUGEMENT. [{tôt 

' Le 27 février (ci-dessus, p. 56), « interrogée s'il y avait uq 
ange, — rien que de bon » ( p. 57 ). 

Le l fr mars, interrogée (p. 71 ), « si son roi — .que je l'ai dit ». 

Le 40, interrogée ( p. 86 ) « quel est le signe,— le veisseut w . 
(p. 88). ;•.■.■■»■. 

Le 12, interrogée (p. 91 ) « se l'angle qui apporta ie signe 
parla point, — lui faillit ». Item ce jour, interrogée du signe trans- 
mis à son roi, R. qu'elle aura conseil de sairite Catherine' 
(p. 94). 

Le 13 ( p. 95 ), « interrogée premièrement, — couronné -et sacré» 
(p. 96), (p. 99). « Inlerroguée, comme — et parce qu'Hz estaient* 
clercs » (1). ' "' 

LU. — Item ladite Jeanne a tellement séduit . le peuple catho- 
lique par ses imaginations, que beaucoup en sa présense l'adorè- 
rent comme une sainte, et l'adorent encore absente , ordôttn&nt 
en révérence d'elle messes et collectes dans les églises ; bien plus, 
la proclament la plus grande, parmi tous. les sainte de Dieu, àf^ès 
la sairite Vierge, élèvent des images et représentations d'elle "dans 
les basiliques des saints, etausgi portent sur eux des représentations 
d'elle en plomb et autre métal, comme il est coutume de faire pour 
les monuments et efûgies des saints canonisés par l'Eglise; Ils prê- 
chent publiquement qu'elle est envoyée de Dieu et plutôt ange que 
femme ; actes pernicieux pour la religion chrétienne, scandaleux 
et au détriment du salut des âmes chrétiennes (2). '■■■ • * - " 

(1) Cette question de l'ange et de la couronne, ou du signe, est un des points 
qui mérite au plus haut degré les recherches et l'attention de la critique (vby. 
Quieherat, Aperçus nouveaux, p. 63. ).Nous y avons plusieurs fois touché ci- 
dessus, et le sujet serait digne d'une dissertation d'ensemble ou spéciale. Lors- 
que Jeanne fut morte, les juges, évidemment inquiets , firent faire nu sup- ' 
plément d'instruction, qu'on trouvera ci-après, à la suite du procès. Lé texte - 
de ce document est encore plus suspect que le procès ; car le supplément' n'est 
pas signé des notaires, qui refusèrent de l'attester. On y revient wur l'affaire ' 
du signe, de l'ange et de la couronne. Jeanne, suivant ce tente, au momert 
de marcher à l'échafaud, aurait rétracté à cet égard ses déclarations d'au* 
dience. Et ce en maintenant, d'autre part, ses visions. Quant au signe * elle 
aurait dit que ses déclarations d'audience étaient feintes , et qu'elle même 
était l'ange qui avait apporté la couronne. 

(2) Les faits allégués ici comme griefs contre Jeanne sont attestés par di- 
verses chroniques. Celles ci répètent lesépithètes enthousiastes et adminttives, 
telles que V Angélique et autres (voyez ci-dessus p. 93), qui lui étaient ap» 




8.J c..:3B* T $Èiftttf/ ' (& 

t.A. iPoar te 45<HmniHSè«fchtde4*^^ 
la conclusion, s'en rapporte à riièu. : ,; ' 
Vfebt lë : 3iiifttt>s~, *'1nferh>£ée s'elle congnust,» 'etc. (d, 77.), 
jusquf^e< Tiefont $0ifif de'mat w ( î p: Ig)'. « Interrogée quelle révép, 
rence » jusqu'à « elle n'en sçait rien » (Ibjd.). j' 

' »UIi. J5tei»"<WB|tte te&e^Màndèitfents de* Dieu et dès saints, j[a- 
dUeffcajme'stâst arrogé fcvèY'ok-gaefl eV présomption, la domina-' 
iï#û en et samtes hbmm%»]"s<e édfîàtituànt c*he¥ et capitaine d'à* , 
mées, fortes quelquefois de seize mille hommes (1), oij se, trouvaient 
deg çtinoos^baneoTUet imâùcôùi* d^trfes'hoblési quelle a fait servie 
»WtaiFerateh^soll«iae^ordl < esl•' |,, ' * ; * v '-- : " " f * 1 * ■' 

H. Quant au fait « d'estre chief de guerre » , elle en a déjà. xf- 
popthr.; efcsi'elletfutfchéf dégtféVi^feè fut pour frapper lès Angles ; 
eVtjtianttà'4a eonqlasidtf déTàJtticle/ s'en rapporte à Dieu. "" .' . 
;liei ^7l'éévri*r;' 5 ^i«ftêrt^eé 'Quelle Compagnie >>'( p!6p) ^us- 
qtfèta m^bwm*ûû\k)t\V*(itâdiï K) : lJ ? ' ' " ,! ^ ]' '' '"'*' '^ ' ''""' 
•/.UllL iteirt ladite Jeanne* à r nîàrfihé ^àtis'vë^ojW^yvec^djs^ 
hommes, : refusant Ia'cT>Tnp^gn)e < ét < té^ servîtes de femmes, mais, 
e8^>yaaBt^ute«rérW\i6s^tJmînès; qu'elle fit servir clans les pffic.es. 
priwa.de! sa chambfé,tfu r^hc^ibnsdémestïciues^tclans ses âffai^ 
seérètes} œqttf he^dtfjàtrikfs vu :> nîoutd'ilne femme pudique et 
déwjte^uo .'.'•.■- 5 • ?'...'! Vi * " < vi - ! ^ : "* ; 'p;"^ ' H,; '^ *[[ 
H. Que; «on^gouvéwtemenl c'èstoil cPômmès ;' mais quant au, k 
logeyset gist (gîte),'lé' < p1tfs»^ôtrvènf avortlitiè fembe avec elle.' Et 
quant .elle estait en guerre, elleflisoit- (couchai t^esturatTMéeY là * 
où. elle ne po voit recouvre^ flç J^mes., Quant? :àl& conqludton de 
l'afticl^^qu r^çpoj;te ( ktft^ £),., o ,.*, e ., •» <;-»• -»..s - '••. -> ^ ' ' /•:• 

pliij^WW^t P^t4oiïW«ipt.qu^eUe'«it'é^; d« sbti VlVartf, T^jët a*jùn>éri- l 
ta^fefuft*. ^ét^t ( (W6 esprits ^iaittel/auq^'ntfôrhte'iMè, \qfué féàdémonstra- /' 
tiqua ^h^pneoc, et éei opération, 'qwi Fott' àtfrë&Sàtt'' aux J personnages les ' 
plWXttgpe«tés # ifi0 confondait avtU'lès'fcâittn^g, toi phtiqiies du culte ( 
rafewmx- ■ . .*, "» :»• i»-'»:^ :•'•.•»••' -m:i''.> »•• - ^ •>: ;' \''\'.'\' ^, ^ 

Clà 9ftriWft *» ,pa«artt v par * cet article 1 i^u^lW fc^fcês numériques èrigâ/ ' 
gé^da^^plns^gi^iiéwi affaires (piiis^ils^agl^it d'une guerre natio- 
nalej^aiept jeihcon$io^r^ âhtiquêt et mo- L ' 

dernes. ' -^ < •"'-' M,r " î,, ' ; >x> '" \ f**^ '* 1 ''' 

(^i.AJa r^MO«e iBÂBW-de Jeantaièv iwttë^foydttsMévéifBjouter cecîî Lès 
damea 4u.plu%tmutinuDdfif an qatatâftie sfôcîè; avaient patfafte^m'ent iîes hom r . 
mea£ l^r , wrywje «dans leao#B«<5é privée dé la chàmbté ètdahà fiés affaires ' 

JEANNE DARC. U 



160 PREMIER JCGE1CENÏ. [itàî 

' Le 27 février (ci-dessus, p. 56), « interrogée s'il y avait un 
ange, — rien que de bon » ( p. 57 ). 

Le l fr mars, interrogée (p. 71 ), « si son roi — .que je l'ai dit ». 

Le 10, interrogée ( p. 86 ) « quel est le signe,— le veisfcent» . 
(p. 88). ' ., •■ 

Le 12, interrogée (p. 91 ) « se l'angle qui apporta ie signe 
parla point, — lui faillit ». Item ce jour, interrogée du sig»è ttfaa^ 
mis à son roi, A. qu'elle aura conseil de sairtte Catherine ' 
(p. 94). 

Le 13 ( p. 95 ), « interrogée premièrement, — couronnent sacré» 
(p. 96), (p. 99). « Interroguée, comme — et parce qli'ïlz estoieni* 
clercs » (1). t i / 

LU. — Item ladite Jeanne a tellement séduit le peuple catho- 
lique par ses imaginations, que beaucoup en sa présense l'adorè- 
rent comme une sainte, et l'adqrent encore absente, ordonnant 
en révérence d'elle messes et collectes dans les églises ; bien plus,, 
la proclament la plus grande, parmi tous. les saints de Dieti, àfirès 
la sairite Vierge, élèvent des images et représentations d'elle dans 
les basiliques des saints, et ausji portent sur eux des représentations 
d'elle en plomb et autre métal, comme il est coutume de faire pour 
les monuments et efûgies des saints canonisés par l'Eglise; Ils prè* ' 
cbent publiquement qu'elle est envoyée de Dieu et plutôt ange que 
femme ; actes pernicieux pour la religion chrétienne^ scandaleux 
et au détriment du salut des âmes chrétiennes (2). ; - •-•• 

(1) Cette question de l'ange et de la couronne, ou du signe, est un des points , 
qui mérite au plus haut degré les recherches et l'attention de la critique (v'oy. 
Quicherat, Aperçus nouveaux, p. 63. ).Nous y avons plusieurs fois touché ci- 
dessus, et le sujet serait digne d'une dissertation d'ensemble ou spéciale. Lors- 
que Jeanne fut morte, les juges, évidemment inquiets , firent faire un sup- ' 
plément d'instruction, qu'on trouvera ci-après, à la suite du procès. Lé texte - 
de ce document est encore plus suspect que le procès ; car le supplément* n'est 
pas signé des notaires, qui refusèrent de l'attester. On y revient sur l'affaire < 
du signe, de l'ange et de la couronne. Jeanne, suivant ce texte, au mômeift 
de marcher à l'échafaud, aurait rétracté à cet égard ses déclarations d'au- 
dience. Et ce en maintenant, d'autre part, ses visions. Quant au signé > elle 
aurait dit que ses déclarations d'audience étaient feintes , et qu'elle même 
était Tange qui avait apporté la couronne. 

(2) Les faits allégués ici comme griefs contre Jeanne sont attestés par di- 
verses chroniques. Celles ci répètent les épithètes enthousiastes et admiratives, ' 
telles que Y Angélique et autres (voyez ci-dessus p. 93), qui lui étaient âp> 




as. J .^^sÈifcctf/*' Ï8i 

i il. «Pw» te «atfttlttCêiM^ gpur 

la conclusion, s'en rapporte à Dieu. ; <l ' '' ^ f . / 

(Jtébt le! aîifiàps-, «cînferh>$ée s'elle congnust,» ejtc. (^77^), 
jusque «.ne>foRt $tiifif de'mat » Çp: *}#)'. « Interrogée quelle révéV 
rence «jusqu'à « elle n'en sçait rien » {/bid.). f . > 

* »UH. JSteitf'C0»|t»e te&c^Mandénïents dd Dieu ei d;ês\sainls,J(a- 
diïe&teaiwe s/dit arrogé 5 fcvê(i , ot^uefl , e v t présomption, la domina^ 
t^D eri \éi suttxtes hbmtotèijj ste édrïétitùànt cWÏ et capitaine d'a^ , 
mées, fortes quelquefois de seize mille hommes (1), oif se trouvaient 
des f»to(3€6i>bOT0!»'fttto^ùc^ a fait 'pçrVir* 

ortiteiF«iriehti)S8U^«e^ordres;'' io '' < ' " ,i '^'" : - f * 1 * -' - l ' ° "^ •" ^ 

Jî. Quant au fait « d'e3tre chief de guerre » , elle en a déjà. xf - 
pondu ç eM^l®futîcbef'dé^tféVrè;fcè fat pour frapper Us Anglais ; ; 
et^aanti&Jeriswlttëidtf d# .' . 

îliôTOT^vrkP^^iiïfttBrt^eé 'ojitèùe vompàgirie V( p-6p) 'jijs- 
qu'àia «Mbastfllfe-dirtiottt'*^:):-'^ : 'y " ?1 '^ [' ." '!.' '!,V ''"' 
-.-Ulk V/e/fc ladite 4eanh& è r niâfrjhé ^àtis' vëfgogW avec des '-* 
hwmme«^refu«afi*lacT)nipafgnîe ? éï t lèS servîtes de femmes, iiiaW, 
eatftoyftntseutearcàrt^ës "htimmës; quelle fit sëtvîr îians jes pffiic.es. 
prisés- de sa ehambfé;ou l^nctiynsdomestîiiiues^f daiis* ses âffajpA 
seéràteaf c»^a^he i % ? fe^t , jàmiîrs fù" îtf oui d'une femme pudfique et 
dév^n,'-,^ -< !-^^ ? - -V. - ,:* -,^n-^-^i "^ ;;/^ 

il; Qmbb *on*gouvé*!tenient 'c'éstoilcTôrhmès ;' mais quant au. t 
logeys et gist (glteVl^t^^^HnfàvoHutte femme avec elfe. Et 
quant .elle estait ea -guerre ellô^soit-(c^utbait)^es1xre"BtTrrmée7Ià * 
où elle np po voit recouvre** jle Xe^m^ûuafttïàl^ conclusion dé 
l'afïiciç f s;qn rV DD ^ f Ktft^M (^i. •.•>»' -•♦^' ■ i,i ' i!, « ,,iV,! ' ,v,,; ' 

-fr^joi-u^u-»»-!. ^■^V^'. • xu , - , it) , 

pliqp^WW^t'P^^oûW«ipL«qufeUe<«it'é^; de sèii "VrVafrf,ï tibjèt dW vérï- Jv , 
taMçfuft*. UétM,<fe* esprits ^éiait tel; aix^Ufttlèrhte'iMè, ^é fei'démbnstra- ' 
tiqea d'hiwneOE.et èei vénération ,*■ 'qnG* fou' àtire&àtt'aax personnages les " 
plift Jtigpeeftés ^6û ©onfbncteit aveu 1èr fc6ifritâge8 , l àà pratiques du culte ( 

C&tylfKffit iW >|w*aaift ypar'ast'artîdë '■ j tjue ! 'Wèr fdffeês numériques engâ-^' 
gé^dM^^pln*.gandw; affaires (puis^ils^gîs^if d'une guerre nafio- 
iuilft} > gUfciwt.f0lhCO^ antique* et mo- L '' 

dernes. ' -•-"'"- ••""/T.Ç *-'^'; ;:^ " M *' 

(a^AJa transe méaie^e Jeai^, n^iM^foydrts dévéifijouter ceci! Lès 
darae^ 4u.plu<rtoi* Daôndfif au qoitoîéftie stèeîè,' aVaîèht parfaftëmehf (les hom r . 
mea.^ lfpr .,,aarvjfie «dans leâ(o#B«eé privé* dé la chàmbïé et dàhs lès affaires ' 

JEANNE DARC. U 



162 PREMIER JUGEMENT. . [i43i 

LV. Item ladite Jeanne a abusé des révélations et prophéties 
qu'elle dit avoir de Dieu, les faisant tourner à vto lucre et profil 
temporel, car par le moyen de ces révélations elle s'est acquis de 
grandes richesses et un grand appareil et état : en officier* nom- 
breux , chevaux, parures ; également pour ses frères et parents, de 
grands revenus temporels ; imitant ainsi les faux prophètes, qui 
pour acquérir les biens de ce monde et la faveur des maître^ ont 
coutume de feindre qu'ils ont révélation de choses qu'ils savent 
devoir plaire à ces princes ; abusant des di vins- omclesetf prêtant i 
Dieu leurs mensonges (1). • *■■ ■ «t.- - ./. 

R. « J'en ay respondu. Quant aux dons fais à ses frères, orque 
le roy leur a donné, c'est de sa grâce, sans larequeste dteUe* « Quant 
à la charge que donne le promoteur et conclusion do l'article, g*e* 
rapporte à Nptre Sire, ,; ?,.*,• ....... ;,j '.*.*.*•: i 

Item le 10 mars , « interrogée s'elle .avoifc UHg chevalt(»vSfl).v. 
jusqu'à : « de, son hoste • ( ibid.)(%). ,- .... ?-ïw *\\*i. «i ,ù - ; • ; { 

LY1, Item ladite Jeanne s'est plusieurs. loi? vantée d'avoir deux 
conseillers qu'elle appelle conseillers de la Fontaine (3), qui vin- 
rent à elle après qu'elle fut prise, ainsrqu'ila été trouvé par la 
co nfessi o a de Ca therine de La Rochelle , f)aite. . : de v^uit l'af fictal de 
Paris; laquelle. Catherine dit quela^mèrne Jeanne sortiroit des 
prisons par le secours du diable, si elle n'estoit, pas bien gardée.' 

R. « Je m'en tieng ad ce que j'en ay dit.. it.Ei q#ant aux conseil- 

- f •*- - •• '•■ • •' ■■- * '' 

secrètes » ; à savoir des couturiers ou tailleurs, des secrétaires, dés écuyers, etc. 
C'est ainsi qu'en usait la reine Isabeau de Bavière; et, pour choisir un 
meilleur exemple de femme « pudique et dévote », c'est ainsi q'uW usait la 
vertueuse et sainte Marie d'Anjou, femme de Charles VII. Des motifs, tfrés 
du plus simple bon sens, autorisaient d'ailleurs spécialement Jeanne à se faire 
servir par des pages, là où elle aurait préféré des femmes. Elle vivait' ! én effet 
de la vie d'un officier de guerre en campagne, et traîner des chambrières à sa 
suite était une entreprise... peu praticable. 

(1) Cette satire est parfaitement injuste à l'égard de' Jeanne* qui. n^., met- 
tait aucune affectation- ni cagotisme dans son héroïque et naïf , dévouement 
Mais elle peut s'appliquer à certains saints et saintes du quinzième siècle, 
même canonisés. .-.'.> 

(2) Il parait y avoir ici une légère interversion dansMa teneur dn texte 'al- 
légué/ Voyez Ms. lat. 5965,' f° 39. . * 

(3) Cette expression semble recouvrir quelque bévue ou absurdité, "que les 
juges s'étaient précieusement fait transmettre,- par une- instruction sèotète 
auprès du clergé de Paris. ' ■ i- ■• 



8.] 38 e "sIanc*. 163 

lors de la Fontaine^ «e^«çait que^st $ : mais îrieri 1 crôist qfie une 
fafsyot (ily eut) sainetes Katherine» et Marguerite; 1 Et quant à 
1» eenetosàonr de l'*rtide,'le nyey et afferme par sêff sdttriént 'Qu'elle 
»^vottki#0it pohitqttèle déable Feustïti*éé»déhorS €e là prison. 
*I*e 3. mars^ w*îirtc»rûgéesfeHe congnedst *; ete; $k 809/ jusqu'à : 
t^oui tantost » (p. &k)* *i * • m* ., v ;-< •. >'. ^ .*>;.- '»;.-• - -• •* * 
: *l*V*k /ta* ladite Jeanne* le j&mf delà'Wativité deîà^ieite, fit 
rassembler tous les hommes d'armes dudit Charles pour 'dller'enva- 
feiKtomlle dePapts^et. Je^c^ndiifeit devattii fcëtte pïace/TeW pro- 
mettant d'y entrer ce jour même et qu'elle le savait par révélation, 
$t;$Ue Jfr- faire- Mute 'les di^p^t^tm qtr%llèt)crt'à cet effet : ce 
que néanmoins elle. n'a pas ëtaint de nier efr justice 5 devant vous. 
£ga)ç»gnV*B plusieurs autres*lieuï, comme La» Charité sur Loire, 
Pontrl'Évèque, €ompiègne, lorsqu'elle assaiîUM'àririê^d* duc de 
.P$uçg0gn& > *He prédit «t. prophétisa eonlttiè futures' beaucoup de 
choses <juin'arrivère*i* p^t? «àaté plutôt *»^rfVà^l%pp6sér'Elle a 
vi«éHdfcwua4d¥Gtts oes ^pr^messes et ptférftetiotis ndh •*éàliséeé , t tarais 
beauooupr/de •iémÀm en -font foi. ïJè même arisfcî, à ce¥ assaut de 
^aràsj elle dit ( 4âe ,; mille milliers oranges Tâssistàierit, qui étaient 
prête à^kr porter en* paradis -si elle moùraïr Néanmoins,* comme 
On ta* demandait compte de' sa vaine phrophétïe, et pourquoi, au 
contraire, elle avait été grièvement blessée, elle et' plusieurs de son 
part», et* d'autres tués, on rapporte qu'elle dit que Jésus lui avait 

mangue, d&parolq r , i ». <; ' » '• •"•• - ,f 

« H. Du commencement de l'article : « J'en ay autrefois réspondu 
et se^j'eiilsuis ad visée^ éclairée )pto& : avant (ultérieure rirent), vou- 
.^ntier^en respondray pluà avant. » Pour là Rh'&é Tarticlef «c que 
jesiius luy. avoit failly, elle le nyè. »' ,} îJ ' '- * M " 4s '- 

; y&ma*$>ï% iatlfîfcogéd stir ée qu'elle fist >>; ètc^' (^.'81'), jusqu'à : 
*. premièrement » (&&/.). 
& . 13 mlrrs>"« interrogée se, quant elle àla », etc. ( p. 99 ), jusqu'à : 

«depuis oiïg bout jnsques à l'autre » (p;100). 
- :'1#1U; tWfti laftrtfe" Jeanne a fait 'peindre sa bannière et y a mis 
J n^oi an£es7 assistant Dieu,' qui Mcritiè mondé Wsa main, avec «ces 
^hotns' \Jhesus Maria, et autres peintures. Elle a dit l'avoir fait du 
commandement de Dieu, qui lekii a révélé par Te ministère des 
anges et des saints. Elle a posé cette bannière dans l'église de 
-Reims, près de l'autel, pendantle sacre dé Gharles, voulant, par son 
* orgueil et vaine gloire, faire honorer exceptionnellement par au- 
trui cette -bannière. Elle a fait aussi peindre ses armés, dans ïés- 

11. 




464 PREMIER JUGEMENT. [l43i 

quelles elle a mis deux fleurs de lis d'or en champ d'azur, au milieu 
une épée d'argent montée d'or, la pointe en haut soutenant une cou- 
ronne d'or ; ce que l'on voit appartenir, au faste et à la vanité, mais 
non à la religion et â la piété ; or attribuer de telles vanités à Dieu 
et à ses anges, c'est aller contre la révérence de Dieu et des saints. 

R. J'en ai répondu. Je m'en rapporte ^l Dieu. 

Le 27 février, « interrogée si en allant », etc. ( p. 59),: jusqu'à : 
« un homme » (ibid.). 

3 mars, « Item dit que son estaindart », etc., jusqu'à :, « le teni6t » 
(p. 79). . \ 

10 mars, « interrogée se en icçlluy estaindart *, etc,, (p. ,85), 
. jusqu'à : « et sans révélacion » (p. 86), , 

Le 17, « interrogée qui la meust », etc., (p. U5J jusqu'à : 
« c'estoit tout à Nostre Seigneur » (p. 116 ), et plus loin (p« ( W8),.; 
« interroguée se on fist point », jusqu'à : « à l'onneui? (p. 11$), f 

LIX. Item à Saint-Denis en France, ladite Jeanne a, offert ^t dé- 
posé dans l'église, en lieu élevé, les. armes qu'elle p9*tait,jipjr$- 
qu'elle fut blessée à l'assaut de Paris, pour les faire, honorer, jpar le 
peuple comme des reliques. Dans la,, même ville, e^lejfyJondrç,d^s 
chandelles de cire dont elle versait la pire sur Ja tè1,e .des, eqfao.tg, 
leur prédisant leurs fortunes futures et faisant ainsi beaucoup de 
divinations à leur sujet par ces sortilèges. f 

R. Quant aux armes, « J'ai respondu ; » quant au reste, nie. 

17 mars, « interrogée quelles armes » (p, 115), jusqu'à. : 
« que non » (ibid.). ' 

LX. Ladite Jeanne, au mépris des préceptes et sanctions de 
l'Église, a plusieurs fois refusé de jurer eq justice^de c^re la vérité, 
se rendant par là suspecte d'avoir fait ou dit, en, matière de. foi et 
de révélation, des chpses qu'elle n[pse . révéjie.r aux jugés d'église; 
dans la crainte de se voir infliger la punition méritée. É'esj ce 
qu'on l'a vue suffisamment confesser, lorsqu'à ce propos eue a 
allégué ce proverbe, que pour dire la vérité les gens sont souvent 
pendus. Elle a «aussi répété : « Vous ne saurez pas tout, i, et, en- 
core: « J'aimerais mieux avoir la tète coupée que de vous dijre 

R. Qu'elle n'a point prins délay, fors ( pour ] plus seurément res- 
pondre ad ce que on luy dèmandoit Et quant à la xonekwion, dit 
qu'elle doubtoitrespondre; a prins délay pour sçavoir s'elle devoit 
dire. Item dit que, quant au conseil de son roy, pour cç* qu'il ne 
touche point le procès, elle ne l'a poirit \^ulu révéler. fîV dû signe 



mars 28. J 38 e séance. d65 

baillé au roy, elle l'a dit, pour ce que les gens d'église l'ont con- 
dâKrpnée a lédire. 
Le 22 février, «Z>! tordue la voix, — passez oultre » ( p. 39 ). 
Le -2Ï, (]*.•" 42): « Nous avons' d'abord requis, « etc., jusqu'à : 
Véfté-lê jjtfràV<p. 43). Et plus loin (p. 45): « interrogée si sa voix 
lui à tiéfetidu 1 ; -^- l'a révélation » [ibid.) (p. 45) : « interrogée si 
elle croit, etc., —Non à vous. » (p. 46). « Interrogée si son con- 
seil,^ là4fèssus *> (ïbM. ). « \\ foi fût alors, — la vérité » (p. 46). 
Le 27 février, même sujet : réponses analogues ( p. 52 et suiv. ). 
' l Le dinars (p!7d),^ interrogée quel signe, — sans me par- 
jurer » (ibid.). 

' Le 8- maite ^/Yâf), « interrogée si elle croit que Dieu, dans 
le principe, — etc. » Réponses analogues. 

* Le te^p- &%)> « interrogée se de saint Michel, etc., — que je 
'séàinkyv(ibïd): \ ' 

LXl.'Item fàdicte Jeanne^ avertie dé soumettre ses faits et dits 
a1a : décïsion'dê l'Élise, et instruite de là distinction entre la mili ■ 
"tàhWfe'tïa'iriidm^ante, a* dit se soumettre à la triomphante , refu- 
sant yb'sëkmm^^ là. militante, montrant parlàqu'elle pensait 
'trial: touchant l'article tfnàm Sctnctam et errait sur cet article ; elle 
art 'quelle était soumise imrrtédïafémentà Dieu, et que de ses actes 
elle 1 i v en référait à lui et à ses saints, et non au jugement de l'Église. 
R. Que à l'Église militant , elle luy vquldroit porter honneur et 
révérence de soii povoir. Et de se rapporter de ses fais à l'Église 
'uhfflàtfc, ditï« Ir fault que je m'en rapporte à Npstre Seigneur, 
^ui le m'a fait faire. » 

'. * ïlem ïnfàrroguèé à'èlté S'en rapporter^ à l'Eglise militant, quaut 
^d ! çé Qu'elle a fait, respond : « Envoyés-moy le clerc (1) samedi 
J prochain, et je vous en respondray. 

'" Lé |5 mars, ( p. 107) etc. Même sujet, réponses analogues. 
Jfe 17, '(p. 11^7) : a interrogée se il luisemble, — devra respondre. » 
Le 31 mars, Réponses analogues. (Voy. ci-aprës p. 169. ) 
Le 18 avril. Voy. ci- après (p. 194) (ou exhortation charitable). 
LXti. Hem ladite Jeanne s'efforce de scandaliser le peuple et de 
Whdùïré a tous ses dits et faits, assumant à elle l'autorité de Dieu 
et des anges, et s'élevant au-dessus de toute autorité ecclésiastique 



; m ,i fnr« fi 



(1) Par ces mots le clerc, Jeanne, croyons-nous, entendait désigner un 
homme, de justice quelconque, ayant, qualité pour recevoir sa réponse. 



466 PBEltlER JUGEMENT. \ï4M 

pour induire les hommes en erreur, comme faisaient les faux pro- 
phètes, introduisant des sectes d'erreur et de perdition, ef se sé- 
parant de l'unité du corps de l'Église. Or ce fait «stpettiurieui 
dans la religion chrétienne. H . pourra subvertir ' toute autorité 
ecclésiastique. De toutes parts, hommes et femmes ^'insurgeront, 
feignant d'avoir révélation' de Dieu et 'des anges, semant lés 
mensonges, les erreurs, comme on l'a déjà vu en maint exenrfAe, 
depuis que cette femme s'est levée et a commencé de scandaliser 
Je peuple .chrétien et de propager ses impostures (1). 

M. Que samedi elle en respondra. 

LXH1. Item ladite Jeanne ne craint pas de mentir devant la jus- 
tice, avec violation de son propre serment, eu affirmant touchant 
ses révélations, des assertions qui -se contrarient et se contredisent 
entre elles. Elle profère des. malédictions contre des séigrieursydes 
personnes notables, contre toute une nation. Elle se livré* sans 
honte^ à des moqueries et des dérisions de langage qui ne convien- 
nent pas ai une sainte femme. Or ceci montre qu'elle est régie et 
gonvçrnée par les malins esprits, et non par le conseil de Dieu 4t 
des angles, ce dont elle se vante ; le Christ a dit des faux prophètes : 
Vous les connaîtrez par leurs fruits. > 



• , ( i ) . Beaucoup de gen$ .d'église, même dans le parti de Charte* YH, prinripa- 
lement du haut clergé, partageaient ce sentiment à l'égard delà PuceJJe*On 
connaît la conduite de R. de Chartres» chancelier de Charles VII, arche- 
vêque' de Reims et métropolitain de P. Cauchon. D'après toute apparence? le 
successeur de P. Cauchon. sur le siège de Beauvais , Jean Jouvenei des Ur- 
sins, nommé par le roi, peftsait alors au sujet de la Puçelle à peu près 
exactement, au point de vue de la foi , ce que pensait P. Cauchon. On peut 
consulter à cet égard dans les œuvres deJ. Jouvenei un écrit daté de 1*33 
et intitulé ÉpUre aux Et ah de Blois, ms. ff. 2701, fol.?'; cité dans là ifibgra- 
phié Dtdot à l'article Ursins (Jean H r Jouvenei des). . 

Au quinzième siècle % d'ailleurs, toute manifestation de l'esprit d'eiamen, 
toute innovation plusoumoins sensée dans l'interprétation de la doctrine o^ des 
idées reçues, était, qualifiée d'hérésie t Beaucoup de politiques ou de thjÉoio- 
giens, gui vivaient alors, ont pu de très -bonne foi et comme involontairement, 
rattacher, par analogie et par habitude, l'œuvre, si peu dogmatique» de 
Jeanne Darc aux tentatives d'émancipation contre la doctrine, qui commen- 
çaient à.semyltiplier„4e toutes parts. La flamme du bu^her,^ Çon^tance.et à 
Rome, comme à Rouen, était la réponse ordinaire à ces discussions et la con- 
clusion légale de -ces controverses ; puis l'indépendance r comprimée encore 
durant cent ans, se fit jour, et le protestantisme, éclata. «.•>•:( '■/•....' 



mars 28.] 38 e séance. 167 

Jl. «Je. m'en raporte ad ce que j'en ay dit. » Et de la charge et 
conclusion de l'article, s'en raporte à Nostre Sire. 

Item le 1 er mars, elle a dit qu'elle serait morte sans la révélation 
qui chaque jour la reconforte. Interrogée si saint Michel porte ses 
cheveux, R. « Pourquoi les aurait-il coupés? » Elle n'a pas vu saint 
Michel depuis qu'elle a quitté le château du Crotoy, et elle ne le 
voit pas souvent .(1). 

LXIY» Item ladite Jeanne se vante de savoir qu'elle a obtenu la 
rémission de son péché, pour s'être désespérée à l'instigation du 
malin esprit, lors qu'elle s'est à Beaurevoir précipitée du haut de 
la tour; et pourtant, dit l'Ecriture, nul ne sait s'il mérite amour 
. on haine, et par conséquent s'il est purgé de péché et redevenu 
juste. , 

R, Comme ci-dessus (2), 

LXV.Jtem ladite Jeanne dit souvent qu'elle requiert Dieu de la 
«guider par ses révélations, spécialement pour répondre en justice. 
. Or ceci est tenter Dieu et lui requérir ce qui ne doit pas être requis, 
» c'est-à-dire sans nécessité et sans avoir fait, préalablement, la re- 
cherche et l'investigation qui sont humainement possibles. Et prin- 
cipalement dans le saut de la tour, il est manifeste qu'elle a tenté 
Dieu. ... 

R. Qu'elle en arespbndu; et qu'elle ne veult point révéler ce qui 

. luy. a esté révélé, sans le congié de Nostre Seigneur ; et qu'elle ne 

' requiert point sans nécessité ; et qu'elle vouldroit qu'il en envoyast 

encore' plus, af fin que on apperceust mieulx qu'elle fust venue de 

par Dieu, c'est assavoir qui Feust envoyée. 

LXYl. /fero/parmi ses prédications, il en est qui sont contraires 

\ ' aux droits divin, évangélique, canonique, civil et aux sanctions des 

\ conciles généraux ; il y a des sortilèges, des divinations, des super- 

stitions ; les unes, formellement : les autres, causativement. D'autres 

sentent l'hérésie ; plusieurs induisent à errer en la foi et favori- 

. usent l'hérésie. Il y. en a de séditieuses, turbatives, impéditives de la 

paix* tnfihatives à l'effusion du sang humain. Elles renferment des 

malédictions et blasphèmes envers Dieu, ses saints et saintes, ou of- 

■' fenseot les oreilles* pieuses. Dans et par ces griefs l'accusée, mue 

1 d'une audace téméraire, à l'instigation du diable, a offensé Dieu et 



(1) Ci-dessus, p. 69 et s. 

(2) Voyez p. 103 et s. 



468 PREMIER JUGEMENT. |-im 

sa sainte Église, a excédé et délinqjaé contre elle ; elle a été^ scan- 
daleuse, elle s'est ainsi notoirement diffamée.: 4'aceusée comparaît 
donc devant vous pour être corrigée et amendée. 

7t. Qu'elle est bonne chrétienne; et de toutes les charges, taises 
en l'article,, s'.en .raporte à Notre .Seigneur. < 

LXVtl. //aw toutes et chacune ces choses , ladite prévenue les 
a commises, perpétrées, dites, produites, proférées, dogmatisées,. 
publiées et accomplies, tant* dans ladite juridiction que hors, eu 
plusieurs et divers lieux de : , ce royaume, non une fois mais plu- 
sieurs, à divers temps, jours et heures ; elle y a récidivé , elle a 
prêté consei^çepo^f^^fav^uf^t assistance à, ceux qui, les ont per- 
pétrées. 

R. Nie. ... 

LXVlïï. Item dès lors que^ prévenus par le scandale de la rumeur 
publique, qui vous a informés non, une fois triais" plusieurs, vous 
avez trouvé ladite prévenu^^h^meatement suspecte et diffamée; 
vous n'avez pas hésité à la citer et poursuivre devant BQtre juri- 
diction, ainsi qu'il a été fait. ^ . -vi • • •* , ; - T - » l 

R. Que cet article concerne le£ jugés. " *,,••■-/ 

LXIX. Item elle est vehémçnièmeqt diffamée sur ces faits dans 
l'opinion des gens honnêtes et gravefe. Cependant elle nf*à pas en- 
core été corrigée ni amendée ; elle a, au contraire} dtfféïéj&'fèfaké, 
diffère et refuse de se corriger et amendes., Elle* a eonthfctiéytftc., 
dans ses erreurs, bien qu'elle eh "ait été charitablemenJi requise, 
tant par. vous .que par d'autres notables . clercs ef respectables 
personnes. ' ' ' ' 

R. Que les déliz proposés par le promoteur contre^ elle, telle ne 
les a pas f&is; et du sourplus's'en ràpoKe'àNostre'tSfàgri^i^ et 
qued'icculx déliz. proposés: contre. elle, w'en^cuid^ avoir: rïefc fiait: 
contre la foy chrestienne. 

> Interroguée, s'elle.avçit .fait, aucune chose contre la ^oychres- 
tie^fUe ,.^elle s'su. \0ulflr9it £uhme,ie,tre à l'Eglise et à <cejulx à.qui e& 
appartient, (a correction, ^. Que, samedi après disner elle e,n res-. 
pondra... '.■ , ( .. , >. ,.( . ...- • *.. .. ; . - 

XtX£...ftem toutes et çh^unc ces choses,; sont, vraies .^notoires, 
manifestes^ elles alimentent la voix et l'opinion pubttque. La préve- 
nue, Jes. a plusieurs fpis, et suffi samnxent confessé et reconnues être 
vraies, devant des témoins probes et dignes de foi, tant en jugement 
que "hors. """"" 

R. Elle nie, .en, réservant ce qu'elfe a recouru*. 



1 



mars 31.] " 39 e SÉANCE. J69 

Desquels griefs et d'autres, qui pourront être par vous suppléés, 
corrigés et réformés ou améliorés, sur tout quoi le requérant ou 
promoteur demande et supplie que la prévenue soit interrogée; 
ii conclut contre l'accusée, attendu qu'il a été fait foi de ce qui pré- 
cède en tout ou en partie, qu'il suffira, pour arriver à l'entente, 
qu'il» soit jugé, décidé et sentencié par vous, à toutes et cha- 
cune des'fins ci-dessus touchées; sauf par vous à dire et décréter 
ultérieurement suivant que de droit et raison, et j'implore humble^ 
mônl, comme il convient à cet effet, l'intervention de votre office. 

■-: 39 e séance. Le 31 mars (dans la prison). 

Le samedi suivant, 31, veille de Pâques, sous la présidence 
de poqs juges susdit*, dans le lieu de la prison de ladite 
Jèa«n0, au château à& Rouen, assistés de HH. et maîtres : 

Jaan Beaupère ;■ 

J. de Touraine, 

N. Midi, , ; ^docteurs en théologie. 

P* Maùfiçej t 

Gérard Feuillet, 

GuilJatime Haiton , ), \ .. 

.^a*-c*«éiwi- : ;| j,a< * eliew - 

Guillaume Mouton (« domino Guillelno Mutonis»). 
J. (Jris, présenter 

iQte^rogéç; suç ; divers points touchant lesquels elle 
avait différé de répoodre jusqu'à ce jour (1). 

-1 # Interroguée s'elle se 1 vèult rapporter au jugement de l'Église 
qtfi èôtett terre^deUhtfee qu'elle a dit ou fait, soit bien ou mal, 
cspécltiement dédcàs; crimes et déliz que on luy impute, et de 
tout ce qui touche son procès, rt. Que de ce que on luy demande 
eh» s'eri'raportera àrtlglise militant, pourveu que elle ne luy com- 
mande cttose impossible à faire. Et appelle ce qu'elle répute im- 
possiblej c'est que les fais qu'elle a diz et fais, déclairez en procès, 

(1) Voyez ci-dessus, p. If 5 : « le 31 mars » (premier renvoi). 



J70 m PREMIER JUGBMENT. \%m 

des visions et révélacions qu'elle a dictes , qu'elle les a faictes de 
par Dieu,, £t jie les révoquera pour quelque chose; et de dé que 
Nostre Sire luy a fait faire et commandé èi commandera, et ne ie 
lesra pour homme qui vive, et luy seroit impossible <Ae les révoquer. 
Et en cas que l'Église lui youldroit faire faire autre chose au con- 
traire du commandement qu'elle dit à lûy (I) fait de Bieu^ elte ne 
lé feroit potir qutelque chose».' .' ,r 

- Interroguée s* KÉgftse militant luy dit que ses. rérél&cions sont 
illustgns ou choses dyaboliques, ou. superstitions", ou mauvaises 
choses, s'elle s'en raportera à l'Eglise, H. Qu'elle raportera à Nostre 
Seigneur, duquel elle fera toujours^ le commandement , * et qu'elle 
sçait b\en que ce qui est contenu en son procès , qu'il est venu 
par te commandement de Dieu; et ce quelle, a affermé ourdit 

- procès. avoir fait du commandement de Dieu, luy serait impos- 
sible fai^e le cpntraijre ($)., Et en cas, qpe l'Eglise miljtant luy cpm- 
manderoit faire le contraire , elle ne s'en rapporteroit à homme du 
monde, fors à Nostre Seigneur, qu'elle ne feist tousjoutjs soiî'J>on 
commandement. 

Interloquée s'-eUe crois* point qu'elle soit sultjecte à l'Église qui 
est en terre c'est assavoir, à nostre -saint père le pape, cardihaulx, 
arcevesques, évesques et autres prélas d'Église, R. Que ouil, Nostre 
. Sire, (Dieu).. premier. servi. , , , . .,, . -,,, ( 

Jpterroguée s'eile a cpm m^ndei)aep,t de ses voix qu'elle, ne se sv b- 
mecte point à l'Église militant, qui est en terre, ne au jugement 
d'icelle, R. Qu'elle ne resporçd chose qu'elle prengne en sa tè^te; 
mais ce qu'elle respond, c'est du commandement d'icelle; et ne 
commande point qu'elle ne obéisse à l'Église, Nostre Sire premier 
servi, 
interroguée se àÇéaurevoft et Arras, ;ou ailleurs* elle a point eu 
= de limes , jeapond :*.«- Se oa en a trouvé sur moy v je nevious,av 
autre chose à respondre.». . :,$» . -i ., ? t _ i -v, , 

., .Gela fait, nous nous somme/s retirés, etc*t . i i u ..♦»•;. 



(l) « Lesra » pour laissera; iformé irrègùlïère du vërbè laisser ; « luy » peur 
■"•eiïfc :V - f * '" ' k: ■•■■-'■•' '>' ••■'•'■' "•• <» *\<" '■' •; - 
(3) EfpOtir'ce quelle a afârmë audit procès avoir fait, etc., H lui Gérait 
e de, etc* ■•■»•- 



oVrU 5.] •-' 43« sÉA.SbEi' J g 174 

2, 3, 4 avril 1431. 40 e , 41% 42 e séances. — Il est fait un' ré- 
sume de l'accusation pour en délibérer. 

Les dits jours, nous* juges susdits , réuuis à quelques 

seigneurs et maîtres, à ce appelés , avons exapiiné les 

"articles cï-dessus, ensemble les interrogatoires etrépôrises 

"de ta dite Jeanne. Du tout noufe avons fait extraire cër- 

Vunes assertions \et propositions sous forme de douze àr- 

rjLicles, q^i^coropreinuent^oiflLipairen^njLplj .cctfflpendiçu&e- 

(Dient V(beaocaup'<de ses 'dits «ou ■ assortions,, Nous avons 

^résolude' transmettre cfc résumé aux cônsulteurs, et les 

avotis : rècruis de nous 1 doiïnér sur ce,' eh faveur de la foi, 

' leurs avis et délibérations. 

'. . > «•- ~lipQ-uf.) «!■« i y. •.'.•,!,»»„ ;• *v . i «• »... • 

*' 11 Àvrfl %* 43 e sèancef.'— lié résoinées* transntl» aux 

Ledit jour; 1 rious àvous envoyer l cêg rfrtïôîes' àttëc tih 
mahdfa^àu '''èxptôiVfèmîisttbîré^alLix Ôocteurs et' jû'ristes 
.qjip^pOjUs savions être présents dans cette vule t 

.. i ••••..•.>••>.- r- .< • Exploit réquisitoire* '■• • ••' ' 

;•-> N(5ys,Pierre,parla.HTiséneoPde divine évèqué de Beawrateyerf Jean 
♦ LeroaHre , vicaire de yiDqttisiteBTy-à v^û^maitre^w»^/: Neusvwjs 
prions et requérons de vouloir, en faveur <te la foi, d'kr à fnardi 
prochain (10 avril), nous donner -paT écrit* et sous votre scèl, un 
salutaire avis sur les articles ci-dessous; à savoir, si, tout vu, con- 
sidéré' et rapproché, ces assertions ou quelques-unes d'elles sont 
contraires à la foi orthodoxe, ou suspectes contre la sainte Écriture, 
a décision de la sacro-sainte Eglise romaine, ou des docteurs A ap- 
«prqqvçs et des sanctiojjs canoniques f j. si , elles v son,t . scandale, uses, 
téméraires, subversives de la chose publique , ipjujriensfcs, crimi- 
nelles, contre les bonnes mœurs, ou nuisibles d'une manière quel- 
conque, ou ce qu'il y aà dire sur ces articles,- en jugement et en 



J72 PREMIER JUGEMENT. ^1431 

matière de foi. Écrit le jeudi 5 avril après Pâques, l'an du Seigneur 
1431. •' ■ » • » • ■• * ' ; 

' i. . • i • -i * . • ■ : ' <V », - > t 

5tt/^ /a teneur cfe* 12 articles (1). 

I. Etd^abbrd Uhèf^lhfedît , etaffil , meq'uè,îtfrst^il , éfïë , avait freiie 
ans* ou environ elle à yù <fe ses yeux corporels sâinf JVlicbeF qui là 
consolait et quelquefois saint Gabriel , lesquels tous detik lui 'appa- 
rurent en effigie eorporelfeî Qttelqùefofe aussi ! èTte vit 'une 'grande 
multitude d'anges: Depuis, saintes Cattieririe eftifàrguëtitè se sorit 
fait Vofr fcok*pôrellement èl cette fenfme.' Ëflè' le*' Volit cbàqûVjbù^ 
entend leurs voiï; les- a ertbr&sées ët'tiaiséès', tés tduchatà>ëtf si- 
fflement et ëorpôfcll'ëmeni Elîe à Nid 1 les têtes dèsdïts 1 an'gçsl et 
saïntesVd'autres parties' dé leûV personne', eu cfé' leurs Véteïii'ehts,' 
eHe n'a rtteri voulu 1 dire: Le^dilës'éàltities lui Wt pjiu>teu*s"fcks- parie 
p^s'd'une'foijtairte/sïtuéé pfts d 1 bnlgfWnd ,, ârbWi ! é^pâ*'è6naM 
munétterrit A*r&rè> de* Jêes.L'aL rëric-mtïtë'è cbtrtt au' sujet 'dé ces 
arbfëet fôn&tne *que dés damés féWles hâfttèttt étcjûë'desftëv'rieuîc 
f vont, 4ubiQac! ce h^tfsoit profane (2J, pour rëcW^ëf ïà sàritéï L£ 
et aiHedré ëllek Vénéré lesditës sdthtèVët tëuV \ fait *é4ë>é&c<. ' " 

De plus, elle dit que ces saintes appatàtisfeènt étsè facmtferit %: à 
elle couronnées de couronnes tr^s-belles et précieuses. Depuis ce 
moment, et à plusieurs reprises, f elles dirent à cette femme, par 
erdr-ecje Diou/qu'iHui;faliakt se* vendre auprès é'«w pritacé'séettKèr, 
pxomeAtarçtjquepar leiqqokirs.tk cette fermée afi de» -sen assistance 
ledit priaoe pecouiforeraità force^'armeë udgratid «domain ©temporel, 
arasi que eagldiremoncMtfe fet aurait viotoiA'cfo se» {adversaires; 
que ce primer la fedevralt^ lord(mnei^4ià'c^ t effetim>4tonyiiiaiov 
d«mentmilifia&re. «Iles lut presormrent, de lapart de Dieuyde s'bâ- 
ailler en hompie , ' ce . quîeiie ai fait et \ oontmne si ; pejrsé vétamtoent 
qu'elle-a déclaré «aimerTMeux.mdurfr.quB dé quitter cet habit. Elto 
a^fait cette déclamation tantôt poru et'ginVple, tantôt en -ajoutant : à 
moins d^in^sprè^càmina'ndeiTïentdeDieu. Elle aégalement "pitéfëté 



(1) Ainsi, nous le voyons, il ne s'agit plus, comme dans le premier jçfgvgf 
sitoire, il ne s'agit plus de soixante-dix articles , mais seulement de douze. 
Ea "conscience des juges eux-mêmes était un"crcûset ôlfla matière à accusa- 
tif avait subi, par «a seule Yolàtfflté, cette réduc^n' niable/ ' ,; ' ' ' 

(«) Cette particularim est k ^îoter pout rhfàoire d&'liétt* dHJfoc tiédi- 
etataiesa* moyen *ge. " ■ • > ' : - ' ':"'■ ) :"» "'• ] :: -•"- "^ ^ -• :, ' jr 



avril 6.1 43 e SÉANCE. ïîâ 

être privée dés sacrements et de Toffice divin en temps prescrit, par 
l'Église, plutôt que de quitter l'habit d'homme et prendre celui de 
femme. Ces saintes l'auraient également favorisée pour s'éloigner, 
âgée de dix-sept ans, de la maison paternelle, à Tinsu et contre le 
gré .de ses parçnts, pour 3e mêler au*- ge^-d 'arjne v vivant ravec 
eux. <Je jour et de nuit, sans avoir jamais ou rarement, aucune 
femme auprès d'elle. ,, , , 

Le^ mêmes saintes lui , ont dit et prescrit beaucoup d'autre^ 
proses, pour t lesquelles elle, sç dit envpyée .par, Dieu .et. par l'Égiisa 
triomphante, l'église victoriepse des saints qui jouissent déjà.dei lu 
béatitude* auxquels elle, spu met toutes sqs. louables, actions. Quant 
àl'Églisp mUitajite* e|le^a. différé etîrefys&.de^y^raetfr^elle, 
ses dits et faUs^, quoi .qu'elle en ait, été itérative ment avertie ^t rp?> 
quise^disapt qu'il, ^éta^ impossible,. de; fairj^ le contraire de^qe 
mV^Ile ^a i ràrm i é ( da,ns^p^,prQûçs, par prdr£ 4 e #!6fo< ?* qu'elle irç 
s'f p ^pportera } à ûa$terinin#tipnou 1 mgei^en^d'au^^im^irtei viv^ptj 
m^iç^uleme^^ au jugenien^d^ftie^.^ljes.jlui <urt,,dMltei mi\l 
3!]'ety& p.bjiena^a, la^tyirç. des ^ien^preja^ajveç, Lp.sâlqf a> sp» 
âme, si .ejlje çarjle £a,^ 
3u^ ; l#s£ ynes ^ çjjtenjl.ues. . .. ,. M( .,,, y.. , .. ..„ 

iï.*\ :• <* ■ ' \M • 1 »: '>:• • .:. r •■• K *. -H ' * - • -.■'• .» ' , '" '•■'-•" 
'/fom^lle dîtquefeon prince a été inst^oîti, par un signe; de' sa» 
mission^ €<r signe» fut 411e sauift Mkhel sfopprocha.dudit ' priftcey en 
compagnie tfune *iultrtuda d'a&geiy'to uns couronnés, les/aUtred 
ailéBy ai«*l qae- saûnies Catherine et Marguerite; l/ange eV celte 
fe«M»^raarehaîeintîeftsembie sur terre f>arlesvcbemiB9> tes escaliers, 
et.la chamlwe><tout le long. du> parcours.; suivis tdea ► autres > anges et 
$aiatea^n'iu^ remit -avdit prinoéla couronne trè^précieirsejd'oc 
pUn, et^.indina.dB«fnttluten-^ elle a 

dU, que lors 4e cette r^oepèioni meure itteuse «son .prince était teulç 
ftya»ti< seulement, de là 'compagnie à> quelque distance v un6 autw* 
fois, ace qu'elle crmt A un archevêque reçut le signe pu çouro.nne 
et le transmit audit prince, en présence et à la vue de divers seigneurs 
• laques (1?. } • •"'*"*« > - ! " '>'*-•'•• "■ ""<"' %i <'-'; v ■""' ! 

j. î lh I, '■•• • 1 * I t.* i » -'».» !•,! M .* • • . ' l-« - •• .j; ' -i» " » »•' •'•'" • » * 

( 1) Cette séçie i: 4e^W •**&!£$ contenait; ainsiqu'pn Va observé, la sufe* 
sfaitqf la^lug ej^nUeJU^dô8#j#fc reprocha à la prévenue. I#ftJugeB>,ton le 
voit, ne manquèrent pas d'y comprendre le fameux signçj$t d'ça/airçtesujçt 
d'an chef ou article spécial. 



174 *HEM1B* HJÇWUSNT. \, [ittl 

Kl. 

Item elle a reconnu et constaté que* celui qui la visite est saint 
Michel, par le bon conseil, le re confort, la bonne doctrine qu'iUui 
donne et fart; aussi parte qu'il se -nom ma et dite Je suis saint Michel: 
Semblablement; elle connaît distinctement Tune de, l'autre saintes 
Catherine et Marguerite; 'parce qu'elles se nomment et la saluefrt. 
C'est pourifuoi elle croit en sbint Michel, qui toi apparaît ainsi* EH* 
croit que les paroles dudit saint sait .bonnes et ^raiesycowmfe 
elle croit que Notre-Seigneur*Jésus«£hri&t a souffert «et est mort 
pour notre rédemption. ■ •' « 

\ , Item elle '(lit et affirme qu'elle est sûre, de certains événements 
fufurs et pleinement contingents,, qu'ils arriveront,' comme elle est 
certaine de ce qu'elle vojt actuellement devant ejfLe.' JtHe ' se vante 
d'ayoii: e,t avoir eu connaissance ( de choses cachées* par les révéla- 
tions verbales de ses voix : par èiéïnple qu'elle sera délivrée dès 
prisons et que les français feront eri sàcôîiipàgriié ùh'fâit pluëlieati 
qu'il' n'a jamais été fait par ïèutëlà chrétienté. Elle' a iônnu par 
révélation, sans autre instruction ,' dés gens qu'elfe ii'aSrait jàtààis 
"vus; elle à révélé' et manifesté' une épee cachée!! H, \ ; r '• ' 



*>. |1M »i». M' 



* V.. 



i Item elle dit et affirme quedù ce^màndeménïd^biéù jit de 
son hon plaisir .elle a pris* porté, continuellement .porte et jçevêt 
liahit d'hommc r Çepuis éUe,a dit : que Pieu luiayaijt orçjoppé.de 
^portcr^ab^t.d'^Qmme, il lui fallait fwoir robe xourte, ctiap^on , 

,gippon, bvaies et chausses a aiguillettes;, cheveux coupés en^ropd 
aju-dessus, des oreilles, ne gardant rien; de sôa'sexe que ce gue la 

; nature lui adonné. Dans cet habit, elle a reçu plusjeurs fois l'Eu- 
charistie,. Eye â a refusé de j^ quitter^. pomme, il. est fâ ci;,degsus iV Elle, 
a ajouté que si elle retournait en habit d'homme et armée, comme 
avant sa prise, ce serait le plus grand des biens qui pût advenir 
au royaume dé France ; que pour rien au mondé elle ne x s*engage« 

. raitàne, pas Je fai^Ct En tout çeja, ellè^protestè^yoir bff^fait et 
bien faire, obéissante Dieu, et,àî 8e$ ôrdves,., .. VJ ' . .„; . ,„ ,- n! .^ 



*vril &.] 43* SBAN€B. ^ 4Ï5 



/fem elle confesse et. affirme, qu'elle a fait écrire beaucoup de let- 
tres^,, dpnt quelques-unes portaientces noms Jàesns Maria ^ avec le 
signe £ç lacroix. Quelquefois elle mettait unecpix et alors elle ne 
voulait pas que l'on fit ce que mandait la dépêche. En d'autres, elle 
dit qu'elle ferait tuer ceux qui n'obéiraient pas, et que «l'on wrt 
rait aux coups de. quel cçtç ç$t le droit divin du ciel. » Souvent elle 
dit qu'elle n'a rien fait que par révélation et ordre de Dieu.,, 

vit/ ..;•/:■ 

"• Ytëfn tellcdlt êfrî&nfessé-quejà :r|ige de dix-sept anâ'Bnvjron, elle, 
spontanément et par révélation, alla trouver un écuyerqtfc'eûe n'avait 
jarnais vu;,' quittant ainsi. la maison paternelle contre la volonté de 
$es parents, qui demeurèrent presque fous à la première nouvçllp 
4e son départ. Elle le requit de la conduire pu faire conduire au 
prince susdit. L'éçqyer, capitaine alors, lui donna sur sa r demande 
un costume n^asculin^^jnsiqu'pn^.épée^ et la fit conduire par un 
qhev«^r,,up ^çuyrçr et quatre çofepaj*ijons, d'armes (l). Arrivés de- 
vait le «prince, e^le^ lui dit qu'elle voulait guerroyer contre ses, ad- 
versaires. Elle lui promit de le mettre en grart^doàîn^ton^qu^elïe 
vaincrait ses ennemis, et qu'elle était envoyée du ciel. La prévenue 
affirme qu'en agissant ainsi elfe kbïett fâitetpar^rëvélationdivine. 

: • VÎIlr .■■-—---- 

. Item dit et confessé que èfte-mètnev personne nfe la contraignant 

'M forçait, se précipita d'une iôtir^trè^haàtô, prtfpraiht niourir 

pltitôt que de se voir livrée aux niainsde'séâadversairésët'q'tiède 

-suWIvré à iadest^ ilè put 

se ^ô^ traire à cfette action; «tcep^hdanrsaitites Catherine 'etMàr- 

guèritesusdfteé le 1M avaient défendu, et selle dit que c'est grand 

péchtëde les- otfen^erii Mais elle sait. bié^.çtiWllej.qae ce péché lui 

a été' remis 1 depuis qu'elle s'en est confessée. Elle' dit en avoir eu 

'YëVélâfidnr " »'••■-"•"■ " «''* '•••• •■'•••" '•:'■.■■•'- vï ■ '■•-• ' 



(t) Cfetle escorte, qoï formait àù moyen âge l'unité militaire, était ce qq'on 
appelait une lance fournie; Yoy ; rî-âessritf p. 76, note* U ' 



176 PREMIER JUGEMENT. Jitat 



IX. 

Item que lesdites saintes lui promirent de la conduire eo para- 
dis, si elle conservait bien la virginité qu'elle leur a vouée, tant de 
corps que d'âme. Elle en est aussi sûre que si elle était déjà dans 
la gloire des bienheureux. Elle ne pense pas avoir fait acte dépêché 
mortel, car à son avis, si elle y était, saintes Catherine et Margue- 
rite ne la visiteraient pas, comme elles font chaque jour. 

% X. 

Item que Dieu aime certains [princes] déterminés et nommés, 
encore errants (1), et les aime plus qu'il n'aime ladite femme. Elle 
le sait par révélation desdites saintes, qui lui parlent* français et 
non anglais , n'étant pas du parti de ces derniers. Depuis qu'elle 
a su par révélation que ses voix étaient pour le prince susdit (2), 
elle n'a pas aimé les Bourguignons. 

XI. 

Item qu'elle a plusieurs fois fait révérence aux voix et esprits 
susdits qu'elle appelle Michel, Gabriel, Catherine et Marguerite, se 
découvrant la tète (3), fléchissant les genoux, baisant la terre sous 
leurs pas, leur vouant sa virginité, quelquefois embrassant, baisant 
Catherine et Marguerite. Elle lésa touchées sensiblement et corporel- 
lement, leur a demandé conseil et secours, les a invoquées; quoique 
non invoquées elles la visitent souvent. A acquiescé et obéi à leurs 
conseils et commandements; et cela dès le principe sans demander 
conse il à quiconque, tel que père, mère, curé, prélat ou autre ecclé- 
siastique. Néanmoins, croit fermement que sesdites révélations vien- 
nent de Dieu et par son ordre. Elle le croit aussi fermement que la foi 
et que Notre-Seigneur Jésus-Christ a souffert et est mort pour nous ; 
ajoutant que si un malin espritlui apparaissait, qui feignit être saint 



(1) Cette périphrase obscure doit s'appliquer aux princes d'Orléans, pri- 
sonniers en Angleterre, et autres captifs d'Azincourt. 

(2) C'est à dire Charles VII. 

(3) Salut masculin. 




avril îa.J 44* sÉAkCË. iîl 

Michel, elle saurait bien discerner s'il est saint Michel, ou non. 
Dit que sans être contrainte ou reboise aucunement, elle a juré a 
saintes Catherine et Marguerite, qui lui apparaissent, qu'elle ne révé- 
lerait pas le signe de la courotinë àdorihëi* àa prince vers qtfi elle 
était envoyée. Â la fin ajoute rà moins de permission de le faire. 

XII -.•■■ •••• - • 

item que si l'Église lui commandait d'agir contre. he, précepte 
qu'elle dit avoir reçu de Dieu, elle ne le ferait pas pour chose quel- 
conque, affirmant que ses actes incriminés sont l'œuvre de Dieu 
et qu'il lui serait impossible de faire le contraire. Elle ne veut s'en 
référer là-dessus à la détermination de l'Église militante ni d'aucun 
homme dumonde, mais seulement à Notre-Seigneur. .Dieu, dont elle 
accomplira toujours les préceptes, principalement en ce qui con- 
cerne ces révélations et les actes qui lui ont été. ainsi inspires. Dit 
qu'elle n'a pas pris sur sa tète ces. réponses, mais les préceptes de 
sefc voii et par leur révélation. Lui a été cependant plusieurs fois 
déclaré par les juges et autres présents l'article Unam sanctam 
ecclesiam catholicam, en lui exprimant que tout fidèle accomplis- 
sant le voyage d'ici-bas est tenu d'y obéir, de soumettre ses taits et 
dits à l'Église militante, principalement en matière de. foi et qui 
touche à la doctrine sacrée, ainsi, qu'aux ,sapctio^s de J'ÉglisQ^l). . 

-. „ , i. ■-.-.. - ■ •- • - *■••.•• ■'*'* . j • ■' 
Avril 12, 44 e séa^e,.— Précéder bal de*, délibérât! ?i>« 

. ,..;.... ■*»..!...: . ... «nccewrtve**.-!'! • ■ .•»<•*■ 

Et d'abord seize docteurs et six "licenciés 6a bacheliers 
en' sainte théologie (2) ont délibéré comme suit : 

Au norti du Seigneur, Aïrisi-sôit-ïl; Sachant tous par 

•'[.! 1 ■ J ■ ■ - " ■ ■ I « ' ' M '■■ ' ''.J - 'I' ! * * ' 1 'l'i i i ■■■ ■ 

(l)La pièce vriam sanctam ecclesiàtn ctitfcolicam est une éécrétaledé Bo- 
nifëee VIII. Il y* été et aéra fait ptes d*uae fote; allusion». Elle preod place 
parmi les Extravagantes communes du droit canonique Livre i, Titre vin, 
chapitre i. Insérée au corpus juris cùnonîci\ édition de~Tarin, 1746, 2 vol. in- - 
folio, tome II, p., 443 : De majoritale et obedientiâ. 

(2) Cette annonce n'est point exactement, conforme au texte qui suit. Nous 
ne trouverons dans ce texte (vérifié sur les mss. lat. 5965, P 4 109 et 5966 
P 149 v° ) que quinze docteurs (et non seize ), un licencié,, quatre bache- 
liers en théologie et un maître es arts. 

JEAN5E DARC 12 



178 PREMIER JUGEMENT. . [itôl 

le présent acte public, que Tan du Seigneur 1131 > indic- 
tion K, le jeudi 12 du mois d'avril, la 14 e année du pon- 
tificat de notre très-saint père et Seigneur en Jésus-Christ 
mon seigneur Martin, V e du nom, pape -par la divine 
providence, en présence de nous notaires publics et témoins 
souscrits, personnellement' constitués, R. R. P. P. sei- 
gneurs, vénérables et circonspectes personnes JHessei- 
gneurs et maîtres : i 

Erard Emengard, président. 
Jean Beaupère, < ••> » . : 

Guillaume Lebouchier, 
J. de Touraine, 
N. Midi* 

P. de Higet, prieur de LongueviUe , 
M. duQuesnoy, 
J. de Nibat , 
P. de Houdenc, 
J. Lefevre ouFabri, 
P. Maurice, 

L'abbé de Mortemer (Guil. Théroude) . 
Gérard Feuillet, 
Richard Dupré et 
Jean Charpentier, 
G. Haiton , bachelier en théologie , 
Raoul Sauvage, licencié en théologie 
- N. Coppesquesne, 



\docteun-L 



I. de la Pierre, \ — bacheliers en théologie. 

Th. deCourcelles, 

N. Loiseleur, M 9 es arts. ' ■ 

Disant que comme R. P. en Dieu Monseigneur l'évéque 
de Beauvais et Fr. Jean Lemaitre, vicaire d'illustre doc- 
leur, M e J. Graverand, inquisiteur, etc , juges en certaine 
cause de foi introduite devant eux, les avaient requis par 




avril 12. J . r 44 c sjçance. 179 

un n^andement ainsi conçu : « Nous Pierre, etc. » (voy. ci- 
dessus p, 171 ). Les susnommés ont reçu comme il conve- 
nait cette communication. Ils oqt examiné avec grand 
soin r attention, maturité, et & plusieurs fois, le contenu de 
cps pièces. Attendri , disent-ils, que tout docteur en la 
sainte ^Écriture est tenu, par les sanctions juridiques, de 
prêter, uq salutaire avis en matière de foi, toutes les fois 
qu'il en est requis en faveur de l'orthodoxie par les prélats 
et inquisiteurs; voulant donc accomplir ce devoir autant 
qu'ils le peuvent, ils ont protesté d'abord qu'étant requis 
plusieurs fois avec instance de vi ve voix et par écrit, comme 
il est dit, et pour y satisfaire, ils entendent dire doctrina* 
lement, en cette cause, ce qui leur paraîtra conforme à la 
sainte Écriture ,,aux doctrines des saints et aux sanctions 
de l'Église, ayant uniquement devant les yeux Dieu, et la 
vérité de la foi. Ils ont protesté, en outre, que tout ce 
qu'ils pourront dire et délibérer, ils le soumettent à 
l'examen, correction et toute décision de la sacro-sainte 
Églisç rpmaine et à ceux qui doivent ou devront en con- 
naître pour lesdits examen, correction et décision; en- 
semble les autres protestations accoutumées, et pour le 
mieux à faire en pareil cas. Après quoi, ils ont délibéré 
ce qui suit : 

Nous disons que, ayant diligemment considéré, conféré 
et pesé la qualité de, la personne, ses dits, faits, appari- 
tions, révélations , la fin, la cause, leurs circonstances, et 
tout ce qui est contenu dans les documents communiqués, 
il est à penSér que ces âppàH trôné et révélations qu'elle 
se vante. et affirme avoir eues de Dieu, par les anges et 
saintes, n'ont pas eu lieu comme il vient d'être dit, mais 
que, ce sont bien plutôt des fictions d'invention humaine 
ou procédant du malin esprit ; qu'elle n'a pas eu des signes 
suffisants pour y croire et savoir; qu'il y a dans lesdits 
articles des mensonges fabriqués; des invraisemblance 



12. 



180 PREMIER JUGEMENT. ' : [iiti 

légèrement admises par cette femme; des divinations su- 
perstitieuses ; des actes scandaleux et irréligieux; des 
dires téméraires, présomptueux, pleins de jactance; blas- 
phèmes envers Dieu et les saints; impiété envers les- pa- 
rents; quelques-uns non conformes au précepte d'aimer 
son prochain; idolâtrie ou au moins fiction erronnée; pro- 
positions schismatiquesde l'unité, de l'autorité et du pou- 
voirdel'Église ; malsonnantes et véhémentement suspecte^ 
d'hérésie. 

En croyant que ses apparitions sont S. S. Michel, Ca- 
therine et Marguerite, en croyant que leurs dits et faits 
sont bons comme elle croit en la foi chrétienne, elle 
mérite d'être tenue pour suspecte d'errer en la foi, car 
si elle entend que les articles de la foi ne sont pas plus 
sûrs que ses visions, elle erre en la foi. Dire aussi, comme 
en les articles V et I, qu'en ne recevant pas les sacre- 
ments, etc., elle a bien fait, c'est blasphémer Dieu et érrfer 
en la foi. 

De tout ce qui précède les susdits nous ont deinandé 
à nous, notaires publics, acte, pour être transmis auxdits 
juges. Fait dans la chapelle du manoir archiépiscopal de 
Rouen sous les an, indiction, mois, jour et pontificat sus- 
dits, en présence de discrètes personnes HM. Jean de la 
Haye et Jean Bareton , prêtres bénéficiés en l'église de 
Rouen, témoinsàce appelés et priés. Ainsi signé : Manchon 
et Colles (1). 

i, 

Autres délibérations. 

1 • i.i # 

M e Denis Gastinel, licencié en l'un et l'autre droit. 

Protestations faites et me soumettant à Messeigneurslçsjrçgesiet 
les autres docteurs et jurisconsultes, à qui il convient d'éclajucir U. 
. , : - . • ■ i»,. i.~' 

(1) Avec une longue formule de style. 



avril 12.] 44 e séance. 181 

matière, il me semble à dire que le cas de l'inculpée est infecté, sus- 
pect en la foi, véhémentement erroné, schismatique, hérétique, 
entaché de doctrine perverse , contraire aux bonnes mœurs, à la 
décision deTÉglise, aux conciles généraux, saints canons, lois civiles, 
humaines ou politiques; séditieusejinjurieuse à Dieu, à l'Église et à 
loup, fidèles ; doctrine, qui rend son auteur, propagateur et docteur, 
suspect en la foi, véhémentement erroné schismatique, hérétique, 
s'il y persiste; séditieuse et perturbatrice de la paix. S'il ne s'a- 
mende et ne revient à l'unité de l'orthodoxie catholique, et si, au gré 
dn fugé, : ir( c'est-à-dire elle ) ne l'abjure publiquement, et ne donne 
satisfaction convenable, la prévenue doit être abandonnée au bras 
séculier «pour expier son crime. Si elle abjure, qu'il lui soit accordé 
le bénéfice de l'absolution ; et, selon la coutume, qu'elle soit ren- 
fermée en prison, nourrie du pain de douleur et de l'eau d'angoisse, 
pour pleurer ses fautes et ne plus les commettre. Signé : Denis Gas- 
tlNEL. ' l 1 

* II e Jean Basset} licencié en droit canon, officiai de Rouen. 

.Je. n'ai que peu ou rien à dire, Rév. Pères et Seigneurs juges, sur 
une matière si grande en la foi, si ardue, si difficile, surtout en ce 
qui touche les révélations. Toutefois, sauf protestation, et sous votre 
correction, voici ce que je crois devoir dire : 

l°Sur les révélations, ce que dit cette femme est divinement 
possible, ; mais comme elle n'en justifie pas par miracles avérés ni 
par le témoignage de sainte Écriture (1), elle ne doit pas être crue. 

Item quant au changement d'habit, à moins qu'elle n'ait mande- 
ment spécial de Dieu, ce que l'on ne croit pas, elle agit contre 



(1) Ici se révèle un point de doctrine qui mérite d'être considéré. Les 
juges admettaient parfaitement le renouvellement indéfini du don propre aux 
prophètes, ou envoyés de Dieu. Mais quel moyen la science des choses di- 
vines, ou théologie, enseignait-elle pour distinguer les faux prophètes des 
vrais? Les vrais prophètes se reconnaissaient, dit-elle, à deux conditions *. 
1° être annoncés par l'Écriture sainte, à titre d'antécédents ; 2° faire des mi- 
racles avérés (ce qui était résoudre la question par la question). Cette doc- 
trine reparaîtra dans les diverses consultations qui vont suivre. Un fait très- 
curietrt est de voir l'application précisément inverse de cette même doctrine, 
faite par les docteurs de Poitiers en faveur de Jeanne. Yoy. Quicherat, Procès, 
etc., t. III, p. et391suiv. 



482 PREMIER JUGEMENT. [i4M 

l'honneur, l'honnêteté du sexe de femme et contre les bonnes 
mœurs. 

Item et par connexion, en refusant de recevoir l'Eucharistie au 
nioins une fois Tan, elle Ta expressément contre la décision et le 
précepte de l'Église. 

Item en refusant le jugement de l'Église militante, on voit qu'elle 
enfreint l'article : Unam Sanctam. 

J'entends ce qui précède en partant de ceci : que ses prétendues 
révélations ne viennent pas de Dieu ; ce que je ne crois pas (i). Et de 
ce, comme aussi pour qualifier et baptiser (ou dénommer ) ces pro- 
positions et autres de la prévenue , je m'en réfère au jugement 
de messeignéurs les théologiens, à la science desquels il convient 
mieux d'en décider. Quant aux mode et forme du procès, s'il m'est 
manifesté et expliqué conformément au chapitre dernier dé* këré- 1 
tiques, m 6 e livre des' Décrétâtes, je ih'offre »à m'y employer de 
mon mieux, quoique ignorant et indigne. — Le tout vôtre, indigne 
cencié en décret, officiai de Rouen, le siège vaca,nt. Jo. Basseti. 

P. en J.-C. Mgr. Gilles, abbé de la Sainte-Trinité de Fécamp , 
docteur en S 19 théologie. 

Révêrendissime Père et maître insigne, humble et ' prompte 
recommandation, d'abord, à votre paternité révérendissimeJ'ai reçu 
hier vers dix heures vos lettres, contenant que votre révérende„pater- 
nitô, ainsi que le vicaire de l'inquisiteur, aviez requis les docteurs 
en théologie, naguère rassemblés en ïa ville de Rouen, de délibérer 
sur certains articles ; ce qui a été fait. Vous désirez aussi avoir ma 
délibération. Mais après, Rév. Père et maître insigne, tant et de tels 
docteurs, que leurs pareils ne sont peut-être pas trouvables dans 
l'univers, que peut concevoir mon ignorance ou mon élacution 
inérudite enfanter? A peu prè&rien. Je m'arrête donc avec, eux tous 
en tout ; j'adhère aleurs délibérations, en y ajoutant mes protesta- 
tions et soumissions préalables et accoutumées ; en signe de quoi l'ap- 
pose ici mon seing manuel. Rév. Père et maître insigne, si je puis 
vous complaire en quelque chose, ordonnez; pour voutfobéay mon 
pouvoir fera peut-être défaut, non la volonté. Que lé Très^Haut 



(i) n veut dite : Je rie crois pas qu'elles (lés révélations de Jeanne) vien- 
nent de Dieu. . 



avril is. 45* séance. 183 

daigne conserver Votre Paternité suivant ses souhaits, avec l'heu- 
reux succès et prospérité de vos désirs. Écrit à Fécamp, le 21 avril. 
De Vetre Révéreridissime Paternité le disciple, abbé de Fécamp (i).. 



Avril 13. 45 e séance. Suite de la production des avis 
rendus parles consultants. 

M e Jacques Guesdon, de P ordre des Mineurs, docteur en théologie. 

Le mercredi 13 avril, coftiparut devant Mg* de Beauvais, 
vénérable personne M e J. Guesdon, maître en théologie du 
couvent des FF. mineurs de Rouen. Lequel a affirmé 
, qu'il avait assisté à l'assemblée de MM. les théologiens et 
maîtres de cette ville, réunis dans la chapelle de l'ar- 
chevêché pour le fait de Jeanne la Pucelle, à l'effet d'en 
délibérer. Chacun ayant donné son avis séparé, tous se 
réunirent dans une conclusion unanime. Ledit maître 
Jacques vote avec eux et se joint à leur opinion. Hais at- 
tendu qu'ilest appelé ailleurs pour affaires (2), il demande 
à monseigneur la permission de quitter et de se retirer. Il 
est prêt toutefois, lorsqu'il sera de retour à vaquer, par 
obéissance, en cette affaire et à prendre part à ce procès, 
toutes et quantes fois, à son retour. — « Cela est ainsi (3) ; 
(Signé) : Guesdon. 

W Jean Mmigier, chanoine de Rouen, licencié en droit canon. 

: Rév.» Père, et vous, monsieur le vicaire du sieur (ou seigneur) inqui- 
siteur, daignez, s'il vous plaît, savoir que j'ai reçu votre mandement 
avec toutes humilité et obéissance dues. J'ai vu ce qui y est contenu 



>,(l) Egidius Fiscampiiensis (Ms. lat. 5965. f° liiv° ); c'est-à-dire Gilles 
: [abbé] de Fécamp. 

(2) « Alibi negotia turus ». Cette retraite, plus ou moins motivée, n'est 
* point un fait insignifiant. Les réguliers étaient plutôt favorables et sympa- 
thiques à Jeanne , qu'hostiles. 

(3) Ou approuvé : « lia est. » 



y 



l&l PREMIER JUGEMENT. JH31 

et par vous demandé, ensemble les qualifications et l'avis des 
KR. SS. et MM*, notables professeurs en la sainte Écriture xén- 
nis et en grand nombre àla même finale opinion. Celle-ci me paraît 
bonne, juste, sainte , plausible, conforme aux sacrés eanons, aux 
sanctions canoniques, aux sentences de nos docteurs. C'est pourquoi 
je m'y associe en. tout ^t pour tout, etc., sous les protestations, etc. 
Le tout prêt à faire vos. bons plaisirs, ./o. Maugier. 

MfJeanBrttUot, Hcencié en droitxanon, chantre et chanoine de 
la cathédrale de Rouen* 

Vu les confessions et assertions de la prévenue, communiquées, 
etc., après avoir pris l'avis d'autres experts et jurisconsultes, ayant 
consulté les auteurs; vu les actions, de ladite femme, attendu /les 
motifs qui doivent me rattacher à l'opinion de mes maîtres et 
supérieurs unanimes et nombreux; attendu que cette opinion me 
semble conforme aux saints canons, etc., j'adhère, etc., sous pro- 
testations^ e,tc,/. Brui^o;^ ,. ._♦ 



M 9 Nicolas de. Fwdefês, licencié endroit canin* archidiacre 
<T Eu et chanoine de t Église de Rouen* 

Sous protestations, etc. Vu l'opinion des maîtres, etc. requis, etc., 
répondant de mort iriiéux-; etc\,jë ,, dtè et liens cfue messeignears et 
maîtres ont bien, pieusement, etdoucement procédé. Ëri compulsant 
mes' auteurs, j'ai trouvé que' leur opiniôri était bonne, juridique^ 
raisonnable, conforme, etc., et par conséquent; j'adhère, etc.* .Vo- 
tre très-humble serviteur et chapelain N. de Venderès. x . t . . , 

. M e Gilles Oeschamps r licencié en droit .civil+ehamelier et char 
» ' . "• noUtede la même église t : •■'•» « • ' ••■« 

Rév. Père en Jésus-Christ, et vous; monsieur te'vic&rre, etc. Sur les 
assertions communiquées, etc. 1 / après soumissions et protestations^ 
etc.; tout çoflsidére et pesé, attendu' l'ad ni onitidnchàritabl'è, là som- 
mation répétée^ ef le choix laissa à ladite Jeanne, hier, en présence 
des docteurs et juges, ,par vos, Paternités et l'archidiacre d'Étyreux^ 
votre mandataire, de^sou mettre. les fait^ ,et (jits çontei|u.s, dans^çe, 
procès à la détermination etojrdonnauce de FÉgli&fc universelle, de 
N. S. P. le pape, du concile général, ou de quatre hommes. no^aWes, 



tjYrfl 13.] 45 e SÉANCE. 185 

-de son obédience ou de l'église de Poitiers ( lesquelles somma- 
tions à mon sens sont justes et raisonnables, et doivent être con- 
tinuées pour son salut); attendu ses réponses et qu'elle n'a pas ob- 
tempéré (1) à cette offre ou invitation, à moins qu'autre chose m'ap- 
paraisse et constate la correction ou amendement de ses paroles, 
ou une meilleure interprétation, sesdites assertions me paraissent 
suspectes en la foi, contraires aux bonnes mœurs et aux sanctions 
canoniques, considérant toutefois comme étant fort à considérer 
pour la qualification plus savante et plus lumineuse de ses asser- 
tions, les déterminations des docteurs en théologie et décret. Donné 
l'an du Seigneur 1431, le 3 mai, sous mon seing manuel ci mis : 
£. de Campis. . 

M e Nicolas Caval f licencié en droit civil, chanoine d,e la même 
église. 

Vu les assertions, etc.; vu l'opinion de plusieurs notables maî- 
tres, etc. et en grand nombre, attendu que cette opinion me semble 
conforme aux canons, etc., j'y adhère sous protestations, etc., sou- 
missions^ etc. Votre humble, etc. Nicolaus Caval. 



(i) Ce pausage mérite qu'on s'y arrête. Il y a ici une apparence d'équité qui 
demande explication. Si un appel en forme et régulier avait été introduit par 
1 le gouvernement de Charles VU en, faveur de Jeanne par devant le pape ou 

le concile, c'eût été là assurément un recours sérieux. Par devant un tel tribu - 
| hal, Jeanne eût eu à nos yeux quelque chance d'être renvoyée absoute. C'eût 

| été dans tous les cas un témoignage réel et plausible d'indépenda nce et d'hon - 

| néteté. Mais Jeanne isolée , entre les mains de ses ennemis, sur terrain ennemi, 

sans aide judiciaire, sans conseil , ne pouvait voir dans cette invitation qu'un 
piégé : et c*enetâit un. Ceux qui le lui tendaient le savaient bien, elle refusa. 
Rien mieux que cet épisode ne fait voir la détestable connivence qui exis- 
tait, contre la Pucelle , entre les conseillers du roi : R. de Chartres , la Tri- 
mouille, etc., «t des ennemis du roi : P. Cauchon, etc. (Voy. Histoire de 
Charles, VU t t, II, p. 2QÇ, 222 et s.) On offre à Jeanne l'arbitrage de quatre 
clercs notables de l'obédience de Charles VII. 11 n'est que trop vrai : Pierre 
Cauchon eût certainement trouvé sans peine quatre complices de ses doc- 
trines, si ce n'est de ses passions personnelles, même dans le diocèse de Poi- 
tiers. 'Mais 'Jeanne, de son côté, pouvait assurément trouver quatre hommes de 
bien et d'église pour la défendre. Tout dépendait donc du choix de ces 
arbitres. 'L'archMiacrë d'Évreux, ou son rapporteur, et pour cause , ne s'ex- 
pliquent aucunement sur ce point. 



186 PREMIER JUGEMENT. • [ttit 

W Robert Barbier, licencié en droit canon, chanoine de la même 
église. 

Adhésion semblable: Il ajoute : A mon petit jugement, et sauf 
meilleur avis, les assertions susdites doivent être, avant conclusion 
définitive, etc., être soumises à notre mère l'université de Paris et 
principalement à la faculté de théologie et droit canon. Barberii. 

M e Jean Alépée, licencié. . en droit civil, chanoine de la même 

église. 

Adhère comme le précédent, l'université consultée. Je me sou- 
mets d'avance à sa décision, à celle de l'église romaine et du 
saint concile géûéral. J. Alespée. 

M ê Jean Hulot de Chatillon, archidiacre et chanoine dtÉtreux, 
docteur en théologie. 

Adhère à l'avis des premiers consulteurs. , T 

W Jean de Bonesgue, aumdnier de tabbaye de Fécamp. 

Moi, docteur en théologie de l'univetsité de Paris depuis viogtrcinq 
ans, aumônier, etfc.; vu et considéré les pièces communiquées, etc.,suis 
-d'avis qu'elle est schismatique et hérétique, etc.,, attendu ce aAi'eJle 
dit de SS. Michel, Catherine, Marguerite, de l'Eucharistie, du coni- 
mandenient divin!. Qu'elle soit dionc punie et qu'il en soit' fait justice; 
suis à l'honneur de Dieu et à l'exaltation de la foi. J. de Bonesgue. 

M e Jean Guarw, docteur en décret, çJianoine t de Rouen, ., 

Adhère purement et simplement comme lés premiers'. ï. /'Giîàife. 

. :, ' J^evénérable chapitre de t Église de Rouen (i)l 

.Bequis ie donner notre avis sur Jes assertions, etc., nous avons 
d'abo.rd résqlu.de différer notre, réponse, attendu la gravi^de la 



• (1) Des faits acquis à l'histoire uous autorisent k penser et à dire que la 
consultation fiuhrjuftte n'est point Impression oVun sentiment libre et sincère, 
mais le résultat de Ja pression et de la contrainte mor,al0 exercé sur le eba- 



avril 13.] 45 e SÉANCE. 187 

matière etdésirant avoir préalablement l'opinion de l'université, etc. 
Maisdepuis, attendu l'avis délibéré par beaucoup d'illustres docteurs, 
dans une assemblée qui a eu lieu le 2 mai; attendu que dans cette 
assemblée elle (Jeanne) a été exhortée par de douces et pieuses 
admonitions et sommée par monseigneur l'archidiacre d'Évreux, 
•par Vous commis, à se soumettre au jugement de l'Église univer- 
selle, de N. S. P. le pape, du concile général, et d'autres prélats 
ou de quatre grands clercs de son parti (1; ; attendu que ladite 
femme n'a voulu aucunement acquiescer à ces louables admoni- 
tions et exhortations ; attendu qu'elle les a damnablementjet per- 
nicieusement mépriséeset repoussées, etc., etc. C'est pourquoi, nous 
estimons que les déterminations et qualifications prononcées k cet 
égard par tes susdits prélats et docteurs ont été faites doucement, 
justement et raisonnablement. Nous pensons donc que par ces 
môtffs^ elle doit être réputée hérétique. Fait en notre chapitre, l'an 
du Seigneur 1451, le quatrième jour de niai. Ainsi signé : Ri Gué- 

RÔULD. 

MM" Aubèrt Morel et Jean du Chemin, licenciés en droit canon, 
:x k , avocats de Iq cour de Fofficialité de Rouen,, rK , ( 

• ' Pfotestation&y etcV, soumissions, etc, nous estimons ; 1° en.qe qui 
touche les prétendues révélations, encore bien que ces allégations 



jptHre 4e Rouen. Les 13 et, i 4 avril, le chapitre s'assemble à grand* peine en 
nombre suffisani, le doyen absent. Il demande i" qu'avant de conclure de sa 
part les articles soient représentés et signifiés à Jeanne' en français, arec 
admonition charitable de se soumettre à l'Égli3e; 2° que l'université de Paris 
soit consultée. De là , selon tbiite apparence r un conflit s'éleva entre le cha- 
pitre et les Anglais ; ce conflit fut suivi d'une négociation. En effet, il parait que 
dans* cet intervalle, du 14 avrilau 4 mai,' un Simulacre de sommation, 
avec « admonition charitable », fut signifié à Jeanne. D'autre part, comme 
on le verra, l'université de Paris fut également consultée. A ces deux conditions 
.fit j^ce double prix^ les juges obtinrent la consultation que nous résumons ici. 
. (î).Les écrits de Jean Jouvenel des tlrsins^l'un dés prélats les pltià 'fidèles et 
lés plus considérables dii parti de Charles VII, montrent en lui, autant qu'on 
peut fônduire d'indices -ou de preuves indirects, un ennemi plutôt qu'un ami 
de la pucelle. Les sentiments de l'archevêque de Reims à ,son égard ne sont 
pas équivoques. La 'perpéttfétte hésitation* de Charles VII à Pégard de la pu- 
cêîlé montre assez ctaifement qu'autour de lui les avis touchant la sainteté de 
cette jetnie 0e étàîént' fort 'ffivfeés 1 . Vdy.'ci-d^swispj 185, note- i. .-. •'<<' 



188 PREMIER JUG1PENT. [l43l 

c 

soient divinement possibles, mais attendu que la prévenue n'ad- 
ministre pour preuves ni miracle ni témoignage de la sainte Écri- 
ture, il n'y a pas lieu de croire à ses assertions (i). <; 

Item ({uarit au rejet de l'habit féminin, attendu qu'elle ne jus- 
tifie pas du commandement de Dieu ; attendu qu'elle a agi seuje,. 
stipulant dans sa propre cause, contre l'honneur de son sexe, et $es. 
bonnes mœurs, et qu'elle a méprisé sur ced|ief les admonitions qui 
lui ont été adressées, nous pensons qu'elle a mérité et mérite d'être 
frappée d'excotamunication et d'anathème. ...,,, 

Item ladite femme, à moins de cause raisonnable et de l'avis de 
son prêtre paroissien ou ordinaire, est tenue de recevoir ap moins 
une fois l'an le sacrement de l'Eucharistie; autrement, elle va 
contre la détermination et le commandement de l'Église. 

Item ladite femme est tenue de. se soumettre au jugement -de 
l'Église militante, etc. En méprisantes admonitions, etc., elle en- 
freint l'article de foi Unam Sanctam* etc. 

. Nous entendons les délibérations qui yiennept d'être énoncées^ en 
admettant que lesdïtes révélations ne viennent pas çlç tyieiH Pour . 
le jugement, etc., de ces assertions, nous nous en rap#prtQnsà f i'a,vi& . 
de MM. les théologiens, etc. D'où nous concluons jijê le cas 4a la 
prévenue est suspect en la foi, etc.. scandaleux, sédi^ieux,^ etc., si, 
elle y persiste. F^bur ce elle doit être punie de prisqn perpétuelle, 
au pain de douleur, eau d'angoisse, etc., ou de toute ,autrç peine . 
extraordinaire édictée et modérée t selon l'arbitrage desdfts juges. 

A. MORELLl. J. DB QïJEMINO. , ., .. . . 

Délibération de onze avocats de ta cour de Rouen, licenciés tes 
uns en droit canon, tes autres eà droit civil, les autres dans les 
deux droits, nommés Guillaume de Livet, Pierre Carré, Guerould 
Poustèl, Geoffroy du Crotày, Richard de Sdux, Bureau des Cor- 
meilles, Jean Ledoux, Laurent du But, Jean Colombel, Raoul .4uguy 9 
et Jean Tavernier. 

Au nom de Dieu, amen. Sachent tous que l'an du Seigneur 143t. 
Ie30 avril, etc., pontificat, indiction, etc., lessusnommés, etc., réunis 
dans la chapelle ou oratoire de l'hôtel archiépiscopal de Rouen , 
requis, etc., ont délibéré ce qui suit, après soumissions et protesta- 
tions, etc. '•••.»••■ • • 



(1) Voy. ci-dessus p. 1181, note 1. 



avril 13.] 45 e séance 189 

1° pour les'révélations, 2° pour fhabit, attendu (comme dans la 
délibération précédente ), 3° attendu qu'elle préfère garder son ha- 
bit d'homme plutôt que de recevoir l'Eucharistie, 4° attendu qu'elle 
Ta contre l'article Unam Sanc'tam,.e\J0. 9 nous en rapportons au ju- 
gement dés théologiens de l'univerité de Paris, etc., à qui de préfé- 
rence appartient la décision. De quoi, etc., avons, requis acte par 
notaire apostolique ; fait aux lieu et date susdits, etc.; en présence de 
Pierre Cochon (1) et Simon Dani (ou le Danois), prêtres, notaires 
. de ladite cour, etc. 
: 'Et moi, Guillaume Lecras, prêtre de Rouen, notaire apostolique 
et impérial, aï donné et signé l'acte requis, etc. G. Lecràs. 

Ri P. en Dieu, Monseigneur Philibert de Moutfeu, évéque de Cou- 

tances (2). 

A R. P. en Dieu, mon très-cher* seigneur Vévêque de Beauvais. Jf ai 
reçu, 'elfe., lès assertions, etc., signées de trois notaires et du sceau 
royal. Coftime j'ai pu voir, la prévenue affirme que S£ Michel,.etc, 
lui sont apparus ; lé&dites saintes l'ont invitée à aller trouve^ cer- 
tain prince^ etc., dé prendre l'habit d'homme, etc., ce qu'elle a 
fait, etc*. Elle Sait de révélation qu'elle s'échappera <le prison, etc.; 
que les Français en sa compagnie accompliront de plus beaux fatys 
d'artnés, etc. Elle a employé lé signe de Jésus et de Marje, etc.; elle 
s'est précipitée d'une tour, etc. Elle a rendu hommage aux dites sain- 
tes ; elle y croit aussi fermement qu'à la foi catholique, etc. Elle 
refuse de se soumettre à l'Église, efc. J'extraie ici quelques-uns des 
griefs signalés dans îa communication, etc t »Api$5 ^e si «grands 
docteurs consultés et^c.^je réponds ^la requête de, votre paternité 
en vous donnant, du moins niai que je j)uisy man sentiment^ea 
m'ab&enant de qualifier chaque point, afin qu'il ne #ejnble pas que 
je veux en remontrer à Minerve. 

Assurément* Rév. Père, je pense cjue' cette femme a un esprit 



(1) Ce personnage, qu'il ne faut pas confondre avec le juge, son quasi horoor 
nyme , est l'auteur de la chronique qui porte son nom et que j'ai publiée 
sous ce titre : Chronique de tùusinot, etc., suivie de làchroniquede P. Cô- 
c/ton, etc.; Paris, Delahaye, in 12; 1859. ; : . . - . ! • r ,. 

(2) Cet évêque était un Seigneur bourguignon, créature de Bedford. 



190 PREMIER/ JUGEMENT. - [l43i 

subtil, enclin au mal , agité par un instinct diabolique et vide <ie la 
grâce de l'Esprit-Saint. Témoin saint Grégoire, et-sil'on considère. Les « 
dires de cette femme, il y a deux signes qui attestent la présence de 
la grâce, et dont manque évidemment celte- femme. Ses assertions, 
sauf meilleur jugement , sont contraires à la foi, vaines) scanda- 
leuses, superstitieuses, etc. D'autres proposeront tins expertise ulté- 
rieure, mais le jugement n'en saurait être -différé. Si elle, révoque 
ce qu'elle doit révoquer,, il faut la conserver sous bonne garde j *s* 
qu'à ce que sa correction et amendement soient -bien jnanâfestéSi 1 
Si elle refuse, il faut la. traiter en-hérétique opiniâtre*- • • 

Voilà ce que j'avais £dke 7 j>rètià obéir en toutà'£e^ue*fKH^ 
rait agréer, Votre Révérende Paternité, laquelle daigne le > très haut 
conserver heureuse et satisfaite en ses désirs. Ecrit. à Goutances, 
le & mai I434w »Levtaut vôtre en toutes choses* Pjulib., ^vèqoe de 
Goutances. { Le secrétaire :} Sàihtigny. .« 

Ri P.> enJ.-€* Ma* Févéque de JJsieux. / * 

A R. P« en Dieu i'évèque de Beauvais et Jean iLemaîtee,. etc., Zano 
de Castiglione évoque, etc. Ayant reçu les assertions» etc., je, vow 
envoie ina" réponse sous mon signet. Donné à Lisieux le il mai. 
Signé l&ng;l<ii${AxGh\çi )(i).. * ». : , : • • 

Rév. Père , il çst très-idifftcHe d'établir »un jugement certain sur 
ces matières d'apparitions et de révélations; car selon le dire de l'a- 
pôtré , « l'animal homme ne perçoit pas ce qui est esprit de Dieu, 
ni ne participe au sensdu Seigneur et n'est son conseiller ». Et, 
comme propose saint Augustin dans son livre De l'esprit et de l'âme, 
souvent dans ses-visions et apparitions l'âme est trompée et jouée, 
car ce qu'elle voit est tantôt faux, tantôt vrai ; tantôt le mauvais 
esprit et tantôt le bon y préside. C'est pourquoi si un individu, af- 
firme nûment et simplement qu'il est envoyé de Dieu pour mani- 
fester au siècle quelque communication invisible et secrète, foi ne 
doit point y être ajoutée, à moins qu'il* n'en justifie par miràéles-ou 
témoignage de la sainte Écriture (p. 181, note) 1 C'est un pôhrt que 
pose la décrétale : Cum ex injûncto(2), sur les hérétiques. Mais je ne 

• (l) Le nom du Secrétaire est ici caractéristique. Quoique Tévêque fut italien 

( voy. la note 1, p. 191 ), le titre ^anglais appartient à l'un. comme à l'autre. 

(3) Décrétale de Grégoire IX ; insérée parmi les actes analogues de ce. pape, 

qui forment une division du code canonique. (\oy. Corpus jvri&canonwci; 



avril ta.] 45? SÉANCE. * 194 

vois pas dans l'inculpée les signes ou indices d'une admirable sain- 
teté, ni d'une vie exemplaire constatée, etc. 

, Ces choses donc considérées, moi, Zanon, etc., après en avoir m û- 
renaent délibéré, soumission^etc., protestations* etc., je àisque r at- 
tendu la basse condition.de la personne (1), attendu, ses assertions 
ou prppos, pleins de'fatuité ou de folies présomptueuses, la forme et 
le m ode prétendu s, de ses visions,: etc., il esta présumer que de deux 
choses Tune : ou ce sont, illusions et fallaces des démons, qui dans 
les bois se déguisent en anges et entre temps s'affublent des appa- 
rences et ressemblances de diverses personnes ; ou ce ne sont que 
mensonges, inventés et fabriqués à dessein pour duper les rudes et 
les ignorants. 

Item, à première vue, plusieurs de ces assertions contiennent des 
nouveautés scandaleuses et erronées, etc., et en refusant de se- sou** 
mettre à Tautomté de If Église, elle) fai^neg^ave injure^ cette puis- 
sances Avertie de se soumettre au pape, au concile, ou aux prélats, 
si eUe s'y refuse avec un mépris opiniâtre, elle doit être tenue pour 
sohismatU} ue» et Véhémentement suspecte en la foi. 

Tel est mon avis, sauf meilleur jugement „ témoin* mon seing ma- 
nuel ci-mis, les* an et jour susdits. Zahonbs Lexovknsïs. 

R. R. P. P. en J.-C. MM«" et MM M Nicolas, abbé de Jtimièges, Guil- 
laume abbé de Cppmefties, docteurs efrdéçrft? 

Nous vous avons déjà fait connaître 1 que dans notre opinion le 
jugement du cas sur lequel nous sommes requis devait être préa- 
lablement déféré h notre mère l'université de Paris. Vous nous 
avez toutefois écrit derechef, et nous avez pressés de dire notre 
avis.' ' ' . '.:'''' ' " 

Le fait de cette femme seréduitpour nous à quatre points. i° sou- 



Turin 1746, in-P, tome II, livrer, titré vu, chap. xji, p. 263) de hœreticis, et 
titre xxxii, chapitre, h, page 284. 

" (1) Cette proposition est empreinte d'un. esprit d'orgueil tout- à fait aris- 
tocratique- et qui, même au quinzième siècle, eût été jugé, avec raison, re- 
préhensible, dans la bouche d'un docteur de l'Éghse et d'un éyeque, chré- 
tien. Zanon était un seigneur milanais, qui avait trouvé en quelque sorte le 
siège de Lisieux dans Y héritage de sorToncle , le cardinal Branda di Ca*- 
tiglione, évoque commendataire de Lisieux ( pour en. toucher les revenus ). 
C'est ainsi que par hasard cet étranger occupait un évèohé français, > ! 



192 PREMIER JUGEMENT. [l| 3 { 

mission à l'Église militante : sur ce point elle doit être avertie d'a- 
bord charitablement, puis publiquement et avec remontrance :si elle 
persévère alors dans la malice, elle doit être tenue comme suspecte, 
en la foi. 2 e point: révélation ; 3 e , rejet d'habit féminin par ordre de 
Dieu : à cet égard on ne peut la croire, attendu le défaut de miracles 
ou de témoignages de la sainteté de sa vie. A 9 point : est-elle en 
péché mortel ? Dieu seul le sait, qui pénètre les cœurs, etc. ; là-dessus 
nous nous en référons aux théologiens. Témoin nos seings manuels 
misa la présente, le dimanche 29 avril 1431. N. de Gemeticis. G. 
abbas de Cormeliis. 

M* Raoul Roussel, docteur en Fun et t 'autre droit, trésorier de 
l'église de Rouen, < 

Révérend Père, Protestations. Outre ce que je vous ai antérieure- 
ment répondu par écrit, je puis seulement ajouter qu'à mes yeux 
ces assertions sont fausses, entachées et caûtement inventée» par 
cette femme et ses complices, pour en venir aux fins de leur parti. 
Et pour les qualifier plus amplement, je m'en réfère aux théologiens. 
Fait l'an du Seigneur 1431, le f 301 dernier jour d'avril, par votre 
serviteur R. Rousselli. 

MM" Pierre Minier, Jean Pigache et Richard du Grouchet, 
bacheliers en sainte théologie. 

La réponse que vous nous demandez, Tr. Rév. Père, etc., dépend 
de la distinction précise à faire quant à l'origine des révélations 
dont il s'agit, distinction à laquelle notre insuffisance ne nous 
permet pas d'atteindre. Si en effet elles procèdent du malin es- 
prit, ou sont feintes, il nous semble que plusieurs de ces assertions 
sont suspectes en la foi, injurieuses, etc. Que si, au contraire, elles 
procèdent de Dieu et du bon esprit, ce qui n'est pas constaté 
pour nous, il ne nous serait pas permis de les interpréter en mau- 
vaise part. Tels sont, Rév. Père, sans témérité et sous correc- 
tions, les avis que nous dictent nos consciences. Etc. P. Minier, 
pigache. J. R. Grojjchet (1). 



(1) Cette réponse est une variété remarquable d'un genre qu'on pourra 
nommer Y ambigu scholastique ou clérical. 



Avril 13.] 48» SÉANCE. 193 

M e Raoul Sauvage, bachelier en théologie (* ). 

De ces asservons, les unes me semblent scandaleuses, suspectes 
en la foi; d'autres, téméraires, propres à induire en erreur et aux 
mauvais exemples. Quant à leur qualification, je m'en rapporte à 
mes supérieurs. Pour ses apparitions, sauf erreur et correction, je 
crains qu'elles soient fantastiques et njensongères. Ses assertions tou- 
chant l'habit d'homme me'paf aissenttéméraires, scandaleuses et in- 
ductivesà mauvais exemples. Son refus de soumission àl'Eglise , etc., 
me semble scbiàmatique/ete., 1 attendu o^u'ëlle met au dessus-dé l'au- < 
torité de l'Eglise le crédit que lui inspirent des visions peut-être fan - 
tastiques et diaboliques; car parfois les malins esprits se déguisent 
à ^ressemblance des bons anges. Quant auslgnède son^ince^tc., 
je ne sais ; cela peut être fictif et mensonge inventé, etc., etc. Sur 
la 4 e proposition , sa prescience d'événements futurs : cçtte conr 
fiance de sa part- est à mes yeux présomptueuse ; parce que lés 
choses futures n'arrivent tyas de nécessité : or, étant donné que 
cette révélation •vînt de Dieu j ce pourrait être une communication 
analogue à «celle de Jonas, qui prophétisa : « Encore quarante jours,' § ' 
etNinWesera détruite, a ïlèvelàtïoh'dé saih te Catherine sur son 1 
évasion future : peut-être est-ce jactance et* mensonge! Èpêe ré- *' 
vélée; sans doute par malin esprit ou homme ; n'est pas croyable! 
5 e proposition : qu'elle a pris habit d'homme par ordre de Dieu : 
cela n'est pas vraisemblable, mais plutôt scandaleux, indécent, 
déshonnête, surtout pour une femme et une pucelle qu'elle se dit 
être ; à moins qu'elle ne le fît pour se préserver de violence et pour 
conserver sa virginité;. 6° proposition ; signe de la croix. Les signes 
signiûenjt ce qu'on veut : cependant pourrait-on supposer ici qu'il 
y a mépris et blasphème du crucifix, etc. Le reste n'est que superbe 
et jactance. 7 e , 8?, 9 e propositions, blâmées. 10 e : les saintes ne. par- ! 
lentpas anglais, téméraire assertion et blasphème ; car Dieu est la 
providence suprême, tant des Anglais que des Français, et l'asser- 
tion est contraire à la charité envers le prochain, il 43 : Idolâtrie. 
# 12 e : comme la l re . 

Toutefois, révérends pères, attendu la fragilité féminine, Je suis 
d'avis que les articles soient traduits «en français, communiqués à 
la prévenue, avec représentations charitables pour qu'elle* se cor- •' 
rige, etc. Je serais également d'avis, pour mettre hors d'atteinte 
l'honneur des juges et la paix de leur conscience, que lesdites as- 

(1) Ce clerc parait avoir été un juge prévenu, circonvenu/ mais honnête. ' 

JEANNE DARC ' 13 




194 PREMIER JUGEMENT [l43i 

sertions et les qualifications que les juges leur ont appliquées soient 
transmises au saint-siége de Rome, etc. R. Sauvaige. 

- 18 Avril. 46 e séance. —-~ Exportation charitable de 
Jeanne ( malade )• 

Le i8, nous, juges, accompagnés de M e Guillaume Bou- 
cher, Jacques de Touraine, Maurice du Quénoy, Nicolas 
Midi, Guillaume Adelie et Guillaume Hecton, nous sommes 
transportés dans la chambre où Jeanne était détenue. 

En présence de ces personnes , nous évèque susdit , 
nous nous adressâmes à la dite Jeanne, qui alors se disait 
malade. Nous lui dîmes que ces docteurs et maîtres ve- 
naient à elle familièrement et charitablement, la visiter 
dans sa maladie, pour la réconforter et la consoler. 

Nous lui rappelâmes ensuite que, par diverses et plu- 
sieurs fois, elle avait été interrogée solennellement, sous la 
grave prévention qui lui est imputée, par devant de no- 
tables clercs, etc. 

Item que plusieurs de ses dits et faits avaient semblé 
défectueux. 

Item : attendu qu'elle ne saurait, étant ignorante et il- 
lettrée, connaître et discerner touchant certains articles à 
elle imputés s'ils sont contraires à notre foi , sainte doctrine 
et approbation des docteurs de l'Église, ces clercs of- 
fraient de lui donner bon et salutaire conseil, pour s'en 
instruire : qu'elle voulût donc aviser de recevoir et choisir 
quelqu'un ou quelques-uns des assistants, pour se conseil- 
ler dans sa conduite, et que si elle ne le faisait, que mes- 
seigneurs les juges lui en délégueraient pour la conseiller 
et réduire. 

Item qu'ils offraient à cet effet de lui donner pour con- 
seils quelques docteurs en théologie, droit canon et civil. 

Item il lui fut dit que si elle ne voulait recevoir con- 



avril 18.] 46* séance. 193 

seil, et se conduire par le conseil de l'Église , elle serait 
en très-grand péril. 

R. 11 me semble, veu la maladie que j'ay, que je suis en grant péril 
de mort. Et se (1) ainsi est que Dieu vueille faire son plaisir de moy, 
je vous requier avoir confession, et mon saulveur aussi, et d'estre 
ensevelie en la terre saincte (2). 

Ad ce luy fut dit : Se vouloiés (si vous vouliez) avoir les droictures 
etsacremens de l'Eglise, il fauldroit que vous feissiez comme les bons 
catholiques doyvent faire, et vous su bmessiés (soumissiez) à saincte 
Église. R. Je ne vous en sçaroye maintenant autre chose dire. 

Item, luy fut dit que, tant plus se crainct de sa vie pour la ma- 
ladie, tant plus se devroit amender sa vie; et neauroit pas les droiz 
de l'Eglise comme catholique, se elle ne se submectoit à l'Eglise. 
R. Se le corps meurt en prison , je me actend que le faciez mectre 
en terre saincte, se ne l'y faictes mectre, je m'en actend à nostre 
Seigneur. 

Item luy fut [dit] que autrefois elle avoit dit en son procès que, 
s'elle avoit fait ou dit quelque chose qui fust contre nostre foy 
chrestienne, ordonnée de Nostre Seigneur, qu'elle ne [le] vouldroit 
point soustenir, R. « Je m'en actend à la responce que j'en ay faicte 
et à Nostre Seigneur. » 

Item, luy fut faicte interrogacion , pour ce qu'elle dit avoir eu 
plusieurs fois révélacions de par Dieu, par sainct Michiel, sainctes 
Katherine et Marguerite; se il venoit aucune bonne créature qui 
affermast avoir eu révélacion de par Dieu, touchant le fait d'elle , 
s'elle le croiroit. R. Qu'il n'y a crestien en monde qui venist de- 
vers elle, qui se deist (dît) avoir eu révélacion, qu'elle ne sceust 
(sût) s'il disoit vray ou non; et le sçaroit (saurait) par sainctes 
Katherine et. Marguerite. 

Interroguée se elle ymagine point que Dieu puisse révéler chose 
à une bonne créature, qui luy soit incongneue : R. « Il est bon à 
savoir que ouil (oui) ; mais je n'en croiroye homme ne femme, se 
je n'avoye aucun signe. » 

Interroguée s'elle croist que la saincte Escripture soit révélée de 
Dieu, R. « Vous le sçavés bien; et est bon à savoir que ouil ». 

(1) Et s'il est ainsi que Dieu veuille faire, etc. 

(2) C'est-à-dire en terre bénie : au cimetière. 

13. 



196 PREMIER JUGEMENT [i43i 

Item fut sommée, exortée et requise de prandre le bon conseil 
des clercs et notables docteurs, et le croire pour le salut de son âme. 

Sa dernière réponse, (interrogée si elle se soumettait, elle et 
ses actions, à notre sainte mère l'Eglise ), fut à savoir : « Quelque 
chose qui m'en doive advenir, je n'en ferai ou dirai autre chose; 
car j'en ai dit devant au procès. » 

Et ce ainsi fait, les vénérables docteurs là présents, c'est asavoir 
maitres Guillaume Le Bouchier, Maurice Du Quesnoy, Jacques de 
Touraine, Guillaume Adelie et Gérard Feuillet, l'exhortèrent instam- 
ment pour qu'elle voulût se soumettre à notre sainte mère l'Eglise 
et ce en alléguant de nombreux exemples et autorités de la sainte 
écriture ; et, entre autres exhortations, Maître Nicolas Midi allégua 
en français le chapitre i 8 de saint Mathieu , si ton frère, etc. Ce à 
quoi Jeanne répondit qu'elle était bonne chrétienne et voulait mou- 
rir telle. 

Interroguée, puisqu'elle requiert que l'Eglise luy baille son créateur 
s'elle se vouldroit submectre à l'Eglise, et on luy promectroit bail- 
ler (1) R. Que de celle submission, elle n'en respondra autre chose 
qu'elle a fait ; et qu'elle ayme Dieu, le sert, et est bonne chrestienne, 
et vouldroit aidier et soustenir saincte Eglise de tout son povoir. 

Interroguée s'ellè vouldroit point que on ordonnast une belle et 
notable procession (2) pour la réduire en bon estât, s'elle n'y est : R. 
Qu'elle veult très-bien que l'Eglise et les catholiques prient pour elle. 

1-431. Mai 2, 47 e séance. — Admonition publique faite 
a la Pucelle. 

Item le mercredi 2, etc., en présence de nousjuges sié- 
geaut dans la chambre du château de Rouen, près la 
grande cour (3) présents : 



#(1) On promettait de le lui bailler ; c'est-à-dire de lui administrer l'Eucha- 
ristie. , • 

(2) Au quinzième siècle les processions étaient une pratique très-en vogue. 
On l'employait fréquemment pour la manifestation quelconque des sentiments 
publics, et notamment pour obtenir, par ce moyen, quelque grâce divine. 

(3) Pour tout ce qui concerne la topographie de Rouen par rapport au 
procès de la pucelle, nous signalerons ici un excellent écrit intitulé : Jeanne 
Darc au château de Rouen, par F. Bouquet, professeur au Lycée à Rouen; 



mai a.] 47 e SÉANCE. 

Nicolas, abbé de Jumièges, 6. Haiton , 

Guillaume, id. de Cormeil- 
les, 

L'abbé de Saint -Ouen, 

Le prieur de Saint-Lô, 

Pierre, prieur de Longue- 
ville, 



197 



J. de Nibat, 
J. Guesdon , 
J. Fouchier, 
M. du Quesnay, 
J. Lefèvre, 
G. Boucher, 
Pierre Houdenc, 
J. de Châtillon, 
• Erard Emengard, 
Richard du Pré, 
J. Charpentier, 
P. Maurice, 
N. Couppequesne, 
J. Colombel, 
Raoul Auguy, 
J. Tavernier, 
Guillaume Postel, 
And. Marguerie, 
J. Alépée , 
G. des Champs, 
N. Caval, 



Th. de Courcelles , 

R. de Grouchet, 

P. Minier, 

R. Sauvage, 

J. Pigache, 

J. Mauger, 

J. Eude, 

R. Roussel, 

JL Garin, 

R. Barbier, 

D. Gatinel, 

J. Ledoux, 

N. de Venderès, 

J. Pichon, 

J. Brullot, 

R. de Saulx, 

L. du But, 

Aub. Morel, 

J. Du Chemin, 

Guillaume De la Cham- 
bre, licencié en médecine, 

Frère Is. de la Pierre, 

Guillaume Legrant, 

Jean de Rosay, curé de 
Duclair, 

Frère Jean de Bastis ou 
des Bats, 



Rouen, 1866, in-8°, avec plans. Une dernière planche manque aux documents 
graphiques, si intéressants, qu'à réunis l'auteur de cet opuscule. Ce serait un 
plan d'ensemble, restitué d'après les études et sous l'autorité de M. F. Bouquet, 
où l'œil pourrait saisir la place respective des différentes stations delà Pucelle 
principalement à l'intérieur du château; tels que la chapelle , la salle de 
parement, la prison, etc., etc. 



198 PREMIER JUGEMENT. 

G. deLivet, Regnauld Lejeune, 

P. Carré, G. le Cauchois, 

E. du Crotoy, Jean Mahommet , 

Bureau de Cormeilles, Jean le Tonnelier, et 

G. des Jardins, Laurent Leduc ; les 

J. Tiphaine, derniers prêtres, 
Eustache Cateleu, 

No.us, évêque, nous avons entretenu les susdits en ces 
termes (1) : 

Cette femme a été interrogée, etc. Plusieurs de ses dits 
et faits ont été jugés repréhensibles. Mais avant de pro- 
noncer la condamnation définitive, il nous a semblé juste 
et opportun de l'éclairer et de l'avertir charitablement. 
Tel est principalement notre devoir à nous gens d'église. 
C'est pourquoi nous avons tenté cette œuvre en députant 
auprès d'elle pour la réduire plusieurs hommes doctes et 
théologiens, tantôt l'un, tantôt l'autre. Mais l'astuce diabo- 
lique a prévalu auprès de cette femme, et rien n'a pu jus- 
qu'ici lui profiter. Nous vous avons donc réunis, et nous 
avons pensé que votre présence collective lui imposerait 
et l'amènerait à s'amender. 

Nous avons chargé M. J. de Chàtillon, archidiacre d'É- 
vreux, de vouloir bien, s'il lui plait, accepter cette charge. 
Jeanneva être introduite. M e Jean de Chàtillon l'exhortera, 
et si quelques-uns de vous veulent y ajouter de bonnes pa- 
roles pour le salut de l'âme et du corps de ladite femme, 
nous les invitons à n'y pas manquer. 

Jeanne introduite, nous l'avons avertie d'être attentive 
et nous avons prié l'archidiacre de commencer. C'est ce 
qu'il a fait en remontrant d'abord à la dite Jeanne que 

(1) Suit l'analyse abrégée à ce discours. Nous supprimons seulement le 
verbiage des redites de style, qui abondent dans les textes judiciaires du 
quinzième siècle. 



mai 2.] 47 e SÉANCE. 199 

tout chrétien est tenu de se soumettre à l'Eglise et à son 
autorité. 

Requise si elle veut se corriger et s'amender conformément à la 
délibération des clercs, respond : « luisez (lisez) vostre livre», 
c'est assavoir la cédule que tenoit ledit monseigneur l'arcediacre, 
« et puis je vous respondray. Je me actend à Dieu, mon créateur, 
de tout; je l'aime de tout moncueur. » 

Et interroguée s'elle veult plus respondre à celle monicion géné- 
rale, R. « Je m'en actend à mon juge : c'est le Roy du ciel et de la 
terre. » 

Après cette admonition générale, le dit archidiacre 
adressa divers avis spéciaux à la prévenue, conformément 
au mémorial ou programme ci-après : 

En premier lieu, il lui fut rappelé qu'autrefois elle avait 
dit que si on trouvait quelque erreur dans ses faits et dits, 
elle était prête à s'amender. Ce qui était une bonne et 
pieuse pensée Or l'examen des clercs a mis en lumière 
dans ses réponses bien des points défectueux. Ne passe 
soumettre à leur Correction, ce serait de la part de Jeanne 
se mettre en grand péril du corps etdeFàme. R. que au- 
tant elle a répondu autrefois sur ce sujet, autant elle en 
répond maintenant. 

Item luy fut déclairé [ce] que c'est que l'Eglise militante, etc. Et 
admonestée de croire et tenir l'article Unam sanctam ecclesiam, etc. 
et à l'Église militante se submeictre (soumettre), R. <c Je croy bien 
l'Eglise de cy bas; mais de mes fais et dis, ainsi que autrefois j'ay 
dit, je me actend [et] rapporte à Dieu. » 

Item dit : « Je croy bien que l'Eglise militant ne peust errer ou 
faillir; mais quant à mes dis et mes fais, je les meicts et raporte 
du tout à Dieu, qui me a fait faire ce que je ay fait. » 

Item dit qu'elle se subirçect à Dieu, son créateur, qui [le] luy a fait 
faire ; et s'en raporte à luy, à sa personne propre. 

Item interroguée s'elle veult dire qu'elle n'ait point de juge en 
terre, et se nostre saint père le Pape est point son juge, R. « Je ne 



1 



300 rREWEB JUGEMENT. [l431 

vous en diray autre chose. J'ai bon maistre, c'est assavoir Nostre 
Seigneur, à qui je me actend du tout, et non à autre. » 

Item luy fut dit que, s'elle ne vouloit croire l'Eglise et l'article 
Ecclesiam sanctam catkolicam, qu'elle seroit hérétique de le sous- 
tenir, et seroit pugnie d'estre arse par la sentence d'autres juges , 
/?. « Je ne vous en diray autre chose, et se je véoye le feu, si 
diroye je tout ce que je vous dy, et n'en feroye autre chose. » 

Interroguée si le conseil (concile) général, comme nostre saint 
Père, le3 cardinaulx, etc. estoient cy, s'elle s'i vouldroit rapporter 
et submeictre, respond : « Vous n'en tirerés autre chose. » 

Interroguée s'elle se veult submeictre à nostre saint père le Pape ; 
R. « Menés m'y, et je luy respondray. » Et autrement n'en a voulu 
respondre. 

Item, de l'abit, etc. R. de icelluy habit, qu'elle vouloit bien prendre 

longue robe et chaperon de femme, pour alerà l'église et recepvoir 

. ' son saulveur, ainsi que autrefois elle a respondu, pourveu que, 

tantoust après ce, elle le meist jus, et reprinst cestuy que elle porte. 

Item, du seurplus qui luy fut exposé de avoir prins abit d'omme, 
et sans nécessité, et en espécial qu'elle est en prison, etc. R. 
« Quant je auray fait ce pourquoy je suis envoyée de par Dieu, je 
prendray habit de femme. » 

Interroguée s'elle croist qu'elle face bien de prendre habit d'omme, 
R. « Je m'en actend à Nostre-Seigneur. » _ 

Item, à l'exhortation que on luy faisoit, c'est assavoir, que en ce 
qu'elle disoit que elle faisoit bien, et qu'elle ne peichoit point en 
portant ledit habit, avec les circonstances touchant le fait de prandre 
et porter le dit abit, et en ce qu'elle disoit que Dieu et les saincts [le] 
luy faisoient faire, elle les blasphémoit, comme plus à plain est 
contenu en ladicte cédule, (1) elle erroit et faisoit mal, R. Qu'elle 
ne blaphème point Dieu ne ses saints. 

Item amonnestée de se désister de porter l'abit , et de croire 
qu'elle face bien de le .porter, et de reprandre abit de femme, R. 
Qu'elle n'en fera autre chose • 

Interroguée se, toutes fois que sainctes Katherine et Marguerite 
viennent, s'elle se signe, R. Que aucunesfôis elle fait signe de la 
croix, à l'autre fois, non. 



(1) Programme latin de l'interrogatoire ; nous l'abrégeons. On en trouve la 
substance dans les réponses mêmes de Jeanne. 



mai 2.] 47 e SEANCE. 201 

Item des révélations : R. Que de ce , elle s'en raporte à son juge , 
c'est assavoir Dieu; et dit que ses révélacions sont de Dieu san9 
autre moyen. 

Interroguée si du signe baillé à son roy, elle se veult rapporter à 
Tarcevesque de Rains, au sire de Boussac Charles de Bourbon, La 
Tremoulle et La Hire, aus quieulz ou aucun d'eulz elle autresfois 
a dit avoir monstre ceste couronne, et qu'ilz e3toient présens, quant 
l'angle apporta ladite couronne... et la bailla audit arcevesque; 
ou s'elle se veult rapporter aux autres de son party, lesquieulz es- 
cripsent soubz leurs seaulz qu'il en est. R. « Baillez ung messa- 
gier, et je leur escripray de tout ce procès. » Et autrement ne s'i 
est voulu croire ne rapporter à eulx (1). 

liem sur la témérité de sa croyance au sujet des choses futures, etc. 
/?. « Je m'en rapporte à mon juge, c'est assavoir Dieu, et ad ce que 
autresfois j'ay respondu, qui est au livre. » 

Item interroguée se on luy envoyé deuls, ou trois, ou quatre des 
chevaliers de son party, qui viennent par sauf conduit cy, s'elle s'en 
veult raporter à eulx de ses apparicions et choses contenues en cest 
procès, R. Que on les face venir, et puis elle respondra. Et autre- 
ment ne s'i est voulu raporter ne submeictre de cest procès. 

Interroguée se à l'Eglise de Poictiers, où elle a esté examinée, elle 
se veult raporter et submeictre, R. « Me cuidez-vous prandre par 
ceste manière, et par celaatirer à vous? » (2) 

Item, en conclusion, d'abondant et de nouvel, fut admonnestée 
généralement de se submeictre à l'Eglise, et sut paine d'estre lais- 
sée par l'Eglise; et se l'Eglise la laissoit, elle seroit en grand péril 
du corps et de l'âme et se pourroit bien meictre en péril de encou- 
rir paines du feu éternel, quant à l'âme, et du feu temporel, quant 
au corps, et par la sentence de autres juges, R. « Vous ne ferés jà 
ce que vous dictes contre moy, que il ne vous en prengne mal et 
au'corpset à l'âme. » 
Interrogée qu'el fie] die (dise) une cause pourquoy elle ne se 



(1) Voyez ci-dessus , p. 185, note 1 . Parmi les cinq personnages désignés ici 
avec une apparence d'impartialité, l'archevêque et la Trimouile étaient devrais 
complices de Cauchon.Leur autorité les rendait prépondérants par rapport 
aux trois autres. Ici, comme ailleurs, l'hypocrisie des juges est percée à jour 
par la réponse de l'accusée. 

(2) Jeanne avait elle-même invoqué ce livre du procès- verbal de Poitiers. 
Il y a lieu de croire que dès lors ces écritures avaient été anéanties. 



202 PREMIER JUGEMEHT. [l43i 

rapporte à l'Eglise à quoy elle ne voult faire autre responce. 

Et finalement, nous nous sommes retirés, et ladite 
Jeanne a été reconduite dans sa prison. 

Le 9 mai; 48 e séance. Devant les Instruments de torture. 

Ledit jour, mercredi, furent présens avec nous, dans la 
grosse tour (Jl), où Jeanne avait été amenée. 

[Jean Dacier], abbé de Saint- Corneille de Compiègne, 

Jean de Chàtillon , 

Guillaume Erard, 

A. Marguerie , 

N. de Venderès , 

Guil. Heton , 

Aub. Morel , 

Nicolas Loiseleur, 

J. Massieu. 

Jeanne a été requise et admonestée de dire la vérité sur 
plusieurs points qui lui furent rappelés et remontrés; 
sur lesquels points elle avait nié ou déguisé la vérité. 
Il lui fut dit que si elle n'avouait pas la vérité , elle serait 
mise à la torture, dont les instruments , tout prêts et dis- 
posés dans cette même tour, lui furent montrés. 

Voyant ainsi l'endurcissement de la prévenue et. son 
mode de répondre, et craignant que l'application à la to r- 
ture fût peu efficace, nous y avons sursis pour le moment 
jusqu'à ce que nous en eussions délibéré. 

Après les réquisitions et monitions à elle faites par les juges et 
assesseurs,/?. Vraiment, se (si) vous me deviez faire détraire les 



(1) Cette grosse tour est celle qui subsiste seule, aujourd'hui, de l'ensem- 
ble des bâtiments qui composaient au quinzième siècle le château de Rouen. 
Ce précieux débris, par délibération de la ville de Rouen, a été ou va être ra- 
cheté des propriétaires antérieurs, an moyen d'une souscription publique et 
nationale. 



mai 12.I 49 e SÉANCE. 203 

membres et faire partir i'àme hors du corps, si, (i) ne vousdiroy-je 
autre chose; et se aucune chose vous en disoy-je, après si diroye- 
je toujours que vous le me auriés fait dire par force. 

Item dit que, à la Sainte-Croix, (2) ouït (eut) le confort de saint 
Gabriel ; « Et croiez que ce fust sainct Gabriel » ; et l'a sceu par 
ses iroix que c'estoit saint Gabriel. 

Item dit qu'elle [ a] demandé conseil à ses voix s'elle se submec- 
troit à l'Eglise, pour ce que les gens d'église la pressoient fort de se 
submectre à l'Eglise, et ilz luy ont dit que, s'elle veult que Nos tre- 
Seigneur luy aide, qu'elle s'actende à luy de tous ses fais. 

Item dit qu'elle sçait bien que Nostre Seigneur a esté tousjours 
maistre de ses fais, et que l'ennemy (le Diable) n'avoit oncques 
eu puissance sur ses fais. Item, dit qu'elle a demandé à ses voix 
qu'elle sera arse, (brûlée) et que lesdictes voix luy ont respondu 
que elle se actende à nostre Sire, et il luy aidera. 

Item, du signe de la couronne qu'elle dit avoir baillé àl'arceves- 
que de Rains, interroguée s'elle s'en veult rapporter à luy , respond : 
« Faictes le y (ici) venir, et que je l'oye (entende) parler, et puis je 
vous responray ; ne il ne oseroit dire le contraire de ce que je vous 
en ay dit. » 

12 Mai. 49 e séance. — Conclu que Jeanne ne serait 
pas mise a la torture* ; 

Lesamedi suivant, dans notre maison d'habitation à 
Rouen, furent présents par devant nous, juges, les asses- 
seurs ci-dessous dénommés. 

Après avoir rappelé ce qui s'est passé mercredi dernier, 
nous avons mis en délibération si Jeanne serait appliquée 
à la torture. Il en a été délibéré comme suit : 

M e Raoul Roussel, trésorier de l'église de Rouen, a dit 
que non (il ne fallait pas l'y appliquer), de (3) peur qu'un 
procès si bien fait pût être calomnié. 

(1) Eh bien, je ne vous dirais pas autre chose. 
(2} Le 3 mai. 

(3) La torture était un mode d'opération judiciaire emprunté à la môme 
t source que les ordalies, à la source barbare. Le droit canoniqne ou droit 



204 PREMIER JUGEMENT. [li3i 

M a N. de Venderès, et A. Marguerie, chanoines de 
Rouen : non pour le moment. 

M e G. Erard, non ; il y a assez ample matière contre elle 
pour qu'on n'ait pas besoin de la torture. 

R. Barbier, Den. Gatinel : non. 

Aubçrt Morel, Th. de Courcelles : oui (1). 

N. Couppequesne, I. Le doux, Is. de la Pierre : non; mais 
qu'elle soit exhortée de se soumettre à l'Église. 

N. Loiselëur : II me semble que pour le remède de son 
àme , il serait bon de mettre ladite Jeanne à la torture. 
Toutefois s'en rapporte à l'avis des préopinans. 

M e G. Hecton, qui survint : non. 

M* J. Lemaltre (un des juges) dit qu'il faut demander 
de nouveau à la prévenue si elle veut se soumettre à 
l'Église militante. 

Attendu ces votes , nous avons conclu qu'il n'était pas 
nécessaire ni expédient de l'appliquer à la torture, et qu'il 
serait passé outre. 

Mai 19. 50 e séance. — I^ecture de la consultation en- 
voyée par l'Université de Paris. Délibération 
conforme des Juges de la Pucelle et assesseurs* 

tedit jour samedi , dans la chapelle du palais archié- 
piscopal de Rouen, par devant nous, constitués en tribunal, 
furent présents : 

de l'Église était infiniment plus doux , plus humain, plus élevé moralement 
que le droit barbare et même que le droit romain. L'Église s'abaissait, se 
déshonorait, par ces emprunts à la justice séculière. Et elle en avait cons- 
cience. La torture commençait aussi à se discréditer. De récents exemples 
(tels que celui de Jean Hus et d'autres) avaient donné à ses victimes le 
prestige et le rayonnement du martyre. Ainsi s'explique le sentiment qui fit 
ici reculer les juges devant la torture 

(1) Thomas de Courcelles, auteur de ce oui, est celui qui rédigea le pro- 
cès de condannation. Ce seul fait peut servir à juger de l'équité ou de l'im- 
partialité de cette rédaction. 



mai 19.] SO» SÉANCE. 

Gilles, abbé de Fécamp, J. Pigache, 

Guillaume, id. de Morte- 
mer, 

Nicolas, id. de Jumièges, 

Guillaume, id. de Cor- 
meilles , 

[Jean Moret],id. dePréaux, 

[G. le Bourc], prieur de 
Saint-LÔ, 

[P. Migey], id. de Longue- 
ville, 



205 



J. de Nibat, 
J. Guesdon, 
J. Foucher, 
M. du Quesnoy, 
E. Emengard, 
J. Beaupère, 
P. Maurice, 
N. Midi, 
G. Heton, 
N. Couppequesne, 
Th. de Çourcelles, 
" R. de Grouchet, 
P. Minier, 
R Sauvage, 
J. Ducbemin, 
Laur. du But, 



R. Roussel, 
J. Guérin, 
P. de Vaux, 
R. Barbier, 
D. Gatinel, 

A. Marguerie, 
N. de Venderès, 
J. Lefèvre, 
G. Boucher, 
P. Houdenc, 

J. de Châtillon, v 
J. Pinchon, 
J. Alépée, 
G. Deschamps, 
N. Caval, 
J. Brullot, 
N. Loiseleur, 
J. Ledoux, 
G. de Livet, 
P. Carrel, 
G. du Crotoy, 
R. de Saulx, 

B. de Cormeilles, 
Aub. Morel, 

R. Auguy, 
G. Postel. 



J. Colombel, 

Nous ayons exposé que sur notre demande, notre mère, 
l'université de Paris , avait délibéré sur la cause qui nous 
est soumise (1). Nous avonsensuite fait lire à haute et intel- 
ligible voix les documents ci-après transcrits. 

(i) Les fondés de pouvoir de la famille Darc ou du Lis, en 1456, produis!- 



206 PREMIER JUGEMENT. * [lttl Hj 



Lettre de t 'université au roi notre sire. 

A très excellent, très hault et très puissant prince le roy de 
France et d'Angleterre, nostre très redoubté et souverain seigneur 
et père. 

Vostre roialle excellence sur toutes choses doit estre songneuse- 
ment appliquée à conserver l'onneur, révérence et gloire de la di- 
vine majesté et de sa saincte foy catholique, entièrement, en faisant 
extirper erreurs, faulses doctrines, et toutes autres offenses con- 
traires. En ce continuant, vostre hautesce en tous ses affaires trou- 
vera par effect, aide, secours et prospérité, par grâce haultaine, avec 
grant acroissement de vostre hault renom. Aiant à ce considéra- 
cion, vostre trèsnoble magnificence, la mercy souveraine, a moult 
bon euvre commencié touchant nostre sainte foy : c'est assavoir, le 
procès judiciaire contre celle femme que on nomme LaPucelle, et 
ses escandes, faultes et offenses aussi, comme manifestes en tout 
ce royaume, dont nous avons escript par pluseurs fois la forme et 
manière. 

Duquel procès nous avons sceu et aussi le contenu et démené 



sirent devant les juges de la réhabilitation une pièce écrite et attestée par G. 
Manchon, principal notaire du procès de Rouen. Cette pièce contenait une ver- 
sion corrigée du texte des 12 articles, ou résumé de l'accusatiqn (inséré ci- 
dessus, p. 172 et suiv.)|Ces corrections étaient le résultat des réponses ou ré- 
clamations de Jeanne. Elles ne furent point opérées sur la teneur ou version 
des mêmes articles livrée aux consulteurs. La version corrigée se terminait 
» par ces deux articles -. « Item le 4 avril 1431, les juges susdits ont voulu et 
ordonné' que les corrections ci-dessus soient transmises à MM. les docteurs 
et maîtres pour en délibérer, comme il est antérieurement annoncé. — Au dos 
et à la tin de la pièce il y avait : « Nota, qu'il convient, pour le bien de la cause, 
d'envoyer cette pièce à Paris, savoir à M. l'inquisiteur, à ceux (aux docfeurs) 
qui sont par devers Mgr de Bourgogne et aux autres maîtres, docteurs solen- 
nels, auprès desquels il pourra facilement y avoir accès. » (Quicberat, t. III, 
p. 240). 

L'inquisiteur était Jean Graverand, et tout porte à croire que ses vues n'é- 
taient pas conformes à celles deCauchon. (Voy. Histoire de Charles VII, t. II, 
p. 188.) H n'en faut pas davantage pour expliquer la suppression de cette 
pièce ou la non-exécution de ce qu'elle prescrivait. Un fait certain, c'est que 
l'inquisiteur de Paris ou grand inquisiteur ne paraît en rien , comme on le 
verra, dans la suite de ce procès de condamnation. 



mai i».] 50 e séance. 207 

cL'icellui, par les lettres à nous baillées, et la relation faite de 
par vostre excellence en nostre assemblée solennelle, par noz sup- 
postz, très honorez et très révérens maistres : Jehan Beaupère, 
Jaque de Touraine et Nicole Midi, maistres en théologie ; et lesquels 
aussi nous ont donné et relaté response sur les autres poins dont 
ilz estoient chargiez. 

. Et en vérité, oye iceile relacion et bien considérée, il nous a 
semblé ou fait d'icelle femme avoir esté tenue grande gravité , 
sainte et juste manière de procéder, et dont chacun doit estre bien 
content. Et de toutes ces choses nous rendons grâces très hum- 
blement à iceile majesté souveraine premièrement, et en après à 
vostre très haulte noblesse, de humbleset loiales affections; et fina- 
blement à tous ceulxqui, pour la révérence divine , ont mis leur 
peine, labeur et diligence en ceste matière , au bien d'icelle nostre 
saincte foy. 

Mais au surplus, nostre très redoubté et souverain seigneur, selon 
-ce que par vos dictes lettres et iceulx maistres révérens, vous a pieu 
nous mander, enjoindre" et requérir, nous, après plusieurs convo- 
cations, grandes et meures délibéracions entre nous eues et tenues 
sur ce par plusieurs fois, renvoions pardevers vostre excellence nos 
advis, conclusions et délibérations sur les poins, assercions et 
articles qui baillez et exposez nous ont esté; et sommes toujours 
prestz nous emploier entièrement en telles matères touchons direc- 
tement nostre dicte foy, comme aussi nostre profession le veult 
expressément, et de tous temps l'avons monstre de tous noz pou- 
voirs, et se aucune chose restoit sur ce à dire ou exposer de par nous, 
yceulx honnourez et révérens maistres qui de présent retournent 
par devers vostre noble haultesse, et lesquelz ont été présens à noz 
dictes délibéracions, porront plus amplement déclarer, exposer et 
dire, selon iceile nostre intention, tout ce qu'il appartendra, au- 
quelx il plaira vostre magnificence adjouster foy, en ce que dit est 
pour ceste fois de par nous, et iceulx avoir singulièrement recom- 
mandez; car véritablement ilz ont fait es choses dessusdites très-* 
grande diligence, parsainctes et entières affections, sans espargner 
leurs painnes, personnes et facultez, et sans avoir regart aux grans 
et éminens périlz qui sont es chemins notoirement; et aussi, par le 
moyen de leurs grans sapiences ordenées et discrètes prudences, 
ceste matière a esté et sera, se Dieu plaist, conduitte jusques enfin 
sagemerit, sainctement et raisonnablement. 
Toutes voies finablement nous supplions humblement à vostre 



308 PREMIER JUGEMENT. [l431 

excellente haultesse que très diligemment ce3te matière soit par 
justice menée à fin briefvement; car, en vérité, la longueur et d*4t 
lacion est très périlleuse (1), et si est très nécessaire sur ce, notable et 
grande réparacion, à ce que le peuple qui, par icelle femme a esté 
moult «candalizé , soit réduit à bonne et sainte doctrine et crédu- 
lité ; tout à l'exaltation et intégrité de nostre dicte foy, et à la 
loange d'icelle éternelle divinité, qui vostre excellence vueille 
maintenir par sa grâce ou prospérité jusques en gloire pardurable ! 
Escript à Paris en nostre congrégacion solennellement célébrée à 
Saint-Bernard, le Xlill - jour du mois de may, Tan mil CCCC et 
XXXI. Vostre très humble fille, l'Université de Paris. — Hébert (2). 

Délibération de F Université de Paris. 
m 

Au nom du Seigneur, amen. Soit connu à tous, par le présent 
acte public, que Tan du même seigneur 1431, indiction [X, le 19 e 
jour d'avril, le saint-siége apostolique, assure-t-on, étant vacant, la 
mère (3) Université des étudiants de Paris étant convoquée et rassem- 
blée solennellement à Saint-Bernard (4), deux sujets ont été mis à 
Tordre du jour. Le 1 er et le principal était d'entendre la lecture des 
lettres et propositions adressées à l'université de la part du prince 
très- chrétien, le roi notre sire, de son conseil et de messieurs les 
juges touchant le procès d'une femme nommée Jeanne, vulgaire- 
ment dite la Pucelle, en matière de foi, et d'en délibérer; et le se- 
cond article, ordinaire, touchant les requêtes et ingravances(5). 

Ces sujets ont été exposés par vénérable et circonspecte personne 
maître Pierre de Gouda (6), maître es arts, recteur de l'univer- 
sité, président. Les lettres ouvertes et lues et la créance exposée 



(1) La lenteur relative du procès de Rouen est en effet remarquable, si on 
en compare la durée à d'autres procès analogues et contemporains. Pierre 

'Cauchon était un homme d'État très-habile et très capable. On le reconnaît 
aux apparences d'équité qu'il sut donner à son beau procès. 

(2) Suit une lettre d'envoi, latine , dans le même style et sous la même 
date , adressée aux juges. Yoy. Quicherat, 1. 1, p. 408 et suiv. 

(3) Ou littéralement nourrice ; le texe dit : almd Universitate. 

(4) Près la rue des Noyers. 

(5) Sujet des délibérations périodiques. 

(6) Hollandais; sujet du duc de Bourgogne. Ce devait être un jeune suppôt, 
n'étant que maître es arts. 



r~ 



mai 19.] • 50 e SEANCE» 209 

par l'un des ambassadeurs attachés à cette négociation, il a été 
donné lecture des articles ci-après insérés. 

Item Monseigneur le recteur a exposé et déclaré que la matière 
était grande, ardue, puisqu'elle concerne la foi orthodoxe, la religion 
chrétienne et les saints canons. 11 a dit que la détermination et 
qualification en appartenaient particulièrement aux vénérables 
facultés de théologie et de droit. 11 a ajouté que l'université devait 
commettre l'examen de cette question auxdites facultés pour en 
délibérer séparément; puis que l'Université, sur le rapport de ces 
commis, porterait à son tour la conclusion. Monseigneur le recteur a 
donc ouvert la délibération. L'assemblée s'est alors divisée par na- 
tions et facultés; chaque corps s'est respectivement et séparément 
retiré dans le lieu actuellement et habituellement consacré à la dé- 
libération des affaires les plus ardùtes. Le résultat de ces délibéra- 
tions séparées a été ensuite rapporté et proclamé en commun. Mon- 
seigneur le recteur alors, au nom de l'université, a chargé les deux 
facultés de faire le rapport pour conclure. 

Le 14 mai, an, indiction, etc., comme ci-dessus, l'université as- 
semblée à saint-Bernard, etc. (comme ci-dessus), monseigneur le 
recteur a mis en délibération la suite de l'affaire. 

11 a requis les facultés, présentes, de faire le rapport. Sur ces ré- 
quisitions, la vénérable faculté de théologie, par l'organe de maître 
Jean de Troyes, vice-gérant pour lors du doyen delà faculté, répon- 
dit que l'affaire avait été mûrement examinée par la faculté en 
diverses séances, et qu'elle avait déterminé doctrinaleraent sur la 
matière, dans la forme contenue en un cahier de papier, qu'il te- 
nait à la main, et dont lecture a été donnée à haute et intelligible 
voix, en ces termes. 

Articles touchant les dits et faits de Jeanrte dite la Pucelle, soumis 
par ladite faculté au jugement de notre saint père le pape et 
au saint concile général (i). 

1. Quant au 1 er article, dit la même faculté par manière doctri- 
nale, attendu la fin, le mode, la matière desdites révélations, la 
qualité de la personne , le lieu et autres circonstances , que ces 
révélations sont des mensonges feints, séducteurs et pernicieux, 
ou que les apparitions et révélations susdites sont superstitieuses et 

(I) Cette réserve (soumis, etc. ), réserve à laquelle il ne fut donné au- 
cune suite, est un fait à noter. — Pour suivre le texte de ces articles en 
regard des conclusions de l'université, voyez ci-dessus p 172etsuiv. 
JfiJUiNB darc. 14 



210 PREMIER JUGEMENT. ftiOl 

procèdent dos esprits malins et diaboliques : Belial, Satan et Be- 
hemmoth. 

II. Ce que contient le 2 e ne lui parait pas vrai, mais mensonger, 
présomptueux, séductif, pernicieux, feint et dérogatif pour la dignité 
des anges. 

III. Les signes ne sont pas suffisants. Ladite femme croit légère- 
ment et affirme témérairement. Déplus, dans la comparaison qu'elle 
fait, elle mécroit et erre en la foi , 

I IV. Superstition, assertion divinatoire et présomptueuse, accom- 
pagnée d'une vaine jactance. 

V. Blasphème envers Dieu ; mépris de Dieu dans ses sacrements ; 
prévarication de la loi divine, de la doctrine sacrée, des sanctions 
ecclésiastiques ; écrémance, erreur en la foi , vaine jactance. La 
prévenue est en outre suspecte d'idolâtrie et tf exécration d'elle et 
de ses vêtements, pour parler la langue des anciens gentils. 

VI. La prévenue est traîtresse , dolosivé j cruelle y ayant soif de 
l'effusion de sang humain, séditieuse , provoquant à la tyrannie, 
blasphématrice de Dieu en ses mandements et révélations. 

Vil. Elle est impie envers ses parents, méconnaît le précepte d'ho- 
norer ses père et mère ; scandaleuse, blasphémeresse envers Dieu, 
erre en la foi, s'engage en promesse téméraire et présomptueuse. 

VIII. Pusillanimité tournant au désespoir et suicide, assertion 
présomptueuse 'et téméraire; quant à la rémission de sa fauté, faux 
sentiment du libre arbitre. 

IX. Assertion présomptueuse et téméraire, mensonge pernicieux, 
contradictoire au précédent article ; mal senti en la foi. 

X. Assertion présomptueuse et téméraire, divination supersti- 
tieuse, blasphème envers saintes Catherine et Marguerite. Trans- 
gresse le commandement d'aimer son prochain. 

Xt. Idolâtre, invocatrice de démons; erre en la foi; affirmation 
téméraire; serment illicite. 

XII. Schismatique, mal pensante de l'unité et autorité de l'Église, 
apostate et opiniàtrée jusqu'ici dans Terreur. 

Jvis delà faculté de décrets (1), sous les mêmes soumissions, 

(1) M. Forgeais a retrouvé, il y a peu de temps, dans la Seine, un rcéreau 
en plomb, de la faculté de droit de Paris,, qui parait remonter précisément 
à cette époque. Peut-être avons nous là sous les yeux un des jetons de 
présence, distribués aux consulteurs dont nous transcrivons ici le verdict ? 
Voy. Collection de plombs historiés, etc., 1866, gr. in 8°, 5 e sérié au frontis- 
pice, et page 234. Voy. aussi Revue archéologique, août 1866, p. 85. 



mai t9. J 5Q e SÉANCS. . 2ii 

délibéré doctrinalenient, en manière de conseil charitable : 

I. Elle est schismatique, le schisme étant la séparation illicite, 
par inobédience, de l'unité de l'Église, etc. 

II. Erre en la foi contre Urbain sanctam. Et, dit saint Jérôme, qui- 
coo^ue y contredit n'est pas seulement malavisé, malveillant et 
non catholique, mais hérétique. 

III* Apostate ; car sa chevelure, que Dieu lui a donnée pour 
voile (J), elle Ta fait couper mal à propos, et de même, laissant habit 
de femme, elle s'est vêtue en homme. 

IV . Menteuse et devineresse, se disant envoyée de Dieu, se vantant 
de parler avec les anges et les saints. Elle ne justifie ni par miracle 
ni par témoignage de sainte Ecriture. Ainsi lorsque Dieu envoya 
Moïse, il. lui donna signe pour l'accréditer en changeant sa verge 
en serpent. Jean-Baptiste, pour appuyer sa mission de réforme , 
alléguait : « Je suis la voix de celui qui crie, etc. », comme dit Isaïe 
le prophète (2). 

V. Par présomption de droit, et en droit, cette femme erre en la 
foi : 1° étant anathème par les canons de l'autorité et demeurant lon- 
guement en cet état; 2° parce qu'elle dit aimer mieux ne pas rece- 
voir corpus ckristi , etc. (3), plutôt que de reprendre habit de 
femme. Elle est aussi véhémentement suspecte d'hérésie, et doit 
être diligemment examinée sur les articles de foi. * 

YI. Elle erre en ce qu'elle dit être sûre d'aller en paradis, etc.; car 
dans le pèlerinage d'ici-bas le voyageur ignore s'il mérite louange 
ou disgrâce ; le juge suprême, seul, en connaît. Si donc ladite femme, 
charitablement admonestée, n'abjure pas publiquement au gré du 
juge et ne donne pas satisfaction convenable, elle doit être aban* 
donnée au bras séculier, pour recevoir la juste punition de son 
crime(4). 

(1) Au point de vue de la réalité purement historique, ce lieu commun poé- 
tique manquait de vérité , dans l'application. Les femmes du quinzième siècle, 
qui laissaient croître leur chevelure, ne s'en servaient pas pour se voiler. — 
La mode usitée par elles, bien loin de là, consistait à relever leurs cheveux de 
la manière dite aujourd'hui à la chinoise — Jeanne se montrait plus chaste 
(et c'est le fond de la question) en les coupant comme elle fit, que si elle 
avait imité les autres femmes et conservé le costume de son sexe. 

(S) Voyez ci-dessus page 181, note 1. 

(3) C'est à-dire la communion. 

(4) Les six. articles qui précèdent, ne correspondent, comme on le voit, ni eu 
ordre, ni en nombre, avec les douze articles de l'accusation. 

14. 



212 PREMIER JUGEMENT, [i431 

Ces articles lus, M* r . le recteur a demandé si ces déterminations 
et qualifications avaient été délibérées et conclues par lesdites fa- 
cultés. Là-dessus, maître Jean de Troyes pour la faculté de théolo- 
gie, maître Guérôuld Boisseau, doyen pour la faculté de décrets, 
l'ont affirmé. M* r . le recteur a mis alors en délibération ces*ar- 
ticles. Les facultés se sont retirées comme ci-dessus pour eu déli- 
bérer séparément. Revenues en séance générale, M« r . le recteur a 
consulté rassemblée, et sur son avis conforme l'université a déclaré 
qu'elle adoptait et approuvait les conclusions portées auxdits articles. 
En foi de quoi vénérables et circonspectes personnes maîtres Jean 
Beaupère, Jacques Tessieret Nicolas Midi ont demandé acte ou actes 
aux notaires souscrits. 

Fait à Paris, les an et jours susdits, étant présents savoir : le 29 avril, 
Pierre de Dierrey, docteur en théologie, Guérôuld Boisseau, docteur 
en décrets, Henri Tybout, maître es arts et en médecine; Jean 
Barrey, Gerolfe de Holle, Richard Abessore, maîtres es arts; Jean 
Vacheret, grand bedeau de la vénérable faculté de théologie, et 
Boëraond de Loutrée (1) grand bedeau de la nation de France. 
Présents le 14 mai: Jean Soquet, Jean Gravestain, docteurs en théo- 
logie; ledit Guérôuld Boisseau, Simon de la Mare, maître es arts 
et en médecine ; André P.elé, Guill. Oscohart, Jacques Nourrisseur, 
Jean Trophard 6t Martin Bereth, maîtres es arts; avec une multitude 
nombreuse d'autres maîtres et docteurs de chaque faculté ; en pré- 
sence aussi des deux grands bedeaux, témoins priés et requis. 
. Ainsi signé : 

« Et je Jean Bourrillet, dit François, prêtre, maître es arts, licencié 
en décret, bachelier en théologie, ai été présent, etc., avec vénérable 
homme maître Michel Hébert, clerc du diocèse de Rouen , maître 
es arts, greffier de l'université, tous deux notaires publics, aposto- 
liques et impériaux, etc. / [ohannes] BOURRILLIET1 Hébert. » 



(l) De Lutreâ. Une bonne partie de ces noms désigne des Hollandais, 
des Flamands, des Allemands et des Anglais.- On peut dire en un certain sens 
que l'université de Paris n'avait plus dans son sein en 1430 d'autres Français 
que des Bourguignons ; c'est-à-dire des partisans et des sujets de Philippe le 
Bon. Tous ceux qu'on appelait alors, et avec raison, un bon Français, en 
étaient partis dès 141$. 



mai 19.] 30 e séance. % 213 

DéiUrératlons de» docteurs et maître» étant & 

Bouen» 

M e R. Roussel a ensuite opiné en disant que la cause 
avait été notablement et solennellement débattue; qu'il 
restait à la conclure et définir en présence des parties, et 
que si Jeanne ne retourne au chemin du salut et de la 
vérité, elle doit être considérée comme hérétique. 11 adhèrç 
à la délibération de l'université. 

N. de Venderès, comme Roussel. Il ajoute que le même 
jour la cause peut être conclue, la sentence donnée, et Fac- 
cusée être livrée au bras séculier. 

Gilles, abbé de Fécamp : à jour certain, on devra deman - 
der au promoteur s'il veut dire autre chose; alors ladite 
Jeanne pourra être admonestée ; cela fait, si elle ne se ré- 
tracte pas, la déclarer hérétique , prononcer la sentence 
et la laisser à la justice séculière. 

J. de Chàtillon. Ceux qui n'ont pas délibéré pleinement 
(sans réserve) sont tenus de délibérer conformément à 
l'université. Il adhère à cette délibération, et sur le reste 
il adhère aussi à l'opinion de H. de Fécamp. 
Guillaume, abbé de Corbeil: comme l'université. 
A. Marguerie: — Attendu que Jeanne a été avertie, 
— comme l'université et N. de Venderès. 

Er. Emengart : que Jeanne soit avertie de nouveau. Si 
elle ne se rétracte pas , il vote comme la faculté de théo- 
logie. 

G. Boucher : s'en tient à son vote du 9 avril. Il ajoute que 
Jeanne doit être avertie de nouveau et qu'on lui signifie 
la délibération de l'université. Cela fait, si elle n'obéit 
pas, qu'on procède outre. Il adhère à la dite délibération. 
Pierre, prieur de Longueville-Giffard ; J. Pinchon : tous 
deux comme le préopinant. 



214 PREMIER JUGEMENT. [i4Sl 

P. de Vaux : comme l'université. J. Beaupère a délibéré 
commeTuniversité; quant au mode de procéder ultérieure- 
ment, s'en rapporte à nous juges. 

D. Gatinel : (1) comme G. Boucher. 

N. Midi : comme N. de Venderès ; s'en réfère, du reste, 
à la délibération du 9 avril. 

M. Duquesnoy et P. Houdenc : comme.Emengart. ; 

J. Lefèvre s'en réfère à sa délibération du 9 avril et à 
la délibération de la faculté. Il ajoute que Jeanne doit 
encore être avertie charitablement à jour certain. 

Frères Martin Lad venu et Thomas Amouret : comme J. 
Lefèvre. 

Les treize avocats de la cour archiépiscopale de Rouen 
ci-après nommés : . 

Guill. deLivet, J. Ledoux, 

P. Carré, A. Morel, 

G. Postel , J. Ducbemin, 

G. du Crotoy, L. Du But, 

R. de Saux, J.Colombel, 

Bureau de Cormeilles, R. Auguy et J. Tavernier : 



(1) La plupart de ces docteurs étaient, on peut le dire, à la solde du roi 
anglais, qui payait d'une monnaie ou d'autre les èpices de ces juges, et qui, 
par conséquent, ne .leur laissait pas une libre impartialité. Dès les premiers 
jours de la conquête , Henri V avait eu soin de distribuer les bénéfices va- 
cants de la Normandie entre les divers sujets, sortis ou non encore sortis des 
universités, qui pouvaient devenir des créatures politiques, placées en divers 
postes de judicature et d'Église. Ainsi par lettres de janvier 1421 (n. s.) De- 
nis Gatinel est nommé à une prébende comme chanoine en l'église de 
Notre Dame là Ronde de Rouen; Jean Basset, à Mantes ; Nicolas Cavat, à 
Mortaing; Jean Guarbï, « maître es arts, docteur en décret et régent en 
cette Faculté à l'université de Paris, » à Notre-Dame de Poissy; etc., etc. 
(Rymer, Acta> etc., éd. de La Haye, tome IV, partie 111, p. 196.) Voyez ci-dessus, 
p. 129, note 1, et (aux noms soulignés dans la présente noté) p. 180, 181., 
185, 186. 



mai 19.] 50 e séance. 213 

Que Jeanne soit avertie ; si elle refuse qu'il soit procédé 
conformément à la délibération de la faculté , à laquelle 
ils adhèrent. 

G. abbé de Mortemer : comme les treize précédents. 
. J. Guesdon, J. Fouchier, J. Maugier, N. Coppequesne, 
comme M. de Mortemer. 

R. Sauvage s'en réfère à sa précédente délibération. 11 
ajoute que Jeanne doit être avertie à part et aussi pu- 
bliquement. Si elle résiste, s'en rapporte à nous pour 
procéder. 

P. Minier : comme le préopinant. 

J. Pigache : comme l'université. 

R. du Grouchet : qu'elle soit avertie; si elle refuse , 
qu'elle soit tenue pour hérétique. 

Frère Is. de la Pierre : s'en réfère à sa délibération du 
9 avril; si elle résiste, s'en rapporte à nous. 

P. Maurice : s'en réfère à la délibération du 9 ; que 
Jeanne soit avertie etinformée de la peinequ'elle encourt; 
si elle refuse, procéder outre. 

Th. de Gourçelles, N. Loiseleur : comme le préopi- 
nant. 

J. Alépée : Quelle soit avertie ; si elle persiste, conclure 
et sentencier. 

Frère Bertrand Duchesne, docteur en décret , doyen de 
Lihons en Sanlerre, de l'ordre de Cluny : comme la faculté. 

M e G. Erard : comme le chapitre de Rouen et l'univer- 
sité. 

Ensuite nous avons remercié les assesseurs ; puis nous 
avons déclaré que, conformément à leurs bons avis, nous 
avertirions de nouveau, charitablement, ladite Jeanne, de 
revenir à la voie de vérité ainsi que du salut, pour son 
&me et pour son corps, et qu'enfin nous procéderions 
pour le reste, en concluant dans la cause et en assignant 
jour pour faire droit. 



216 PREMIER JUGEMENT. [H*i 

Mai 23. 51 e séance. — M e P. Maurice remontre A «Jeanne 
•e» manquements on défaut». Conclusion de la 
cause. 

Le mercredi suivant, par devant nous, juges, dans une 
chambre du château, près du lieu de la prison, Jeanne a 
été amenée, présents : 

Les évoques de Térouanne (1) et de Noyon (2), 

J. de Chatillon , P. Maurice , 

J. Beaupère, A. Marguerie, 

N. Midi , G. Erard, N. de Venderès. 

Nous lui avons fait exposer par M e P. Maurice, confor- 
mément aux délibérations de l'université, les défauts, 
crimes et erreurs dans lesquels elle était tombée, en l'a- 
vertissant de se désister , corriger et amender, en se sou- 
mettant à Féglise; le tout en français et suivant la cédule 
dont la teneur suit : 

I. Toi, Jeanne, tu as dit que, dès l'âge de treize ans ou 
environ, tu as eu des révélations et des apparitions des 
anges, de saintes Catherine et Marguerite; que tu les as 
vues fréquemment de tes yeux corporels; qu'ils t'ont sou- 

(1) Louis de Luxembourg, plus tard archevêque de Rouen, évoque d'Ély, 
cardinal, mort en 1443, toujours attaché à la cause anglaise. Son testament, 
daté de Rouen 15 septembre 1438, nous a été conservé. On y lit ce qui suit : 
« Je laisse à Féglise de Rouen mon bréviaire en deux volumes, que j'achetay 
de feu Maître Pierre Morisse » ( le même docteur qui figure encore dans 
cette séance du 23 mai ). « Item je ordonne mes exécuteurs : M . l'évêque 
de Meaux » (Pasquier de Vaux), « M. l'abbé de Fescamp » (Gilles de 
Duremont) « etMaistre Guillaume Érard, » tous collègues de Louis de 
Luxembourg dan* le procès. Voyez Duchesne , Histoire des chancelles de 
France, 1680, in-folio , page 447, et Gallia christiana , tome XI, Instru- 
menta , colonne 56, et ci-après page 226, note 1. 

(2) Jean de Maiily, evêque et comte de Noyon, pair de France. 



mai 23.] 51 e SÉANCE. 217 

vent parlé et dit beaucoup de choses déclarées dans ton 
procès. 

Sur ce point, les clercs de l'université de Paris et d'au- 
tres ont considéré les modes de ces révélations, la fin de 
ces apparitions, la qualité de ta personne; tout appré- 
cié, ils ont dit que tout cela était feint, mensonger, sé- 
ductif, pernicieux, superstitieux, procédant d'esprits ma- 
lins et diaboliques. 

IL Item tu as dit que ton roi a eu signe par lequel il a 
reconnu ta mission comme venant de Dieu ; à savoir que 
saint Michel , accompagné d'une multitude d'anges , les 
uns ailés, lès autres couronnés, avec les quels étaient 
sainte Catherine et sainte Marguerite, vint vers toi dans la 
. ville et château de Ghinon ; que tpus montèrent avec toi 
l'escalier, pénétrèrent dans la chambre du roi, devant le- 
quel s'inclina un ange qui tenait une couronne. Une fois, 
tu as dit que quand le roi fut averti par ce signe , il 
était seul ; une autre fois, tuas dit que cette couronne, que 
tu appelles signe, a été remise à l'archevêque de Reims, 
qui la transmit à ton roi susdit, en présence d'une mul- 
titude de princes et de seigneurs que tu as nommés (1). 

(I) Le point touché dans cet article est un de ceux sur lesquels la critique 
peut s'exercer avec une sorte d'anxiété , sans pouvoir aboutir à des conclu- 
sions tout à fait évidentes et positives. Il est constant pour nous que le texte 
du procès, écrit en style de ministère public partial, ne dit pas la vérité. Mais 
sous ce mensonge il y a probablement quelque chose. La couronne remise 
à l'archevêque de Reims , pour le sacre de Reims ?. . . . 

Ces mots , cette assertion , ne peuvent pas être pris au propre. Il suffit 
pour s'en convaincre de se rappeler qui était cet archevêque. Mais nous re- 
trouvons ici l'un des éléments d'une légende à la fois politique et religieuse , 
ayant force de dogme au quinzième siècle et dont la trace , dont le témoi- 
gnage artistique , se montrent dans les monuments figurés de l'époque : l'ange 
apportant à Saint Rémi, archevêque de Reims , la couronne et les fleurs de 
lis, ainsi que la sainte ampoule; tous objets consacrés à l'inauguration re- 
ligieuse , au couronnement des rois de France. 

Jeanne, dans son inspiration , a très-bien pu, sous la forme d'une alléga- 



218 PREMIER JUGEMENT, [tm 

Et quant à ce, les dits clercs ont déclaré que cela n'était 
pas vraisemblable, mais un mensonge présomptueux, 
séductii, pernicieux; affaire fictive, et dérogative pour la 
dignité angélique (1). 

.111. Item, tu as dit que ; tu reconnais les anges et les sain- 
tes au bon conseil , réconfortation et doctrine qu'ils t'ont 
donnés; aussi, parce qu'ils se sont nommés à toi ; que les 
saintes t'ont saluée. Tu crois encore que c^est bien saint 
Michel, qui t'est apparu ; tu crois, que tes faits et dits sont 
bons comme tu crois en la foi de Jésus-Christ. 

Quant à ce, les clercs disent que ces signes sont insuf- 
fisants, que tu as cru légèrement et affirmé téméraire* 
ment; et quant & la comparaison de croyances, que tu 
erres en la foi. 

IV. Item tu as dit savoir l'avenir, les choses cachées, 
connaître des gens que tu n'avais jamais vus, et ce par les 
voix de saintes Catherine et Marguerite. • . 

Les clercs disent que cela est superstition, assertion pré- 
sprpptueiise et vaine jactance, 

. V. Item tu as dit que du commandement de Dieu et de 
son bon plaisir, tu as porté et continues de porter habit 
d'homme; que tu as pris en conséquence robe courte, 
pourpoint, chausses nouées à aiguillettes f cheveux .cou* 
pés en cercle au-dessus des oreilles, ne gardant sur toi de 
la femme aucun signe que ceux de, la nature; en ce cos- 
tume tu as fréquemment reçu l' Eucharistie. Bien que 
souvent conviée de le quitter, tu as réfusé, disant' qtié tu 
préférais mourir, plutôt que dé quitter cet habit, à moins 

tion quelconque , faire allusion à ce mystère; et cette allégation poétique , 
enthousiaste , très-légitime et très-vraie à son point de vue, aura 'été dénatu- 
rée , colportée par des- ennemis, puis changée en grief par les accusateurs ! 

Voyez ci-dessus , p. 88, note ly et à la tirble ou index aphabélique du pré- 
sent ouvrage, au mot si^ne. ^ "•' 

•' (tj Négocia m confwÀum et derogativum diguitati angelica?. 



mai 23.J 51 e SÉANCE. 219 

d'ordre de Dieu. Tu as ajouté que si tu étais sous cet 
habit avee tes compagnons d'armes, cela serait un grand 
bien pour la France. Tu dis «ncoee que pour nulle chose 
tu ne t'engagerais par serment à ne plus reprendre cet 
habit et les armes. En tout ceci, tu dis avoir bien fait et par 
le commandement de Dieu. ' », 

Quant à ce point, les clercs disent queHu blasphèmes 
Dieuy le méprises dans les sacrements, transgresses la loi 
divine, la sainte Écriture* les sanctions canoniques; mal 
penses et erres en la foi, te vantes vainement; es suspecte 
d'idolâtrie, avec exécration de toi et de tes! vêtements, à 
Finstar des gentils (t). 

' "', ' ■ ; '■ ' i ai. i ; ■ ■ • i ■ -i i - • • ' ■ 

(1) L'accusation, comme on le voit, s'acharnait à ce puéril grief. Retenons- 
> ime dermère, lois. ... . ? . ( -i 

L'idée pour Jeanne île s'habiller en homme était une idée bien simple et 
bien élémentaire, car dès que Novelompont (Jean de —, ou de Metz), se 
chargea de la conduire de Vaucouleurs auprès dit roi; il lui demanda en riant 
si. elle allait se mettre en route 1 avec ses jupes de v paysanne; et Jâ première 
chose qu'il fit (ut de la chausser et delà vêtir en homme. 

Pins tard, Jeanne eut constamment dès vêtements' d'Homme et des plus 
élégants. Un mot encore d'analyse et d'observation sur ce 'poûA't. L'habit de 
Jeanne, il ne faut pas l'oublier, était ce que nous appelons aujourd'hui l'u- 
niforme, 1^ tçnue militaire. Qr, Jeanne Darc, chef de guerre imprqvisé, 
avait à se faire pardonner son sexe et sa jeunesse par ses compagnons d'ar- 
més ; à savoir d'une part, * de vieux capitaines blanchis sous le harnois, tels 
que les Gaueourt, les Dunois, les L'autre, les Saintrailles.; et d'autre part, 
le gros des combattants ou de l'armée. Pour les premiers, qui souffraien} avec 
impatience, eux routiers illustres, d'être commandés par une fille des champs, 
ce vêtement martial, qu'elle portait avec distinction, avec grâce, n'était-il pas 
un moyen réel d'apaiser leurs scrupules, à l'aide d'une certante illusion? 
Quant, aux soldats,, ce mode d'influence était encore moins difficile. Jeanne 
évidemment ne cédait pas au banal instinct de la coquetterie féminine. La 
chasteté de ses mœurs, la pureté de sa vie , attestée par le témoignage unanime 
de l'histoire, l'est encore plus ( sans compter certaine épreuve ) par le silence 
de l'accusation, vaincue et confondue à cet égard. Qui ne sait d'ailleurs que 
dans tous les temps, et surtout parle passé, un officier jeune et de bonne mine 
conquérait par cela seul la sympathie, le respect; la confiance même, et agis- 
sant ainsi sur* le màral du soldat. , . , . f , 

Telle est selon nous, du moins pour une part, l'explication vraie et naturelle 



220 PREMIER JUGEMENT. |l43i 

Vf. Ilem tu as dit que souvent, dans tes lettres, tu as 
mis ces noms: Jhésus Maria et le signe de la croix pour 
contremander secrètement des ordres apparents. Dans 
d'autres, tu t'es vantée de faire tuer les désobéissants et 
que Ton verrait aux coups qui avait, de par le dieu du ciel, 
meilleur droit. Tu as répété n'avoir rien fait que par 
révélation et ordre de Dieu. 

Quant à ce , les clercs disent que tu es traîtresse, rusée , 
cruelle, désirant cruellement l'effusion du sang, sédi- 
tieuse, provoquant la tyrannie , blasphémant Dieu dans 
ses commandements et révélations. 

VU. Item tu as dit que, par suite de révélations que tu as 
euesà dix-sept ans, tu as quitté la maison de tes parents con- 
tre leur gré, ce dont ils sont devenus presque fous; tu as été 
trouver R. de Baudricourt, qui sur ta requête t'a armée en 
homme avec certaines gens pour te conduire vers ton roi. 
Arrivée là, tu lui as dit que tu venais guerroyer contre ses 
adversaires. Tu lui as promis que tu le omettrais en grande 
domination , qu'il aurait la victoire , que Dieu t'envoyait 
à cette fin. Tu dis aussi que tu as bien fait d'agir ainsi, 
en obéissant à Dieu et par révélation. 

Quant à ce, les clercs disent que tu as été impie envers 
tes parents, transgressant le précepte d'honorer ses père 
et mère, scandaleuse, blasphémeressef envers Dieu, errant 
en la foi; que tu as fait une promesse présomptueuse et 
téméraire. 

VIII. Item tu as dit que tu avais sauté spontanément de 
la tour, à Beaurevoir, aimant mieux mourir que d'être li- 
vrée aux Anglais et de survivre à la destruction de Com- 



des faits. Cette explication, pensons-nous, suffirait déjà pour absoudre Jeanne 
d'un grief imaginaire , d'un reproche peu sincère, et auquel ces docteurs ne 
craignent pas ici de prêter les ridicules et fantasques proportions d'un crime 
religieux ou d'un sacrilège J 



r 



mal 23.] 51 e SEANCE. 221 

piègne. Cependant les saintes te le défendaient ; mais tu n'as 
pu te contenir. Quoique ce fût un grand péché de les of- 
fenser, néanmoins tu as su par tes voix que Dieu te l'avait 
pardonné après confession. 

Les clercs disent que en ce tu as été pusillanime jusqu'à 
désespérance, c'est-à-dire jusqu'au suicide. Ton assertion a 
été ici également présomptueuse et téméraire et tu erres 
| sur le libre arbitre. 

! IX. Item tu as dit que ces saintes ont promis de te con- 

duire en paradis, pourvu que tu gardes ta vi rginité, que tu 
leur as vouée ; que tu en es aussi certaine que si tu étais 
déjà (Jans la gloire des bienheureux. Tu ne crois pas avoir 
fait péché mortel; tu penses que si tu étais en état de péché 
mortel, ces saintes ne te visiteraient pas quotidiennement, 
comme elles font. 

Les clercs voient là, de ta part, assertion présomptueuse 
i et téméraire, mensonge pernicieux, contradictoire et mal 

| sentant en la foi. 

i X. Item tu as dit bien savoir que Dieu aime pins que 

toi certaines personnes vivantes, que tu le sais par révé- 
r lation desdites saintes; que ces saintes parlent français, 

: non anglais, n'étant pas de leur parti ; après avoir su que 

[ ces voix étaient pour ton roi, tu n'as pas aimé les Bour- 

| guignons. 

[ Ceci , d'après les clercs , est assertion téméraire, pré- 

somptueuse , divination superstitieuse, blasphème contre 
ces saintes, transgression du commandement d'aimer le 
prochain. 

XI. Item tu as dit que tu as fait à ces prétendues saintes 
la révérence, fléchissant les genoux , ôtant ton chaperon, 
baisant la terre sous leurs pas, leur vouant ta virginité; 
que tu les as baisées, embrassées, invoquées; tu les a crues 
tout d'abord sans prendre avis du curé ou autre personne 
d'église ; tu y crois comme à la religion ; que si un malin 



PREltlEfr JUGEMENT. [1431 

esprit t'apparaissait en saint Michel, tu saurais bien le 
distinguer et reconnaître; tu as juré de ne pas révéler le 
signe si ce n'est par ordre de Dieu. 

Quant à ce , disent-ils, supposé les révélations et ap^ 
pari lions dont tu te vantes, dans le mode que» -tu dis, tu 
es idolâtre, invocatrice de démons, tu erres en la foi, af- 
firmes témérairement et as fait un serment illicite. 

XII. Item tu as dit que si l'Église voulait te faire agir 
contre le commandement que tu dis avoir de Dieu, .tu ne 
le ferais pour quoi que ce soit ; que tes faits sont de Dieu, 
et que tu ne pourrais pas aller au contraire. Tu ne veux 
pas t'en rapporter au jugement del'Égliçe qui est sur.terre, 
ni d'homme vivant, mais seulement à Dieu. Tu insistes en 
disant que cela n'est pas de ton chef, .mais de par .Dieu,; 
nonobstant la représentation qu'on t'a -faite! de« unam 
sanclam, etc. 

Et quant à ce, les clercs disent que tu es schismatique, 
mal pensante de l'unité, de l'autorité de l'Église» apostate, 
et jusqu'ici errant opiniâtrement en la foi. 

Elle a jeté ensuite admonestée en français comme il suit : 

Jeanne, ma chère amie, il est maintenanttemps, pour la 
fin de votre (1) procès, de bien peser ce qui a été dit. Déjà, 
quatre fois, tant par monseigneur dé Beauvais que par 
les docteurs commis à cet effet, vous avez été avertie et 
admonestée soit publiquement, soit à part; et vous l'êtes 
de nouveau pour l'honneur et révérence de. Dieu» pour 



(1) Ce changement du tu au vous est un raffinement qui s'harmome' àioc 
l'avertissement charitable. Ce changement tu, vos est dans le texte latin de 
Portai. 4insi, comme op voit,, nous n'ayons pas le dialogue primitif qui ( s'est 
établi entre les docteurs et la prévenue... Ce que nous appelons l'original 
consiste dans le texte des manuscrits authentiques qui nous sont restés. Or 
la teneur de ces manuscrits ne renferme autre chose qu'une rédaction, un 
écrit composé en latin après la mort de l'accusée. Voif la notice placée en 
tête du présent ouvrage : ( Avant-propos. ) 



r 



mai 23.1 &V SÉARCE. £23 

la foi et k loi de Jésus-Christ, pour le rassérénement des 
consciences , pour l'apaisement, du scandale causé /pour 
j votre salut de Tâttte'et dûcdrps; OA Voua a 'également 

remontré le dommage que vous avez encouru'pour votre 
&ine et votre corps-, à moins que vous rie corrigiez «t 
amendiez vos faits et vos dits en leâ soumettant àl'Égl&e 
et en acceptant gton jugement ; ce à quoi jusqu'ici vous 
n'avez pas voulu entendre. 

Déjà pltfs d'un , parmi vos jUgesV auraient pu se cou* 
teûter des éléments acquis à la cause. Cependant, par zèle 
pour le salut de votre âme et de votre corps, ils ont trans- 
mis l'examen de cette matière à l'université de Paris, qui 
est la lumière des sciences et rextirpatrice des bérésiesi 
Après avoir reçu les délibérations de cette compagnie^ 
vos jugés otitôdmm ! aîldé'qne J voiis série* avèttie dé nou- 
veau de vos erreurs, scandales et défauts -, vous priant, 
exhortant et avertissant, par les entrailles de Notre*Sei- 
gneur Jésu&*Christ qui, pour la rédemption . du genre 
humain, a voulu souffrir une mort si cruelle, de corriger 
vos faits et de les soumettre à l'Église, comme" tout bon 
chrétien- doit le. faire. -Ne permettez pas que vous soyez 
séparée de ' Nôtre-Seigneur Jésus-Chrièt qui vous a-créée 
pour participer à sa gloire. N'élisez pas volontairement 
la voie -de damnation éternelle avec les ennemis dé Dieu, 
(fui chaque jour s'efforcentd'inquiéter les hommes, en 
prenant le masque du Christ, des anges et des saints, 
soi disant tels/ comme il est à plein contenu dans les vies 
des Pères et les Écritures. ' "" 

-. Çonséquemment/side telles visions vousjsont apparues, 
n'y attachez pas votre créance.* Répoussez au contraire de 
telles imaginations, acquiescez à l'^vià des docteurs de l'u- 
ni versité de Paris, et autres, qui connaissent 1^ loi de Dieu 
et la sainte Écriture. Ils vous représentent que l'on ne doit 
pas croire à dételles apparitions, ni à aucune nouveauté in- 



224 PREMIER JUGEMENT. [liât 

solite et prohibée, à moins de prophétie et de miracle. (1) 
Or, ni Tua ni l'autre n'appuie votre présomption. Vous y 
avez cru légèrement, au lieu de recourir à la prière et à la 
dévotion, pour vous en assurer. Vous n'avez pas invoqué 
non plus de prélat ou autre docte ecclésiastique (2) , qui 
pût vous instruire ; ce que néanmoins vous auriez dû. faire, 
attendu votre état intellectuel et votre simplicité. 

Prenons un exemple : si votre roi, de son autorité, vous 
avait donné à garder quelque forteresse, en vous défen- 
dant d'y recevoir aucun survenant; quelqu'un, je suppose, 
se présente en disant qu'il vient de par le roi, eh bien, 
s'il ne vous offrait en même temps des lettres ou autre 
signe certain, vous ne devriez pas Je croire et le recevoir. 
De même , lorsque Notre-Seigneur J.ésus-Christ, montant 
au ciel, commit à l'apôtre S. Pierre et à ses successeurs le 
gouvernement de son Église, il leur défendit pour l'a- 
venir d'accepter qui que ce fût se présentant en son nom, 
à moins qu'ils n'en justifiassent autrement que par leurs 
propres assertions. Donc, tenez pour certain que vous ne 
deviez pas croire à ceux que vous dites s'être ainsi pré- 
sentés à vous ; et nous, nous ne devons pas vous croire, 
puisque le Seigneur nous commande le contraire. 

1°. Jeanne, vous devez considérer ceci : lorsque vous 
étiez sur les domaines de votre roi, si un chevalier ou autre 



(t) Voyez ci-dessus, p. 211, note 2. 

(2) Ce reproche est matériellement inexact. Jeanne en effet accordait sa 
confiance, comme fidèle et comme pénitente , à un véritable conseil de clercs 
ou de conscience. Bornons-nous à rappeler les noms de Frères Richard , Pas- 
querel, ses confesseurs et aumôniers, sans compter l'examen qu'elle avait 
subi à Poitiers, par devers tout un concile de prêtres et de docteurs. 

Quant à ce qui se passait depuis sa captivité, à qui Jeanne se serait-elle 
adressée ? Ce ne sont pas les libres communications de la foi religieuse qui 
lui étaient seulement déniées ; les juges ne lui laissèrent même pas un avo- 
cat, qui vint exercer auprès d'elle son ministère avec indépendance. L'auteur 
du sermon savait tout cela. 



r 



mai 23.1 ' : Si e SEANCE. 223 

natif ou sujet, de son obéissance, s'était insurgé en disant : 
Je n'obéirai pas au roi, ni ne me soumettrai à ses officiers j 
ne l'auriez- vous pas jugé condamnable? Quel jugement 
porterez-vous donc de vous-même, enfantée par le sacre* 
ment du baptême en la foi du Christ, devenue fille dé 
l'Église et l'épouse de J.-C, si vous n'obéissez aux of- 
ficiers du Christ, c'est-à-dire aux prélats de l'Église? Quel 
jugement donnerez- vous de vous? Désistez- vous, je voua 
prie, de vos assertions, si vous aimez Dieu, votre créateur, 
votre précieux époux, et votre salut. Obéissez à l'Église 
en acceptant son jugement. Sachez que si vous ne le faites, 
si vous persévérez dans cette erreur, votre âme sera 
damnée au supplice et aux tourments éternels; et, pour 
votre corps, je doute beaucoup qu'il ne vienne à perdition. 
Ne vous laissez pas retenir parle faux respect humain, 
par la vergogne inutile, qui peut-être vous dominent, à 
raison des grands honneurs que vous avez eus et que vous 
croyez perdre en agissant comme je vous dis. Préférez à 
cela l'honneur de Dieu et votre salut, tant de l'âme que 
du corps. Vous perdrez l'un et l'aulre, si vous ne faites 
pas ce que je vous dis; car vous vous séparez ainsi de 
l'Église et de la foi que vous avez promise au saint baptême. 
Vous enlevez à l'Église l'autorité de Dieu, qui, cependant, 
la guide, la conduit et gouverne de son autorité et de son 
esprit. Il a dit aux prélats de l'Église : « Qui vous écoute, 
m'écoute, qui vous méprise, me méprise. » Donc en ne vou- 
lant pas vous soumettre à l'Église, de fait vous vous retirez, 
vous refusez de vous soumettre à Dieu, vous errez contre 
l'article unam sanctam ; et, quant à ce qu'est l'Église ou son 
autorité, on vous l'a suffisamment déclaré dans les pré- 
cédentes admonitions. 

' Donc, au nom de messeigneurs de Beauvais et le vicaire 
de l'Inquisition, vos juges, je vous avertis, prie, exhorte> 
afin que, par la piété que vous portez â la passion de voire 

JEANNE DARC 15 



1 



226 PREMIER JUGEMENT. ■ .[•««* 

eréateur, par l'amour que vous portez. à votre. salut spi- 
rituel et corporel, vous corrigiez ei^mendifaies susdites 
erreurs; que vous retourniez à la voie de vérité, en ot>éis^ 
saut à l'Église, en vous soumettant jauxjpgenaente^tdéieiv, 
minations sus-énoncés. Eu agissant ainsi ? vous sauverez 
votre Ame; vous rachèterez, je pense/ votre porpp deia, 
mort. Mais si vous ne le faites- pas, si vous persévérez, 
sachez que votre âme sera vouée à la damnation e4,yo£re 
corps, je le crains, à la destruction. Que Jésu9-Ghrî$t r 
daigne vous en préserver I 

• Sur le premier et sur les autres articles ; sur les qualifications 
exposées solennellement à ladite Jeanne par maître P. Maurice, sur 
les admonitions et requêtes charitables faites à ladite Jeanne, ceHe- 
ci répond : « Qu,ant à mes fais et mes di? que j'ay diz en >j>*a0ès r je 
m!y raporte et les yeul soustenir- » ; . . '„ ?i,*- k*.-';.. 

Item interroguée s'elle cûide et croist qu'elle ne soit ppint tejme 
submeictre ses diz et fais à l'Eglise militant ou à autres que à 
Dieu> R. k La manière que j'ai tousjours dicte et ténue en procès, 
je la vueil maintenir quant ad Ce; » Item dit que, s'elle estoit en ju- 
gement, atvéoitle feu abîmé,, et les bourrées alum«r,et le bouiv 
reau prest de bouter ie feu, et elle estoit dedans le, feu > si ri'-en 
dyrQit-elle autre chose , et soustendroit ce qu'elle a dit „en procès 
jusques â là mort. 

Nous avons ensuite demandé au promoteur (1) et à l'ac- 
cusée s^ils voulaient ajouter quelque. choaa, Sur. leur 
réponse négative, nous avons procédé à la conclusion de 
la cause, selon la teneur d'une cédule que nous, évêque, 
tenions en nos mains, dont la teneur suit. t < •. < ,,•,->. 

„ ■ ■ ... • ■ ■ i , m \ i* if» 

(l) Il s'agit ici de Jean d'Estivet. Antérieurement, le duc de Bedford s'était 
fait octroyer une dime ou contribution sur les biens du clergé normand. 
Pierre Cauchon était le commissaire général préposé à là perception de cet 
impôt. Par acte donné à Rouen le 30 janvier 1*30, au nom de ce-comm»- 
saire, Jean d'JEslivet, chanoine de Baj eux (promoteur en 1431 dans le -procès), 
est déclaré exempt de payer la. dîme, comme étudiant en décret4ttns runiyer- 
*itéde Paris. Titres scellés de Gaignièrefr; évéché$,\JX, p. M-, y«y.ei Ci" 
4es*usp. 216, note 1. . - ?■ ,. 1 « - m . 



i 

j 



Dffïr 14.] • • 8f* SÉANCE. Sfifi* 

• Nous, juges compétents^ nous déclarant et agissant 
comme tels sur votre renonciation et tous ayant pour re- 
noncé nous concluons en la cause. La causa conclue, noms 
vous assignons au jour; ^demain, pour entendra par nous 
faire droit et prononcer-la sentence; comme aussi pour 
faire et procéder ultérieurement ainsi qu'il sera de droit 
et de rai soi); Piments à ce Frère Is. de la Pierre, M r Mathieu 
le Bateur, prêtres, et Louis Orsel, clerc, des diocèses de 
Rouen, de Londres et ^eNoyon, témoins à ce requis. ; 

1431. Mai 24. 52* séance; — Prédication pnbllqne* Abju- 
ration de «ileagme» ÉUtlgatlon dé la sentence»* 

Ledit jour , jeudi après la Pentecôte! au matin, nous 
juges* nous sommes transportés en lieu public dans le ci- 
metière de Tabbaye d^âaint-Ouen de Rouen, Jeanne étant 
présente devant nous sur un échafaud ou ambon. Là, nous 
avons d'abord fait prononcer une solennelle prédication 
par illustre maître Erard, docteur en sainte théologie, pour 
tradaiaiwtioosa*ataife de ladite Jédîlné et de tout le peuple 
assistant en grande multitude. Noué assistaient : 
' Rëvérendissimë père en J.-G., Henri (de Béaufort), par 
la permission divine eardinal prêtre du titre de Saint-Eu- 
sèbe de la sacro-sainte Église romaine, vulgairement ap- 
pelé le cardinal d'Angleterre; 

' HHUIfc PrP. en Dieu les évêques de Thérouaûne, Noyon, 
NottWrôiti(i);- c • • 

Hesseigneùrs les abbés de la Sainte-Trinité de Fécamp, 
d$ S^jntrOuen de Rouen , de Jumièges, >du Bec-Hélouin , 
deGo*meilies 7 de Saint-Miohel'-au-péril-de-la-Mer, de Hbr 
temer, de Préaux ; 

'* (1) Ce'dernSeV itéipie 'se nommait ^ifiàiia Àtawick.' ii était' en même 
*&mp9' p)rtt>è scet ôrf $irde' du sceau prfte 1 ( espèce ' de chancelier intime ) du 
•roi dUûfcie%e4Të. La présence de ce personnage et celle du cardinal d y Àngk> 
tetrè sont à rebiaiqaer. Voy. évaprëS pagëim, note i. ' ' - * ! 7 l 

15. 



2J8; MtEMER jtfGEMÈftTl / : 1*4*1 

; Les prieurs' de Longueviile-HGiffard et de .Saiat-Lô de 
Rouen; — Maîtres: 



J.deChâtillon, 
J. Beaupère, 
N. Midi, 
P. Houdenc, 
P. Maurice, 
J. Foucher, 
6. Haiton, 
N. Coppequesne, 
Tb. de Courcelles , 
R. Sauvage, 
R. duGrouchet, 
P. Minier, 
J. Pigache , 
J, Duchemin, 
M. duQuesnoy, 



G. Boucher, 

J. tefèvré,. v 

R. Roussel, 

J. Garin, 

N.,de Venderès, 

J. Pinchon^ 

J. Ledoux, 

R. Barbier, 

A. Marguerie, 

J; Alépëey 
" ° Aubert Morel, "' 

J.Colombel, 

D. Gatinel; docteurs, li- 
cenciés, etc* L . , ;• ..«,;.: 



Le docteur susnommé a pris. son thèpe.au ohap. XV 
de Saint- Jean : « Le palmier ne peutfructifier par lui-même 
s'il ne reste en la vigne. » Il dit ensuite que tout catholique 
devait rester en la vraie vigne de notre sainte mère l'Église 
que la droite du Christ a plantée. Il a montré que ladite 
Jeanne s'était séparée de l'unité de cette même sainte mère 
l'Église, par beaucoup d'erreurs et Réprimes graves; qu'elle 
avait ainsi maintes fois scandalisé le peuple chrétien; 
admonestant Jeanne et tout le peuple de saines doctrines. 

Après la prédication, M. le prédicateur dita Jeanne : x< Veëcy Mes- 
seigneurs les juges, qui plusieurs fois vous ont sommée et requise 
que voulsissiez submectre tous vous fais et dis à npstremèrè saincte 
Église; et que, en ses dix et fais, estoient plusieurs choses, lesquels 
comme il sembloit aux clercs, festoient bonnes à dire ou soustenir. » 

A quoy elle respond : « Je vous rèspondray. » Et à la subnii^sion 
»de l'Église, dist : « Je leur ày dit en ce point de toutes lés oeuvres que 
j'ay faictes, et les diz soient envoyés à Rom me devers nostre 



r 



ai 24.J . 52 e séance 229 

saint père le pape, auquel et à Dieu premier je me rapporte. Et quant 
aux dis et fais que j'ay fais, je les ay fais de par Dieu. » 

Item dit que, de ses fais et dis, elle ne charge quelque personne, 
ne son roy, ne autre; et s'il y a quelque faulte, c'est à elle et non 
à autre. 

Interroguée se les fais et dis qu'elle a fais, qui sont réprouvez, 
scelle les veult révoquer, R. «c Je m'en raporte h, Dieu et à nostre 
saint père le pape/'» 

Et pour ce, il luy fut. dit que il ne suffisoit pas, et que on ne 
povoit pas pour [cela] aler quérir nostre saint père si loing; aussi 
que les ordinaires estoient juges chacun en leur diocèse; et pour 
ce estait besoing qu'elle se rapportast à nostre mère saincte Eglise, 
et qu'elle tenistce que les clercs et gens en ce se congnoissans en 
disoient et avoient déterminé de ses diz et fais; et de ce fut amon- 
nestée jusques à la tierce (troisième) monlcion. - 1 

Et après ce, comme la sentence fut encommencée à lire, elle 
dîst qu'elle vouloit tenir tout ce que les juges et l'Eglise vouldroient 
dire et sentencier, et obéir du tout à l'ordonnance et voulenté 
d'eulx. Et alors, en la présence des dessusdits et grant multitude de 
gens qui là estoient, elle révoqua et fist son abjuracion en la ma- 
nière qui en suit... 

Et dist plusieurs fois que, puisque les gens d'Eglise disoient que 
.ses apparicions et révélacions n'estoient point à soustenir ne à 
croire, elle ne vouloit soutenir; mais du tout s'en rapportait aux 
juges et à nostre mère saincte Eglise. 

Et ensuite la sentence fut prononcée par MM. les juges comme 
il sera exprimé ci-après. 

Formule de l'abjuration en français. 

Toute personne qui a erré et mespris en la foy chrestienne, et 
depuis, par la grâce de Dieu, est retournée en lumière de vérité 
et à l'union de nostre mère saincte Eglise, se doit moult bien 
garder que l'ennemi d'enfer ne le reboute (repousse) et face re- 
çheoir ( retomber) en erreur et en damnacion. 

Pour ceste cause, je Jehanne, comihunémentappelléeLaPucelle, 
misérable pécheresse, après ce que j'ay cogneu les las (lacs) de 
^.erreur ouquel je estoie tenue, et que, par la grâce de Dieu, suire- 
' tournée a nostre mère saincte Eglise, affin que on voye que non 
pas fainctement, niais de bon cuer et de bonne volonté, sui retour- 
né^ à içélle , je confesse que j'ay très griefmefit péchié, en faignant 



230 PRBlflER JUGEMENT. [liM 

mençongeusement avoir eu révélations «t apparitions de par Dieu 
par les anges et saincte Katherine et saincte Marguerite $. en sédui- 
sant les autres, en créant (croyant), facilement et légièrèmçut, en 
faisant supersticieuses divinations, en blasphémant Dieu, ses sains 
et ses sainctes; en trespassant la loy divine, la saincte Escripture, 
les droiz canons; en portant babit dissolu* difforme et dé&honneste 
contre la décence de .nature et cheveux rongnez.en ront en guise 
de homme, contre toute honnesteté du sexe de femme; en portant 
aussi armeures par graqt préstintpciov; eît désirant crueusea&ent 
effusion de sang humain ; en disant que toutes r oes choses, j'ay fait 
par le commandement.de Dieu, des angebç.et (J es sainctes. dessus 
dictes, et que en ces choses.j'ay bien fiait et n'ay point mespris 
en mesprisant Dieu et ses sacrement y., en faisant s^iciou^ et jdo- 
làtrant, par aourer (adorer) mauvais e$peris> et en iavocant içeulx. 
Confesse aussi que j*ay esté scismatique et par pluseurs manières 
ay erré en la foy. Lesquelz crimes, et^rreurs, de bon cuer et sans 
fiction, je, de la grâce de Nostre Seigneur, retournée ^ vcgre-de 
vérité , par la saincte doctrine- £t par le bon conseil de ¥Qus>ef des 
docteurs et maistres quç m'avez envoyez, abjure, déteste, rçgxite, et 
de tout y renonce et m,'ej^ dépars _ » \ . .:.- 

Et sur toutes ces choses devant dictes, me spubgmetz à la cor- 
rection., disposicicm, amendement et totale déterminaçioja de nostre 
mère saincte Çgliseet de vostre bqnne justice. Aussi, je vo,us jure 
. etprometz à monseigneur sainçt Pierre,. prince des apostres» à nostre 
saint père le pape de Rom me, soi| yiçajre., et à ses successeurs, et 
à vous, mes seigneurs, révérend, père en Dieu> monseigneur l'éves- 
que de Beauvais, et religieuse personne frère Jehan le Maistre, 
vicaire de monseigneur l'Inquisiteur de la Foy, comme à mes 
juges, que jamais, par quelque enhoftemerit ou autre manière, ne 
retourneray aux erreurs devant di^, desquel? il a pieu à nostre. sei- 
gneur mpy délivrer. efoster f j niais à toujours ç^emQurray^n l'union 
de nostre mère saincte Eglise^ et en. l'ob^sanpe; 4e, nostre saijif 
père le pape de, Romme.' '..'■;. \ - 

Et cecy je diz, afferme et' Jure par Dieu le Toutrpuissîint,.et par 
ces sains Evangiles. Et en signe de ce, j'ay signé ceste, cédule de 
mon signe, ; ainsi signée : « Jehanne. » 

Sentence prononcée après l'uhjuwtton. 

Au nom de Dieu, àmen. Tous, les pasteurs de l'Église, (jui veulent 
. garderie troupeau t du Seigneur doivent surtout s^forcW a^ réçi3 - 



- fclai ■ «4.1 * - 52* séance. • 231 

: ! teV, par untfvïgiïatôëcorat&tttè et la plus gràndèsollicitudé> à déjouer 
les embûches* de ^ennemi, semeur perfide, qoi cherché a infecter 

■ Ae- ses fraudes les oùâillés de Dieu. Cela est surtout nécessaire 

"dansées 1 temps' périlleux où' de faux prophètes' sont annoncés par 
rEcrittnrê comme devant venir au monde, introduisant avec* eux 

•'des^ctesdeperdhLoîi et terreur (1). Geux^c* pourraient en effet 
séduire les fidèles dtf'Ghrîst par des doctrines nouvelles et étran- 
gères^ si notreèaihte mère l'Eglise, appuyée -sur les canons des saines 
r, d6cffînësi ne mettait ses sôing attentifs à repousser leurs inventions 
erronées/C'est pourquoi, par-deraftt nous, Pierre/etCf^ et Jean, etc., 

" Jugfes dompéterits, toi; Jeanne,, dite la Pucelie,; tu as été- déférée et 

' - appelée 1 en jugeraient doctrinal, àraistfn de divers brim^îJernîcièux. 

* Nous" donc, vtt ton procès et spéctaîertierit tesrépcmses, vu la déltbéra- 
iicm dés docteurs,' tant de la Faculté de' théologie que de l'Uni ver- 

: ' èité' de Patfis, 'vu * îa; délibération de beaucoup d'autres ciercset doc- 

: -teurs Stant k'ïlôùen ? apfës* en • aToiFimtoremënt* délibéré avec* -des 

^zétàt&frs firâtiqtitis ù& la^foïeh retienne^ considérant tout' ce qui 

"^ddd^JC^ej^attsfetetà.tonBid^ervetCv .,.< \.i 

* - 'Nons^vkyântdefâintfes'yéiixie^hOTétet l'honneur de iarfôi or- 

thodoxe, afin que notre jugement provienne du visage dé Dieu, nous 
* 7 ^disons jôi ptônofiçoris<que tu as très-grave«ient manqué éh feignant 
s " r mentèuséûient dés révélations et apparitions divines; en 'séduisant 

(*)«*. Cauchon, fqit ici^Uusion , .pcùbabtament , . au culte du nom de Jésus 
et à la prophétie. de l'antechrist. Ces doctrines nouvelles, ou renouvelées à 
cette époque , agitaient en France les esprits. Des applications, des induc- 
tions tirées de ces doctrines avaient prjs un caractère politique, et les prédi- 
cations qui lès propageaient portaient ombrage au gouvernement anglais. 
Yof.' Èîstùifè de 'Chartes VIT, à la table, ces 'mots : Antéchrist, Jésus 
( nom dé / et V Introduction do présent ouvrage. Il y a dans les écrits' de 
' { Jeém . Jouveuëi des' JJrsiiis , évêque de £eaûvais , un passage remarquable 
U' et o^^édted^tre rapproché de. ce qui précède. ;> 

Ce passage nous est offert par un écrit intitulé Épitre aux États convoqués 
-iKf tôloiï. m%H& k]fo.Jk. 1701,. P 2). L'auteur expose les maux, les abus 
, : qui put réguç p^cédejûmeut; et 4RpeUe une. réforme. .« H est nécessaire, » 
ajoute-t-il, « qui se vouldra réformer,. de regarder et considérer les faultes 
horribles et détestables délits que on a veulx (vus) faire et commettre par 
aucuns en ce royaume étmesmementpar deçà, comme hérésies diverses 
contre la foy pululer, user de diverses manières de sorceries , oppression 
cruelle Ôé peuplé, etc. . . lesquelles choses sont advenues en mon diocèse ,etc. » 

* fie diocèse^ 8e Beàuvais). Voy. cirdessus .page 187, note 1, ' 



232 PREMIER JUGEMENT. [1431 

autrui ; en croyant avec légèreté ettémérité, en divination supersti- 
tieuse; en blasphémant Dieu et les saints; en prévariquant contre 
la loi; la sainte Écriture et les sanctions canoniques; en méprisant 
Dieu dans ses sacrements, suscitant des séditions, apostasiant, en- 
courant le crime de schisme, et eu errant contre la foi catholique. 
Cependant, attendu que, plusieurs fois admonestée et mise en 
demeure, enfin, le secours de Dieu aidant, revenant, nous le croyons, 
au giron de notre sainte mère l'Eglise, d'un cœur contrit, avec une 
foi non feinte, tu as ouvertement de ta bouche révoqué tes erreurs, 
repoussées ou dissipées par une prédication publique, et que 
tu les as abjurées, ainsi que toute hérésie, de vive voix par une décla- 
ration publique, nous t'absolvons par les présentes, conformé- 
ment aux sanctions canoniques , des liens de l'excommunication 
dont tu avais été liée. Si ton retour à l'Église est l'acte d'un cœur 
sincère et d'une foi non feinte, tu observeras fidèlement les in- 
jonctions qui t'ont été et qui te seront prescrites. Or donc et at- 
tendu les délits téméraires que tu as commis, comme il a été dit, 
contre Dieu et la sainte Église, nous te condamnons finalement et 
définitivement, comme pénitence à expier pour ton salut, à la pri- 
son perpétuelle avec le pain de douleur et l'eau d'angoisse, afin 
que tu pleures tes péchés et que, les ayant pleures, tu ne les com- 
mettes plus à l'avenir, sauf notre grâce et mitigation (1). 

Même date ; 53* séance. De relevée. «Jeanqe prend les habits 
de femme. 

A ladite heure (après midi), nous frère Jean Lemaltre, vi- 
caire susdit, assisté de N. Midi, N. Loiseleur, Th. de Courcel- 



(1) Sur les circonstances qui' déterminèrent Jeanne à abjurer, voy. tiist. de 
Charles VU, t. II, p. 216, 217. — L'abjuration de Jeanne Darc et celle de Ga- 
lilée surprennent et affligent beaucoup de leurs admirateurs. Il y a là, si je 
ne me trompe , un préjugé semblable à celui qui règne encore en fait de 
gnerre , où la gloire est toujours du côté des vainqueurs. Pour nous, nous 
admirons les martyrs, et Jeanne le fut quelques jours après cette abjuration. 
Mais nous sympathisons avec elle, même vaincue et contrainte. Et nous ne 
connaissons rien de plus émouvant, nous ne connaissons pas d'opprobre plus 
honteux, ni d'accusation plus écrasante contre l'Inquisition, que de voir Ga- 
lilée septuagénaire confesser, sous l'étreinte de la force, que la terre ne se 
meut pas, ou de voir Jeanne, au cimetière de St-Ouen, en présence de Cau* 
cbonet du bourreau, abjurer son patriotisme* 



r 



mai ai.] . 53 e séance. 233 

les, Is. de la Pierre et plusieurs autres, nous sommes trans- 
portés dans la prison de Jeanne, où elle était. Il lui a été 
exposé par nous et d'autres, que Dieu, en ce jour, lui avait 
fait une grande grâce, et aussi les ecclésiastiques, en la 
recevant en grâce et miséricorde de notre sainte mère 
l'Église; que, par ees motifs, elle devait obéir humble- 
ment à la sentence et au commandement des juges et 
ecclésiastiques ; qu'elle devait abandonner tout à fait ses 
anciennes erreurs et inventions, sans y plus revenir. Nous 
lui avons signifié que si elle y retombait, l'Église ne la re- 
cevrait plus , mais l'abandonnerait totalement. Ensuite, il 
lui a été dit qu'elle quittât ses habits d'homme et prit ceux 
de femme, comme il lui avait été commandé par l'Église. 
- Ladite Jeanne a répondu qu'elle prendrait volontiers 
l'habit de femme et qu'elle obéirait ponctuellement aux 
ecclésiastiques. Ayant donc reçu l'habillement féminin 
qui lui était présenté, elle le revêtit en dépouillant sur-le- 
champ son costume d'homme. Elle se laissa en outre en- 
lever et raser lès cheveux qu'elle portait auparavant tail- 
lés en rond (1). 



(1) L'abjuration de Jeanne est nn des épisodes les plus attachants d a drame, 
si intéressant lui-même, que nous offre son procès. Si Jeanne avait cédé, en cette 
rencontre, par pure défaillance ou faiblesse, son caractère encore ne perdrait 
rien de notre sympathie. La faiblesse n'est-elle pas un attribut de notre hu- 
manité ?,Quoi de plus, touchant que de voir succomber une femme, généreuse 
et vaillante entre toutes! Mais Jeanne, encore, ne succomba que devant un 
concours d'obsessions écrasantes et calculées. Les Anglais avaient le plus grand 
intérêt, Cauchon par conséquent déploya le plus grand art, à amener cette 
scène de rétractation, qui fut honorée de la présence de deux témoins, de deux 
acteurs nouveaux : le cardinal et le privé- scel d'Angleterre. Quant au récit 
de ces obsessions, de ces promesses perfides, consulter V Histoire de 
Charles VJI, t, II, p. 216, 217. Voy. ci-dessus, p. 227, note t. 



234 SECOND WJtfEMENT. ' "-: '['«1 

.,.!.'",''. .second ivmi^^,^\'* b ^X.'. 

CAUSE DE RELAPS*;' ;' .;' 

1434. Mai 28. 54* séance. ~ Dan« la prison i ëeàttntomysmt 
: repwU rbaMt «l'I 



Le lundi suivant .28 mai, en présence .de, ft., P. v en 
J.-C» et seigneur, Monseigneur révoqua de Beauvaisy^et de 
religieuse personne frère' Jeali Lemaltrey vic^hre dteTirès- 
célèbre docteur maJtréJeân Gravèrand,'etc.i s'assemblèrent 
mes seigneurs fnàltres : N. de Venderes, G. Haiton.T. de 
Courcelles, frère 1s. de la Pierre. Furent ausstjwjçs^p^ : 
Jacques Camus, Nicolas Berlin, Julien. Flpsquet et J. Gris. 
Par-devant lesquels comparut ladite Jeanne. Or, cbm me 
celle^d était vêtue et habillée eri homme, à skv'oîr de rob/e 
courte^ chaperon, gippon et autres véiémenls masculins , 
vêtements que, par ordre de mes çeignçurs, ellç | qTyajit na- 
guère quittés pour reprendre habit iàe femrp^^po^ra- 
vons interrogée pour savoi* quand; et pourquoi elle avait 
repris habit d'homme; - *' - ; ■••••• r - v 

, , R, jQu'elle a nqgçjfes L( çepjins ,ledjt ^bit.jd'ftHuçe^^ A^^iA'*^ 1 
de femme. , , . (%i •,./•. . , v , .^^ :V,ir.,«,.v 

. înterfo'guée pourqaôy elle. Tavoit.prîns, . et qui, luy k a.voit fait 
pf&ndre,/?. Ou'éllè Ta prins.dfe .§V.^ 
et qu'elle ayme mieal* l'abit. d'omme que de femrne, ... h4 ; 

Item luy fut dit qu'elle avait promet juré W 1 .TW^d^JWlit 
abbit de bomme^ ^ Que, 0Bcqju*e& a'^teudi quelle ,eust fttU sere- 
mentde non Je p^MF^ ; * « - . ♦ , : ^ .?:-,. ■•• »•-»« < 5 

J lnteçroguée do,uj; quelle, cause,, elle, payait reRrjns,, R % Que *,p0ur. 
pqu^il^uy^t^it plus licite de Je reprendre et avoir habUd'onvrae, 
estant entre lçs hommes, que «de avoir hal^it de; femme., W^iw,,dit 
qu'elle l'av.oit reprins, pour ce que on nç luy $ivQi^pointten.u;ce que 
on luy avoit promis , c'est assavoir qu'elle iroit à la messe et re- 
cepvroit son sauveur, et que on la mectroit hors de fers., 

ïntèrroguée s'elle aVoit abjuré et mesmèmerit de celui habit non 
reprandre, R. Qu'elle ay me raieuk à mourir que, de^estre è§ ; fers, 



r 



mais se on là veùK laisser a 1er à la messe et oster hors des fers, et 
meictre en prison gracieuse , et qu'elle eust une femmey elle sera 
bonne et fera ce que l'Eglise, vouldra. 

Interroguée se, depuisjeudi^ elle a point ouyses voix, /t. Que ouit. 
Interroguée qu'elles lcry ont dit, & Qu'elles luy ont dit que Dieu iuy 
a mandé par sainetes Katherine et Marguerite la grande pitié de la 
trayson que elle consenty en faisant l'abjuracion et révocation, 
pour sauver sa vie ; et que elle se dampnoit pour sauver sa Vie (4). 
- Item dit que, au devant de jeudi, que ses voix lui avoient dit 
ce que elle fetoit, qu'elle fist ce. jouiC . . 

Dit oultre q;ue ses "voix luy disrent en l'e^charfault que elleres- 
pondîi ad ce.prescheur hardiement, et lequel prescheur elle appelloit 
faulx prescheur, et qu'il avoit dit plusieurs choses qu'elle n'avoit 
pasfàictes. •••.-. 

Item dist que, se elle disoit que- t)ieu ne l'avoit envoyée, elle 1 se 
dampneroit;quevray est que Dieu 1- a envoyée^ . 

Item dist que ses voyc Iqy ont dit depuis, que avoit fait.graade 
mauvestié de ce qu'eÇe avofy Jfait, de confesser qu'elle n'eust luen fatt. 
Item, dit que de paour du feu, elle a dit ce qu'elle a dit. 
Interroguée s'elle cfoist que ses Voix soient saincte Marguerite et 
saincte Katherine , /*. Quëoùil, et de Dieu. -» t 

* Interroguée de la couronne , R. « De tout je *ous èn-ay dit la 
vérité en procès, le mieulx que j'ày scçu.. » • .' *r .* \* : ■ . 

Et quant ad ce qui luy fut dit que en l'escharfault avoit dit, 
manson'gneûseriiehteïle s'eWit vantée' que' c'esfoient sàihctes Kathe- 
rine et Marguerite, R. Qu'elle ne l'entendoit point ainsi faire ou dire. 
Item dit qu'elle n'a point dit ou entendu révoquer ses appari- 
tions, c'est assavoir que ee fussent sainetes Marguerite et Katherine ; 
et tout ce qu'elle a fait, c'est de pabur du feu,'et rt'a rien révoqué 
que ce né soit contre la vérité. 

Item dit qu'elle àyme mieulx faire sa pénitence à une fois, c'est 

assavoirà mourir, que endurer plus longuement <>alne eri cliaWre. 

Item dit qtfehVne 1 ftst onccfùes chose contre Dieu où la foy, 

quelque chose que on luy ait fait révoquer; et que ce qui estbit en 

la cétiule de f abjuràcioù, elle' ne l'entendoit point/ 

Item dit qu'elle dist en Teure, (2) qu'elle n'en entèridoit point 

(1) En marge : Responsio mortifera* Voyez ci-dessus ayant-propos, 
p. ixj note 2. 

(2) En l'heure; dans le moment; àl'heure où elle était' surrechafaudl 



236 SECOND JUGEMENT. [t*U 

révoquer quelque chose, se ce n'eêtoit pounreu qu'il pleust à npstre 
sire (à Dieu). 

Item dit que se les juges veullent, elle reprandra habit de femme; 
du résidu, elle n'en fera autre chose. 

Après avoir entendu ces déclarations, nous nous sommes 
retirés pour procéder au delà, comme de droit et de 
raison (1). 

1431. Mai 29. 55 e séance. — J*ewié*e «léliDératton. 

Item le lendemain , mardi après la Trinité, nous juges 
susdits avons réuni dans la chapelle de l'archevêché : 

Les abbés de Fécamp, de Saint-Ouen de Rouen, de 
Mortemer ; 

Le prieur de Longueville, P. de Vaux, 

J. de Chàtillon , À. de Marguerie, 

E. Emengard, N. de Venderès, 

G. Erard, G. Haiton, 

G. Boucher, N. Coppequesne, 

J. de Nibat , G. de Baudribosc, 

J. Lefèvre, R. du Grouchet, 

J. Guesdon, ' Th. de Courcelles , 

P. Maurice , J. Pinchon , 

J. Guérin , J. Alépée, 

(1) La scène que nous avons dite était jouée. Brûler Jeanne sans obtenir 
son « repentir », sa « rétractation », c'était, delà part de ses ennemis , n'at- 
teindre que la moitié du bot. Obtenir sa rétractation était nécessaire. Cette 
péripétie est racontée dans le récit de la séance qui précède (54 e séance, | 

28 mai). La vérité se découvre clairement dans ce texte même, rédigé par 
ses persécuteurs. Jeanne voulait en finir. Elle dit tout ce que voulaient ses j 

juges; elle prononça elle-même sa condamnation. Ce texte véridique présente, 
toutefois, une omission. C'est celle du guet-apens exécuté par le&gardes dans 
la journée de la veille 27 mai. Jeanne reprit les habits d'homme, comme on 
le voulait, par cette raison, bien simple, qu'on lui avait retiré subrepticement 
les autres, jusqu'à ce qu'une nécessité physique de la 'nature la forçât à se j 

lever devant ces hommes, et par conséquent à revêtir les habits masculins, | 

les seuls qu'ils ui eussent laissés, (Histoire de Charles F//, t. II, p 224, etc.) 



r 



D. Gatinel, . :i , 
J. Mauger, 
N. Caval, 
N. Loiseleur, 
G. Desjardins, 
J. Tiphaine, 
6. de la Chambre , 
G. de Livet, ,.,■ , 
G. duCrotoy, 
J.Ledoux, 



<85 e séance. 83Ï 

J. Colombel, " 

4- Morel, 
P. Carré, 
M. Ladvenu, 
Is. de la Pierre, 
Guillaume du Désert et 
M 6 Robert Gilebert, doc- 
teur en théologie/ doyen 
de la chapelle dû roi 
notre sire. 



Nous avons exposé que , depuis notre dernière séance 
publique, tenue dans le même lieu te veille de la Pente- 
côte, nous avions fait admonester Jeanne, et que sur son re- 
fus de céder, etc., nous avions conclu la cause et assigné 
jour au lendemain pour faire droit. Nous avons rapporté 
ce qui s'était passé le jour de l'abjuration, etc. Noos avons 
rappelé que, le même jour, nous l'avions avertie de per- 
sévérer dans sa bonne résipiscence et qu'elle se gardât de 
relaps (ou récidive). Alors aussi, obéissant aux préceptes 
de l'Église, Jeanne a quitté l'habit d'homme et pris celui 
de femme. : 

Mais à l'instigation du Diable, elle a de nouveau, de* 
yqipt. témoins, raconté qu^, ses voix et esprits lui étaient en- 
cove apparus et, Lavait derechef entretenue. D& plus, la- 
dite Jeanne, rejetant l'habit de femme, a repris l'habit' 
d'homme. Après quoi, notrè avons fait lire les dépositions 
.recueillies hier de sa bouche devant nous et nous ayons 
demandé sur. ce av& aux assistants. Il a été par eux déli- 
béré comme il'suit. 

t N. , de yender.es ; Jeanne dpit être et est considérée hé- 
rétique. La sentence ayant été portée par les juges, Jeanne 
doit être 1 abandonnée au bras séculier, avec prière de 
vouloir bien la traiter doucement. 



SECOND 'jftâtaRNT. {|4S* 

Gilles, abbé de Fécamp': Jeanne est relapse. Cependant il 
est bon de lui relire là cédûlè comminatoire qui lui a été 
lue dernièrement et de la^ui expliquer en lui prêchant la 
parole de Dieu. Cela fait, les juges ont à la -déclarer héré- 
tique, puis àl'abéndoaner, etc. ( comme Yenderès ). 

• J.:Pidchotf:Elle*est'reiB^pî$e. Pour le mode qrii l'esté à H 
suivre, il s*éfi rapporte â «M. les théologiens: 

; (G, Erçtrd : Relapse; etpartant doitètre abandonnée, etip*; 
te resté, courue M : . de Fécaïqp. .... 

R. Gilbert comnte G* Erard> ../ >;- 

L'abbé de Saint-Ouen, J. de CbàtHlon , E. Emengard, 
G? «Sâcfiè^Ië prieur dè r to%uèfWîlëV G. Itaîfôti/ A. Mar- 
guérie, T^ *&\êp&è 9 'J.'Garîn ", comme M/de Fécamp. 

D r Gastinel t Cette femme est Jbérétique et relapse; elle 
doit être abandonnée au bras séculier sans recommanda- 
tion ( de < la' traiter doucement ); 

P. de Vaux ildeirt. v ' ; ? ; *- 

P. dëHpûdènc, J. Nibat> Guillaume, abbé de Mortemér, 
J. Guesdon, N. Coppequesne, G. du Désert, P. Maurice, 
Baudribosc y Gavai , Loiseleur> Desjardins , Tiphaine , du 
Livét, dii Crôtoy; P. : Carrèl ,•• Ledoux , Colombe 1 , Morel, 
Ladvenu, Dugrouchet, Pïgache,' Delachambre, • ifiédeciâ j 
cdprimé Irf. de Fécamp. \\ " . ? , ' 

Th. de Couroelles, Is. de la Pierre, coihme M. de Fécamp. 
Ils ajoutent que cette femtàtë doit être encore avertie cha- 
ritablement pour le salut de son *àme, en lui représentant 
qu'elle nVpIiis rieh à espérer de sa vie temporelle. 
r J. Maûger, comme M. dé Fécamp, •'■••• 

1431. Mai 30. 56 e séance. ■**■ Dernier Jour dé ce proce* 

* Le lendemain mercredi, fut citée, de notre part, ladite 
Jeanne 1 , aii jour même, pou* entendre droit, par le minis* 
tère de l'appariteur, dont l'exploit suit: ' 



toas^t^o.] 56 e . OT »BH?ai3t£ séaitce. 

Teneur de la citation. 

'•Pierre/ etc'., Jeâri, etfti* à tous prêtres publics,' rectéurâ <Téglisèfc 
dans ce diobèse et autrek, ht & chacun d'eux, eti tant que requis, 
salut en N.-S P Attendu que là nommée Jeanne la Puceile, atteinte 
d'hérésie et relapse -, 'après ^voir confessé ses erreur^ en face de 
l'Église, y est retombée, coptfme il est résulté et résulte de sçs. dç- 
clarations, etc. En conséquence, nous vous mandons et enjoignons 
ex pressentent' à tous et chacun sur ce requis , Tun sans attendre 
l'autre ni s'excusant sur l'autre, d'avoir à biter ladite Jeanne à 
comparaître perjspnnelJement^aK-çlçyaijtiiQji.^ dejinaip )t huit heures 
du matin-^sur l£ lieu du. Vieux-Marché à Ifcuen, pour $e voir , par 
nous, ladite relapse, déclarer excommuniée et hérétique, et r^èèvoir 
les intimations accoutumées en pareil cas. Donné en la chapelle de 
la maison archiépiscopale de Rouen y le mardi 30 mai Tan du Sei- 
gneur 143t, après' la fête de ia Trinltéi.de Ni-S. Ainsi signé : 
G.Mumkon.O.BQScguillaume. « " >- p ! ' 

Exploit dt exécution de l'acte précédent. , . . . 

' A. ft.' P. en Dieu et seigneur M* r Pierre, etc., et vénérable et reli- 
gieuse personne frère Jean, etc^,Wotre humble J. Massieu^ prêtre, 
doyen de., la chrétienté de Rouen, révérence due avec toute obérisr 
sauce et honneur. Sachent vos, paternités, que je, en vertu de votre 
mandement à moi adressé, auquel ces présentes de moi sont an- 
nexées, j*ai cité personnellement une femme yulgairemen.t appelée 
la Puceile à comparaître personnelle ment devant vous, à ce jour 
demercreili après la fête de la Trinité du Seigneur, dernier jour de 
mai; 8 heures dirmatinj «au tieudu.Vfeux»-Mar€hé à Rouen,, selonia 
fqrme.etjteneur de^votre^it manderaentet selon qu'il m'était niandé 
• de faire,. Lesquelles ; choses pa^r moi ainsi faites, je; signifie à vos 
paternités par ces présentes, scellées de mon sceau. Donné l'an du 
Seigneur 1431, le mercredi' susênonce, a sept heures du' matin. 

Sentence définitive prononcée devant le peuple; 

v' Ensuite, le mêmejour, ver^neuf heures ,dû inàtin> nous 
jrçg^PQUs étant, rendus spr Je yieux-îBJi^ché, de Ro.u^ij^ 
présents et assistants^ v ,.«..,. - t ■.. 



MO SfcCOND JWBNSHT* f 1431 

Les évèques de Thérouandô et de Noyon, 

J. de Ch&tillon , J. Àlépée, 

À* Marguerie, P. de Houdenc, 

M. de Venderès, P.Maurice, 

R. Roussel, 6. Haiton* 

D. Gatinel , Le prieur de Longue* 

G. le Bouchier , ville , 

Th. de Courcelles, R. Gilebert (1), 

et beaucoup d'autres seigneurs et maîtres, ecclésiasti- 
ques (2); fut amenée ladite Jeanne par-devant nous, par J. 
Massieu , à la vue du peuple réuni en grande multitude , 
et placée sur un échafaud ou ambon. Pour l'admonester 
salutairement et édifier le peuple, une prédication solen- 
nelle a été faite par illustre docteur en théologie H e . N. Midi. 
Celui-ci a pris pour thème la parole de l'apôtre écrite au 
chap. XI de la 1" aux Corinthiens : « Si un membre 
souffre, tous les autres membres souffrent. » 

La prédication finie, nous avons de nouveau averti la- 
dite Jeanne qu'elle pourvût au salut de son àme; qu'elle 



(1) Le cardinal d'Angleterre, témoin de l'abjuration ( voy. ci-dessus p. 227), 
ne figure pas parmi les membres du tribunal présents sur la place du 
Vieux-Marché. Voyez Laverdy, Notice des mss. du procès, 1790,in-4° (p. 155, 
dans le tome III de la série académique), n° 111. 11 parait toutefois certain, 
d'après divers autres témoignages, que ce prélat assistait de sa personne au 
dénoûment final de ce drame. Voyez Histoire de Charles F//, t. II, p. 232, 
note 3, et Quicherat, Procès en Min, t. H , p. 6, et t. III, p. 185. 

(2) Un acte spécial fut dresé pour commémorer la condamnation de Jean- 
ne, et fut produit en justice lors du procès de réhabilitation (voy. Quicherat, 
Procès, etc., t. III, p. 377et suiv. ), Outre les témoins dénommés dans la liste 
ci-dessus, cet acte spécial énumère aussi Jean Lefèvre et Jean Garin 
(ibid., p. 386). Mais le cardinal d'Angleterre n'y figure pas nominativement. Ce- 
pendant, comme il vient d'être dit dans la note précédente, plusieurs textes, 
acquis à l'histoire, semblent attester bien positivement qu'il assista non- 
seulement au prononcé , mais à l'exécution de la sentence. 



r 



mai 30. J 56* ET DERNIERE sf AftCB. • ûii 

songeât à ses méfaits pour en faire pénitence avec vraie 
contrition. Nous l'avons exhortée de croire aux conseils 
des clercs et notables hommes qui l'instruisaient et ensei- 
gnaient touchant son salut ; spécialement des deux véné- 
rables frèresqui Tassistaientet que nous y avions commis, 
pour cet effet (1). Cela fait, nous évêque et vicaire, eu égard 
à ce qui précède, d'où il résulte que ladite femme, obstinée 
dans ses erreurs, ne s'est jamais sincèrement désistée de 
ses témérités et crimes infâmes ; que, bien plus et loin de 
là, elle s'est montrée évidemment plus condamnable, par 
la malice diabolique de son obstination , en feignant une 
contrition fallacieuse et une pénitence et amendement 
hypocrite, avec parjure du saint nom de Dieu et blas* 
phème de son ineffable majesté; attendu qu'elle s'est 
montrée ainsi, — comme obstinée, incorrigible, hérétique 
et relapse, — indigne de toute grâce et communion que 
nous lui avions miséricordieusement offertes dans notre 
première sentence; tout considéré, sur la délibération et 
conseil de nombreux consultants, nous avons procédé à 
notre sentence définitive , en ces termes. 

Au nom de Dieu, amen. Toutes les fois que le venin pestilentiel 
de l'hérésie s'attache à l'un des membres de l'Église, et le transfi- 
gure en un membre de Satan, il faut s'étudier avec un soin dili- 
gent à ce que l'infâme contagion de cette lèpre ne puisse gagner 
les autres parties du corps mystique de Jésus-Christ. Les préceptes 
des S. S. Pères ont en conséquence prescrit qu'il valait mieux 

(I) L'usage était, depuis le quatorzième siècle, de donner aux condamnés à 
mort, pour les assister, un ou deux confesseurs. Les ordres Mineurs et no- 
tamment les Dominicains, qui avaient pour ainsi dire au moyen âge la spé- 
cialité de la théologie, étaient le plus ordinairement chargés de ce touchant 
ministère. En ce qui concerne la Pucelle, ce ministère fut rempli par Isem- 
bard de la Pierre et Martin Lad venu , dominicains, assesseurs du procès, 
confrères du juge Jean Lemaitre. Ces trois moines doivent être rangés par 
Thistoire au nombre des moins mauvais, parmi les gens d'église et autres, 
qui participèrent à l'inique sentence. 

JBAN5E DARC. 16 



242 - - SECOND JUGEMENT, . 1*431 

séparer du milieu des justes les hérétiques endurcis que de réchauf- 
fer un serpent aussi pernicieux pour le reste des fidèles dans le sein 
de notre pieuse mère l'Église. C'est pourquoi nous, Pierre, etc , 
Jean, etc., juges compétents en cette partie, nous f avons déclarée, 
par juste jugement, toi, Jeanne vulgairement appelée la Pucelle, 
être tombée en diverses erreurs et crimes de schisme , idolâtrie, 
invocation des démons et beaucoup d'autres délits. Néanmoins, 
comme l'église ne ferme pas son sein au pécheur qui y retourne, 
nous, pensant que tu avais de bonne foi et sincèrement abandonné 
ces erreurs et critnes, attendu que certain jour tu lés à désavoués, 
que tu as publiquement juré, voué et promis de n'y plus retourner 
sous aucune influence ou d'une manière quelconque, mais que tu 
préférais demeurer fidèlement et constamment dans la communion 
ainsi que dans l'unité de l'Église catholique et du pontife romain, 
comme il est plus explicitement contenu dans ta cédule souscrite 
de ta propre main (1) ; attendu néanmoins que, après cette abjura- 
tion, séduite dans ton cœur par l'auteur de schisme et d'hérésie, 
tu es retombée dans ces délits, ainsi qu'il résulte de tes déclarations, 
ô honte ! itératives, comme le chien retourne à ce qu'il a vomi; 
attendu que nous tenons pour constant et judiciairement manifeste 
que ton abjuration était plutôt feinte que sincère. 

Par ces motifs, nous te déclarons retombée dans les sentences 
d'excommunication que tu as primitivement encourues , relapse et 
hérétique, et par cette sentence émanée de nous siégeant au tribunal, 
nous te dénonçons et prononçons, par ces présentes, comme un 
membre pourri, qui doit être rejeté et retranché de l'unité ainsi que 
du corps dé l'Église, pour que tu n'infectes pas les autres. Comme 
elle, nous le rejetons, retranchons et abandonnons à là puis 1 
sandé séculière, en priant cette puissance de modérer son jugement 
envers toi en deçà de la mort et dé la mutilation des membres (2); 
priant aussi que le sacrement dé pénitence te soit administré, si 
ënloi apparaissent les vrais signes du repentir (3). 



(1) Il manque ici une proposition incidente pour relater la sentence de mi* 
tigation.. , 

(2) Fqmule de style empruntée au adroit canonique et. puis^edans, un prin- 
cipe ér^emmentlouable. et remarquable,; mais qui, devenue lettre morte, 
constituait un hypocrite et odieux non-sens. Voy. ci-dessus page 20a 1 <note,3. 

(3) Suit la sentence spéciale ; d'excommunication, que nous supprimons pour 
abréger ; sentence dont le commencement avait été lu à Jeanne par l'évoque et 



r 



mai ao.J exécution. 243 

Ici se terminent, & proprement parler, les écritures du 
Procès de condamnation. 

Ecclesia àbhorret à sanguine (l'Église a horreur du 
sang). A raison de ce précepte, les juges d'inquisition 
étaient censés ignorer ce qui advenait du condamné, 
une «fois qu'ils Pavaient abandonné au bras séculier, 
c'est-à-dire au bourreau et au bûcher. Le procès s'arrête 
donc ici et se tait complètement sur l'exécution. 

L'horrible supplice eut lieu, comme on sait, ce même 
jour et séance tenante. 

Plus de trente ans après celte exécution , quelque clerc, 
ou greffier de la ville de Ilouen, consignait par écrit une 
formule, appelée chronogramme, et destinée à perpétuer 
dans l'esprit de ses concitoyens le souvenir du millésime, 
ou de la date à laquelle avait eu lieu cet événement. 
Voici ce qu'on lit à la suite d'une chronique de Norman- 
die, grand et riche manuscrit sur vélin, exécuté vers 
1V65 pour Téchevinage de Rouen, dont il porte tes armes : 

« Pour savoir Tan quant la Pucelle fu arse à Rouen, prenés les 
lettres servans à fère nombre, dessers qui suivent: 

SVB HENRICO REGNANTE ÎN FrANCIa, 

CoMbVsïa fVIt ImIVste pVeLLa(I). 



interrompue par l'abjuration dans la séance publique du 24 mai. (Voy. ci- 
dessus, p. 229. ) Les termes de cette sentence se confondent presque iden- 
tiquement avec ceux de la sentence définitive, en cause de rolapx, qu'on 
vient de lire. L'acte se termine par l'attestation ou légalisation des trois no- 
taires et leur signature : G Manchon, G. Boscguillaume. N. Taquet. 

(i)En français : La Pucelle fut injustement bridée sous Henri régnant 
en fronce. Si l'on cherche les lettres numérales de l'inscription latine , on 
trouvera un M, qui signifie 1,000; trois C, qui font 300; deux L ou deux 
fois cinquante, qui valent 100; cinq U ou V, = 25, et six I ou unités. Ces 
nombres réunis ensemble, ou additionnés, forment le millésime à se rappeler, 
1431 . ( Ms. fr. de la Bibliothèque impériale , n° 2623, fol. 115.) 



1C. 



r 



PIÈCES COMPLÉMENTAIRES. 



Sous ce titre (1), l'instrument authentique du procès est 
suivi de quelques pièces non authentiques et que les gref- 
fiers refusèrent de valider, tandis qu'ils avaient consenti 
à attester les précédentes. 

Ce sont des suppléments d'instruction et des protesta- 
tions diverses. Ce qui en résulte de plus clair, c'est que 
les juges eux-mêmes se sentaient mal à Taise, au sein de 
leur succès de fait et de leur impunité victorieuse. Ils es- 
sayaient par là de se rassurer eux-mêmes contre la voix 
de leur conscience et contre la justice inconnue de l'avenir. 



I. 

1431 juin 7. Information faite, après r exécution, sttr diverses pa- 
roles qu'elle {Jeanne) dit à sa fin et en P article de la mort (2). 

Item, le jeudi 7 juin de la même année 1431, nous, juges, avons 
fait, de notre office, certaines informations, touchant plusieurs 
discours que feue Jeanne avait tenus en présence de témoins di- 
gnes de foi, elle étant encore en prison, avant d'être emmenée en 
jugement (le jour de l'exécution). 

Et d'abord vénérable et circonspecte personne maître Nie. de 
Venderès, licencié en droit canon, archidiacre d'Eu en l'église de 
Rouen, âgé de cinquante-deux ans ou environ, témoin produit, 
juré, reçu et examiné le dit jour, a dit par son serment que le 
mercredi 30 mai, veille de la fête de l'Eucharistie de N rtre Seigneur . 
Jésus-Christ, dernièrement passée , ladite Jeanne étant encore dans 
les prisons où elle était détenue , au château de Rouen, dit que, at- 

(1) En latin : Quedam acta posterius. 

(2) Celte pièce et les autres qui suivront sont traduites du latin, à l'ex- 
ception de la troisième, dont nous reproduirons le texte original. 



• x 



246 PIÈCES COMPLÉMENTAIRES. 

tendu que ses voix lui avaient promis d'être délivrée des prisons, 
et voyant le contraire, elle apercevait et voyait qu'elle avait été et 
était trompée par elles. 

Item, ladite Jeanne disait et confessait qu'elle avait vu et en- 
tendu de ses propres yeux, de ses propres oreilles , les voix et ap- 
paritions dont il est parlé au procès. Et à ce furent présents nous 
juges devant dits, maîtres Pierre Maurice, Thomas deCourcelles, Ni- 
colas Loyseleur, frère Martin Ladvenu, Jean Toutmollié et M. Jacques 
le Camus, avec plusieurs autres. 

Frère Martin Ladvenu, prêtre, de l'ordre des F. F. prêcheurs, 
âgé de trente-trois ansou environ, témoin etc. (comme ci-dessus), dit 
et dépose que ladite Jeanne, le jour où la sentence fut exécutée 
contre elle, le matin avant d'être menée au jugement, en la pré- 
sence de M w P. Maurice, N. Loiséleur, et du dit Toutraoullié, con- 
frère de lui qui parle, dit et confessa connaître et savoir qu'elle 
avait été trompée par ses voix, attendu quç les dites voix lui 
avaient promis qu'elle serait délivrée et expédiée des prisons, et I 
qu'elle voyait bien le contraire. 

Interrogé qui mouvait ladite Jeanne à tenir ce langage, d dit 
que lui qui parle, M C8 P. Maurice et N. Loiséleur, exhortaient Jeanne 
au salut de son àme et lui demandaient s'il était vrai qu'elle eut 
eu ses voix et apparitions, et la dite Jeanne répondit que oui. Elle 
continua dans ce propos jusqu'à la fin. Toutefois, elle ne déterrai- \ 
nait pas avec précision (autant du moins que l'entendît lui qui 
parle), dan* quelle forme (1) elles venaient , si ce n'est, du mieux t 
qu'il se rappelle, qu'elles venaient en grande multitude et en quan- 
tité minime $). De plus, il a entendu alors dire et confesser par la 
même Jeanne que, du moment que les gens d'église tenaient et 
croyaient que si quelques esprits venaient à elle, ils venaient et 
procédaient de malins esprits, dès lors elle tenait et croyait 
comme ces ecclésiastiques , et ne voulait plus ajouter foi à ces es- 
prits. Ladite Jeanne, autant qu'il semble à lui qui parle, était alors 
saine d'esprit» 

Item y le même jour, il a entendu dire et confesser à Jeanne que, 
malgré ses confessions et réponses dans lesquelles elle s'était vantée 
qu'un ange de Dieu avait apporté une couronne à celui qu'elle 



(1) In qudspecie. 

(2) C'est-à-dire : tantôt en très-grand nombre et tantôt par deux ou trois? 



DERNIERS MOMENTS DE JEANNE. 247 

appelle son roi, lequel ange l'avait elle-même accompagnée, avec 
beaucoup d'autres développements plus longuement contenus dans 
le procès , néanmoins, spontanément , non contrainte, elle dit et 
confessa que, quoi qu'elle eut dit et avancé là-dessus, aucun ange, 
cependant, n'avait existé, qui apporta ladite couronne; mais 
qu'elle-même Jeanne avait été l'ange qui avait apporté ladite cou- 
ronne; qu'elle avait dit et promis que si on- la mettait enœ'uvre* elle 
le ferait couronner à Reims; et qu'aucune autre couronne n'avait 
été apportée de la part de Dieu , quoi qu'elle eût dit et affirmé au 
procès, touchant cette couronne, le signe, etc. (i). 

Vénérable et discrète personne M e P. Maurice, professeur de 
sainte théologie , chanoine de Rouen , âgé de trente-huit ans ou en- 
viron, témoin, etc., dépose que le jour susdit, au matin, s'étant 
rendu auprès de Jeanne pour l'exhorter au salut de son âme, il lui 
a entendu* dire, au sujet de l'ange, etc., qu'elle-même était cet ange. 
Interrogée sur la couronne que l'ange lui promettait et de la mul- 
titude d'autres anges qui l'accompagnaient, elle répondit que oui et 
qu'ils lui apparaissaient sous la forme de très-petites choses (â). 

Interrogée finalement par|lui qui parle si l'apparition était réelle, 
elle répondit que oui et qu'ils lui apparaissaient réellement, soit que 
ce fussent de bons esprits ou de mauvais, disant ainsi en français : 
soient bons, soient mauvais esperitz, Hz me sont apparus. Disait 
aussi ladite Jeanne qu'elle entendait ces voix principalement à Com- 
piles (3) quand les cloches sonnaient , et aussi je matin, encore au 

— r — ' - ' ♦ . — ." • ■ ' ;> ". , ' m i . < ■ j , ;i , ' ..,;.,.' ,- , ;. 

(1) Autant que nous en pouvons juger par cette pièce, Jeanne, en pré- 
sence de la mort, se sentait troublée par dès scrupules au sujet de ce qtf èHe 
avait dit touchant cette faineuse particularité" du signe et de la couronne. 
Au point de vue de l'idéal poétique , Jeanne (si, dans sa modestie , elle a 
tenu réellement ce langage ) , Jeanne n'a fait que devancer le sentiment de 
la postérité. Jeanne est bien pour nous et demeurera l'ange qui apporta 
divinement a Charles VTI sa couronne perdue , et à la France le signe 
définitif de la nationalité. — Mais au point de vue de la réalité des faits , 
dans quel esprit et dans quel seus intime produisit-elle nux débats cette 
fiction , qu'elle devait rétracter ?... Nous nous en rapportons là-dessus à ce 
que nous avons dit précédemment page 160, note 1 et passim. 

(2) Cette figuré s'explique à l'esprit , lorsqu'on se rappelle ces orbes d*an- 
• ges et d?archanges qui peuplaient par myriades la théogonie] du moyen 

âge et qui ornent en perspective les tableaux de Fouquet et autres mi- 
niaturistes du quinzième siècle. 

(3) Le dernier office du jour. 



248 PIÈCES COMPLÉMENTAIRES. 

son des cloches (i). Et lui qui parle disant qu'il apparaissait bien 
que c'étaient de malins esprits qui lui avaient conseillé son entre- 
prise et qu'elle avait été trompée, il lui entendit dire que : « Si 
c'étaient de bons ou de malins esprits, » elle s'en référait là-dessus 
aux gens d'Église. Autant qu'il lui semble, en disant cela, elle était 
saine de sens et d'esprit (2). • 

Frère Jean Toutmoulljé, prêtre , de l'ordre des Prêcheurs, vingt- 
quatre ans, etc., ledit mercredi, etc., lui qui parle avait accompagné 
auprès de Jeanne F. Martin Lavenu son confrère , pour l'exhor- 
ter, etc. P. Maurice l'avait précédé : Fr. Jean lui entendit dire que 
Jeanne avait dit et confessé touchant la couronne que ce n'était 
que fiction ; qu'elle-même était l'ange. Ledit maître Pierre faisait 
ce récit en latin (3). 

Jeanne fut ensuite interrogée de ses voix et apparitions. Elle ré- 
pondit qu'elle entendait réellement ses voix, principalement lors- 
qu'on sonnait les cloches à Corn plies et à Matines. Elle fit cette ré- 
ponse après que M e Pierre lui eut dit que diverses personnes, lors- 
qu'elles entendent sonner les cloches, croyent ouir et comprendre 
des paroles (4). 

Elle ajoutait que ces apparitions lui venaient tantôt en grande 



(1)11 est établi par l'histoire que Jeanne, tout enfant, était particulière- 
ment sensible à l'harmonie , si pénétrante , de la cloche chrétienne vibrant 
dans l'air. Elle subventionnait de ses présents et de ses caresses enfantines 
le valet d'église qui à Greux , sa paroisse , était chargé de sonner les cloches. 

(2) Ainsi deux chefs , deux articles se reproduisent uniformément dans cet 
interrogatoire et ont servi de plan ou de questionnaire à cet assemblage de 
dépositions commandées. D'une part Jeanne se soumet, s'incline, se repent; 
elle déclare que ses visions sont vaines, qu'elle a menti en les alléguant. De 
l'autre , elle maintient qu'elle a eu réellement des visions. La mauvaise foi 
des auteurs de ce programme se trahit ici par la contradiction. 

(3) Jeanne,' par conséquent, ne pouvait pas contrôler ce témoignage 
qu'on portait pour ainsi dire en son nom. 11 convient toutefois d'observer que 
les clercs entre eux, depuis l'école où on les y accoutumait , parlaient habi- 
tuellement latin. 

(4) Ou des chants. Il y a dans le texte : « Hora completorii et matutina- 
rum; quamvis sibi fuisse t pro tune dictum per dictum magistrum Petrum 
quod aliquando Domines , audiendo pulsum campanarum , credebant audire 
et intelligere aliqua verba. » Cette éloquence des cloches est notamment at- 
testée par des inscriptions qu'elles-mêmes portaient quelquefois , fondues en 
relief sur leurs flancs : Deum cano, etc., etc. 



r 



DERNIERS MOMENTS DE JEANNE. 249 

multitude, tantôt en minime quantité, ou de minime proportion, 
tantôt sans qu'elle en déclare la forme ni figure. 

Item, que après l'arrivée d'autres témoins, nous, évêque susdit 
(Pierre Cauchon), en présence de M. le vicaire de l'inquisition, nous 
dîmes à Jeanne en français : « Or ça, Jehanne, vous nous avez 
toujours dit que vos voix vous disoient que vous sériés délivrée et 
et vous véez maintenant comment elles vous ontdéceue; dites- 
nous maintenant la vérité. a Et alors Jeanne à ce répondit : « Vraie- 
ment, je voy bien qu'elles m'ont déceue. » Il ne lui a rien entendu 
dire de plus, si ce n'est qu'avant l'arrivée de nous, juges, dans la 
prison, Jeanne, interrogée sur ses apparitions, dit : Je ne sçay ; 
je m'en actens à ma mère r Église » ou : « à entre vous, qui estes 
gens d'Église. » Et comme il lui semble, Jeanne était saine d'esprit;, 
même il lui entendit avouer de sa propre bouche qu'elle était saine 
d'esprit (1). 

M. Jacques le Camus, prêtre, chanoine de Reims (2), cinquante- 
quatre ans, etc., dépose : 

Ledit mercredi, lui qui parle accompagnait l'évèque (P . Cau- 
chon). Jeanne disait publiquement et proclamait à haute voix que 
ses apparitions lui avaient promis de la délivrer; qu'elle voyait bien 
qu'elle avait été déçue et que par conséquent ce n'étaient pas de 
bonnes voix , ni de bonnes choses. Peu après, elle se confessa à 
Fr. Martin de l'ordre des Prêcheurs. Après la pénitence et la confes- 
sion, le frère voulant lui administrer l'Eucharistie et tenant l'hostie 
consacrée dans ses mains , lui demanda : « Croyez-vous que ce soit 
ici le corps du Christ? » Elle répondit que oui « et le seul, ajoutâ- 
t-elle, qui peut me délivrer ; je demande qu'il me soit administré. » 



(1) Cette formule légale et de style : « elle était saine d'esprit », re- 
vient dans ces actes avec une sorte d'insistance remarquable. — Qu'on se 
figure , en effet , cette jeune fille , à celte heure suprême , abandonnée de son 
roi, de son parti, de ses illusions les plus vives, les plus chères; de ses 
saintes, au ciel ; de ses amis , sur la terre ; seule , entourée de ces juges , de 
ces docteurs, de ces démons qui semblaient être l'intelligence et la subtilité 
scholastiques incarnées pour l'assiéger, la persécuter et la perdre. Qu'on se 
la figure enfin livrée pieds et poing» liés pour être , à vingt ans , brûlée ! — 
Ne fallait-il pas à cette jeune femme une force morale et intellectuelle bien 
énergique pour rester, comme ils le répètent, « saine d'esprit! » 

(2) A ce titre conseiller et auxiliaire, du moins au spirituel, de R. de 
Chartres , chancelier de France et archevêque de Reims. 



250 PtÈCES COMPLÉMENTAIRES. 

Le frère dirait ensuite à Jeanne : a Croyez- tous encore à ces voix? * 
Elle répondit : Je crois à Dieu.seul et ne veux piusajouteç foi à ces 
voix, puisqu'elles m'ont trompée! 

M e Thomas de Courcelles, maître es arts et bachelier formé en 
théologie ; trente. ans. H a entendu et compris (aux mêmes lieu et 
heure) que nous demandions à Jeanne si, ses voix ne ,lul avaient 
pas promis de la. délivrer. Elle. répondit que ses voix le luj avaient 
promis et lui avaient dit qu'elle y comptât (I). . 

Jeanne ajouta, pour le sens, au jugement du témoin : Je vois bien 
que j'ai été trompée. Et alors, nous évèque susdit, continue le 
témoin , nous dîmes à Jeanne qu'elle pouvait bien voir que ces 
voix n'étaient pas de bons esprits et ne venaient point de Dieu; car 
s'il en était ainsi, ils n'auraient jamais dit la chose qui n'est pas, 
ou menti (2). 

M 6 Nicolas Loiselleur M e es arts , chanoine de Rouen et de Char- 
tres, quarante ans, témoin juré (3). etc., dépose. 11 était venu à la 
prison pour exhorter Jeanne, etc. Requise de dire la vérité sur cet 
ange qu'elle avait dit dans son procès avoir apporté une couronne 
très-précieuse et d'or pur à celui qu'elle appelle son roi ; qu'elle 
ne célàt plus la vérité, car elle n'avait plus qu'à songer au salut 
de son âme; lui qui parle ou it dire à Jeanne que. 'c'était elle qui 
avait annoncé la couronne, qu'elle-même fut l'ange et qu'il n?y 
en eut pas d'autre. 

Alors on lui demanda si une couronne avait été réellement re- 
mise à son roi. Jeanne répondit qu'elle avait seulement prorats à 
son roi de le faire couronner et qu'il n'y eut autre chose. . -, . %i 

Jeanne, en outre,, dit plusieurs fois, en présence de nous, évèque, 



( I ) Et quod faceret bonum v ultam. 

(2) Cette déposition , quoiqu'elle n'olTre ren de saillant en elle-même , 
appelle une attention particulière. Le témoin était bachelier formé, c'est-à- 
dire encore sur les bancs de l'école , et âgé de trente ans: Thomas de Cour- 
celles , esprit éminemment subtile , type aujourd'hui perdu , caractère moral 
étrange et problématique. Ce jeune homme, fanatique et modeste, qui votait, 
les yeux baissés, la torture et fc 'bûcher, lut un îles docteur* les plus re- 
nommés de son temps. Désigné par Caùchon , de main de maître , ce fut lui 
qui tint.ia plume, et c'est la rédaction de Courcelles , sa pensée, son latin , 
son œuvre ( l'œuvre du beau procès ) que nous traduisons. ' 

(3) Témoin juré ou assermenté. Voy. ci- après la note consacrée à ce per- 
sonnage et à sa déposition , p. 25 i, note 2. ' ' ' ' . 



r 



DERNIERS MOMENTS DE JEANNE. Sol 

des deux dominicains et d'autres témoins, qu Vile avait eu réelle- 
ment des révélations et apparitions d'esprit ; qu'elle en avait été 
déçue, etc., etc» ( comme ci-dessus). 

Item lui qui parle exhorta Jeanne, pour enlever l'erreur qu'elle 
avait semée dans le peuple, de déclarer publiquement qu'elle l'a- 
vait trompé, ayant été trompée elle-même, en ajoutant foi à ces 
révélatipns et en les propageant; de quoi elle demandait humble- 
ment pardon Jeanne répondit qu'elle le .ferait volontiers , mais 
qu'elle n'espérait pas s'en souvenir, lorsqu'il en serait besoin, 
c'est-à-dire lorsqu'elle serait en jugement public (i); priant son 
confesseur de le lui rappeler, ainsi que les autres choses relatives 
au salut de son âme. D'où, et de plusieurs autres indices, il résulte 
pour le témoin que Jeanne alors était saine d'esprit; donnant alors 
de grands signes de pénitence et de contrition pour les crimes 
qu'elle avait commis. Tant en prison qu'en présence de plusieurs, 
et sur le lieu de l'exécution , le témoin entendit Jeanne, avec grande 
contrition de cœur, demander, pardon aux Anglais et Bourgui- 
gnons de ce que, ainsi qu'elle, l'avouait, elle les avait fait tuer, 
chasser, et leur avait causé maint préjudice (2). 



(i) Sur le :; lieu de l'exécution. 

(2) Jeanne a-t-elle pu. tenir, a-t-elle tenu ce langage? a-t-elle.pris de pa- 
reils engagements? Si elle les avait pris, elle les aurait tonus. Or rien de 
semblable ne nous est attesté par l'histoire. Nicolas ^Loyseleur, sur le théâtre 
même de l'exécution et ailleurs , dans ce procès , joua un rôle qu'il importe 
de rappeler ici. N. Loiselcur, ami particulier' de Caiichon et de Nie. Midi', 
créature vouée aux Anglais, s'était introduit aujrès de Jeanne et avait 
trahi sa 'confession. Lorsque Jeanne fut conduite au supplice, la conscience 
dé Loiseietf t s'émut ; 16 drame 1 «fui s'accomplissait suscita ses' remords et 
lui arracha des larmes. Il voulut monter sur la charrette qui portait la 
victime et ùnpvoreit d'elle- son. pardon. Mais les Anglais , témoins de cette 
scène ♦ s'ameutèrent contre lui en la- menaçant. <N. Lojseleur courut cher- 
cher un refuge eu la demeure du comte. 4e Warvyick, qui Le protégea. Qn 
verra tout à l'heure l'exemple d'un dominicain qui Tut également menacé , 
. intimidé pour avoir exprimé un blâme contre les juges et finalement con- 
traint à se désister. Loiseleur, après le procès , conserva la faveur des An- 
glais. Selon toute apparence, il se trouva dans lé même cas que ce domi- 
nicain. 11 acheta son pardon au prix d'un neuveaùj parjure ( voy. ci-dessus, 
p. 250, note 2) : après avoir trahi la confession de Jeanne vivante, il porta 
-contre Jeanne morte un faux témoignage. 



252 PIÈCES COMPLÉMENTAIRES. 

n. 

1431, juin 8. Manifeste adressé par le roi notre sire (1) à rem- 
pereur, aux rois, aux ducs et autres puissances de toute la chré- 
tienté. 

Votre majesté impériale , — roi sérénissime et notre très- 
cher frère (2), — est connue par son zèle ardent et assidu pour 
maintenir, l'honneur de la foi catholique et la gloire du nom de 
Jésus-Christ. Vos efforts illustres et votre généreuse protection 
s'appliquent sans relâche à défendre le peuple fidèle et à com- 
battre la malice des hérétiques. Vos esprits exultent donc d'une 
grande joie chaque fois que dans le monde la foi sacrosainte est i 



exaltée et que les erreurs pestilentielles sont étouffées. Ces motifs 
nous engagent à mander par écrit à votre sérénité la juste puni- 
tion qu'une mensongère divinatrice a récemment subie, pour ses 
démérites , dans notre royaume de France. 

Une femme, en effet, avait surgi, d'une présomption merveil- 
leuse, que le vulgaire appelait la Pucelle, et qui, au mépris de la 
décence naturelle, vêtue en homme, armée militairement, s'ingé- 
rait audacieusement de massacrer des hommes dans des batailles 
et combats. Son outre-cuidance s'avança au point qu'elle se vanta 
d'être envoyée de Dieu pour entreprendre les luttes guerrières et 
d'avoir vu lui apparaître Michel , Gabriel , ainsi qu'une multitude 
d'autres anges, en compagnie des saintes vierges Catherine et Mar- 
guerite. Durant une année entière, environ, cette femme séduisit le 
peuple de proche en proche,* si bien que la plupart des hommes 
s'égarant de la vérité par des on dit, donnaient créance aux récits 
fabuleux qui se débitaient sur le compte de cette femme supersti- 
tieuse, et que la rumeur publique propageait en quelque sorte 
dans le monde entier. Enfin la divine providence , par pitié pour 
son peuple, qu'elle voyait se jeter trop légèremeut dans ces crédu- 
lités nouvelles et très-dangereuses, avant de s'assurer que l'esprit 

(1) Henri VI. 

(2) Cette copie ou teneur est rédigée en forme de protocole. Elle repro- 
duit ici la formule initiale du.salut des lettres que le roi de France (et 
d'Angleterre ) adressait à l'empereur, roi des Romains , et son frère, comme 
souverain. Pour les rois et autres puissances, Pépithète : impériale, était 
seule changée. 



MANIFESTE D'flENIU VI* 253 

d'où elles procédaient était bien l'esprit de Dieu, la divine pro- 
vidence fit tomber cette malheureuse (1) en nos mains et en notre 
pouvoir. Quoiqu'elle eût causé à notre nation plus d'un préjudice, 
ainsi qu'à notre royaume, et qu'à ce point de vue elle eût encouru 
des peines sévères , nous avons toutefois repoussé l'idée de venger, 
devant cette juridiction, l'injure commise, et de la livrer immédia- 
tement à la justice temporelle. Nous avons été, en effet, requis par 
Tévèque du diocèse où elle avait été arrêtée, de la rendre à la juri- 
diction ecclésiastique, pour être jugée, attendu les crimes graves et 
scandaleux contre la foi orthodoxe et la religion chrétienne, dont 
elle était accusée. Aussitôt, comme il convient à un roi chrétien, mû 
d'un respect filial envers l'autorité ecclésiastique , nous l'avons re- 
mise au jugement de notre sainte mère l'Église et à la juridiction 
dudit prélat. Celui-ci, avec une grande solennité et une honorable 
gravité, à l'honneur de Dieu et à la salutaire édification du peuple, 
de concert avec le vicaire de l'inquisiteur de la perversité héré- 
tique, adjoint à la cause , a déduit sur cette affaire un très-célèbre 
procès (2). Après avoir consacré de nombreuses séances à interroger 
cette femme, les dits juges ont fait examiner ses aveux et assertions 
par les docteurs ou maîtres de l'université de Paris, et autres 
hommes très-lettrés , et s'assurèrent par leure délibérations ainsi 
obtenues (3) que cette femme était superstitieuse, divinatrice , ido- 
lâtre, invocatrice de démons , blasphématrice envers Dieu , les 
saints et saintes, schismatique et pleine d'erreurs en la foi du 
Christ. Or, afin que la misérable pécheresse fut purgée de tant 
et de si pernicieux crimes, et que son âme fût guérie de ces 
atteintes mortelles , elle fut admonestée fréquemment et par bien 
des jours, à l'aide d'exhortations charitables, pour que, rejetant 
toute erreur, elle entrât dans le droit chemin de la vérité et se 



(1) MuHerculam. 

(2) Pierre Cauchon est le véritable auteur de cette lettre. U serait aisé de 
le reconnaître, à la seule image (peu modeste)) qu'il trace du procès , dont 
U fut également l'auteur. 

(3) Pierre Cauchon nous dévoile ici l'une des manœuvres et des habiletés 
qu'il avait conçues. C'était d'abriter les juges de Rouen , délibérant en pu- 
blie (et sous les guisarmes des Anglais), derrière l'avis doctrinal de l'uni- 
versité de Paris; celle-ci, délibérant à huis clos et envoyant pour ainsi dire 
sous la forme de dépêche une sentence toute prête. Voyez sur ce point His» 
foire de Charles Vil , t. II, p. 212 et suivantes. 



254 PIÈCES COMPLÉMENTAIRES. 

préservât du grave périt qtfet)e< Courait de son 5 corps et de son 
âme. •" •«•.:■•■:. ï .,-.•.'• . . •• ;« • 

Mais l'esprit d'orgueil avait tellement occupé sort esprit, 
que tes saines doctrines et tes salutaires eoirseiïs ne [turent amol- 
lir son ccfcur de ferj'fcoiti de là, elle se vantait Constamment d'a- 
voir fait tous ses actes > du mandement de Dieu et des sainteà vier- 
ges à' elle apparues Visiblement. Ce qui était pire encore; elle ne 
reeonnaissahaucun juge ici-bas; ne Voûtait se soumettre à aucune 
autbrité,si ce n'est à Dleïi et aBxVèiénbeûreux triomphants d£hs le 
èie* ; repoussant l*â«rto*ité dé notre seigrïéu* le souverain pontife, 
du concile général et de toute PÉgltëè mtfitawte. - 
• témoins de cet efldûrMssfrttehtjMesjijg^iufedrt^xitèfrent cette 
femme en présence du peuple; sës>erretfrs publiquement déclarées 
et les monitions finales prononcées, îà sentence de condamnation 
commença d'être *lue. v Mais àvantque-ceU^'feeturë fût achevée, cette 
femme changea sori propos, annonçàrit qu'elle allait entrer dans une 
meilleure voie» Les- juges ouvrifeni Mors leur cœur à une sainte joie, 
espérant avoir racheté de la perdition son corps et son âme. Ils prê- 
tèrent une oreille -favorable à la déclarante, qui se soumit ators à 
l'autorité de l'Église, révoqua ses erreurs, abjura de vive voix ses 
crimes pestilentiels « souscrivant de sa propre main 1 la cédulede 
cette révocation et abjuration. , 

C'est ainsi que notre pieuse mère TÉgfîsë, réjouie de voir la 
pécheresse pénitente; et ramenant au 'bericàll là brebis quelle 
avait trouvée errante au désert, là mit en prison frour y faire 
une salutaire pénitence. Mais le feu de son orgueil,' qui Sem- 
blait étouffé, ranimé par les souffles du démon, è*émbra£a de 
flammes pestilentielles : la malheuréûàe femme retourna aux er- 
reurs et aux faussetés malsaines qu'elle avait antérieurement vo- 
mies. Enfin, conformément aux sanctions ecclésiastiques, afin que 
désormais elle n'infectât pas les autres membres du Christ, elle fut 
abandonnée à la justice séculière, qui décida que sdri corps serait 
brûlé:, Voyant donc èà fin qui àpffrbfctfart , là misérable reconnut 
ouvertement, elle con fessa plâinement que ces esprits qu'elle af- 
firmait lui être apparus maintes fois visiblement, étaient des esprits 
malins. et menteurs.. Elle avoua aussi que sa délivrance de prison 
lui avait.été faussement promue par ces esprits , qui l'avaient ainsi 
abusée et, trompée. > 

Telle fut rissue> telle fut la fin de cette femme, ô roi sérénis- 
sime. Nous avons cru devoir en consigner ici le témoignage, afin 



LETTRE DU :MBME ADJ PRKiATS. 2S5 

que. votre fcautëasey eomiaisàiant de- source -eerta'me le fait et la 
sortie >(1) de -celte fei»iBe[d n monde des; vivants], prisse en pro- 
pager la notion. Il y aune chose en effet, que nous pensons par- 
ticulièrement nécessaire aux peuples fidèles; c'est que par Votre 
Sérénité et par les autres pripces, tant ecclésiastiques que sécu- 
liers^ l^s.peu^escathoUque^soient induite soigneusement à ne pas 
croire légèrement à des superstitions et à des frivolités erronées; 
surtout en ces temps actuels, où flous, .voyous surgir en diverse? ré- 
gioris>tas cTun faux; prophète et semeur d'hérésies ('2), qui, dans 
leur impudente audace à Rencontre de notre sainte mère l'Église, 
infecteraient peut-être tout le peuple du Christ, si la miséricorde 
céleste et 'ses fidèles ministres ne s'appliquaient avec une diligente " 
tfîgittace à rejtousser et à- punir les efforts de ces gommes ré- 
prc^avés.-' •-*"•-• >!"•'-'* - -=■-'""- w< • ' :: ! ' - ; ' ' • * <*•'<■•> ■ • • '■'-"■ 

• ©aigne l Jéàus*€brfet 'conserver^ VotreîHautesse^ roi séréntssime , 
à la défende de son Église et de la religion chrétienne , durant de 
longs jours, avec prospérité ainsi que l'accomplissement de vos dé- 
sirs. Donné à Rouen, le huitième jour de juurHBi. " v * k ** "« ■*•'• 

1431, juin 28. Autre lettre (3) vit circulaire adressée par le roi nbtre 
'siré aux prélats d'Église t ducs, comtes et autres nobles et aux 
cités de son royaume de France. 

Révérend père en Dieu, il est assez commune renommée^ \& 
comme partout divulguée, comment celle femme qui se fesôit ap- 

(1) « Ac de èjus mulieris egressu cœteros infôrntare posset' regia "Vestra 
celsitudo. w Les juges « charitables » de Jeanne, qui abandonnèrent son 
corps au bras séculier « en le priant de la traitel doucement », étaient par- 
dessué tout préoccupés de la faire mourir.' Qu'elle mourût, et qu'il n'y eût 
stn" ce sujet aucun doute pour personne ; tel était leur principal souci; on 
le voit par ee passage. ■'•*'■ 

(2) -Véy*. CHJessuç,, gage 46$^ note, 1 ,- /et, d. 23\, fm de la note. 

(3) Cette lettre, comme on verra, ne diffère guère de la précédente que 
par les formules d'envoi et la date. Nous reproduisons, pour plus de lu- 
mière ^.ces, deux pièces. La pièce n° II pourra servir 5 de tradutt on, 
non-seulement au texte latin de l'original., mais encore à la pièce n° III, con- 
çue en français du quinzième siècle. Monstrelet , livre H, chapïtre.105 ('édi- 
tion d'Arcq, 1860, tome IV, p. 442 ), et Georges Ghastellain, (édition Letten- 
bové Bruxelles, 1863,in-8°, t. II, p. 204 et suivantes), ont reproduit le même 
document , d'après l'exemplaire adressé au duc de Bourgogne. 



256 PIÈCES COMPLÉMENTAIRES. 

peller Jehatfne La Pucelle, erronée divineresse , s'es^oit, deux ans 
jà et plus, contre la loy divine et Testât de son sexe féminin, vestue 
en habit d'omme, chose à Dieu abhominable, et en tel estât trans- 
portée devers nostre ennemi capital, auquel et à ceulx de son parti, 
gens d'église, nobles et populaires , donna souvent à entendre 
qu'elle estoit envoiée de par Dieu, en soy présumptueusement van- 
tant qu'elle avoit souvent communication personnelle et visible par 
saint Michiel et grant multitude d'angles et de saintes de Paradis, 
comme sainte Katherine et sainte Marguerite ; par lesquels f aulx don- 
nez à entendre, et l'espérance qu'elle promectoitde victoires futures, 
divertit pluseurs cueurs d'ommes et de femmes de la voye de vérité» 
et les convertit à fables et mensonges. Se vesti aussi d'armes appli- 
quées pour chevaliers et escuiers, leva estandard, et en trop grant 
oultrage, orgueil et présumpcion, demanda à voir et porter les très 
nobles et excellentes armes de France, ce que en partie elle obtint, 
* et les porta en pluseurs conflictz et assaulx, et ses frères, comme 
l'on dit ; c'est assavoir ung escu à champ d'asur avec deux fleurs 
de Hz d'or, etune espéela pointe en bault, férue en une couronne (4). 

En cest estât, s'est mise aux champs, a conduit gens d'armes et 
de trait en exercite et grans compaignies, pour faire et exercer 
cruaultez inhumaines, en respendant le sang humain, en faisant 
séditions et commocions de peuple, le induisant à parjuremens et 
pernicieuses rébellions, supersticions et faulse créance, en pertur- 
bant toute vraye paix et rcnovellant ( renouvelant) guerre mortelle, 
en se souffrant adourer et révérer de pluseurs, comme femme sainc- 
tifiée, et autrement, dampnablement, ouvrant (opérant) en divers 
cas longs à exprimer, qui toutevoies en pluseurs lieux ont esté assez 
congneuz, dont presque toute la chrestienté a esté fort scandalizée. 

Mais la divine puissance aiant pitié de son peuple loyal, qui ne 
l'a longuement laissié en péril ne souffert demourer en vaines, pé- 
rilleuses et nouvelles crédulitez où si légièremeht se mectoit, a voulu 
permettre, de sa grant miséricorde et clémence, que ladicte femme 
ait esté prinse devant Compiengne, et mise en nostre obéissance et 
domination. 

Et pour ce que dès lors feusmesrequis par l'évesque ou diocèse 
duquel elle avait esté prinse, que icelle, comme notée et diffamée 
de crimes de lèse-magesté, lui feissions délivrer, comme à son juge 

(1) Férue de/erire, portée en une couronne; terme de blason. L'épée, 
placée la pointe en haut, au milieu d'une couronne. 




LETTRE DU MÊME AUX PRÉLATS. 257 

ordinaire ecclésiastique, nous, tant pour révérence de notre mère 
sainte Église, de laquelle voulons les sainctes ordonnances préférer 
à noz propres faiz et voulontez, comme raison est, comme pour 
honneur aussi et exaltacion de notre dicte sainte foy, lui feismes 
baillier ladicte Jehanne, afin de lui faire son procès, sans en vou- 
loir estre prinse par les gens et officiers de nostre justice séculière 
aucune vengence'ou punicion, ainsi que faire nous estoit raisonna- 
blement licite, actendus les grans dommaiges et inconvénient les 
horribles homicides et détestables cruaultez, et autres maulx innu- 
mérables qu'elle avoit commis à rencontre de nostre seigneurie 
et loyal peuple obéissant. 

Lequel évesque , adjoint avec lui le vicaire de l'Inquisiteur des 
erreurs et hérésies, et appeliez avec eulx grant et notable nombre 
de solennelz maistres et docteurs en théologie et droit canon, com- 
mença, par grant solennité et deue gravité, le procès d'icelle Jehanne. 
Et après ce que lui .et le dit inquisiteur, juges en cëste partie, 
orent par pluseurs et diverses journées interroguée ladicte Jehanne, 
firent les confessions et assercions d'icelle meurement examiner 
par lesdiz maistres et docteurs, et généralement par toutes les facul- 
tez de l'estudè de nostre très chière et très amée fille l'Université 
de Paris, devers laquelle lesdites confessions et assercions ont esté 
envoiées. 

Par Toppinion et délibéracion desquelz, trouvèrent lesditz juges 
icelle Jehanne supersticieuse, divineresse, ydolàtre, invoqueresse 
de déables, blaspbémeresse en Dieu et en ses sains et saintes, 
scismatique et errant par moult de fois en la foy Jbesu Grist. 

Et pour la réduire et ramener à l'unité et communion de nostre 
dicte mère sainte Église, la purgier de si horribles, détestables et 
pernicieux crimes et péchiez, et guérir et préserver son âme des 
perpétuelle peinne et dampnacion, fu souvent et'par bien long- 
temps très charitablement et doulcement admonestée à ce que, 
toutes erreurs par elle rejectées et mises arrière, voulsist humble- 
ment retourner à la voye et droit sentier; autrement elle se mettoit 
en grief péril d'âme et de corps. 

Mais le très périlleux et divisé esperit d'orgueil et d'oultrageuse 
présumpcion, qui tousjours s'efforce de vouloir empeschier et per- 
turber l'union et seurté des loyaulx chrestiens, te le ment occupa et 
détint en ses liens le courage d'icelle Jehanne, que, pour quelcon- 
que saine doctrine ou conseilz, ne autre doulce exhortation que 
on lui adménistra, son cuer endurcy et obstiné ne se volt humilier 

JEAN5E DABC. 17 



258 PIÈCES COMPLEMENTAIRES. 

ne araolir ; mais souvent se vantoit que toutes chôseà qu'elle avoit 
faictes estoienf bien faicles, et lçs avoit faictes du commandement 
de Dieu et desdites sainctes vierges qui visiblement s'estoient à 
elie apparus ; et, qui plus est, ne recongnoiôsoit nevbuloit recon- 
gnoistre enterre fors que Dieu seulement et les sains du Paradis, 
en refusant et reboutant le jugement de noslre saint Père le Pape, 
du Concile général et de l'universàl Église militant. 

Et véans les juges ecclésiastiques son dit courage par tant et si 
longue espace de temps endurcy et obstiné, la firent amener devant 
le ciergié et le peuple assemblé eh très grant multitude, en la pré- 
sence desquelz furent solcnnelment et publiquement par ung no- 
table maistre en théologie, ses cas, crimes et erreurs, àl'exaltaclon 
de nostre dicte foy chrestienne, extirpation des erreurs, édification 
et amendement du peuple cbrestien, preschiez, exposez et déclairez, 
et de rechief fu charitablement admonestée de retourner à l'union 
de sainte Église, et de corriger sè^ fkuïtès 1 et erreurs'; en quôy 
encores demoura pertîuace et obstinée. 

Et ce considérans, les juges dessusdiz procédèrent à pronôncier 
la sentence contre elle, en tel cas de droit introdûitté et ordonnée. 
Mais devant ce que icelle sentence feust parleue,elïe commença 
par samblant à muer son courage, disant qu'elle vouloit retourner 
à sainte Église ; ce que volontiers et joyeusement oïrent les juges et 
ciergié dessusdiz, qui à ce la receurent bénignément, espérans 
par ce moien son àme et son corps estre rachetez de perdicioh et 
-tourment. 

Adoncques se sbubzmïst à l'ordonnance de sainte Eglise, et ses 
erreurs et détestables crimes révoqua de sa bouche et abjura publi- 
quement, signant de sa propre main la cédulè de ladicte révocation 
et abjuracion ;.et par ainsi, nostre piteuse mère, sainte Église soy 
esjoissant sur la pécheresse faisant pénitence, voulant la brebis 
recouvrée et trouvée, qui par le désert s'estoit égarée et fourvoiée, 
ramener avec les autres, icelle Jehanne, pour faire pénitence salu- 
taire, condempna en cbartre. 

Mais guères de temps ne fu illec que le feu de son orgueil, qui 
sembloit éstre extaint en elle, ne se rembrasast en flammes pesti- 
léncieuses par les soufflemens de FEnnemy ^ et tantost rencheut (1) 
ladicte femme maleureuse es erreurs et faulces enrageries que par 

(i)Du verbe renchoir ou rechoir , retomber; on trouvera plus loin ren- 
chu, renchue , participe passé du même verbe. 



r 



LETTRE DU MÊME AUX PRÉLATS. . 259 

avant avoit proférées, et depuis révocquées et abjurées, comme dit 
est, 

Pour lesquelles choses, selon ce que lesjugemens et institutions de 
saracte Église l'ordonnent, afin que doresnavantellene contaminast 
les autres membres de Jhésu-Crist, elle f u de rechief preschiée publi- 
quement, et comme rencbeue es crimes et fouîtes par elle accous- 
tumez, délaissée à la justice séculière, qui incontinent la con- 
dempna à estre brûlée. Et véant approuchier son finement, elle 
côngnut platnnement et confessa que les esperitz qu'elle disoit estre 
apparus à elle souventesfois estoient mauvais et mensongiers, et 
que la promesse que iceulz esperitz lui avoient pluseurs fois faicte 
de la délivrer, estoit faulse ; et ainsi se confessa par lesditz esperitz 
avoir esté moquée et déceue. 

Icy est la fin des euvres, icy est l'issue d'icelle femme, que pré- 
sentement vous signifions, révérend père en Dieu, pour vous in- 
former véritablement de ceste matière, afin que par les lieux de 
vostre diocèse que bon vous semblera, par prédications et ser- 
mons publiques et autrement, vous faictes notiffier ces choses pour 
le bien etexaltacion de nostre dicte foy et édificacion du peuple 
chrestien, qui, à l'occasion des euvres d'icelle femme, a esté lon- 
guement déceu et abusé ; et que pourvéez, ainsi que à vostre dignité 
appartient, que aucuns du peuple à vous commis ne présument 
croire de légier en telles erreurs et périlleuses superstitions, mes- 
mementen ce présent temps (l)ouquel nous véons drécier pluseurs 
failli prophètes et semeurs de dampnées erreurs et foie créance, 
lesquelz, eslevez contre nostre mère sainte Église par fol harde- 
ment et oultrageuse présumpcion, pourroient par aventure conta- 
miner du venin périlleux de faulse créance le peuple chrestien, se 
Jhésu-Crlst, de sa miséricorde, n'y pourvéoit; et vous et ses minis- 
tres qu'il appartient, ne entendez diligemment à rebouter et punir 
les voulentez.et folz hardemens des hommes reprouchiez. 
Donné en nostre ville de Rouen, le XXVIII e jour de juing ( 1431.) 

(1) Voyez ci-dessus p. 231, note 1. 



260 PIEGES COMPLÉMENTAIRES. 

IV. 

i 431 . Août 8. Rétractation dun religieux qui avait médit (1) contre 
les juges de la Pucelle. 

Révérend Père en Jésus-Christ et seigneur (2), et vous religieuse 
personne et seigneur (3), vicaire de religieuse personne Jean Grave* 
rand, etc., moi, Frère Pierre Bosquier, religieux de Torde des prê- 
cheurs, malheureux pécheur et en cette partie votre sujet, désirant, 
comme bon et vrai catholique , obéir en tout et pour, tout à ma 
sainte mère l'Église et à vous, juges en cette partie, avec toute hu- 
milité et dévotion, ainsi que je reconnais y être tenu; attendu que, 
par information faite de votre autorité , vous m'avez trouvé cou- 
pable en ce qui suit : 

Cest assavoir, principalement en ce que, le pénultième jour 
du mois de mai, vigile dujSaint-Sacrement , dernier passé (4), 
j'ai dit que vous et ceux qui avaient jugé une femme vulgaire- 
ment appelée la Pucelle avaient fait et faisaient mal; lesquelles 
paroles, attendu que ladite Jeanne avait comparu devant vous, 
juges susdits, en jugement pour cause de foi, sont raisonnantes 
et semblent favoriser la perversité hérétique; lesquelles paroles 
(si Dieu m'aide) puisqu'il a été trouvé que je les ai ainsi dites, 
ont été par moi dites et proférées avec peu de réflexion et par inad- 
vertance après boire (5). 

Je confesse, en ce, avoir gravement péché. J'en demande pardon 
'à notre dite sainte mère l'Église et à vous, juges, mes seigneurs 
très-redoutables, à genoux et mains jointes. Je requiers et. j'im- 
plore très-bumblement, — en me soumettant plus humblement en- 
4 core à vos amendement, correction et punition, — la miséricorde 
de l'Église, plutôt que sa rigueur (6). 

(1) « Qui sinistré locutus erat, v familièrement : qui avait parlé à gauche 
ou de travers. 

(2) P. Cauchon. 

(3) J. Lemaistre. 

(4) C'est-à-dire le 30 mai 1431, jour de l'exécution. 

(5) Ces deux circonstances atténuantes étaient souvent plaidées an quin- 
zième siècle et figurent comme excuses dans maint document judiciaire. 
Je ne crois donc pas qu'il faille prendre après boire trop à la lettre. Ce 
serait , d'ailleurs, en ce cas , un motif pour ajouter à la glose l'adage connu : 
in vino veritàs. 

(6) Pierre Bosquier relevait immédiatement de son supérieur monastique, 



AMENDE D'UN DOMINICAIN. 261 

V. 
1431. Août 8. Sentence ou jugement du même religieux. 

Au nom de Dieu, amen. Vu par nous, Pierre, par la miséricorde 
divine évèque de Beau vais, et Jean Lemaître, vicaire, etc., les faits 
de la cause en matière de foi, mue par-devant nous contre F. P. 
Bosquièr, prévenu; vu l'information sur les charges à lui im- 
posées, faite et rapportée par notre ordre ; attendu qu'il nous a été 
et est légitimement démontré, par ladite information , que le pré- 
venu, en un certain lieu, où peu de témoins se trouvaient présents, 
a dit et déclaré, — peu de temps après qu'une femme vulgairement 
appelée Jeanne la Pucelle fut par nous et notre sentence définitive, 
abandonnée à la juridiction séculière comme hérétique, — que nous 
avions malfait, nous et tous ceux qui l'avaient jugée; lesquelles 
paroles sembleraient sentir la faveur prêtée à l'hérésie; attendu que 
par là le prévenu a gravement péché et erré ; attendu, néanmoins, 
que le même frère, désirant, comme il l'a affirmé devant nous, en 
bon et vrai catholique, obéir à notre saftite mère l'Église et à nous, 
juges en cette partie, avec toute humilité et dévotion , comme il a 
reconnu y être tenu, en tout et pour tout; attendu qu'il s'est libé- 
t ralement soumis là-dessus à nos amendement et correction, se 
montrant prêta déférer à nos injonctions. 

Nous, préférant miséricorde à rigueur; considérant surtout la 
qualité (cléricale) de la personne, et qu'il a tenu et proféré ces pa- 
roles après boire, comme il a dit et affirmé, l'absolvant des sentences 
qu'il a par ce fait encourues, nous l'agrégeons à la société catholique, 
nous le restituons à sa bonne renommée, si et autant qu'il en est 
besoin. Nous le condamnons, toutefois, à tenir prison au pain et à 
l'eau, jusqu'au jour de Pâques prochain (1), à Rouen, dans la 
maison des Frères prêcheurs, en vertu de cette notre sentence dé- 
finitive, que nous portons, siégeant- au tribunal, en les présents 



et non de Caucbon , qui n'était pas même son évèque , ou ordinaire. Or la 
main de Cauchon est encore visible dans cet acte. On peut juger par là de 
l'ascendant , de la domination , qu'exerçait ce prélat, et de la pression , no- 
tamment, qu'il fit peser Sur l'inquisiteur Jean Lemaistre, pour lui extorquer 
en quelque sorte sa participation au procès. 
(t) C'est-à-dire jusqu'au 20 avril 1432. 



262 PIÈCES COMPLÉMENTAIRES. 

termes écrits; sauf toujours nos grâce et modération (1). Fait à 
Rouen le 8 août 1431. 

VI. 

143i, vers septembre. Copie des lettres de t Université de Paris en- 
voyées à nos seigneurs te pape (2), Femperetir, et le collège des 
cardinaux (3). 

Nous pensons qu'il faut travailler avec d'autant plus de vigilance, 
très-saint père, à repousser, les atteintes pestilentielles dont l'É- 
glise est menacée par les diverses erreurs de faux prophètes et 
d'hommes réprouvés, que la fin des siècles semble davantage ap- 
procher. Le docteur des nations a prédit en ces derniers temps les 
périls futurs au milieu desquels les hommes ne maintiendront 
plus la saine doctrine, mais détourneront leurs oreilles de la vérité 
pour accueillir des fables (4). La vérité même a dit : « Les faux 

(1) L'Église, au moyen âge, avait, comme chacun sait, une juridiction , 
une jurisprudence et un droit particuliers ; le droit canonique. Nous avons 
dit la supériorité de ce droit sur le droit laïque , au point de vue moral et 
de la civilisation. Nous avons ajouté que l'Église en avait conscience : voy. 
ci-dessus, p. 203, note 3. Sauf la défectuosité dé l'espèce et la mauvaise 
application ici faite de ce droit , la sentence même que nous reproduisons 
nous parait être un exemple propre à être allégué à l'appui de notre thèse. 
La loi laïque ne connaissait (et ne connaît guère , hélas! de nos jours} 
que le barbare principe du talion ; mal pour- mal. Elle ne vise qu'à répri- 
mer le crime par l'expiation et à le prévenir par la terreur. La loi canonique , 
plus pénétrée de la charité , de la douceur de l'Évangile , corrigait celui qui 
avait péché'; mais de plus elle édictait, avec la peine même, la pénitence, en 
tendant la main à celui qui avait failli , pour le relever. 

(2-3). Ainsi le pape et le collège des cardinaux se trouvaient engagés et 
impliqués, ne fût-ce que par cette notification, dans le jugement de Rouen. 
Un cardinal , de nombreux prélats et docteurs y avaient pris part. L'Église 
se trouvait donc fort tenue, fort compromise par cet arrêt. Ce fait moral, 
que nous ne voulons pas exagérer, mérite d'être noté. Nous tirerons de cette 
observation une seule conséquence : on peut juger par là de la difficulté que 
Charles VII eut à surmonter lorsqu'il obtint de Calixte ÏIÏ l'autorisation de 
reviser et de casser la sentence de Rouen. On ne voit pas, du reste, que 
Martin Y, ni Eugène IV, aient spontanément connu, consenti , ni approuvé 
cette odieuse procédure. 

(4) Dans le préambule qui précède, le rédacteur paraît faire allusion à 



LETTRE CIRCULAIRE DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS. 263 

christs et les faux prophètes surgiront; ils donneront de grands si- 
gnes et de grands prodiges, pour que les élus eux-mêmes soient in- 
duits en erreur (1)1 » Lors donc que nous voyons s'élever de faux pro- 
phètes , qui se vantent d'avoir reçu des révélations de Dieu et de 
saints triomphants dans la patrie [céleste] ; lorsque nous les voyons 
annoncer des choses futures et qui excèdent la portée de l'esprit 
humain, et oser des actes inouïs et insolites; alors, il convient 
au zèle pastoral de redoubler de sollicitude , afin qu'ils ne sub- 
mergent point les peuples trop crédules dans des doctrines étranges, 
avant qu'il n'ait été vérifié si leurs esprtts sont de Dieu. Il serait 
facile, en effet, aux pernicieux et subtiles semeurs de fausses in- 
ventions de corrompre le peuple catholique, si chacun, sans l'ap- 
probation et le consentement de sainte mère l'Église, était laissé 
libre de feindre à sa fantaisie des révélations, et d'usurper l'auto- 
Tité de Dieu et des saints. Nous croyons donc, très-saint père, de- 
voir à juste titre vous recommander la soigneuse diligence qu'ont 
naguère déployée pour la -défense de- la religion chrétienne Mon- 
• seigneur l'évêque de Beauvais et le vicaire (2) de Monseigneur l'In- 
quisiteur de la perversité hérétique, délégué parle saint-siége. 
apostolique pour le royaume de France. 

Ces deux prélats ont fait examiner attentivement une femme de 
peu (3), qui avait été prise dans les limites du diocèse de Beauvais, 
usant d'armes et d'habits masculins, accusée devant eux de feindre 
mensorigèremeht dès révélations divines et de crimes graves contre 
la foi orthodoxe, et ils ont fait luire une pleine lumière sur sa con- 
duite. Ces juges nous ont communiqué le procès déduit contre 
elle, en nous requérant de délibérer sur divers articles résultant 
de ses assertions et de leur en faire part. 

Or donc, afin que le silence ne vienne pas à recouvrir ce qui est 
fait pour l'exaltation de la foi orthodoxe, nous manifestons à votre 
béatitude ce que nous avons adopté. 

Vincent Ferrier, docteur des nations, et à la prophétie de Y Antéchrist. Voy., 
«ur ce double sujet, notre Introduction. 

(1) Ce passage est tiré de l'Évangile selon Matthieu, chap. XXIV, verset 
24. Voyez aussi l'Apocalypse de saint Jean, chap. XII et suivants. 

(2) Ainsi l'habile P. Cauchon se plaisait à flatter et à réconforter le chan- 
celant J. Lematstre, en l'associant à ces compliments que l'auteur s'adju- 
geait à lui-même , dans un acte public signé de l'Université de Paris et 
adressé an saint-siége. Voy, ci-après, page 264, note t. 

(3) Mulierculam. 



264 PIÈCES COMPLÉMENTAIRES. 

Ainsi que nous l'ont appris MM. les juges susdits, ladite femme, 
qui s'appelait Jeanne la Pucelle, a confessé spontanément en 
justice divers points d'après lesquels, après mûr et attentif exa- 
men de plusieurs prélats, docteurs et autres experts en droit divin 
et humain, après délibération et conclusion de notre Université, 
il a été prouvé que cette femme devait être réputée superstitieuse, 
divinatrice, invocatrice de malins esprits, etc., comme ci-dessus, 
p. 253. 

Suit un récit du. procès et de l'exécution, conçu à peu 
près dans les mêmes termes (1). La narration et l'acte se 
terminent ainsi : 

A l'article de la mort, elle déclara publiquement qu'elle avait été 
trompée; et, s'accusant de ses péchés , demandant pardon à tout le 
monde, elle expira ainsi (2). 

Tout le monde a reconnu par là combien il était périlleux, com- 
bien redoutable, d'ajouter légèrement une foi crédule à toutes ces 
inventions nouvelles, qui ont été , depuis peu, semées dans ce 
royaume très-chrétien, non- seulement par cette femme, mais par 
plusieurs autres femmes (3). 

(1) Que ci-dessus (ib.). P. Cauchon était conservateur des privilèges de 
l'Université de Paris. A ce titre, il tenait dans sa main cette corporation. 
Ce fut lui qui conduisit, et, on peut dire, qui opéra tous ses mouvements. 
L'acte que nous traduisons en ce moment est l'œuvre directe de Cauchon , 
comme tout le reste. Pour établir ee fait indéniable , il suffirait de l'identité 
de termes qui règne entre ces divers textes ou documents. 

(2) Il y a ici une distinction nécessaire à" établir. Jeanne, il est vrai, mou- 
rut (elle, héroïne au dévoûment sublime), en s'accusant des torts qu'elle 
avait pu, commettre et demandant à tous, amis ou ennemis, de les lui par 
donner. C'est là un témoignage spécial , touchant et en même temps pro- 
fondément sensé, inspiré par la conscience de notre faillibilité commune, 
sentiment qui est aussi essentiellement chrétien. Mais il ne paraît pas, 
d'après aucun indice ou preuve historique , que Jeanne , au dernier mo- 
ment, ait prononcé le désaveu que lui prêtent ses juges, c'est-dire renié dé- 
finitivement son œuvre comme ils cherchent à l'insinuer. 

(3) « Non modo praefata mulier, sed etiam aliae complures. » L'Université 
ou P. Cauchon fait sans doute allusion à l'infortunée Périnaïk la Bretonne, 
et à ses coaccusées. Pierrone ou Périnaïk fut exécutée à Paris le 3 septem- 
bre 1430. Voyez l'histoire de cette autre martyre dans notre Introduction, page 
lxiv. La lettre, non datée, que nous traduisons, dut coïncider à peu près 
pour le temps où elle fut écrite, avec cette exécution. 



r 



LETTRE DE L'UNIVERSITÉ AU COLLEGE DES CARDINAUX. 265 

Tous les amis de la religion chrétienne doivent être avertis, par 
cet exemple frappant, de ne pas sedévoyer si vite de leur sens, et 
qu'ils doivent entendre plutôt aux doctrines de l'Église et aux en* 
seignements de leurs prélats, qu'aux fables de femmes supersti- 
tieuses. Qne si, par l'exigence de nos démérites, nous en sommes 
arrivés là, que la légèreté populaire écoute des devineresses, pro- 
phétisant à faux au nom de Dieu, sans mission, de préférence aux 
docteurs et aux pasteurs à qui jadis Christ a dit : « Allez et ensei- 
gnez toutes les nations, » c'en est fait : la religion va périr, la foi 
s'écrouler; l'Église sera foulée aux pieds et l'iniquité de Satan do- 
minera sur le monde entier. Daigne Jésus-Christ empêcher tout 
cela; et, sous l'heureuse direction de Votre Sainteté, préserver son 
troupeau de tache et de souillure l 

' VII. 

1431, vers septembre. Pour le collège des cardinaux (1). 

Très-révérends Pères, nous avons cru devoir mander au seigneur 
très-saint, notre souverain pontife, pour le bien de la foi et de la 
religion chrétienne, ce que nous avons appris et connu d'une mal- 
heureuse femme et de la condamnation des actes scandaleux qu'elle 
avait perpétrés dans ce royaume. Tel est l'objet de notre dépêche 
commençant par ces mots : * Nous pensons, » etc, (2). Or donc , 
ainsi que le Seigneur, très-ré vére.nds Pères, a constitué vos Révé- 
rendissimes Paternités dans cette sublime vigie du Saint-Siège 
apostolique, afin qu'elles puissent étendre au loin leurs regards 
sur tout ce qui se fait dans l'universel monde, principalement des 
choses qui concernent l'intégrité de la foi , ainsi nous avons jugé 
peu convenable que cette affaire demeurât inconnue de vos sus- 
dites Paternités. Car vous êtes la lumière du monde à laquelle au- 
cune notion de la vérité ne doit demeurer celée, afin que tous les 
fidèles reçoivent de vos Révérendissimes Paternités une instruction 



(1) L'usage diplomatique, au quinzième siècle, lorsque la cour de France 
envoyait au pape quelque message , était de s'adresser, par un acte spécial 
ou appendice, au collège des cardinaux. L'Université, qui parle ici, observe 
le même ordre. 

(2} C'est-à-dire la pièce VI, qui précède. 



266 PIÈCES COMPLÉMENTAIRES. 

salutaire dans les choses qui sont de la foi. Que le Très-Haut con- 
serve heureusement [vos RR. Paternités] pour le salut de sa 
sainte Église ! 



FIN DU PROCÈS DE CONDAMNATION. 



r 



NOTES ET DÉVELOPPEMENTS. 



1. — Sur l'orthographe da nom patronymique de 

Jeanne Darc. 

Personne n'ignore que, de nos jours, une grave controverse 
s'est élevée sur ce mince sujet : la question de l'apostrophe ! Il y 
a douze ou treize ans, j'ai pris part à cette discussion par un 
opuscule (1) où j'ai dit là-dessus tout ce que j'avais alors à en 
dire. Depuis ce temps, deux camps se sont formés : les Artistes 
et les Darcistes. 

Il ne me parait pas convenable , aujourd'hui , de rentrer à fond 
dans ce litige, qui, d'ailleurs, me semble épuisé, ou peu s'en faut, 
au point de vue de l'exposé historique et de la discussion posi- 
tive (2). La cause à laquelle je me suis associé était et reste à 
mes yeux celle du sens commun; et, Dieu merci, pour le sens 
commun il y a de l'écho en France. Aussi la solution à laquelle 
je me suis rangé à mon tour a rallié, cela est tout naturel, de 
nombreux partisans; des partisans libres, spontanés, convaincus 
et non pas entraînés. J'alléguerai comme preuve, à cet égard et en- 
tre autres indices ou exemples, une brochure récente qui résume le 
débat, et conclut d'une manière parfaitement nette; d'une ma- 
nière à la fois vive, exacte et originale (3). 

(1) Nouvelles Becherches sur la famille et sur le nom de Jeanne Darc, etc. 
Paris, pumoulin, 1854, 52 pagesin-8°. Voir aussi Charles du Lis, opuscules 
historiques relatifs à Jeanne Darc , etc. Paris, Aubry ,1856, petit in-8° 
(Trésor des pièces rares et curieuses), avertissement, pages 12 et suivantes. 

(2) Reste, pour certaines personnes , une question de goût, de sentiment , 
d'habitude enfin, qui, je crois, se résoudra peu à peu par l'exemple et l'imi- 
tation ; de manière à créer, par voie de suffrage universel et par le consente- 
ment général , une nouvelle uniformité. — L'usage est le tyran des langues: 
ce tyran décidera. 

(3) Fautil écrire Jeanne Darc, ou Jeanne d'Arc? parjtf. F. Bouquet, 
professeur au Lycée de Rouen, Rouen, 1867, 16 p. in -8°. 



268 NOTES ET DÉVELOPPEMENTS. 

x Cependant cette même solution rencontre encore devant elle une 
sérieuse contradiction ; elle rencontre une résistance non moins 
assurée; et cela, de la part d'esprits très-éclairés , de savants his- 
toriens, d'éminents critiques. Autant que qui que ce soit 9 non- 
seulement je reconnais les lumières, même les lumières ad hoc, de 
ces honorables contradicteurs ; mais aussi, qu'il me soit permis de 
l'ajouter, les liens les plus sympathiques d'estime et d'affection 
privée me rattachent à ces personnes. 

Donc : amicus J>lato ; sed magis arnica veritas. 

Ces amis, j'en suis sûr, me permettraient bien de revendiquer à 
leur endroit l'axiome que je viens de transcrire. Us me permet- 
traient de le faire, avec une liberté, ou dans une mesure plus 
large encore, certainement, que celle dans laquelle j'entends me 
renfermer. 

Je ne désire répondre .aujourd'hui qu'à un seul argument de ces 
illustres adversaires. Je m'attacherai à une seule objection que j'ai 
naguère trouvée non sans quelque surprise, je l'avoue, sous la 
docte plume de l'un d'eux. Cet argument, c'est que la forme Darc 
est barbare, tandis que la ferme d'Arc seule est française (1). 

Quelques mots seulement d'explication bien simples, à ce 
sujet. 

Je répéterai, à ce que je crois, un truism innocent et incontesté^ 
en disant que les noms patronymiques ont commencé par être des 
épithètes, des qualificatifs; qu'ils ont été des sobriquets, d'abord 
personnels et nécessairement pourvus d'un certain sens. J'ajou- 
terai , avec la même confiance , que ces mêmes noms , en deve* 
nant héréditaires, ont précisément perdu et dû perdre ce caractère 
primitif. 

il est évident, en effet, que le fils de Petit, pouvait être grand; 
que le fus du fa/ est souvent devenu un habitant soit de la Fille , 
soWdes Champs, soit du Mont, ou réciproquement ; et ainsi de suite. 

De là un phénomène grammatical et philologique qu'il est bien 
aisé de constater. 

Pour les noms du tiers état (surtout), et en général, c'est-à-dire 



(1) Jeanne d J Arc , par H. Wallon, membre de l'Institut, etc. Paris, Ha- 
chette, 2 e édition, 1867, 2 vol. in-8°, 1. 1, p. 241, et t. II, p. 396. Voir aussi 
Comptes rendus des séances de V Académie des inscriptions et belles-let- 
tres. Séance du 28 décembre 1866. Paris, Durand, in 8°, p. 423 et suit. 



DÀRC otf d'arc. * 269 

pour l'immense majorité de nos noms de famille, on s'est habitué 
.spontanément à y effacer de plus en plus tout ce qui, dans le mé- 
canisme de notre langue, constitue l'adjectif, l'épithète , le quali- 
ficatif; en un mot, tout ce qui manifestait, dans les noms propres, 
leur sens, ou signification primitive. Joignez à cela la précaution 
que l'usage a introduite de leur donner pour initiale une majus- 
cule. 

Grâce à l'ensemble de ces moyens, on a obtenu un résultat émi- 
nemment plausible et sensé. De cette façon > les noms sont deve- 
nus ce qu'ils semblent devoir être nécessairement, c'est-à-dire des 
mots sut generis, qui rentrent dans la partie du discours appelée 
substantif, mais indéclinables ; des mots, parfaitement distincts, 
même à première vue; dont le propre est précisément d'être au- 
jourd'hui étrangers, sous ce rapport, au reste de la langue, et dé- 
pourvus de sens actuel, quels qu'aient pu être, d'ailleurs, leur 
sens passé ou leur étymologie. 

Ces observations s'appliquent pertinemment au vocable Darc. 
En écrivant ainsi, aucune atteinte n'est portée ni aux habitudes 
de notre langue, ni à la curiosité de l'étymologiste , ni aux droits de 
la critique. C'est la seule forme, au contraire, qui respecte en 
quelque sorte, dans un cadre commun, toutes les interprétations , 
tous les commentaires philologiques, dont ce nom est susceptible; 
tandis que la forme d'Arc en exclut plusieurs. La forme d'Arc af- 
firme témérairement des assertions aujourd'hui démontrées faus- 
ses, ou plus que hasardées; des notions qui se démentent entre 
elles dans leur incompatible diversité. La forme Darc laisse tout 
en état et n'affirme rien, si ce n'est que ce nom a été trouvé tel, sic, 
dans les documents primitifs en français et en latin; quff) a été 
trouvé tel depuis le quinzième siècle , sous l'autorité de la tradi- 
• tion ; tel encore maintenu au sein de la famille, dans lès temps 
mêmes où l'usage de l'apostrophe était en pleine vigueur. 

Quant à être barbare, qui oserait dire que Dumoulin, Delahaye, 
Delille et tant d'autres noms, que nous prononçons tous les jours , 
sont devenus barbares depuis qu'on ne les écrit plus du Moulin , 
de la Haye et de Flsle ? 

Pourquoi donc Darc serait-il plus barbare ou moins français que 
d'Arc ? 



270 NOTES ET DÉVELOPPEMENTS. 

II. — » w Colette était-elle lettrée! {Voy. ci-dessus pages 
ixxvij, lxxviij, lxxxiij, xcvij, etc. 

Si l'on en croit les divers hagiographes , Colette avait reçu, 
comme les apôtres, le don des langues, et aussi, par conséquent, 
le don des littératures. Elle correspondait, disent-ils, en français, 
en latin, en allemand , en italien et autres idiomes. La plupart de 
ces mêmes auteurs s'accordent cependant à reconnaître qu'elle 
« n'avait reçu d'autre éducation que l'éducation commune aux 
filles du peuple. » Or, si l'instruction populaire des femmes est 
encore de nos jours si arriérée , on peut se faire une idée de ce 
qu'elle était au quinzième siècle. Ces mêmes auteurs déclarent 
en même temps, il est vrai , qu'elle avait reçu ce don par mira' 
cle{i). ., 

Voyons, d'après les faits, ce que Ton peut admettre; sur ce point, 
à titre d'opinion raisonnable. 

S 1 " Colette paraît avoir entretenu en effet une correspondance 
étendue ; et, bienque nous ne connaissions d'elle que des lettres fran- 
çaises, nous considérons comme très-possible qu'elle en ait adressé 
d'autres, en langues d'église ou étrangères. Jeanne Darc aussi cor- 
respondait en français et en latin. Or, personne n'en a jamais con- 
clu qu'elle possédait littérairement même le premier de ces deux 
idiomes. Jeanne Darc avait de nombreux secrétaires qui écrivaient, 
sous son inspiration plus ou moins libre et réelle, et qui signaient 
vraisemblablement en son nom. Dans beaucoup de cas, elle si- 
gnait elle-même, avec l'aide d'un clerc, qui lui tenait et dirigeait 
lesdoifls. 

Pour ce qui concerne S te Colette, nous connaissons plusieurs 
lettres d'elle. En 1760, notamment, il y en avait deux dans les ar- 
chives de l'abbaye de Corbiè. L'original de ces lettres avait dis- 



(1) Bolland, p. 556, n° 77 ; p. 575, n° 176. « Son esprit... s'agrandit... an 
point... qu'il lui fut possible d'apprendre le latin, l'espagnol, l'italien, l'alle- 
mand y et d'entretenir dans ces quatre langues les plus admirables correspon- 
dances. » {Saints de Besançon, p. 342.) Sellier, t I, p. 29. L'enquête de 
1471 sur la sainteté de Colette dit que Guyot enseigna le psautier à la jeune 
recluse. Voy. ci-dessus, p. Ixxvij, note 1. Le P. Silbèred'AbbeviUea fait là 
dessus un singulier contre-sens. Suivant lui, ce serait Colette qui aurait en- 
seigné le psautier à son maître. ( Abbeville, p. 61 .) ' " 



INSTRUCTION DE COLLETTE. 871 

paru dès 1780. Elles ne figurent pas sur l'inventaire de ces archi- 
ves dressé à cette époque par Lemoine. L'une de ces épîtres, que 
nous avons citée, avait été imprimée , dès 4629, par le P. Silbère 
d'AbbeviUe. La copie de Tune et de l'autre se trouve dans. les 
mss. de D. Grenier. Les auteurs bénédictins du Voyage littéraire 
virent également deux missives originales de la même sain te, qu'ils 
ont imprimées en 4717 et qui leur avaient été communiquées, sur 
place, par l'abbesse des cordelières d'Auxonne. Enfin, il existe 
aujourd'hui encore, dit-on , au monastère de Bethléem , ou des 
Colétines, à Gand, sept lettres Ventes de sa main. L'auteur à qui 
nous empruntons cette dernière assertion et qui a écrit la vie de 
S le Colette publiée en deux parties à Amiens (déjà citée), a placé en 
tète de son 2 e volume un fac-similé très-intéressant, qu'il intitule : 
Lettre autographe de S te Colette, d'après un calque /ait à Gand avec 
le plus grand soin (f). . 

Ce fac-similé parait en effet très-exact. Mais un paléographe 
exercé n'adoptera pas sans résistance cette épithètë : autographe , 
entendu relativement à S le Colette. La lettre de Gand, d'après 
cette reproduction, est évidemment le fait d'un homme. Elle dé- 
bute par une lettrine ou monogramme, qui, déjà, atteste un scribe 
de profession. Tout y est tracé par une main ferme, virile, d'une écri- 
ture accentuée , nette , parfaitement réglée ou droite, sans hésita- 
tion , sans rature. Elle se termine ainsi r « Je prie le Saint-Esprit 
qui vous vueil tousjours conserver en sa sainte grâce. Amen. S. 
[soeur ] Collette. » Le tout d'une seule main et à la suite. 

Ainsi la signature, ou plutôt le nom, est d'un seul contexte avec 
le corps de la lettre. Or Colette, lorsqu'elle dicta cette. lettre, 
avait plus de soixante ans. La femme et l'âge de la femme ne sau- 
raient manquer d'avoir laissé, dans cette lettre , des traces aisé- 
ment reconnaissables, si elle avait été écrite pat S le Colette (2). 



(1) D. Grenier, t 53, p. 390. Voyage lMérqire % y.\M } 189. Abbeville, 
p. 392, Lettre de M. Darsy membre de la Société archéologique 4e Picardie, 
à l'auteur, 8 octobre 1866, sur les. archives de Corbie. Sellier, Vie de S«« 
Colette, seconde partie. 

(2) Lés écritures de femmes sont plus faciles à reconnaître dans lès textes 
du moyen âge que de nos jours. L'écriture gothique demandait des pleins très- 
forts. 11 suit de là que les autographes de femmes au moyen âge se distin- 
guent en général à première vue par le caractère que désignent familière* 
ment les mots : pattes de mouche. 



272 HOTES ET DÉVELOPPEMENTS. 

Mais, évidemment, cette lettre n'a pas été écrite par S le Colette, 
ni même signée par elle. 

Il faut donc attendre de meilleures preuves pour en conclure que 
S ie . Colette était lettrée. Nous présumons , quant à nous, qu'elle ne 
savait pas écrire. Il est vraisemblable, toutefois, qu'elle lisait l'of- 
fice en latin (4), comme le font, de nos jours, beaucoup de femmes, 
mais probablement sans comprendre cette langue. 

Qu'on ne se méprenne pas, toutefois, .sur les inductions à tirer 
de ce fait; sur les inductions qu'on pourrait nous croire disposé à 
en tirer. Poton de Saintrailles, qui fut maréchal de France et lieu- 
tenant de roi en Guyenne, avait appris à écrire le mot Poton, 
pour signer, et n'en savait pas davantage. Lui-même le déclare 
dans son testament écrit en gascon et signé Poton, qui nous est 
resté (2). Jeanne Dàrc, on le répète , ne savait pas lire, ni même, 
réellement, écrire. Elle n'en déploya pas moins, ainsi que beau- 
coup d'autres illettrés de ses contemporains, une intelligence très- 
vive et sur quelques points très-éclairée. 

III. — Tableau nominatif des personnage» qui figu- 
rent au procès. 

LES DEUX JUGES. 

\ . Cauchon ( Pierre ) ,• évoque de Beauvais ; juge. 

2. Lemaitre ou Magistri {Jean), bachelier en théologie, prieur 
des dominicains ou Frères prêcheurs de Rouen, vice-inquisiteur; 
juge adjoint. 

A OFFICIERS DE LA CAUSE. 

3. La Fontaine (Jean de), maître es arts, licencié en droit canon, 
conseiller, commissaire et examinateur de la cause, délégué ha- 
bituel de Cauchon. 

4. Estivet (Jean d'), chanoine de Beauvais et de Bayeux, pro- 
moteur de la cause, ou procureur générai. 

NOTAIRES. 

5. Manchon ( Guillaume), prêtre, notaire impérial et apostolique 
près la cour ecclésiastique de Rouen, notaire pour Cauchon. 

(1) Et, à plus forte raison, les écrits français. 

(2) Voy. Biographie Didot au mot Saintrailles. 



r 



TABLEAU DES PERSONNAGES DU PROCÈS. 273 

6. Colles {Guillaume), appelé aussi Bois-Guillaume; mêmes 
qualités. 

7. Taquel *( Nicolas); même profession, greffier ou notaire de 
la cause pour l'inquisition. 

EXÉCUTEUR DES EXPLOITS. - 

8. Massieu {Jean), prêtre , doyen de la cathédrale de Rouen. 

ASSESSEURS OU CONSULTEURS. 

Docteurs en théologie. 

9 . Adelif. ( Guillaume ) . 

10. Beaupère (Jean). 

11. Belorme (Martin) , vicaire général du grand inquisiteur, à 
Paris. 

12. Bokesgue (Jean de), aumônier de l'abbaye de Fécamp. 

13. Boucher ou le Bouchier ( Guillaume). 

14. Carpenîier ou Charpentier (Jean). 

15. Castillon ou Chatillon (Jean Hulot de), archidiacre et cha- 
noine d'Évreux. 

16. Dierrey ( Pierre de), docteur en l'Université de Paris. 

17. Du Fou (Jean). 

18. Dupiè (Richard). 

19. DuQoesnayou du Quesnoy ( Maurice). 

20. Duremort (Gilles de), abbé de la S^-Trinité de Fécamp. 

21. Emekgard ou Ermexgard (Êrard). 

22. Erard ou Evrard ( Guillaume). 

23. Feuillet ( Gérard ) . 

24. Fouchier (Jean). 

25. Gilebert (Robert), anglais, doyen de la chapelle royale. 

26. Graverand (Jean), dominicain, grand inquisiteur de 
France (a). 

27. Gravesteih {Jean). 

28. Guesdon (Jacques) 9 de l'ordre des FF. mineurs ou francis- 
cains. 



(a) Refusa de poursuivre lui-même ; mais il fut suppléé par son vicaire 
générale voyez n° 11) et délégua Jean Lemattre. 

JEANNE DARC. 18 



274 NOTES ET DÉVELOPPEMENTS. 

29. Houdenc* (Pierre). 

30. Lami (Nicolas). 

31. Lefèvre ou Fabbi (Jean). 

32. Maurice (Pierre). 

33. Midi ( Nicolas), chanoine de Rouen. 

34. Miget (Pierre), prieur de Longueville-Giffard. 

35. Nibat {Jean de). 

36. Sabreuvois (Denis de). 

37. SoQUET(/ean). 

38. Théroulce (Guillaume), abbé de Mortemer. 

39. Touraine (Jacques de), nommé aussi J. Tessier ou Texier, | 
en latin Textoris. 

40. Trotes ( Jean de ), doyen de la faculté de théologie de Paris. : 

Bacheliers en théologie. 

41. Baudrebois (Guillaume de). 

42. Bourrilliet (Jean ) dit, François, prêtre, maître es arts , li- 
cencié en décret. 

43. Coppequesne (ou Coupe-chêne Nicolas). 

44. CowiCELiES (Thomas de). 

45. DuxAL(Jean). 

46. Eude (Jean). 

47. Grouchet (Richard de), chanoine de la Saussaye, au diocèse 
d'Evreux. 

48. Haiton ou Heton (William), anglais. 

49. Legagneur ( Richard) en latin : Lucratoris. 
, 50. Lemaitre (Guillaume). 

51. Lemire ou le médecin : Medici (Nicolas ). 

52. Lermite (Guillaume). 

53. Le Vautier (Jean). , 

54. Minier (Pierre). 

55. Pigache (Jean). 

56. Sauvage ou Saulvaige (Raoul), Radulfus Silvestris. 

Docteuts en droits civil et canon (in utroque jure). i 

57. Bonnel (Guillaume), abbé de Cormeilles, au diocèse < de i 
Lisieux (a). ' 

(a) Régent en la faculté de décret à Paris, à la date du 13 juin 1429. , j 
M. Gaignières 261, (° 11. 



.TABLEAU DES PERSONNAGES DU PROCÈS. 275 

58. Conti ( Guillaume de ) , abbé de la Trinité du Mont S t(, -Ca- ! 
tberine, près Rouen. I 

59. Guarin ou Guérin {Jean), chanoine de Rouen. 

60. Roussel (Raoul), trésorier de l'Eglise de Rouen. ! 

Licenciés in utroque. 

61.. Barbier (Robert), chanoine de Rouen. 

62. Du Mesle (Guillaume), abbé de St-Ouen de Rouen. 

63. Gastinel (Denis)* 

64. Labbé (Jean), dit Jean de Rouen , abbé de St-Georges de Bos- 
cheïviUe. 

65. La Crique (Pierre de), voy. ci-après, Sagy. 

66. Le Bourg (Guillaume), prieur de St-Lô de Rouen. 

67. Moret (Jean), abbé de Préaux. 

Sagy ou Sigy (prieuré dépendant de St-Ouen de Rouen, 
le prieur de ). Voy . n° 65 (a). 

Docteurs en droit canon. 

68. Boisseau (Guérould), doyen de la faculté de décret à Paris. 
• 69. Duchesne ( Bertrand), religieux de l'ordre de Cluny, doyen 
de Lihons en Santerre. 
70. Fiefvet {Thomas). 
\ 74. Le Roux (Nicolas), abbé de Jumiéges. 
I 72. Vkvx(Pasquier des). 

Licenciés en droit canon. 

73. Augny ou àuguy (Raoul), avocat en la cour ecclésiastique de 
Rouen. 

74. Basset (Jean), officiai de Rouen. 

75. Brullot (Jean), chantre de la cathédrale de Rouen. 

76. Carré (Pierre), avocat en lad. cour. 

77. Golombel (Jean), id. 

78. Dubut (Laurent), ïd. 

79. Ducbemin (Jean), id. 



(a) Omis par erreur ci-dessus, p. 41, à la séance du 24 février, où il devait 
figurer. Il se nommait Pierre de la Crique, ainsi qu'il résulte de divers actes 
conservés dans les archives de la Seine-Inférieure. ( Renseignement commu- 
niqué par l'archiviste , M. Charles de Beaurepaire. ) 

18. 



276 NOTES ET DÉVELOPPEMENTS. 

80. Ledoux (Jean), avocat en lad. cour. 

81. Maréchal X Pierre). 

82. Maugeh ou Macgier {Jean), chanoine de Rouen. 

83. MoKEL[Aubert), avocat en lad. cour. 

84. Pi!fCHON(/ean). 

85. Postel ou Poustel ( Guérould) , avocat en lad. cour. 

86. Saulx ( Richard de ), id. 

87. VENDERÈs(iVtco/a5 de), archidiacre d'Eu en la cathédrale de 
Rouen. 

Licenciés en droit civil. 

88. Al'Epée ouAlêpée(/i<m), chanoine de Rouen. 

89. Carreau ouGarrel {Pierre). 

90. Caval (Nicolas), chanoine de Rouen. 

91. Cave (Pierre). 

92. Cormeilles (Bureau de), avocat en la cour ecclésiastique de 
Rouen, chanoine de la cathédrale. 

93. Crotay ou Crotoy (Geoffroy du), id. 

94. Deschamps (Gilles), chancelier et chanoine de la cathé- 
drale de Rouen. 

95. Livet ( Guillaume de), avocat à ladite cour. 

96. Marguerie (André). 

97. Maulin ( Nicolas). 

98. Tavermer ( Jean ) /avocat à ladite cour. 

Docteurs en médecine. 

99. Canivet ou Quenivet (Gilles). 

100. De la Chambre (Guillaume ). 

101. De la Mare (Simon), maître es arts et en médecine. 

102. Desjardins ( Guillaume ). 

103. L'écrivain (Roland), Rolandics scriptoris. 

104. Tiphaine ( Jean, ou Epiphanie). 

105. Ttbout ( Henri), maître es arts et en médecine à Paris. 

Maîtres es arts (a) (consultés ou mentionnés). 

106. Abessore (Richard) à Paris. 

107. Barret ( Jean), jbid. 

(a) Ce grade correspond à celui que nous nommonq aujourd'hui licencié* 
es lettres. Il D'y avait pas de docteurs es arts, mais seulement des bacheliers 
et des maures. 



r 



TABLEAU DES PERSONNAGES DU PROCÈS. 277 



108. Brketh (Martin), maitres es arts à Paris. 

109. Gouda (Pierre de), ib., recteur de l'Université. 
HO. Hébert (Michel), ib., grefûer de l'Université. 

111. Lefourbeur (/teoi//), notaire de l'inquisition à Paris. 

112. Loutrée ( Boémond de), Dohemundus de Lutreâ, grand be- 
deau de la nation de France en l'Université de Paris . * 

113. Nourrisseur (/tfcgwes), Paris. 

114. Ose oh art (Guillaume), ibid. 

115. PEUt(André),\b. 

116. Trophard (Jean), ib. 

Cardinal. \ 

Ï17. Beaufort (Henri de), évèque de Winchester, cardinal du 
titre romain de St-Eusèbe, appelé aussi le cardinal d'Angleterre. 

Evêques (à). 

118. Alnwick ( William) , évêque de Nordwich, en Angleterre. 

119. Castiglione (Zanon de), évèque de Lisieux. 

120. Loxemboorg ( Louis de), évêque de Térouanne. 

121. Mailly (Jean de), évèque de Noyon. 

122. Mohtjeu (Philibert de), évèque de Coutances. 

Abbés et prieurs (b). 

123. Dacier (Jean), abbé de Ste-Çorneilie de Compiègne. 

124. Frique ( Thomas), abbé du Bec-Hélouin. 

125. Jolivet ou Lejolivet (Robert), abbé du Mont St-Michel-au- 
péril-de-la-mer. 

Prêtres ou clercs, consultés ou mentionnés. 

126. Amouret( 7%oma*), religieux dominicain. 

127. Bats (Frère Jean de ) « Frater Johannes de Bastis. » 

128. Cateleu ( Eustoche ou Eustache), prêtre. 

429. CnkVLPnoxD(Enguerrandde), officiai de Coutances. 

130. De la Pierre (Frère lsembart ou Isambert), dominicain. 

131. Do Désert ( Guillaume), chanoine de Rouen. 

132. Foville (Nicolas de), id. 



(a) Voy. ci-dessus, n° 1 . 

(b) Voy. Ci-dessus, n 04 20, 34,38 57, 58, 62, 64, 65, 66, 67, 71. 



278 NOTES ET DÉVELOPPEMENTS. 

133. Guérouij) ( R[obert]), notaire du chapitre de Rouen (a) 
434. Hampton (John ou Jeanàe), prêlre anglais. 

135. Ladvenu (Frère Martin), dominicain. 

136. Le Cauchois (Guillaume ), prêtre. 

137. Le Duc (Laurent), id. 

138. Legband (Guillaume), id. 

139. Lejeune (Regnauld), id. 

140. Lermite (Frère Guillaume). 

141. Le Rot (Jean), chanoine de Rouen. 

142. Loiseleur (Nicolas), maître es arts, chanoine de Rouen. 

143. Mahommet ( Jean ), prètrfe. | 

144. Manchon (Jean), chanoine de Mantes. 

145. Morel ouMorelet (Robert), chanoine de Rouen. 

146. RosAY(/ea&), curé de Duclair. j 

147. Vacheret ( Jean ), grand bedeau de la faculté de théologie 
de Paris. 

148. Valée (Frère Jean ), dominicain. 

assistants ou témoins appelés (6). 

• 149. Bosquier (Pierre), religieux dominicain. 

150. Brolbster ou Brewster (William), prêtre anglais. 

151. Camus ou le Camus (Jacques), prêtre, chanoine de Reims. 

152. Carbonnier (Jean ). 

153. Cochon ( Pierre ), prêtre, notaire de la cour de Rouen. 

154. Fécard (Jean), avocat. 

155. Hubant ou Hubent (Nicolas de), notaire apostolique. 

156. Le Bateur (Mathew), prêtre du diocèse de Londres. 

157. Lecras (Guillaume), prêtre, notaire en la cour de Rouen. 

158. Le Danois ou Dani ( Simon), prêtre, id. 

159. Luxembourg (Jean de), comte de Ligny, seigneur de 
Beaurevoir, etc. 

1 60. Mathieu ( Jean ) t prêtre. 

161. Mllet (Adam), secrétaire du roi d'Angleterre. 

162. Orient (Pierre). 

(a) Robert Guérould, notaire apostolique, secrétaire-greffier du chapitre de 
Rouen, de 1417 à 1442. ( Renseignement dd à M. Ch. de Beaurepaire, ar- 
chiviste delà Seine-Inférieure.) 

(b) Voyez ci-après n°* 166, 167, 169 et la Note sur les gardes de Jeanne 
Darc. 



GARDES DE JEANNE DARC. 279 

163. Orsel ( Louis), clerc du diocèse de Noyon. 
464. Toutmouillé {Jean), dominicain. 

Gardes de Jeanne dans sa prison. 

i 65. Baroust ou (a) Berwoit (John). 
166. BERTiN(iYteo/as)? 
4 67 . Flosquet ou Floquet ( Julien ) ? 

468. Grey (John), en français Jean Gris, ecuyer du corps du roi 
(Henri VI). 

169. Mouton {Guillaume) ? 

170. Talbot {William). 



Note sur les gardes de Jeanne Darc. 

P. Cauchon, après avoir constitué le tribunal, et dès la première 
audience des débats (24 février), délégua trois Anglais pour garder 
Jeanne sous la foi du serment. Ces trois Anglais furent J. Grey. 
Berwoit et Talbot (6). Lorsque le vice- inquisiteur se fut adjoint au 
procès, il institua divers délégués pour son propre compte. Grey 
et Berwoit furent agréés par lui comme gardes de la prison (c). 
J. Grey paraît avoir eu le commandement et la responsabilité de 
cette garde (d). A lui sans douté s'applique la déposition du notaire 
Taquel, s'exprimant ainsi , lors du procès de réhabilitation. « 11 y 
avait, dit-il, un Anglais qui avait la garde de l'huis ou porte de la 
chambre servant à Jeanne de prison, et personne ne pouvait péné- 
trer jusqu'à elle, pas même les juges, sans sa permission (e). » La 
qualité d'écuyer du roi que portait John Grey semble effective- 
ment indiquer en lui un commissaire royal imposé par ordre su- 
périeur (/). 

(a) Alias Verwoit ( ms. latin 8838, f° 41 ). 

(b) Voy. ci-dessus , p. 32. 

(c) Séance du 14 mars, p. 95. 

(d) « Interrogée sur ce qu'elle dit à Jean Gris son garde » (ci-dessus, 

p. 65). 

te) Quicherat, t. II, p. 318. 

(/)En 1454, lorsque Jacques Cœur fut condamné à tenir prison, Antoine 
de Chabannes, comte de Dammartin, commissaire royal, assisté de « Jean 



280 HOTES ET DÉVELOPPEMENTS. 

Mais, indépendamment de ses deux collègues ou lieutenants : 
Berwoit et Talbot , l'écuyer du roi employa , selon toute appa- 
rence , pour opérer le service effectif, des agents tout à fait in- 
fimes. 11 y avait en effet, dit un autre témoin, cinq Anglais du 
plus misérable état, en français houcepaiUers (a), qui la gardaient 
et convoitaient sa mort; souvent ils se moquaient d'elle : ce dont 
ils étaient repris par Jeanne (6). 

De son côté, le notaire G. Manchon dépose ainsi touchant le 
même point : « Elle fut donnée en garde à quatre Anglais, délégués 
par l'évèque et le vice-inquisiteur, et à ce assermentés. Elle était 
cruellement traitée ; à la fin du procès on lui montra les instru- 
ments de torture (c). A cette époque , continue le témoin, elle était 
habillée en homme : elle se plaignait de ne pouvoir pas se dévêtir, 
de peur que la nuit ses gardes se portassent envers elle à quelque 
violence. Une fois ou deux, elle déclara aux juges et à N. Loyse- 
leur, que l'un de ces dits gardes avait voulu la violer. C'est pour- 
quoi le comte de Warwick, sur les représentations de l'évèque, du 
vice-inquisiteur et de Loyseleur, fit faire de grandes menaces aux- 
dits Anglais s'ils recommençaient de pareilles tentatives ; et deux 
autres gardiens furent institués de nouveau (r/). » 

Il est naturel de penser, quoique le texte ne le dise pas avec 
précision, que ces deux nouveaux gardes en remplaçaient deux 
autres; ceux qui avaient donné lieu à la plainte et à la haute in- 
tervention du comte (*). J. Grey figure en effet postérieurement au 



Lebrun et autres gardes », devaient surveiller sa captivité. Voir le document 
inséré par M. P. Clément, Charles VII et Jacques Coeur, etc., 1. 1, p. 201. 
Ce qui n'empêcha pas Jacques Cœur de déjouer cette vigilance , en achetant 
à prix d'argent la complaisance des agents subalternes qui favorisèrent son 
évasion. — Le même ordre fut suivi pour Jean, duc d'Alençon, prisonnier 
d'État en 1458 ; etc., etc. 

(a) Le verbe houspiller, qui vient delà, subsiste encore aujourd'hui. 

(b) Quicherat, t. III, p. 154 

(c) Le 9 mai ; voyez ci-dessus, p. 202. 

(d) Quicherat, t. II, p. 298, 299. 

(e) Richard Beauchamp. comte de Warwick, gouverneur du roi, né en 1381, 
mort en 1439 lieutenant en France pour Henri VI. Le comte de Warwick, en 
l'absence et sous les ordres de Bedford, régent de France, exerçait à Rouen 
l'autorité suprême durant la période du procès. Les actes par lesquels 
intervint sur la scène à cette époque sont marqués d'un certain caractère de 
noblesse et de générosité. Ses biographes nous le représentent en effet 



A. DE KERMEL 281 

6 mai j dans deux circonstances, évidemment. à titre de gardien en 
chef de la prisonnière. Il est dénommé comme présent ou témoin 
le 28 mai, lorsque les juges vinrent dans la prison de Jeanne pour 
constater qu'elle avait repris l'habit d'homme. Mais là son nom 
est i immédiatement précédé de deux noms , Nicolas Bertin et Julien 
Floquet; individus qui semblent ne point appartenir à la catégorie 
des autres personnages dénommés au. même procès-verbal (a). 
11 n'est plus question, comme on voit, de Berwoit ni de Talbot. 
Nous avons présumé, d'après ces indices, que Bertin et Floquet 
leur avaient été substitués. Guillaume Mouton figure de même, avec 
J. Gris, dans une séance de la prison, en date du 31 mars (6). 

Tels sont les motifs qui nous ont fait placer ces trois personnages : 
Bertin , Floquet et Mouton, dans la classe des gardes. Cependant 
nous devons confesser à cet égard l'incertitude de notre attribu- 
tion, et déclarer que peut-être ces trois individus doivent être 
rangés dans la catégorie des témoins appelés (n os 149 et suiv.). 



IV. — A» de Kacrrymell, ou Kermel, clerc breton* 

Nous .avons parlé ci-dessus, page lxiv et suiv., de Périnaïk la 
bretonne et de sa compagne. Périnaïk partageait la foi de Jeanne 
Darc; elle confessa cette foi jusqu'à la mort. Un autre personnage, 
breton comme Périnaïk, fut animé des mêmes sentiments, et à ce 
titre mérite d'être rapproché de la fidèle Pierronne. 

Nous nous hasardons à lui consacrer cette note , malgré la pé- 
nurie des renseignements que nous avons pu réunir. D'autres cher- 
cheurs les compléteront ou les augmenteront peut-être. 

Le ms. fr. 979 est un recueil de pièces , contemporain de la Pu- 
celle et fort curieux, qui porte la signature, de son auteur ou com- 
pilateur A. deKaerrymell. Nous n'avons pu réussir à déterminer ce 
prénom. A peut signifier Alain ou Àmbrois, ou tout autre nom de 
baptèmç usité en Bretagne au quinzième siècle, et commençant 
par cette initiale. Quant au nom de famille, Kaerrymell représente, 

comme un véritable paladin. Voyez son portrait physique et moral dans 
Stothart, Monumental effigies of great Britain, Londres 1817-1832, in-f\ 
figures; planches 121 et suiv. ; texte : pages 91 et suivantes. 

(a) Voy. ci-dessus , p. 234. 

\b) Voy. p. 169. 



282 KOTES ET DÉVELOPPEMENTS. 

sous une forme première, le môme vocable qui s'est écrit depuis 
Kerrimel, puis Kermel. 

Voici d'abord de quoi se compose le recueil : 

i° Fol. 1. La Passion de Jésus-Christ , sorte de récit dramatisé en 
prose . 

2° Fol. 50. La Vengeance de Jésus- Christ, variété du mystère de ce 
nom, en prose. 

3° Fol. 81. « C'est 1'o.pinion, etc. », et diverses pièces relatives à 
Jeanne Darc. (Nous y reviendrons ci-après.) 

4° Le lucidaire. Dialogue en prose , extrêmement curieux, entre 
un maître et un disciple. C'est un traité didactique ou espèce de ca- 
téchisme , qui roule sur l'éducation , la morale , les bienséances, et 
la conduite d'un sujet dans le monde. 

5° Remèdes (en latin) contre diverses maladies. 

6° Chaton ( ou le Caton ), traité de morale en latin et en fran- 
çais (i). 

Le troisième des morceaux qui viennent d'être énumérés dans ce 
tableau d'ensemble se décompose comme il suit. 

Fol. 81. « C'est l'oppinion des docteurs que le roy a;demandé tou- 
chant le fait de la pucelle, envoyée de par Dieu. » Ce document, du 
plus haut intérêt, n'est autre que le résumé de la première enquête 
relative à la Pucelle, et qui eut lieu par ordre du roi à Poitiers, en 
1429, lors de la présentation de l'héroïne. On en. trouvera le texte 
dans QuïcheraX, Procès, t. Ill, p. 391,392. 

Fol. 81, v° : Seize vers latins en l'honneur de la Pucelle .( repro- 
duits, ibid., t. IV, p. 305) et la traduction en français. 

Fol. 82. Prophétie de Merlin appliquée à la Pucelle ( ibid., t. Hï, 
p. 391-2. — Vay. aussi Buchom, Panthéon, 1838, in-8°. Suites à 
Jfathieu de Coussy, page 545, n° XI I ). 

« Destrousse des Anglois à Jargeau » en prose. ( Reproduit Qui- 
cherat, ibid., t. V, p. 122. ) 

Fol. 82, v°. Antienne, verset et oraison latins en l'honneur de la 
* Pucelle. (Buchon, ibid., n° XI, et Quicherat, V, 104.) 

Il suffit de cette analyse pour reconnaître en la personne de l'au- 
teur un partisan rempli de foi et d'enthousiasme à l'égard de Jeanne 



(1) M. Paulin Paris a publié une analyse plus développée de ce recueil, dans 
le tome VII des Manuscrits français de la bibliothèque du roi, pages 377 
et suivantes. 



A. DE KERMEL. 283 

Darc. Ces divers morceaux portent en môme temps avec eux leur 
date, et se rapportent à des faits qui se passèrent du mois de mars 
1429 au mois de mars 1430 en viron.il paraît également indubitable 
que ces notes ont été écrites dans le temps même et pour ainsi 
dire sous la dictée des événements. Après la signature A. de Kaer- 
rymell, (i)une note , intercalée postérieurement, et datée de 1464, 
nous apprend qu'en cette année le livre devint la propriété d'un 
nommé J. Chamlhion. Or entre les deux notes, entre les deux encres 
et les deux écritures, un paléographe exercé reconnaîtra aisément 
une distance ou différence d'âge, qui mesure une trentaine d'années. 
L'étude du papier et de ses filigranes nous conduit à des obser- 
vations qui concordent avec cette appréciation chronologique. 

L'une des marques de ce genre, qui se trouve répandue en di- 
verses parties (2) du ms. 979, est le bœuf entier^ figure (3) qui ne se 
rencontre pas très-souvent en France. Or le même type, ou très- 
analogue, avec le même écartement de pontuseaux, se retrouve 
dans la lettre de Jeanne Darc datée de Sully le 16 mars 1430 (4). La 
cour habitait alors ce château de Sully, qui appartenait au ministre 
La Trimouille. A. de Kermei paraît avoir été un clerc attaché soit 
au roi , soit à la chancellerie , soit à la Trimouille , soit peut-être à 
Jeanne Darc. Le même papier, ou du papier sorti de la même fa- 
brique , aura servi à la correspondance de l'héroïne et aux élucu- 
brations personnelles du clerc breton. 

Les Kaerrymell ou Kermei appartenaient à une ancienne fa- 
mille de chevalerie établie et possessionnée dans le diocèse de Tré- 
guier» Elle portait pour blason d'argent à trois faces de sable. Gef- 
froy de Kaerrymell était maréchal de Bretagne en 1370. Thomas 
de Kaerrymell fut tué à la bataille de Nicopolis, en 1396. Des traces 
nombreuses de la même famille se suivent dans la période du quin- 
zième siècle. Mais nous ne possédons aucune autre notion qui puisse 
identiquement s'appliquer à l'auteur du ms. ci-dessus désigné (5). 
■ i — — i — — ^— — — — — — i i 

(1) Cette signature se trouve au fol. 80. C'est-à-dire à la fin du morceau le 
plus important ou le plus étendu de ce recueil littéraire. Tout le ms. du reste 
est d'une seule et même main. 

(2) Feuillets 6, 137 et autres. 

(3) Voyez Gazette de s beaux- arts, 1859, novembre, page 159; figure, n° 72. 

(4) Voyez ci-dessus, page xxviii, note 1 . 

(5) Communications de M. Aurélien de Courson, lauréat de l'Institut. 
Potier de Courcy, Nobiliaire de Bretagne, 1862, in-4°, au mot Kerimel. 



284 NOTES ET DÉVELOPPEMENTS. 



V. — Flear-de-lia, nom de Poursuivant o« kéraut firmes* 

On a vu précédemment que Jeanne Darc avait un poursuivant, 
nommé Fleur-de-lis. Elle portait, ou faisait porter par ses gens, 
sur son écu deux fleurs de lis, etc. Ce blason lui avait été légale- 
ment conféré avec l'anoblissement, qui profita surtout à ses frères. 
Par le même acte , ou en même temps , le nom patronymique de 
sa famille fut changé, de telle sorte que cette famille s'appela dé- 
sormais non plus Darc, mais Du Lis (4). 

L'accusation incriminait ces faits comme entachés non-seule- 
ment d'orgueil et de vanité , mais aussi comme une sorte d'atteinte 
illégale ou d'usurpation du blason royal (2). 

Sur ce point, un petit fait, assez curieux, nous paratt digne 
d'être rapproché de ce qui précède, à titre d'éclaircissement. 

Le gouvernement anglais partait de cette doctrine que tous les 
droits royaux en ce qui concernait la France et toutes les pré- 
rogatives qui s'y rattachaient appartenaient pleinement et exclu- 
sivement à la famille des Lancastre. 

Sir John Anstis, en anglais : Garter king al errais (roi d'armes 
de l'ordre de la Jarretière ), l'un des antiquaires les plus instruits 
qu'ait eus l'Angleterre, nous apprend qu'au quinzième siècle le 
gouvernement d'Henri VI revendiquait comme siennes les insti- 
tutions ou traditions héraldiques de la France et le droit de les 
régir ou d'y présider. Selon la coutume française , les officiers 
d'armes créés en Angleterre ou en France par les Lancastre por- 
taient des appellations non-seulement anglaises et symboliques, 
telles que : White-Hart, (cerf blanc ) Eagle (aigle), etc., mais fran- 
çaises comme Faucon, Fleur-de-lis. « Nous rencontrons, dit-il , 
Fleur-de-lis créé ou institué à Windsor, la treizième année 
d'Henri VI, à la fête de St-Georges (3). » 

Dans le même passage de l'auteur en ce moment allégué, on 

(1) Ci-dessus, page 76; fia de note; pages 86, et 116, note 1. Nouvelles 
recherchés sur la famille et sur le nom de Jeanne Varc, etc. ; pages 28 et 
29. 

(2) Page 116, note 1 ; p. 163, article LVIIÏ ; p. 256, note 1. 

(3) « We meet with Fleurde-lis, at Windsor, 13 Henri VI at St-George's . 
feast. » C'est-à-dire à la grande fête du chapitre de la Jarretière, le 23 avril 
1435. (jto/ttlum Garterii, etc.; Londres, 1724, in-folio, t. II, p. 110.) 



SCEAU DE PIERRE CAUCHON. 285 

trouvera sur cette même donnée des faits très- instructifs, puisés 
aux meilleures sources et du plus sérieux intérêt. 

VI. — Sceau de Pierre Cauchon apposé aax expéditions 
authentiques d« procès» 

11 existe au Dépôt général des Archives, sous la cote S 6348» 
n° 22, un acte du 29 juillet 1424, par lequel « Pierre [Cauchon], 
évesque et conte de Beauvais, conseiller du roy notre sire 
( Jlenri VI ), commis par icellûy seigneur à l'office d'aumosnier, et 
Jehanne la Dalonne, maistresse de l'ospital fondé à Paris en Grève 
par feu Estienne Haudry, etc.» consentent à l'amortissement 
d'un bien tenu par le collège d'Autun et relevant de l'hospice des 
Audriettes. Le sceau de l'évèque est de cire rouge, et paraît être 
le même qui a servi à sceller les empreintes effacées des trois 
exemplaires connus du procès. 

L'effigie est celle que nous avons décrite ci-dessus, pages x et s., 
à l'occasion du sceau moyen de P. Cauchon. 11 y a en outre, à la 
partie supérieure , trois petites niches, où se voit la Vierge'entre 
deux anges? L'inscription qui règne sur la bordure elliptique de 
l'empreinte est presque entièrement détruite. Les bribes qui sub- 
sistent semblent toutefois constater l'identité avec le sceau du procès 
conservé au Corps législatif. 

Ce sceau a été placé ou inséré dans l'inventaire imprimé de la 
collection des Archives (1), sous le nom erronné de Pierre de Sa- 
voisy, (l'un des prédécesseurs de Cauchon. ) La feuille a du pré- 
sent ouvrage, où se trouve une première note sur les sceaux de 
P. Cauchon, était imprimée lorsque nous avons découvert et iden- 
tifié l'empreinte de 1424. Tel est le motif qui nous a contraint à 
scinder les éclaircissements relatifs à ce point, éclaircissements 
que nous aurions voulu et dû réunir dans une même place. 

Ainsi donc, nous possédons en originaux des empreintes appar- 
tenant aux trois types de sceau qu'a employés P. Cauchon. A 
l'aide de l'exemplaire n° 6520, on peut, je crois, restituer, avec une 
grande probabilité, l'effigie détruite sur les trois exemplaires ma- 
nuscrits du procès. 

(i) 1866, in-4°, t. II, n, 6520. 



286 NOTES ET DÉVELOPPEMENTS. 



VII. — Voyages de Charles VII ai pays de la Paeelle* 

Claude des Armoises la .fausse Pucelle disparaît, coinme on l'a 
vu (1), de la scène de l'histoire au mois d'août ou septembre 1440. 

Le 11 septembre 1440 Charles Vil résidait à Bourges, l'un de 
ses séjours habituels. Le 19 du même mois il était à Orléans (2), 
où il séjournait encore le 4 octobre. De là il se rendit à Chartres; 
il y passa les mois d'octobre, novembre et décembre. Le 12 jan- 
vier 1441, il se trouvait encore dans cette ville. Puis nous le 
voyons se diriger vers la Champagne. 

Les points d'itinéraire suivants doivent être particulièrement 
remarqués. 

Le~12 janvier 1441, Chartres, 

— 14 — — , Sens, 

— 16 à 30 environ, Troyes, 

. — 1 er février environ, Bar-sur-Aube, 

— 10 à 22, Langres (3), 

— 24, 25, Montéclaire et Andelot (4), ' 

— 28 mars et suiv. Vaucou leurs, 

— r r avril, Vaucouleurs (5). 

Le but ostensible, principal, politique de ce voyage du roi en 
Champagne, est bien connu. Entre autres mesures d'un ordre gé- 
néral, il s'agissait de mettre fin aux désastres, que causaient dans 
ces parages les Écorcheurs. 

Mais ces considérations supérieures et prédominantes n'excluent 
pas un mobile spécial et particulier, sur lequel il nous sera permis 
d'insister. 

Le 1 er avril 1441, Charles VII, par lettres datées de Vaucouleurs, 
anoblit Thibaut Riche ou Richié (6), bourgeois de cette ville et toute 

(1) Ci- dessus p. Ixxj, note 3. 

(2) Principal théâtre des grandes actions de la Pucelle. 

(3) Chef-lieu de la circonscription financière, ou Élection, d'où ressorti s- 
sait Donremy. 

(4) Andelot, annexe de Montéclaire, chef- lieu de la prévôté ou circons- 
cription civile, d'où ressortissait Donremy. 

(5) Chef-lieu de la capitainerie ou circoncrlption militaire d'où ressortis- 
sait Donremy. — (Itinéraire de Charles VIT, inédit.) 

(6) Alias Bichié ou Buhie. 



VOYAGES DE CHARLES VII. 287 

sa postérité. Par acte du même jour et donné au même lieu, il 
anoblit dans les mêmes conditions Jean le Petit- Jacques (1), éga- 
lement bourgeois de Vaucou leurs (2). 

Quels furent les considérants qui motivèrent pour ces habitants 
de Vaucouleurs la concession royale de noblesse? Plus d'une fois 
Charles Vil récompensa ainsi, comme pour la famille de la Pu- 
celle, des services rendus à la cause de l'indépendance. Ces bour- 
geois de Vaucouleurs avaient-ils coopéré, par exemple, à équjper 
Jeanne parc en 1429, à l'armer, à favoriser son départ?... Ces mêmes 
lettres d'anoblissement sont-elles dues à de tout autres causes?... 
Nous nous bornons là-dessus à de simples questions. Les recherches 
que nous avons tentées pour retrouver la teneur même de ces 
lettres, qui éclaircirait ce point curieux, sont demeurées sans ré- 
sultat. Mais peut-être d'autres explorateurs seront-ils plus heu- 
reux ; et nous signalons publiquement ici ce desideratum. 

On a vu que Charles VII, qui difficilement quittait ses séjours 
favoris de la Loire et du Cher, se mit en voyage, juste au mo- 
ment où le mélodrame ou l'imbroglio de Claude des Armoises 
touchait à sa finale péripétie. Ce voyage de Champagne aboutit à 
Paris, ville que Charles VII, depuis l'affront qu'il y avait reçu dès 
sa jeunesse, ne toucha jamais du pied qu'à de rares intervalles et 
avec une visible répugnance (Claude y avait été jugée. 

En considérant le nom des bourgades ou petites villes signa- 
lées ci-dessus (Langres, Mon téclaire,, Vaucouleurs), ainsi que l'at- 
tribution dévolue à chacune d'elles au point de vue administratif, 
dans la répartition des pouvoirs publics, il nous semble. impossible 
de ne pas voir un certain rapport entre cet itinéraire et une préoc- 
cupation du roi relative à la Pucelle. 

Charles VII, à notre sens, dut nécessairement et voulut se pro- 
curer personnellement sur les lieux des notions directes, exactes 
et précises, au moment où une intrigante osait se présenter comme 
Jeanne ressuscitée. Ces notions recueillies coïncideraient avec l'é- 
poque où l'aventurière Claude rentre dans l'oubli et le néant. 

Mais la véritable héroïne, en effet, ne ressuscitait-eïïe pas du 
même coup, moralement, dans l'âme, dans les remords de Char- 
les Vil, par le fait de cette même enquête? 

(1) Joannes (prénom), Parvi-Jacobi (nom patronymique). 

(2) Voy. ms. fr. 4139,f°lxi, v°, et collection De Camps, ms. 115, anoblis- 
sement, P 113, v°. 



288 NOTES ET DÉVELOPPEMENTS. 

C'est là un fait de pensée intime, un phénomène de conscience» 
que nul témoignage ne constate d'une manière expresse, directe, 
authentique et irréfragable. Deux appuis, toutefois, servent de 
base logique à -cette induction. Le premier résulte en quelque 
sorte des lois naturelles de la conscience et de l'entendement. Le 
second consiste dans des faits indirects, en des indices, que nous 
avons minutieusement recueillis ailleurs (1). 

Pour expliquer la conduite de Charles VII et son odieux aban- 
don de la Pucelle, l'ingratitude et la sécheresse de son caractère 
sont évidemment tout à fait insuffisants. On n'est pas ingrat, 
inhumain, contre son intérêt le plus palpable ; contre le sentiment 
le plus élémentaire de sa considération morale aux yeux de tous 
ses sujets ! Pour que Charles Vil se comportât ainsi, il fallut encore 
que le gouvernement fût alors aux mains des politiques qui l'en- 
touraient, qui le gouvernaient lui-même, et que l'histoire rangera 
sans hésiter parmi les plus roués et les plus pervers. Il fallut tout 
l'ascendant qu'exerçaient ces ministres sur un prince jeune, lent à 
se développer, soupçonneux et frivole, qui n'échappait à l'horreur 
de la détresse que par l'ivresse et l'expédient d'une vie de loisir, 
d'ignorance ou de voluptés, murée. 

Mais dès 1434, ou peu après, laTrimouille tombé, une métamor- 
phose complète et surprenante, peu à peu, s'accomplit en Char- 
les Vil. Parmi les fautes que ses détestables conseillers lui avaient 
fait commettre, l'abandon de la Pucelle, à notre avis, fut néces- 
sairement, certainement, celle qui apparut des premières aux 
yeux dessillés du prince, et qui dut lui causer le plus profond et 
le plus cuisant déplaisir. 

Charles VII ne devint jamais ( malgré tous les efforts de poètes 
et romanciers), un héros de roman. La nature lui en avait absolu- 
ment dénié, au physique et au moral, les attributs essentiels. 11 
ne pécha jamais par la sensibilité, l'enthousiasme, l'abandon, la 
gratitude même (qui ne sont pas vertus familières de rois et de 
gouvernants ). 

Mais la conduite odieuse qui lui fut dictée à l'égard de la Pucelle, 
durant tout le temps de cette héroïne et jusqu'à sa mort, ne fut 
pas seulement odieuse : elle fut insensée. Il suffit à Charles VU 
pour s'en apercevoir d'avoir recouvré la clairvoyance naturelle de 

(1) Voyez Histoire de Charles VU, t. II, p. 421, t. III, p. 33 et 144, 
ainsi que les renvois : autres voyages^analogues -du roi. 



TRADUCTION DU PROCÈS. 289 

son esprit, avec son libre arbitre. A partir de ce moment une 
réaction profonde, non pas éclatante, mais intime et complète, se 
trahit dans sa conduite . Le résultat final de cette conception nou- 
velle fut le procès de réhabilitation; œuvre froide, dictée par l'in- 
térêt, sans qu'on y puisse recueillir l'étincelle d'un sentiment 
plus, chaleureux, plus noble et plus élevé; mais œuvre difficile, 
épineuse, accomplie avec dextérité, avec prudence, et qui dénote 
une préméditation ancienne, une volonté ferme, résolue et persé- 
vérante. 

Vin. — Explication de la planche ci-jointe (voyez p. 290, 

feuillet appartenant à M. Ambroise Firmin Didot). 

Nous avons dit ei-dessus.(l) que dès le commencement du sei- 
zième siècle, au plus tard, le procès de condamnation avait été tra- 
duit en français. Y ers 1788, au temps de M. de Laverdy,on connais- 
sait 1°, sous le nom de manuscrit Sou bise, l'une de ces traductions 
en français. 2° 11 existait une transcription récente du môme 
texte, exécutée vers 1720, et qui appartenait au célèbre bibliophile 
M. de Paulmy, après avoir été la propriété' de Titon du Tillet, l'au- 
teur du Parnasse. 3° On suivait, en dernier lieu, la trace d'un 
troisième manuscrit, distinct du premier quoique renfermant le 
même texte. Ce dernier livre avait été « donné à M. le cardinal 
d'Armaignac, le 25 de mars i 569 (2) ». , 

On ignore aujourd'hui ce que sont devenus le premier et le der- 
nier de ces ouvrages ; mais le second se conserve à la bibliothèque 
de l'Arsenal : Jurisprudence française, n° 1 44, in-4°. 

Maintenant (par un de ces bonheurs qui n'arrivent qu'aux cher- 
cheurs éclairés et persévérants ), M. A.-F. Didot a rencontré, il y a 
quelques années, un feuillet manuscrit, contenant le commencement 
du même ouvrage, dont on vient d'énumérer déjà précédemment 
trois exemplaires ou reproductions. Notre honorable et savant 
éditeur a bien voulu nous communiquer ce feuillet, dont il s'est 
rendu acquéreur ; nous l'avons sous les yeux, et nous allons le 
décrire sommairement. 

Ce feuillet, de beau vélin, provient évidemment d'un manuscrit 
exécuté avec un certain luxe. Il a été arraché de l'ouvrage, auquel 



(i) Avant-propos, p. ij, note 1. 

(2) Voy. Quicherat, Procès, tome V, p. 420 à 422. 

JEANNE DAKC. 19 



SUPPLICE DE JEANNE DARG 

(miniature du XVI* siècle). 




(D'après un fragment appartenant à M. A. Firmin Didot, et provenant d'un 
• manuscrit qui contenait une traduction française du procès de condamna- 
tion. Voyez page 289 et suivantes.) 



DESCRIPTION DE LA MINIATURE. 291 

il servait de feuillet initial ou de frontispice. La miniature, dont 
nous parlerons tout à l'heure, lui a fait trouver grâce devant la 
personne, inconnue de nous, qui, pour extraire ce fragment, a 
mutilé, en le décapitant, l'ouvrage auquel cette feuille se ratta- 
chait comme une tête à un corps. Les marges ont été rognées tout 
autour de la page en carré, puis, par un coup de ciseau oblique 
donné sur les quatre angles. Ses dimensions actuelles sont : hau- 
teur, 26 centimètres; largeur, un peu plus de 17 centimètres. 

Les deux tiers de la partie supérieure offrent à la vue une assez 
grande miniature ou histoire. Dix lignes de texte sont placées au- 
dessous. Elles commencent par une lettrine, la majuscule T., 
peinte entre deux fleurettes et en* grisaille sur un fond d'or. Le 
tout est encadré d'une sorte de frontispice architectural, dans le 
goût de la renaissance. 

Cette miniature, comme on en peut juger par le trait gravé de 
la planche ci-jointe, représente le supplice ou l'exécution de Jeanine 
Darc, sur la place du Vieux-Marché. 

Cette représentation, nous devons en prévenir tout d'abord le 
lecteur, ne se recommande nullement par l'exactitude historique. 
L'intérêt ou l'utilité qui nous semble justifier la présente repro- 
duction sont tout autres, lis tendent purement, ou du moins en 
premier lieu, à identifier, comme nous essayerons de le faire tout 
à l'heure, un manuscrit, ou la copie d'une œuvre curieuse litté- 
rairement et par elle-même, dont la trace avait disparu., après avoir 
été connue jdes bibliographes. 

On y reconnaît aisément la place publique d'une vieille ville. Le 
marcné est caractérisé par le bâtiment des halles, que le specta- 
teur voit à sa gauche. Deux ambons ou échafauds (au lieu de 
trois ) occupent le milieu et la droite de la scène. Le premier, 
muni d'une échelle, est celui qui doit servir au supplice. Les juges 
séculiers se tiennent debout sur le second. Le troisième devait être 
le théâtre où siégeaient les docteurs et les gens d'église, qui sont 
tous absents de notre peinture (1). On n'y 'voit partout que des 
laïques, sauf un seul personnage, à savoir ;. le religieux domini- ' 
cain, qui exhorte la patiente. Tous sont en costume de la première 
moitié du seizième siècle, date évidente, au moins approxima- 
tivement, de l'exécution du manuscrit (2). 

(1) Pour expliquer cette absence, voyez ci-dessus p. 243. 

(2) Le style de ce tableau rappelle la tapisserie, connue, qui représente 

19. 



292 NOTES ET DEVELOPPEMENTS. 

Jeanne, coiffée de longs cheveux, nue tète, vêtue d'une robe 
mauve, a les bras et les mains liés de cordes noires. Elle écoute 
les exhortations du Frère et se livre au bourreau ; celui-ci prend 
les ordres du prévôt de Rouen, et se dispose à la conduire sur la 
plate-forme qui s'élève au milieu du tableau. 

L'acte ou le mode matériel du supplice est lui-même défiguré. 
Notre peintre évidemment n'avait jamais assisté au supplice du feu, 
qui de son temps subsistait dans la même forme qu'au quinzième 
siècle. L'exécution par le feu s'accomplissait à l'aide d'un bûcher, 
composé de bûches et de bourrées ou fagots, au milieu desquels 
était fixé un poteau scellé, ou estache. Des matières inflammables, 
telles que charbon, soufre, poix, ou goudron, étaient répandues sur 
les brindilles enflammées.. Cet accessoire, en activant l'incendie, 
abrégeait probablement la torture du patient, en le tuant ou l'é- 
touffant par asphyxie, avant que le feu proprement dit eût ac- 
compli son rôle atroce de destruction. Ici l'accessoire est devenu, 
aux dépens de l'exactitude et du bon sens, le principal : un seau 
de poix enflammée remplace le bûcher. 

Le texte qui se lit au-dessous renferme les premières lignes 
d'une introduction, ou prologue moral et historique. Il débute 
ainsi : 

Tous les humains désirent et appètent naturellement congnoUtre 
et savoir... (1) 

Il se continue, au verso, par une pleine page de texte, d'une 
belle écriture, appartenant à la même époque. Il y est fait mention 
de Gaguin et de la Mer des histoires, livre dont l'édition pririëeps 
est de 1518. Le manuscrit, quelque peu postérieur, nous semble 
avoir été confectionné vers les dernières années du règne de Fran- 
çois I er , mort en 1547. 

Or, ce préambule ou introduction se lit tout au long, mot pour 



Jeanne Darc menant Charles Vllausayrc de Reims; tapisserie du seizième 
. siècle, gravée vers 1610 par Poinssart. Nous croyons devoir noter à ce pro- 
pos que parmi les tapisseries possédées en 1532 par la famille Robertet se 
trouvait un ouvrage de ce genre , qui retraçait les haults fais d'armes de 
la Pucelle d'Orléans. Voy. Inventaire, etc. des meubles de Mad. Robertet 
publié par M. £. Grésy, dans les Mémoires de la Société des antiquaires 
de France, tom. XXX, 1867, in-8°; tirage à part, page 38. 

(1) Les dernières lignes du texte contenu au verso portent :«.... Sy vertueu- 
sement que Gaguin et la Mère (sic) des hystoresne Pont pasomblyé » (oublié). 



TRADUCTION FRANÇAISE. 



293 



mot, dans la copie moderne de F Arsenal, ms. cité n° 144. Là il est 
suivi d'une traduction (très-imparfaite et très-fautive), en fran- 
çais, du procès de condamnation, et suivi encore d'autres pièces. 
Ce feuillet n'appartient pas certainement au premier des trois 
mss. énumérés ci-dessus, ou ms. Soubise. Le ms. Soubise en effet, 
d'après le témoignage de Laverdy, avait pour vignette initiale un 
écusson héraldique et le parchemin était piqué des vers (1). Ces 
dçux circonstances ne se retrouvent pas sur le feuillet de M. Didot, 
et constituent par conséquent un alibi. Mais rien ne -s'oppose à 
ce qu'il s'identifie avec le ms. dit du cardinal d'Armagnafc. 



(1) Notice des manuscrits, etc., 1790, in-4°, t. III, p. 189. 



r 



GLOSSAIRE. 



Abit 9 habit. 

Accoler, embrasser par le cou. 
A certes, certainement. 
Actendre, attendre. 
Adoncques, alors. 
Advensist, advint. 
Advis, avis. 
Affermer, affirmer. 
Affection, dévotion, affection, dévo- 
tion (et analogues). 
Agneau, anneau. 
Ains, mais, 
^/iiwné, e, aîné, e. 

Airoient , auraient. 

Angle, ange. 

Annemy, ennemi. 

Approuchier, approcher. 

Ara, aura. 

Arbre charmine, charme (essence de 
bois}. 

Arcediacre, archidiacre. 

Arcevesque, archevêque. 

Ardoir, ardre, brûler. 

Arminaz, Armagnacs. 

Ars,e, brûlé, e. 

Atout, avec. 

Auctorité , autorité. 

B 

Bailler, donner; 

Baisler, bâiller (ouvrir la bouche). 

Benoist, béni. 



Biauvais, Beauvais. 
flterié, blessé. 

Bolovart, bolvart, boulevard. 
Bonheur, voy. Eur. 
Bourgoingne, Bourgongne, Bourgo- 
gne. 
Bregier, berger. 
Buffe, coup, torgnote, voy. Torchon. 



C pour t, voy. Afteccion. 

Cale, couvre-chef noué sous le men- 
ton. 

Cette, cette. 

Censeigner, espèce de dais suspendu 
à la voûte dans le sanctuaire des 
églises. 

Certaineté, certitude. 

Cest, cet. 

Chasteh château. 

Cheoir, tomber. 

Chieux, chez. 

Chief, chef, tête; partie supérieure 
de l'écu. 

Chière, chère, figure , visage. 

Chrestian, chrestien, Christian, chré- 
tien. 

Colevrines , coulevrines . 

Compaignons, compagnons. 

Conclos, remblais, talus. 

Congnoislre , connaître. 

Congneust, connût. 

Couraige, cœur, intention. 

Créance, croyance. 



296 



GLOSSAIRE. 



Cutr,cœur. 
Cmider, croire. 
Cure, soin, souci. 

D 

Dampner, dampnmlion, damner, 
damnation. 

Dedems, dedans. 

Dcist,â\L 

Dtlxcter, delictoit, délecter, délec- 
tait. 

Demourroit, demeurerait. 

Déservir, mériter. 

Destourbier, trouble, obstacle. 

Détraire, déchirer. 

Deu, deumenL Dû, dûment. 

Dilaeiou, délai. 

Droite, dirais. 

Discucion, discussion. 

Dommaige, dommage. 

Dongon, donjon. 

E 

E pour a; voy. Dcdens , Pennon- 
ceaulx, etc. 

Efforcier, efforcer. 

Effréc, effroy. 

Effréé, effrayé. 

Enmy ou Etnmy, au milieu. 

Ennemi (U), le diable. 

Enrt*, à contre-cœur. 

Espouré; voy. Mesme. 

Es, en les, ou dans les. 

Escot, écossais. 

Escande , esclandre, scandale. 

Escript, e, tire, écrit, e, ure. 

Escript, écrivît. 

Esleu, esleue, élu , élue. 

Eslevez, élevés. 

Especial, espirituel, spécial, spiri- 
tuel. 

Esperitz, esprits. 



EspovcnimUe, épouvantable. 

Estai*dart,estamdard, étendard. 

Estiés, étiez. 

£sfre,étre. 

E« pour « , voy. receupl. 

Eure, erre; air. 

£«r ou fc**r, destin ; (deouas- 

riatm). 
E«rr, heure. 



Faée, fée. 

Fflè , faée: enchanté, e ( par féerie). 

Failloit, fallait. 

Fais, faits. 

Faulcetè, fausseté. 

Férir, frapper. 

Finement 9 fin (la). 

Fleurer, flairer. 



Gecler ou gicler, jeter. 
GkeuUes ( pour gueules ) ; rouge . 
Gippon (ou feainttttn), pourpoint, 

gilet. 
Gtitearme, espèce de hallebarde. 

II 

H supprimé , voy. Onneur. 
Hahay> trouble , tumulte. 
Hâtent , haïssent. 
Hayet, haïssait. 
Hault, haut. 

Haultèce, hautesse ou altesse. 
Ueaulme, coiffure militaire , casque. 
Hennin, bonnet haut et pointu à 

l'usage des dames. 
Houcepailler, vagabond. 
Houppelande, robe longue. 
Huque, habit court. 



r 



GLOSSAIRE. 



297 



I 



/ ajouté. Voy. Compaignon, et ana- 
logues. 

/celui, icelle, ce, cette. 

Jmpëtracion, action d'impétrer, ob- 
tenir. 

J 

Jà, déjà. 

Jus, en bas, par terre. 



K pour C, voy. Katherine. 
Katherine, Catherine. - 



L pour u, voy. TabUl, et analogues. 

luira , laissera. 

Laissier, laisser. 

Los, louange. 

Lougeis, logis. 

Lui» elle. 

M 

Meict,mit. 

Meictre, mettre. 

Meist, mit. ^ 

Mendre , moindre. • 

Mengier, manger. 

Mercia, remercia. 

Mercier, remercier. 

Mesme, mesmement, même, même- 

ment. 
Midy, midi (et analogues.) 
Mie, point ( négation ). 
Moult (multum), beaucoup. 
Muast, muât, changeât. 
Jlfurdrier, meurtrier. 







N 



Koise, dispute. 



pour a. Voy. Partoit. 

Omme, homme. 

Oncques, onques, mais, jamais. 

Onneur» honneur. 

Ouil, oyl, oui. 



Patncfre, peintre. 

Paine ou poine, peine. 

Paour, peur. 

Partement, départ. 

Partait, seroit, partait, serait (et 

ainsi des analogues ). 
Pennonceaulx, pannonceaux. 
Perpétrer, accomplir. 
Potoir, pouvoir. 
Premier, premièrement. 
Premier que , avant que. 
Presdiier, prêcher. 
Pugnie, punie. 

Q 

Querre, quérir, chercher. 
QueuvrecUief, couvre-chef. 

R 

Reairoit {murait), recouvrerait. 
Eebouter, repousser. 
Receupt, reçut. 
Recueillette, accueil. 
Regnoiè, renié. 

Remembrante, représentation, sou- 
venir, 
fleiiclieue, retombée, Voy. Cheoir. 
Requoi, repos. 
Rescrist , récrivît. 
Résidu, reste. 
Responce, réponse. 
Response , réponse. 
Rcssourdre, restaurer. 



298 



GLOSSAIRE. 



Retardacion, retard. 
Retrait, retiré. 
Ribtr, jouer, folâtrer. 



Saillie, saut, sortie. 

Saillir, sauter. 

Sainne, sienne. 

Saulvaige , sauvage. 

•fret, sait. 

Sceust, sût. 

«Je, si. 

Sentent, sentant. 

S'en attendre, s'en rapporter. 

S'en voy sent t s'en aillent. 

Sepmaine, semaine. 

Séquelle, suite. 

Sèrement, serment.. 

Si, sy, ainsi; ( de sic). 

Souffisant, suffisant. 

Sonner, sonner. 

Subgeccion, subjection. 

Subgez, subgiez, sujets. 

Submectre, soumettre. 

Submessiès , soumissiez. 



Tablel, tableau. 

Tantoust, tantôt. 

Tiegne, tienne. 

Tielz, tels. 

Torchon, coup. Voy. Buffe. 



Toutesvoies , toutefois. 
Truffeau, chapeau de dames. 
Turtacion, trouble. 

U 

Uis ou titjs , porte. 

Ung, un. 

Universal, universelle. 



fendra, viendra. 

Venitt, vînt. 

remîtes, vîntes. 

Véoit, voyait. 

Fiegn^nt, viennent. 

Virtu, virtueux, vertu, vertueux. 

boisent, aillent. 

Fofentim ou rottfonitir*, volontiers. 

Foulsisse, voulusse ou voudrais. 

Voult, voulut. 

Vueille, veuille. 



rpour i. Voy. Midy. 

Ycelui, ycelle, celui, celle ; ce, cette. 

Ydolastrie, idolâtrie. 



Z pour s. Voy. Fats. 



I 



ADDITIONS ET CORRECTIONS. 



> Avant-propos, page viij, 2 e alinéa, lisez : 3 e manuscrit ou 
troisième expédition. 

Page xij. Scel de chambre , ajoutez : 

L'évèque de Paris (entre autres exemples) avait aussi un scel de 
chambre . Voyez Inventaire des sceaux des Archives, par M. D d'Arcq, 
tome 11, n M 6803, 6804. 

Introduction, page xiij. Rétablir dans le mètre de Térence 
l'adage cité : 

Homo sum : humani nihil à me alienum puto. 
Heautontimorumenos (act. I, se. I.). 

Introduction, p. lxxxviij, ligne 2, au lieu de : tout jeune, li- 
sez : assez jeune. 

Introduction, page lxxxix. 

Olivier de la Marche, témoin oculaire, dans un passage 
reproduit par nous, dit que le roi Jacques, lorsqu'il entra 
(1435) en religion , était âgé de quarante ans. 

Le père Anselme (voir Farticle , assez développé, qu'il 
consacre à ce prince) affirme que Jacques mourut en 1438, 
âgé d'environ 68 ans (soixante -huit). Les divers faits authen- 
tiques rapportés par cet éminent critique , ou compilateur, 
s'étagent parfaitement dans Tordre des temps, et conviennent 
très-bien entre eux au point de vue de la chronologie. Cet 
accord devient impossible si Ton admet le chiffre ou nombre 
de quarante, rappo